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Cette rubrique est animée par Schroders

Quel est l’impact économique à court terme du changement climatique ?

Le 26 novembre 2020

Le changement climatique est une tendance à long terme. Les investisseurs doivent cependant être conscients de l’impact économique à court terme des catastrophes naturelles causées par le changement climatique, telles que les cyclones tropicaux et les inondations.

Depuis les années 1980, le nombre moyen de cyclones par décennie est passé de 14 à 23, tandis que le nombre d’inondations a doublé sur la même période. La hausse des températures entraîne un réchauffement de l’eau de mer, qui provoque à son tour une augmentation de l’énergie thermique et la formation de cyclones. L’évaporation plus importante entraîne des précipitations plus importantes et donc des risques d’inondation. Ces conditions météorologiques extrêmes sont devenues plus destructrices et plus fréquentes au cours des quatre dernières décennies. Les catastrophes naturelles ont des conséquences dévastatrices pour l’être humain et l’environnement. Leur impact économique n’est pas facile à mesurer. On peut analyser les conséquences directes en se basant sur les données du réassureur Munich Re. Cette analyse montre que l’impact des catastrophes naturelles a fortement augmenté ces dernières décennies. 

Impact croissant

Pour les États-Unis, l’impact des inondations est passé de 360 millions de dollars dans les années 1980 à 4 milliards de dollars dans les années 1990. Durant la première décennie de ce siècle, l’impact financier a été de 1,2 milliard de dollars. La Chine est le pays le plus touché par les inondations, avec des dommages d’un coût moyen de 11 milliards de dollars dans les années 1990 contre 2,6 milliards de dollars au cours de la première décennie de ce siècle. La plupart des cyclones élisent domicile aux États-Unis. Les conséquences financières au début de ce siècle se chiffraient à 24 milliards de dollars, contre 2 milliards dans les années 1980. La Chine et le Japon sont aussi régulièrement confrontés à des tempêtes tropicales.

Plus de prospérité, plus d’impact

Un grand nombre de facteurs contribuent à l’impact économique des phénomènes météorologiques. Il est clair que l’intensité et la fréquence des événements extrêmes sont des facteurs importants. Mais ce sont les changements démographiques, l’exposition et la vulnérabilité des personnes et des actifs touchés par les événements climatiques qui déterminent l’ampleur des pertes. Il est clair que le nombre de biens et de personnes exposés aux événements climatiques est fonction du degré de développement et de la croissance d’un pays.

S’il est évident que les cyclones tropicaux et les inondations ont gagné en force et en gravité depuis les années 1980, l’ampleur des pertes économiques dépend en grande partie des richesses accumulées. Des pertes plus élevées pourraient refléter la présence en plus grand nombre de biens susceptibles d’être endommagés ou détruits. Les pertes doivent être normalisées pour comprendre si le changement climatique joue un rôle dans l’augmentation de l’ampleur des dommages causés par les catastrophes. 

Le changement climatique est également un facteur

L’impact économique est lié à l’augmentation de la prospérité. Même lorsqu’on corrige les chiffres pour tenir compte de l’augmentation de la prospérité, une tendance à la hausse reste visible dans l’évolution de l’ampleur des dommages. L’impact moyen par rapport au PIB durant la deuxième décennie de ce siècle est plus élevé que dans les années 1980. Les spécialistes du climat en concluent que l’impact du changement climatique s’est accru au cours des dernières décennies.

Repli de la croissance économique après une catastrophe naturelle

Certaines études évoquent la notion de destruction créative, à savoir que les catastrophes naturelles conduisent au final à une hausse de la productivité et de la croissance. Des recherches récentes ont cependant montré que les cyclones ont entraîné un recul du revenu national qui n’a pas été rattrapé en 20 ans. Les catastrophes provoquent un ralentissement temporaire de la croissance et une destruction de capital. On observe une baisse de 3,6 points après 20 ans, ce qui veut dire qu’une catastrophe naturelle fait reculer la croissance économique de deux ans en arrière.

Le changement climatique est toujours abordé comme une tendance à long terme, mais il faut mettre les investisseurs en garde contre les effets à court terme. L’élévation de la température moyenne affecte la croissance de la productivité, mais peut également constituer une menace potentielle pour le PIB.

Lire aussi What’s the short-term economic impact of climate change ?, des spécialistes du climat de Schroders.


Pourquoi les investissements verts sont-ils si résilients dans la crise du Covid-19 ?

Le 12 octobre 2020

Contrairement aux crises précédentes, le thème d’investissement « changement climatique et transition énergétique » a enregistré de bonnes performances pendant la pandémie de Covid-19. On peut identifier sept tendances qui permettent d’expliquer cette résilience. C’est encourageant, cependant il faudra en faire plus pour atteindre l’objectif fixé dans l’accord de Paris sur le climat.

Tendance 1- Financement plus important et soutien politique plus large que par le passé

Après la crise financière, les investissements dans les énergies renouvelables avaient fortement diminué. À présent, les choses se présentent sous un meilleur jour. Les banques sont plus réceptives. Plus important encore, les circonstances économiques sont nettement plus favorables à l’énergie durable. Au cours du premier semestre, les investissements ont même augmenté de 5 % sur une base annuelle. De plus, le soutien gouvernemental aux mesures écologiques joue également un rôle considérable. La faiblesse des taux d’intérêt rend les projets plus rentables.

On peut pointer cependant certains risques. Si les conséquences de la crise actuelle continuent à se faire ressentir, les investisseurs risquent de devenir plus réticents par rapport aux investissements verts.

Tendance 2 – La demande de technologies liées aux énergies durables est robuste

Ces derniers mois, la demande de technologies en lien avec la transition énergétique a affiché une robustesse remarquable. Cette bonne santé se manifeste particulièrement au niveau de la demande de voitures électriques. On remarque une combinaison de facteurs, tels que le retard dans la livraison de commandes antérieures, les nouveaux modèles et les mesures de soutien. La demande est également forte sur le marché américain de l’énergie solaire. Comme risque à court terme, il faut cependant pointer la fin des mesures gouvernementales de soutien.

Tendance 3 – Les entreprises prennent leurs responsabilités

Les entreprises assument de plus en plus leurs responsabilités au niveau de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Plus de 250 entreprises se sont fixé comme objectif d’utiliser 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2028. Apple veut que l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement soit neutre en carbone d’ici 2030. Microsoft vise un bilan carbone négatif dès la même année et veut que toutes ses émissions soient compensées d’ici 2050. Unilever s’est fixé des objectifs similaires et investit un milliard d’euros pour remplacer les ressources fossiles par des alternatives durables.

Tendance 4 – La crise du coronavirus accélère le changement du bouquet énergétique

Un effet secondaire positif de la pandémie de Covid-19 est son impact sur les marchés de l’énergie. Elle accélère en effet certaines tendances, notamment sur le marché de l’électricité. L’utilisation des énergies renouvelables a atteint un sommet dans plusieurs pays au cours des six derniers mois. En Chine, la part de l’électricité verte dans le mix énergétique a été supérieure à celle des combustibles fossiles.  La crise sanitaire a aussi entraîné une relation volatile entre l’offre et la demande, volatilité avec laquelle les services publics ont appris à composer.

Tendance 5 – Émergence de nouvelles technologies pour la transition énergétique

Une autre tendance est l’émergence de nouvelles technologies pour la transition énergétique. Les innovations dans le domaine des batteries, du stockage de l’énergie et l’intérêt croissant pour l’hydrogène vert. En ce qui concerne l’hydrogène, il reste une série d’obstacles à surmonter, mais c’est l’une des rares sources d’énergie à zéro émission qui peut être appliquée dans un grand nombre de secteurs.

Tendance 6 – Le coût des énergies renouvelables diminue, l’efficacité augmente

Ce n’est pas nouveau, mais la tendance à la baisse des coûts de production des énergies renouvelables poursuit sur sa lancée en 2020. L’énergie éolienne est, aujourd’hui, le moyen le moins cher de produire de l’énergie. Outre les améliorations technologiques, on assiste également à une baisse des coûts de stockage de l’énergie excédentaire.

Tendance 7 – La mobilité durable est encore diffuse

Toutes les tendances énumérées ci-dessus sont positives. Le tableau est en revanche mitigé en ce qui concerne la mobilité durable. L’électrification des voitures, du transport de masse et de la micromobilité est une nécessité pour réduire les émissions de CO2 liées à la mobilité. Durant la pandémie de Covid-19, les ventes de vélos ont explosé. Cependant, les voyages en train ont été durement touchés. Le confinement a contraint les entreprises à chercher des alternatives, comme le télétravail. Reste à savoir si cette tendance va se poursuivre.

Il faudra en faire plus

Il faudra faire plus pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius. Les changements structurels doivent s’accélérer pour éviter que les dommages causés à l’environnement ne deviennent permanents.

Lire aussi Seven reasons behind the resilience of ‘green’ investments in the pandemic, de Schroders.

 


Les investisseurs doivent être attentifs à la forme de la reprise, mais aussi à sa couleur, verte ou brune ?

Le 22 septembre 2020

On parle beaucoup d’une reprise en forme de U, de V ou de W. Or, la couleur de la reprise est tout aussi importante pour les investisseurs. Verte ou brune ? Telle est la question.

Les émissions de CO2 ont chuté de manière spectaculaire pendant la crise du coronavirus. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les émissions de cette année seront inférieures d’environ 8 % à celles de 2019. Et les prévisions tablent sur une baisse de 6 % des besoins totaux en énergie primaire pour cette année. Cela signifie que le choc causé par le Covid-19 à l’économie mondiale est sept fois plus important que celui de la crise financière.

Aujourd’hui, les émissions de CO2 sont fonction de l’activité macro-économique. En cas de reprise de cette dernière, les émissions repartiront à la hausse. Une reprise brune signifie que l’activité économique reste fortement dépendante des combustibles fossiles. C’est le type de reprise auquel on a toujours assisté après les crises précédentes. Mais si les choses se passaient autrement cette fois-ci ?

Et si on assistait à une relance verte ?

La pandémie affecte profondément les perspectives du marché pétrolier. Une grande partie de la demande de pétrole provient du secteur des transports qui s’est retrouvé en grande partie à l’arrêt. Parallèlement à cela, la pression structurelle sur le secteur pétrolier, déjà présente avant l’apparition du coronavirus, devrait persister au-delà de la crise du coronavirus.

Depuis 2014, les entreprises de combustibles fossiles enregistrent des résultats inférieurs à ceux du S&P500. On s’attend à ce que cette tendance se poursuive compte tenu de la pression à la baisse sur les prix pétroliers, de la baisse de la demande du secteur des voyages et de la transition vers les énergies renouvelables.

Comment les compagnies pétrolières ont-elles réagi au choc des prix du pétrole ?

Ces derniers mois, les compagnies pétrolières ont procédé à diverses réductions de valeur sur leurs réserves de pétrole et de gaz. En partie à cause de la baisse des prix pétroliers. Mais la pression sur les émissions de CO2 n’y est pas non plus étrangère. Si cela se confirme, le cours du pétrole aura beau remonter, une grande partie de ces gisements restera dans le sol.

Il y a trois ans, aucune entreprise énergétique européenne ne s’était fixé pour objectif de réduire les émissions de CO2 de l’énergie produite. Aujourd’hui, toutes les entreprises poursuivent cet objectif.  En outre, cinq grands producteurs (BP, Eni, Repsol, Shell et Total) ont récemment actualisé leurs ambitions climatiques à long terme. Repsol et Total se sont alignés sur Paris tandis que Shell prévoit de réduire l’intensité de ses émissions de 65 % à l’horizon 2050. 

Gagnants et perdants

Comme dans toute transition, il y aura des gagnants et des perdants. Comme la pression exercée sur les entreprises pour les inciter à lutter contre le changement climatique va probablement aller grandissant, les marchés financiers vont devoir intégrer dans les cours les risques économiques de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

Toute tentative de limiter les émissions mondiales de CO2 implique une nécessaire réduction de la quantité de combustibles fossiles utilisés. Pourtant, les valorisations actuelles des entreprises énergétiques supposent implicitement que leurs réserves d’énergie auront une valeur marchande dans le futur. Si la donne change, cela aura des conséquences sur les marchés boursiers.

Les « actifs échoués » sont insuffisamment valorisés

Pour atteindre les objectifs de l’accord sur le climat, 60 % des réserves actuelles de pétrole et de gaz et 80 % des réserves de charbon resteront inutilisées. Il y aura donc des « actifs échoués ». Selon l’AIE, il s’agit d’investissements qui ont déjà été effectués, mais qui cesseront d’être rentables avant leur fin de vie économique.

Nous sommes encore loin d’atteindre les objectifs de l’accord sur le climat. Des changements structurels sont nécessaires pour accélérer la transition vers une économie à faibles émissions. 

Le vert est meilleur – pour l’environnement, l’économie et l’emploi

Depuis le début de la pandémie, le secteur des énergies renouvelables surperforme nettement les entreprises d’énergie fossile. Une reprise verte est bénéfique pour l’environnement, réduit la pollution et pourrait même s’avérer plus forte qu’une reprise où les émissions de CO2 suivent le rythme de la reprise de l’activité économique.

Une étude récente montre qu’un investissement dans les énergies propres crée trois emplois pour chaque emploi perdu dans le secteur des énergies fossiles. Chaque million de dollars d’investissement qui passe de l’énergie fossile à l’énergie durable crée encore cinq emplois supplémentaires. C’est l’effet à court terme sur l’emploi. L’énergie verte est un secteur relativement jeune, la réduction des émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie va de pair avec une forte croissance de la production et de l’installation de technologies durables. Ce contexte permet de soutenir l’emploi à un moment où les gouvernements tentent de faire face à la crise du Covid-19. 

Lire aussi Green or brown? Why the colour of the recovery matters to investors, de Schroders


La domination des actions américaines touche-t-elle à sa fin ?

Par Sean Markowicz, stratégiste, et Stuart Podmore, expert en finance comportementale chez Schroders

Le 18 août 2020

Voilà plus d’une décennie que les actions américaines jouent un rôle dominant. D’après l’indice MSCI USA, elles ont gagné 13 % en glissement annuel depuis la crise financière, contre 6 % pour les actions hors États-Unis. Leurs performances sont restées supérieures à la moyenne même pendant la pandémie de coronavirus.  Toutes les conditions d’un basculement sont réunies. Rien ne dit toutefois que cela se produira, ni quand. Mais les investisseurs feraient bien, à l’avenir, de ne plus se focaliser uniquement sur les États-Unis, ne fût-ce que du point de vue de la gestion des risques.

Pourquoi les actions américaines sont-elles si dominantes ?

La principale cause est la croissance plus forte des bénéfices des entreprises américaines. Non seulement les bénéfices augmentent plus rapidement, mais les entreprises américaines sont aussi parvenues à en réinvestir une part croissante. Depuis 2008, ces entreprises ont ainsi réussi à atteindre un rendement boursier supérieur de 25 % à celui des autres entreprises.

Cette surperformance est due à un certain nombre de développements à long terme. La mondialisation a ouvert de nouveaux marchés d’exportation pour les États-Unis, tout en permettant aux entreprises américaines d’avoir aussi accès à une main-d’œuvre bon marché en Chine, par exemple. En outre, la fiscalité et l’accès au crédit ont été très favorables aux entreprises américaines ces dernières décennies.

Les investisseurs sont disposés à payer une prime pour les entreprises à forte croissance, comme Apple, Amazon et Google. Le reste du monde n’a cependant pas une telle exposition à ce type d’entreprises à croissance rapide.

Il est difficile pour les investisseurs d’ignorer le succès des actions américaines. D’où le momentum ou comportement grégaire. De plus, lorsque des investisseurs possèdent ce type d’actions à succès depuis une décennie, il devient de plus en plus difficile pour eux de leur tourner le dos. À cela s’ajoute qu’en période d’incertitude économique, on s’inspire surtout de dirigeants forts pour atténuer une partie des risques et prendre les décisions à notre place. Les investisseurs font de même. Ils ont les yeux rivés sur les États-Unis et pensent que le pays est toujours considéré comme un marché dominant et fiable, possédant l’énergie et le dynamisme nécessaires pour se redresser rapidement.

Qu’est-ce qui peut remettre en cause la domination américaine ?

Bien que les marchés américains aient affiché d’excellents résultats au cours de la dernière décennie, les investisseurs oublient un peu vite les faibles résultats que cette région a enregistrés durant la décennie précédente. Le leadership en matière de performance est cyclique. Il y a toujours des gagnants et des perdants. Cela fluctue. Aujourd’hui, l’écart se creuse entre les rendements relatifs et les prévisions de bénéfices. Les investisseurs sont prêts à payer une prime pour les actions américaines, alors que les prévisions de bénéfices ne le justifient plus. Le cours des actions américaines est dopé par un large optimisme.

Les actions américaines sont-elles (trop) chères ?

Les valorisations actuelles des actions américaines ne sont pas de bon augure pour les rendements futurs. Elles sont tellement étirées que le rendement des actions américaines risque d’être à la traîne par rapport à celui des actions du reste du monde. Le ratio cours-bénéfice ajusté cycliquement (CAPE) est actuellement d’environ 25 pour les actions américaines, contre 13 pour les actions mondiales. Cela rend les perspectives pour cette région moins attractives que celles d’autres marchés.

Sur quoi les investisseurs doivent-ils se concentrer à l’avenir ?

Les actions des géants technologiques semblent vulnérables. Alors que les entreprises comme Amazon, Apple, Google, Facebook et Microsoft ne forment que 20 % du marché boursier américain, elles représentent ensemble un tiers du rendement total des cinq dernières années. Il est un fait que lorsqu’une entreprise a acquis une position de leader, elle a tendance à être moins performante. Elle devient trop grande pour rester performante. Elle conservera peut-être sa position dominante, comme IBM et General Electric, mais elle ne sera plus un moteur de rendement à l’avenir.

Les investisseurs pourraient s’intéresser aux actions cycliques, plus sensibles aux conditions économiques. Les actions cycliques représentent 58 % de l’indice MSCI All Country World ex-USA, mais ont une pondération de 36 % sur les marchés boursiers américains. Une fois que le niveau plancher du cycle a été atteint, les actions de ce type sont celles qui affichent de meilleures performances.

Les actions américaines vont-elles pouvoir conserver leur position dominante?

Pour que les actions américaines continuent à afficher de bons résultats, il est important que les prévisions de bénéfices restent conformes aux cours boursiers. La croissance des bénéfices peut certainement aider, mais les marges doivent, elles aussi, continuer à augmenter. Il faudra que les entreprises technologiques continuent à dominer le marché sans retour de manivelle d’ordre réglementaire.

Bref, la barre est placée haut. Les circonstances semblent mûres pour un basculement. Cela ne veut pas dire pour autant qu’un basculement se produira, mais du point de vue de la gestion des risques, les investisseurs ont tout intérêt à ne plus se focaliser uniquement sur les États-Unis dans la décennie à venir.

Plus de détails dans l’article intitulé « Is this the end for US stock market dominance? », avec la participation de Sean Markowicz, stratégiste, et de Stuart Podmore, expert en finance comportementale chez Schroders.

 


De la phase de récession à celle de reprise : Quelles positions pour les investisseurs ?

Par Tina Fong, Stratège chez Schroders

Le 14 juillet 2020

Les marchés semblent avoir adopté une forme en V, alors que la reprise se fera probablement plus longue. Quelles positions est-ce que les investisseurs devraient prendre si l’économie passe de la phase de récession à la phase de reprise ?

Une bonne compréhension des différentes phases du cycle économique peut s’avérer utile dans l’allocation d’actifs. Pour ce faire, on peut utiliser l’écart de production (output gap) mis au point par Schroders US. En termes simples, l’écart de production mesure la différence entre la production économique réelle et potentielle (à l’aide du PIB). Pour mesurer l’écart de production, il faut examiner le chômage et le taux d’emploi par rapport à leur tendance à long terme. 

Modèle d’écart de production de Schroders US

Dans le graphique présenté, le cycle se trouve dans une phase de profonde récession qui a fait plonger l’écart de production dans le rouge. Un glissement vers la reprise impliquerait une réduction de l’écart de production – à savoir une situation moins négative – par rapport aux trois derniers mois. Même si le marché semble engagé dans la reprise, le modèle suggère que ce ne sera sans doute pas le cas avant le dernier trimestre de cette année.

Phase de récession

En phase de récession, les obligations d’entreprises – et en particulier celles à haut rendement – enregistrent de bonnes prestations. Les entreprises travaillent à la restauration de leur bilan et les marchés anticipent la reprise de l’économie et des bénéfices des entreprises. Dans ce contexte, les actions peuvent se reprendre, mais la préférence des investisseurs ira, dans cette phase, aux obligations d’entreprise. Sans compter que les marchés d’obligations sont stimulés par les programmes de rachat jamais vus des banques centrales.

Phase de reprise

Quand la confiance revient, parce que le cycle évolue vers la phase de reprise, avec une croissance attractive, mais une inflation modérée, les actions enregistrent de meilleures performances que les obligations. Les cours d’actions ne profitent pas tellement des revalorisations, mais profitent de la plus forte croissance des bénéfices, à savoir le bénéfice par action. Les revalorisations du marché se produisent plutôt dans la phase de récession.

Les matières premières ne profitent pas de cette belle croissance parce que les prestations de secteurs comme les métaux industriels et l’énergie restent à la traîne. Cela dit, les investisseurs peuvent malgré tout prendre des matières premières en portefeuille. 

Le dollar, havre de paix en cas de récession, mais l’amour se fane

Lors des dernières récessions, le billet vert a joué le rôle de devise refuge pour les investisseurs. Le yen japonais et le franc suisse se portent également mieux que les autres devises du G10. Dans la phase de reprise, l’amour pour le dollar se fane et la préférence va à des devises plus risquées.

Les secteurs et le style sont déterminants

En cas de récession, les investisseurs préfèrent les secteurs axés sur la consommation au marché. Le plus souvent, les secteurs de la consommation surperforment dans les phases de récession parce que le revenu disponible des ménages est dopé par le recul de l’inflation, des prix pétroliers et des taux d’intérêt. 

La plupart des secteurs cycliques, comme la technologie, la communication et l’énergie restent en retrait dans le S&P 500 durant les phases de récession. Mais, en phase de reprise, ce sont précisément les secteurs cycliques, soit les actions technologiques et industrielles, qui prennent les rênes.

En matière de style, les meilleures performances sont enregistrées par les actions de croissance et de qualité, ainsi que les actions qui proposent un rendement en dividende élevé. Les petites capitalisations enregistrent également de meilleures performances que celles des grandes capitalisations. La récession est le pire moment pour les actions de valeur, mais elles retrouvent leur attrait en phase de reprise.

Cette fois, la situation s’avère (légèrement) différente

Les prestations des marchés suivent aujourd’hui un modèle légèrement différent par rapport aux précédentes récessions. Plus précisément, les emprunts d’État américains réalisent de meilleures performances que les actions et les obligations à haut rendement. Les performances des matières premières sont particulièrement mauvaises ; les chutes de prix extrêmes en sont la cause. La croissance fait mieux que la valeur, mais la force des rendements se situe au-delà de la moyenne. Le fort rendement du secteur technologique est peu courant alors que les biens de consommation sous-performent.  

Les performances des actifs américains portent à penser que cette récession est comparable aux précédentes

Conclusion

En phase de reprise, les investisseurs privilégient souvent une plus grande exposition aux actions qu’aux obligations. Une reprise des bénéfices doit toutefois se manifester. Il existe un sérieux argument en faveur des obligations au regard de la politique souple adoptée par les banques centrales, associée à leurs programmes de rachats. L’exposition aux matières premières peut connaître une croissance supérieure à la moyenne, notamment en raison des fortes sous-performances de cette catégorie de placements au cours de la récession actuelle. Par ailleurs, les investisseurs peuvent envisager de passer du dollar à des devises plus risquées. Les investissements de valeur restent un défi parce que la Fed maintiendra plus longtemps les taux à un niveau assez faible. Les investisseurs peuvent adopter une attitude pro-cyclique dans leur portefeuille pendant la phase de reprise.

Lire aussi Moving from recession to recovery: how can investors position themselves? , de Tina Fong,stratège chez Schroders.

 


La crise du Covid-19 renforce les vérités inéluctables

Par Keith Wade, chef économiste chez Schroders

Le 22 juin 2020

La crise du Covid-19 exerce un effet multiplicateur sur différentes tendances qui se dessinaient déjà avant l’apparition du virus. Les investisseurs devront encore se montrer plus habiles. Il convient de tenir à l’oeil quatre vérités inéluctables : la faiblesse des taux, l’augmentation du coût des soins de santé, l’émergence du populisme et l’accélération des changements technologiques.

L’impact économique de la crise du Covid-19 est énorme. Le confinement a mis fin brutalement à la plus longue expansion économique aux Etats-Unis. Elle a précipité l’économie mondiale dans sa plus grande chute depuis la Grande Dépression. L’influence du coronavirus se fera également sentir à long terme. 

La croissance et le rendement restent sous pression et cela peut durer jusqu’à 40 ans après la pandémie. En d’autres termes, les conséquences économiques et l’endettement consécutifs à la pandémie sont significatifs,. L’apparition d’un virus de ce type pousse les consommateurs à une plus grande prudence. Brutalement, l’équilibre penche vers l’épargne. L’histoire nous montre que les dépenses des consommateurs après une pandémie ne reprennent que très lentement. Les investissements des entreprises reculent également. Le recul de la rentabilité affaiblit les investissements en capital.

Zoom sur quatre vérités inéluctables.

  1. Faiblesse des taux d’intérêt

La combinaison d’une plus forte propension à l’épargne et du recul des investissements en capital entraîne le ralentissement de la croissance et, par conséquent, des taux moins élevés, le chômage et l’inflation restant stables. Le retour de la productivité traîne également la patte. La Covid-19 renforce la tendance déjà signalée, à savoir une longue période de taux réels faibles.

  1. Augmentation du coût des soins de santé

Avec le vieillissement de la population, on pariait déjà sur une augmentation des coûts des soins de santé. Cette tendance est exacerbée par la crise du Covid-19. On s’attend à ce que les pouvoirs publics consacrent davantage de dépenses aux soins de santé pour renforcer leur système de santé. Tout comme les banques ont dû renforcer leurs matelas après la crise financière, une évolution semblable se dessinera dans le secteur de la santé après la pandémie. À l’heure actuelle, les soins de santé représentent déjà près de 20 % des dépenses publiques des pays de l’OCDE. Ces dépenses continueront à augmenter. Un défi pour le financement des dépenses publiques. Soit les pouvoirs publics devront augmenter les impôts, soit ils devront faire des économies.

On s’attend à ce que les pouvoirs publics pratiquent la répression financière (c’est-à-dire le maintien des taux loin en-dessous de la croissance nominale du PIB) pour réduire leur ratio endettement/recettes. Une telle politique pourrait être mise en œuvre par la combinaison du rachat d’obligations publiques par la banque centrale (QE), le contrôle de la courbe de rendement (comme au Japon) et une réglementation forçant les investisseurs à garder en portefeuille les obligations publiques.

  1. Émergence du populisme

Le populisme est l’un des facteurs perturbateurs évoqué depuis un certain temps. Il y a un danger dans les pouvoirs publics qui sapent l’indépendance des banques centrales, s’affranchissent des objectifs d’inflation et, en bout de course, font tourner la planche à billets. Cela débouche sur une hausse de l’inflation, voir une hyperinflation. Mais, à cause du vieillissement de la population, une hausse de l’inflation touche une grande partie de l’électorat puisqu’elle érode la valeur réelle de leur épargne et de leur pension. 

Plus les circonstances causées par le Covid-19 seront pénibles, plus grand sera le risque de mesures populistes.

  1. Accélération des changements technologiques

La progression des salaires réels reste faible, l’inégalité entre les revenus augmente. Une situation qui sera exacerbée par l’accélération des développements technologiques après la crise. La crise est mère de toutes les inventions. Ce n’est pas pour rien que les entreprises technologiques caracolent en tête du récent rally sur Wall Street. 

Les entreprises examinent leur chaîne d’approvisionnement à la loupe, voilà une autre conséquence. Elles ont besoin de distribution avec, de préférence, une plus grande proximité avec les fournisseurs. Cela va de pair avec l’augmentation de l’automatisation, de la robotisation, mais pas avec une plus forte demande sur le marché du travail. Les besoins d’une production de proximité sapent la globalisation. L’intelligence artificielle et la robotisation peuvent également se faire aux dépens de l’emploi dans les pays émergents si l’on souhaite raccourcir la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, la règle du winner-takes-it-all en technologie entraîne l’augmentation des inégalités.

Anticiper sur l’économie post-coronavirus

L’économie mondiale a fait un arrêt d’urgence. Les investisseurs regardent déjà plus loin que l’évolution actuelle et anticipent sur la période post-coronavirus. On peut considèrer que les tendances visibles avant l’apparition du virus seront encore plus visibles après. L’interventionnisme public et la menace du populisme continueront d’augmenter. L’investisseur doit trouver son chemin parmi ces vérités inéluctables.

Lire aussi Covid-19 : the inescapable truths faced by investors, par Keith Wade, chef économiste chez Schroders.

 


Le coronavirus n’arrêtera pas la transition énergétique

Par Mark Lacey, Head of Commodities chez Schroders

Le 22 mai 2020

La pandémie du coronavirus affecte notre vie dans toutes ses facettes, y compris la transition énergétique. Mais  les opportunités à long terme restent intactes. La propagation du coronavirus perturbe l’économie et la vie de tous les jours. L’incidence sur la croissance économique sera considérable. En ce qui concerne la transition énergétique, on peut distinguer trois risques principaux : la demande des consommateurs, la chaîne d’approvisionnement et les effets de l’incertitude et des limitations des déplacements. Il n’empêche que la transition énergétique restera un thème important à long terme. Si l’on veut lutter contre le réchauffement climatique, la transition énergétique reste à l’ordre du jour et constitue donc une opportunité à long terme pour les investisseurs.

Le ralentissement économique affecte la demande des consommateurs

La crise a une incidence sur la demande des consommateurs sur les marchés finaux et affecte entre autres les produits électriques, les voitures électriques et les applications d’énergie renouvelable domestique. À court terme, ce tassement de la demande aura un impact négatif sur les producteurs de ces biens ou de composants comme les batteries.

Problèmes logistiques et chaîne d’approvisionnement

La chaîne d’approvisionnement et les risques logistiques posent problème dans les sous-secteurs de la transition énergétique. C’est la Chine qui domine la chaîne mondiale, en particulier pour l’énergie solaire et les batteries lithium-ion. Les restrictions frappant les déplacements en Chine et l’arrêt de la production dans un nombre croissant de pays ont des répercussions. Les réseaux de transport mondiaux sont limités. Les développeurs dans le domaine de l’énergie renouvelable seront les plus touchés par les perturbations dans la chaîne d’approvisionnement. Cela qui risque d’entraîner des retards dans certains projets. Ces perturbations pourraient aussi se traduire par une hausse du prix de certains composants. Tout dépendra de la durée de l’arrêt de la production. 

Incertitude et limitation des déplacements

La limitation des déplacements génère de l’incertitude dans le monde entier. La conjugaison de ces deux facteurs peut avoir un impact sur les nouveaux projets d’énergie durable. L’année 2020 devait être une année record pour les nouveaux projets d’énergie éolienne et solaire. Mais ces projets vont prendre du retard. L’ampleur de ce retard dépendra des réactions politiques au niveau mondial.

Malgré l’incertitude, les valorisations ont été affectées par les baisses du marché. Les entreprises actives dans la transition énergétique ont vu leur cours diminuer sensiblement, ce qui offre des opportunités aux entreprises de qualité qui étaient précédemment surcotées.

Les risques liés à l’épidémie du coronavirus sont élevés à court terme, notamment pour les prévisions de bénéfices de 2020. Mais la valeur à long terme et le potentiel des entreprises actives dans la transition énergétique n’ont pas changé. Bien que ce soit le coronavirus qui détermine désormais l’ordre du jour, le changement climatique et la nécessité de réduire les émissions de CO2 n’ont pas diminué. L’arrêt de l’activité économique entraîne une amélioration considérable  de la qualité de l’air. Des investissements sont nécessaires pour préserver la qualité de l’air une fois que l’activité économique reviendra à son niveau normal.

Lire aussi

  • How has coronavirus impacted the energy transition?, de Mark Lacey, Head of Commodities chez Schroders.
  • Will Covid-19 prove a pivotal moment for climate change? Our Climate Progress Dashboard is tracking the global impact, d’Andrew Howard, Head of Sustainable Research chez 

 


Quel est l’impact du coronavirus sur le secteur bancaire européen ?

Par Justin Bisseker, European Banks Analyst chez Schroders

Le 1er avril 2020

L’Europe est devenue l’épicentre de la crise du coronavirus.  Quel est l’impact de cette crise sur le secteur bancaire régional ? Il est peu probable que les cours continuent à baisser.

La propagation du coronavirus et le lockdown décidé dans un nombre croissant de pays ont un impact énorme sur l’économie et le secteur bancaire. Les décideurs politiques tentent de limiter les dégâts. Pour les banques, tout dépendra de la durée de la perturbation et de l’ampleur de l’intervention des gouvernements. 

Les gouvernements ont déjà pris de nombreuses mesures pour atténuer l’impact financier de la crise. Les banques centrales baissent les taux d’intérêt, ce qui réduit le coût des prêts à court terme. Il est clair que toutes les banques ne ressentiront pas l’impact du virus de la même manière. Certaines banques sont en meilleure santé que d’autres. C’est pourquoi la sélection des actions dans ce secteur revêt la plus haute importance.

Un resserrement du crédit est peu probable

La crise du coronavirus va sans doute entraîner une augmentation des pertes sur prêts pour les banques. Comme bon nombre de gouvernements ont émis des garanties, on ne s’attend pas à un resserrement du crédit ni à une pénurie de crédit. Les mesures de soutien permettent d’atténuer l’impact des pertes sur crédit. En règle générale, ces pertes sont réparties entre les banques (20 %) et le gouvernement (80 %).

Plus le ralentissement économique est long et profond, plus grand est le risque pour les bénéfices et les positions de capital des banques. Pour l’instant, certains secteurs sont gravement touchés, par exemple le pétrole et le gaz, les voyages, les loisirs et certains secteurs du commerce de détail.  Selon les règles comptables actuelles, une détérioration de la qualité des actifs entraîne des pertes déjà encourues, mais qui ne seront peut-être pas réalisées. On tient compte du fait que la réglementation sera assouplie si la crise s’étend sur plusieurs mois.

Baisse des recettes

Il est clair que les revenus des banques diminuent. À court terme, les revenus provenant des frais bancaires et des activités de trading diminuent. Ils sont en effet plus sous pression que le revenu net d’intérêts. Dès l’amorce d’une reprise, les revenus de la première catégorie rebondiront rapidement. Les taux d’intérêt très bas affectent quant à eux les marges à plus long terme. La situation varie d’une banque à l’autre et d’une région à l’autre. Les banques scandinaves sont plus résistantes à cette crise que les banques de la zone euro et du Royaume-Uni.

Le dividende sous pression si la crise perdure

Si la crise se prolonge, elle risque de contraindre les banques les plus faibles à cesser de verser des dividendes et, au bout du compte, à lever des capitaux. L’assouplissement des réserves de capitaux qui a été annoncé par les banques centrales est un élément important pour gagner du temps. Il faut cependant s’attendre à ce que les réserves de capital doivent être reconstituées à un moment donné. C’est donc un argument de plus pour se montrer sélectif en ce qui concerne les actions des banques.

Le secteur bancaire européen pourrait-il rebondir ?

Jusqu’à présent, les interventions des gouvernements et des banques centrales n’ont pas réussi à apaiser les craintes des investisseurs. Un vaccin pourrait sauver les marchés, mais il ne sera pas disponible avant plusieurs mois. L’indice MSCI Europe affiche un rendement négatif de 33,7 % cette année, alors que le sous-indice des banques affiche un rendement négatif de 43,5 % (au 19 mars 2020).

Aucun gouvernement n’a encore de stratégie de sortie à ce stade, mais le lockdown pourrait être maintenu à moyen terme. Cela représenterait un fardeau social et économique trop lourd pour l’avenir. Si les perturbations ne durent que quelques semaines, le secteur pourrait bien connaître un fort rebond. Grâce à des mesures de soutien efficaces, l’impact sur les bénéfices de 2021 et 2022 pourra être nettement inférieur à celui intégré dans les cours actuels. 

Actuellement, les actions des banques sont cotées en moyenne à un ratio cours/bénéfice prévu (2021) de seulement 6x, contre une moyenne de 9,4x. En outre, les actions offrent actuellement un rendement de dividende de près de 10 %. Le principal risque est un ralentissement économique dans la durée si les mesures actuelles sont prolongées à moyen terme. De nombreuses banques risquent alors de se retrouver dans le rouge. Le marché intègre déjà ce risque dans les cours. 

Les banques en meilleure santé qu’en 2008

Les banques sont en meilleure santé aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en 2008. Elles sont mieux capitalisées, disposent de solides réserves de liquidités, connaissent aujourd’hui un assouplissement plutôt qu’un durcissement des règles en vigueur et sont le canal du soutien gouvernemental aux entreprises et aux particuliers concernés. Le risque est faible de voir les cours boursiers continuer à sombrer, avec à la clé une recapitalisation forcée.

Lire aussi ‘What is the impact of Covid-19 on European banks?’, de Justin Bisseker, European Banks Analyst chez Schroders.


L’innnovation dans les soins de santé : Des oppportunités d’investissement

Par John Bowler, gestionnaire de fonds, Global Healthcare, chez Schroders.

Le 5 mars 2020

L’innovation dans le domaine des soins de santé est un thème d’investissement porteur. Il y a un lien direct entre l’évolution des besoins en soins et l’allongement de l’espérance de vie.

Vivre plus longtemps avec plus de maladies

L’augmentation de l’espérance de vie dans de nombreux pays va de pair avec un risque accru de maladies chroniques et, partant, une demande accrue de services de soins de santé. Dans plusieurs pays développés, le groupe des 65 ans et plus est la cohorte qui connaît la croissance la plus rapide. Comme les budgets des soins de santé sont sursollicités, le secteur se voit contraint de développer des nouvelles technologies pour améliorer l’efficacité de l’offre de soins. Il y a là des opportunités de croissance à saisir pour les investisseurs.

Alors qu’en 1950, l’espérance de vie moyenne dans le monde était de 47 ans, elle est passée de nos jours à 73 ans et atteindra 83 ans en 2030. D’après les prévisions, le groupe des 65 ans et plus représentera 14,1 % de la population mondiale en 2040, contre 9,3 % aujourd’hui. Dans certains pays, ce chiffre est encore plus élevé, par exemple 25 % au Royaume-Uni et plus de 35 % au Japon. Le vieillissement de la population entraîne aussi son lot de complications dans le domaine de la santé. Les maladies liées au vieillissement vont augmenter. Le diabète, par exemple, causera cette année 25,5 millions de décès, contre 14,5 millions en 1990.

Les budgets des soins de santé exigent une efficacité accrue 

Les pays développés consacrent en moyenne 10 à 12 % de leur PIB aux soins de santé. Les États-Unis arrivent largement en tête avec 17 % du PIB. D’après les prévisions, ce chiffre grimpera jusqu’à 25 %. Le vieillissement de la population met à mal les budgets des soins de santé. 

Beaucoup de dépenses liées aux soins de santé dans les pays développés sont inefficaces et représentent parfois même, dans le pire des cas, un véritable gaspillage. Certains patients reçoivent par exemple des soins inutiles ou de mauvaise qualité qui n’améliorent pas leur santé. Bon nombre de systèmes de santé font peu appel aux médicaments génériques, tandis que certains dispensent des soins coûteux dans les hôpitaux plutôt que dans des établissements plus rentables. Les prestataires de soins de santé ont donc besoin de trouver des moyens d’améliorer leur efficacité et de réduire le gaspillage.

La technologie permet d’accroître l’efficacité des soins

Le rôle que l’automatisation et les nouvelles technologies peuvent jouer apparaît clairement dans le traitement du diabète. D’après les prévisions, 642 millions de personnes dans le monde souffriront de cette maladie en 2040 (en 2015 : 415 millions). Les glucomètres portables permettent de mesurer jour et nuit le taux de glucose dans le sang, réduisant ainsi la nécessité d’effectuer des tests sanguins. Cet appareil permet aux patients diabétiques de surveiller et de gérer leur propre santé, ce qui réduit la demande de soins professionnels.

L’innovation dans les soins de santé offre des possibilités d’investissement intéressantes

Une application efficace de la technologie réduit le gaspillage, limite les erreurs et améliore l’efficacité. Le développement de nouvelles technologies de santé va en s’accélérant. Les entreprises qui sont à la pointe de ce secteur peuvent offrir des possibilités d’investissement intéressantes. La valeur des investissements dans l’industrie pharmaceutique et la biotechnologie a augmenté de 232 % entre 2010 et 2018. Au cours de la même période, la valeur des investissements dans les technologies de la santé a augmenté de 186 %. 

Selon une étude de BofA Merrill Lynch, certains sous-secteurs des soins de santé pourraient connaître des taux de croissance annuels composés supérieurs à 50 % entre 2018 et 2025. Par exemple, la taille du marché des Big Data (pour améliorer les résultats des patients) et de l’intelligence artificielle dans les soins de santé devrait augmenter de plus de 50 % jusqu’à atteindre 36,1 milliards de dollars.

Lire aussi

  • How the aging population could be a boon for investors, de John Bowler, gestionnaire de fonds, Global Healthcare, chez Schroders.
  • The three fastest-growing trends in healthcare

Attention: Les différences entre les classes d’actifs se réduisent !

Par Dorian Carrell et Kristjan Mee, stratégistes multi-actifs chez Schroders

Le 18 février 2020

Les investisseurs en actions et en obligations sont confrontés à un certain nombre de défis communs. Deux mondes souvent considérés – à tort – comme différents sont en train de se rapprocher de plus en plus à mesure que le cycle économique et d’investissement touche à sa fin. Mais les actions et les obligations sont en fait les deux faces d’une même pièce. Il devient difficile pour les entreprises de choisir quel intérêt faire primer. Choisir les unes a des conséquences pour les autres.

Endettement plus important que lors des crises précédentes

Les entreprises des pays développés ont profité des taux bas. Elles ont considérablement augmenté leur endettement. Les entreprises américaines hors secteur financier actives sur le marché obligataire sont plus exposées à l’endettement que pendant la crise financière ou la crise des dotcom. Il s’agit d’une tendance préoccupante du point de vue de l’investisseur en obligations. Mais elle augmente aussi les risques pour l’investisseur en actions, car un endettement plus important fait augmenter le risque de turbulences financières.

Graphique : L’endettement des entreprises explose tandis que leurs bénéfices restent stables

L’accumulation de dettes est la plus forte dans des secteurs (que les investisseurs considèrent comme) relativement sûrs. L’endettement des entreprises non cycliques a crevé le plafond. Il s’agit des entreprises de biens de consommation, de communication, de soins de santé et d’utilité publique. Les entreprises cycliques ont, au contraire, été plus réticentes à s’endetter.

Les entreprises non cycliques restent malgré tout sensibles au cycle

Les investisseurs en obligations et ceux en actions ont tendance à penser que ces entreprises non cycliques sont moins sensibles au cycle économique qui touche à sa fin. Mais le zèle de ces entreprises sur les marchés obligataires écorne cette image. Une stratégie d’investissement dans un panier de sociétés non cycliques peut accroître l’exposition au risque au lieu de la réduire.

Le rachat d’actions atteint sa limite

Une autre tendance que l’on constate en particulier aux États-Unis est la mise en place de nombreux programmes de rachat d’actions. Les conséquences sont doubles pour l’investisseur en actions. Tout d’abord, cela réduit le nombre d’actions en circulation, ce qui est bon pour le bénéfice par action. En outre, le prix de l’action grimpe parce que le programme de rachat crée une demande supplémentaire sur le marché.

Mais lorsque le bilan comprend moins d’actions, cela veut dire que le tampon protégeant les investisseurs en obligations contre les pertes est plus limité. Au pic cyclique de 2017, 150 milliards de dollars américains, soit 34 % des acquisitions aux États-Unis, étaient financés par des titres représentatifs de dette (Goldman Sachs, 3 décembre 2019). Si l’on peut affirmer que le passage des actions aux obligations a été un choix rationnel compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt, ce comportement peut avoir atteint à présent sa limite naturelle, en particulier pour les entreprises les plus vulnérables.

Certains investisseurs seront peut-être surpris de constater qu’avant 2004, les nouvelles émissions d’actions dépassaient régulièrement les rachats. La baisse de la flexibilité peut entraîner une réduction des dividendes distribués aux actionnaires ou même l’émission de nouvelles actions pour compenser le déficit. Le secteur des services d’utilité publique joue le rôle du canari dans une mine de charbon. Depuis 2013, les services publics émettent plus d’actions qu’ils n’en rachètent. Cela va à l’encontre de la tendance générale du marché.

Attention au BBB

Le marché obligataire a un secteur vulnérable : le segment BBB. Il s’agit des entreprises les plus vulnérables de la catégorie investment grade. Les émissions de dette ont considérablement augmenté dans ce segment. Les obligations BBB représentent aujourd’hui plus de 50 % du marché américain de type investment grade. Le potentiel d’abaissement de la note est donc énorme. C’est un aspect avec lequel les investisseurs n’avaient pas compté lorsqu’ils ont acheté ces obligations pour s’assurer un revenu stable.

Les investisseurs en actions et en obligations sont confrontés à un certain nombre de défis communs. Les deux mondes sont en train de se rapprocher l’un de l’autre. Les investisseurs en actions devront analyser les bilans plus comme les analystes obligataires, mais en mettant peut-être moins l’accent sur la croissance des bénéfices. De leur côté, les investisseurs en obligations devront accorder plus d’attention aux marges actuelles et aux bénéfices futurs. 

Les entreprises qui chouchoutent leurs actionnaires pourraient mettre la pression sur les détenteurs d’obligations. Le risque de défaillance plus élevé pourrait creuser les spreads de crédit. Les entreprises qui se concentrent sur les détenteurs d’obligations seront en revanche sans doute moins généreuses dans les montants distribués aux actionnaires. 

Lire aussi The converging worlds and diverging interests of equity and bond investors, de Dorian Carrell et Kristjan Mee, stratégiste multi-actifs de Schroders.


Les actifs privés restent attractifs

Le 28 janvier 2020

L’intérêt pour les actifs privés (private assets) va croître dans les années à venir. Actuellement, les actifs privés représentent environ 10 à 15 % d’un portefeuille institutionnel. Mais cette part va augmenter au cours des trois prochaines années. Comme les risques macroéconomiques et géopolitiques deviennent de plus en plus préoccupants pour les investisseurs, ceux-ci vont exiger une plus grande diversification de leur portefeuille et rechercher un rendement non corrélé attractif. Les actifs privés peuvent répondre à cette attente.  

Capital à risque privé

Le capital à risque privé est considéré comme créateur de valeur, tant pour l’économie que pour les investisseurs. Il y a donc un trend de croissance à long terme. L’afflux croissant de capitaux vers le capital à risque privé comporte cependant des défis. En particulier, les valorisations privées des « licornes » préalables à leur entrée en bourse ont tellement augmenté ces dernières années qu’elles peuvent décevoir une fois cotées en bourse. Uber, Lyft, Slack et Pinterest, les chouchous du monde du capital à risque privé, cotent aujourd’hui en dessous de leur prix de lancement.

Dette privée 

La dette privée est l’une des catégories d’actifs privés qui connaît la croissance la plus forte. Après les grands fonds souverains, les investisseurs institutionnels ont, eux aussi, découvert cette catégorie. Lorsque les banques se sont retirées du crédit après la crise financière et que les relations entre les entreprises et les prêteurs se sont améliorées, on a vu apparaître un large éventail de possibilités. L’attractivité croissante de la dette privée comporte des risques tels que des nouveaux prêteurs et une concurrence accrue. La prudence est de mise par rapport aux prix et conditions moins favorables. Compte tenu des signes de ralentissement de la croissance économique, les investisseurs devraient donner la priorité à la qualité des gestionnaires et au maintien de positions de dette privée diversifiées dans les diverses régions et secteurs.

Immobilier commercial 

Les prix de l’immobilier commercial européen varient fortement et évoluent dans des directions opposées. Voilà pourquoi les investisseurs ne doivent donc pas se contenter de suivre un seul marché, mais doivent en suivre plusieurs. La plus grande différence est celle enregistrée entre le stockage de détail et le stockage industriel. La fragmentation du marché se poursuivra en 2020. On peut privilégier les bureaux dans les « villes gagnantes » qui ont une économie diversifiée, comme Amsterdam, Berlin, Copenhague, Paris, Munich, Manchester, Londres et Stockholm. Le secteur du commerce de détail reste difficile. Le défi consiste à donner aux espaces commerciaux une nouvelle affectation en les transformant en hôtels, bureaux et logements.

Financement des infrastructures 

En raison de la faible croissance économique et des valorisations élevées sur les marchés publics, les investisseurs recherchent des placements soutenus par des tendances structurelles à long terme. Le financement des infrastructures répond bien à cette attente. 

Les investisseurs ont pendant longtemps considéré les investissements dans les infrastructures comme inintéressants et peu emballants. Le marché était considéré comme mature et la demande de financement semblait diminuer. Pourtant, cette catégorie d’actifs en apparence poussiéreux – qui semble à première vue très éloignée des paillettes et du glamour des start-ups technologiques – est davantage sous le feu des projecteurs ces dernières années. La transition énergétique, la mobilité urbaine et la révolution numérique sont des secteurs dans lesquels les besoins de financement sont considérables et les capitaux privés peuvent y pourvoir. Cela modernise l’image de l’infrastructure. L’investissement dans l’infrastructure devient de ce fait un investissement branché et socialement responsable.

Titres liés à l’assurance 

L’incertitude qui règne actuellement sur les marchés publics renforce la demande de rendements non corrélés que peuvent procurer les titres liés à l’assurance (ILS). Les ILS sont un bon moyen de répartir les risques. Par le passé, les ILS ont ajouté un élément stabilisateur aux stratégies de placement exposées à la volatilité des classes d’actifs traditionnelles.

Environ un tiers du marché relativement jeune des ILS est constitué d’obligations catastrophes (« CAT bonds »). Ces obligations sont les instruments les plus liquides du marché des ILS. Ces dernières années n’ont pas été faciles pour les ILS. Après une décennie de sécheresse, les années 2017 et 2018 ont été marquées par plusieurs ouragans qui ont frappé les États-Unis, par les incendies de forêt qui ont dévasté la Californie et par des typhons qui ont provoqué des dégâts considérables au Japon. Les primes d’assurance vont par conséquent augmenter dans les régions sinistrées. Les investisseurs y trouveront une compensation pour la période de pertes supérieures à la moyenne.

Lire aussi Private assets in 2020: What next?, de Nils Rode, Ji-Eun Kim, Duncan Owen, Charles Dupont et Beat Holliger, spécialistes des investissements privés chez Schroders.


Émergence de super-entreprises américaines : quelles conséquences pour les investisseurs?

Par Sean Markowicz, stratégist chez Schroders

Le 10 décembre 2019

Les plus grandes entreprises américaines ont réussi à consolider leur position de force sur le marché et à générer des bénéfices anormaux grâce à l’innovation technologique, à l’augmentation des fusions et acquisitions et à l’application laxiste de la législation antitrust. Les investisseurs doivent-ils se faire du souci ?

La concurrence est un des fondements de l’économie de marché. Elle pousse les entreprises à maintenir des prix bas, à fabriquer des produits de meilleure qualité et à offrir des salaires attractifs. Mais au cours des deux dernières décennies, on a vu apparaître des signes d’affaiblissement de la concurrence dans l’économie américaine. 

La concentration du marché s’est renforcée dans plus de 75 % des secteurs d’activité américains, ce qui s’y traduit par une domination de plus en plus marquée par une poignée de super-entreprises en termes de chiffre d’affaires, de bénéfices et de rendement. Face à une telle domination, il est permis de se demander si ce ne sont pas les consommateurs qui en font les frais et si cela n’exacerbe pas l’inégalité de revenu. Cette domination pourrait induire une réponse régulatoire qui risque de porter préjudice aux investisseurs qui détiennent une participation dans ces entreprises.

La concurrence sous pression

L’innovation technologique a remodelé le paysage concurrentiel. C’est surtout visible dans le secteur des technologies de l’information. Google représente 88 % de l’ensemble des recherches en ligne aux États-Unis et Facebook contrôle 42 % des réseaux sociaux, tandis qu’Apple (iOS) et Google (Android) se partagent le marché des systèmes d’exploitation mobiles. Cette position dominante crée d’énormes barrières à l’entrée. La concurrence est encore affaiblie davantage par l’avalanche de fusions et acquisitions. Aux États-Unis, le nombre moyen de fusions et acquisitions est passé d’environ 5.600 à plus de 10.000 par an au cours des trois dernières décennies. Le laxisme des autorités de la concurrence a permis aux grandes entreprises de consolider encore davantage leur part de marché. 

L’inégalité augmente

La vigueur accrue du marché a aidé les entreprises américaines à se tailler une part beaucoup plus grosse du gâteau économique. Depuis les années nonante, la part des bénéfices des sociétés dans le PIB est passée d’environ 6-8 % à 10-12 % aujourd’hui. En revanche, la part du revenu des travailleurs régresse depuis trois décennies et la tendance s’est encore accélérée depuis le début du siècle puisque cette part a chuté de 64 % à 57 %.

Cette réallocation de la production vers les super-entreprises, qui met les salariés hors jeu, a contribué à accroître l’inégalité de revenu. Le rendement des actions a augmenté parallèlement à la concentration dans les secteurs d’activité. Les actions représentent une part beaucoup plus faible de la richesse des ménages à faible revenu par rapport aux ménages à revenu élevé. Bien que la concentration dans les secteurs d’activité ait augmenté le rendement pour les actionnaires, les avantages ne sont donc pas répartis de façon uniforme au sein de la population américaine.

Dans la pratique, la bonne performance des super-entreprises sur le marché a été plus profitable pour les investisseurs passifs que pour les investisseurs actifs. Le problème, c’est que sous l’effet de la concentration croissante sur le marché boursier américain, les investisseurs passifs prennent aujourd’hui plus de risques qu’ils ne le pensent et qu’ils sont donc plus exposés à un éventuel renversement des tendances du marché.

Qu’est-ce qui peut faire tourner le vent pour les super-entreprises ? 

L’insatisfaction croissante suscitée par la stagnation des revenus a contribué à la montée du populisme aux États-Unis et certaines voix se sont élevées pour réclamer une intervention du gouvernement. Un renforcement des règles représente un risque considérable de diminution de la croissance des revenus, des marges bénéficiaires et des valorisations de ces super-entreprises. Dans le passé, les mesures de régulation prises à l’encontre de certaines super-entreprises ont coïncidé avec une baisse des valorisations ainsi que des cours boursiers et elles ont été suivies d’un ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires. Les cours des actions risquent d’être mis sous pression si le contrôle exercé par le régulateur vient à se renforcer au cours des années à venir. 

Il n’est pas dit que ces super-entreprises resteront dominantes. Elles pourraient être les Nokia ou les Blackberry de demain. Les investisseurs passifs sont les plus exposés à ce risque. Mais une analyse approfondie de chaque entreprise et de ses perspectives peut aider les investisseurs à maîtriser les dangers à venir.

Lire aussi The rise of US superstar firms and its implications for investors, de Sean Markowicz, stratégist chez Schroders.

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La vidéo avec Sean Markovicz : GAFA : les stars d’aujourd’hui ne sont pas celles de demain! 


Les États-Unis se dirigent-ils vers une récession en 2020 ?

Par Martin Arnold, économiste chez Schroders

Le 19 novembre 2019

Alors que la guerre commerciale est au centre de l’attention des médias, l’industrie manufacturière américaine affiche des résultats macroéconomiques atones. L’économie américaine va-t-elle au-devant d’une récession ? Décryptons les signaux du marché obligataire et du marché du travail pour évaluer le risque d’une récession en 2020. 

Courbe des taux d’intérêt inversée

Le marché obligataire a fait ses preuves comme outil prédictif d’une récession. À une seule exception près (en 1966), une courbe des taux d’intérêt inversée a toujours été annonciatrice d’une récession dans les 12 à 18 mois qui suivent. 

La courbe des taux reflète l’évolution du niveau des taux d’intérêt des obligations souveraines à diverses échéances. Il est généralement moins coûteux d’emprunter à court terme qu’à long terme. La courbe des taux d’intérêt d’une économie qui fonctionne normalement devrait donc avoir la forme d’une pente ascendante, les obligations à long terme ayant un taux d’intérêt plus élevé que les obligations à court terme.

Dans le cas d’une courbe des taux d’intérêt inversée, le taux des obligations américaines à 10 ans est inférieur à celui des obligations à 3 mois. La plus récente inversion de la courbe des taux d’intérêt a eu lieu en mai de cette année, ce qui donne à penser que l’économie américaine se dirige peut-être vers une récession.

Graphique : La courbe des taux d’intérêt américains annonce une récession

 

Un modèle de récession de Schroders évalue à 40 % la probabilité d’une récession. Chaque fois que le risque de récession a franchi le seuil critique des 25 %, il s’en est suivi une récession, hormis en 1966.

Mais il y a encore d’autres signaux. La réserve fédérale de New York mesure le sentiment des investisseurs obligataires au moyen du modèle « excess bond premium ». Selon cet indicateur, le risque de récession n’est que de 10 %.

Essoufflement du marché du travail

Le marché du travail américain est robuste. Aux États-Unis, les travailleurs commencent à travailler moins d’heures, mais la croissance des salaires reste saine. Dans ces conditions, la croissance de l’activité économique devrait se poursuivre en 2020. Le marché du travail semble pourtant s’essouffler. Si cette tendance se maintient, on pourrait entrer dans une période de ralentissement économique ou de récession. Les indicateurs prédictifs incitent également à la prudence.

Graphique : L’indicateur des tendances de l’emploi se trouve-t-il à un tournant ?

 

Comment les investisseurs peuvent-ils réagir ?

Certains signes annoncent un ralentissement imminent de la croissance, mais l’économie ne va pas pour autant entrer en récession. Les banques centrales des grandes économies y contribuent en maintenant des taux d’intérêt très bas. Mais les investisseurs peuvent s’interroger sur la sensibilité de leurs placements boursiers au cycle économique. Les périodes de ralentissement et de récession sont les phases du cycle conjoncturel au cours desquelles les marchés boursiers affichent les résultats les plus médiocres.

On prévoit en tout cas une récession au niveau de la croissance des bénéfices des entreprises américaines. Les marges bénéficiaires sont mises sous pression par la croissance salariale et la baisse de la demande. Si le ralentissement économique s’accélère, les entreprises réduiront leurs dépenses d’investissement et peut-être même leurs effectifs. Dans un tel scénario, les investisseurs feront preuve de prudence face aux valorisations élevées des marchés d’actions.

Si l’on tient compte des signaux combinés émanant du marché du travail et de celui des obligations, un ralentissement de la croissance semble inévitable aux États-Unis. Mais cela ne débouchera pas forcément sur une récession à condition que les mesures de stimulation soient maintenues. Les banques centrales ou les mesures incitatives prises par les gouvernements peuvent contribuer à maintenir les valorisations à un niveau relativement élevé. 

Lire aussiIs the US heading for recession in 2020?, de Martin Arnold, économiste chez Schroders.


Les titres liés à l’assurance : De quoi s’agit-il ? Comment cela fonctionne?

Par Beat Holliger, spécialiste ILS chez Schroders

Le 9 octobre 2019

Les conditions de marché difficiles pour les classes d’actifs traditionnelles entraînent une demande accrue de placements moins corrélés, comme les titres liés à l’assurance (« insurance linked securities » – ILS).  De quoi s’agit-il et comment est-ce que cela fonctionne ? 

Définition

Comme leur nom l’indique, les « insurance linked securities » sont des titres liés à des assurances. Le rendement est déterminé par des événements naturels plutôt qu’économiques. Cela signifie qu’ils ne sont donc pas corrélés aux classes d’actifs traditionnelles, dont le rendement dépend davantage de la conjoncture économique, des résultats des entreprises ou des risques géopolitiques. La valeur totale du marché des ILS est estimée à environ 103 milliards de dollars américains.

Catastrophes et autres malheurs

Un tiers du secteur des ILS se compose d’obligations catastrophes (« catastrophe bonds » ou CAT bonds). Les CAT bonds sont librement négociables et ont normalement une maturité de trois à cinq ans. La plupart des chiffres sont disponibles pour ce segment.

Les deux autres tiers du marché des ILS se composent de contrats privés non négociables, ayant une maturité de 12 mois en général. Ce marché permet aux investisseurs d’avoir accès à une variété de risques d’assurance, tels que les risques liés au transport maritime et aérien et des assurances spécialisées. Comme ils ne sont pas négociables, les placements dans ce segment du marché des ILS offrent une « prime d’illiquidité » supplémentaire.

En quoi les ILS se distinguent-ils des obligations émises par les sociétés ou les États ?

  1. Risque de crédit

Les ILS sont en fait un moyen utilisé par les entreprises pour se couvrir contre les risques résultant d’un événement. L’investisseur en ILS touche des intérêts prélevés sur la prime d’assurance plus un rendement du marché monétaire. Cela signifie que le rendement est principalement déterminé par le risque d’assurance pris en charge.

Contrairement aux obligations émises par les sociétés ou les États, les ILS ne sont pas directement exposés au risque de crédit de l’émetteur. Cette caractéristique est due à la structure spécifique des ILS qui convertissent un risque d’assurance en instrument d’investissement.

Dans le cas peu probable d’un défaut de l’émetteur d’un ILS (qui ne paierait par exemple pas la prime de risque convenue), le capital nominal n’en serait pas affecté. L’ILS cesserait d’exister et la garantie sur le compte fiduciaire distinct serait remboursée aux investisseurs. En revanche, ce qui pourrait conduire à la perte du capital nominal, c’est bien entendu la survenance de l’« événement assuré ». Si l’ouragan, l’inondation ou le tremblement de terre contre lequel l’acheteur de la protection s’est couvert survient, le capital investi est sollicité. Il ne s’agit cependant pas d’un risque de crédit, mais du risque d’assurance inhérent à l’instrument. C’est aussi une raison majeure expliquant l’absence de corrélation avec les marchés traditionnels.

  1. Duration

La duration (sensibilité aux variations des taux d’intérêt) des instruments ILS est généralement négligeable. Les ILS sont en théorie des instruments à taux variable, étant donné qu’une partie de l’intérêt du coupon payé est basée sur le rendement du marché monétaire. Le coupon est ajusté mensuellement, ce qui signifie que les modifications de la politique monétaire ont peu d’effet sur la valeur de l’instrument.

Où trouve-t-on des ILS à l’heure actuelle ?

Une opportunité de placement raisonnablement valorisée dans le secteur des ILS est un placement qui offre une rémunération suffisante pour le risque d’assurance inhérent que les investisseurs prennent en charge. Pour ce faire, il faut avoir une idée des dommages modélisés par rapport au rendement potentiel.

2017 et 2018 ont été des années où les pertes assurées ont atteint des montants élevés (respectivement 140 milliards de dollars et 80 milliards de dollars au niveau mondial). Par l’effet combiné des catastrophes naturelles survenues durant ces années, les prix sont devenus plus intéressants en 2019. Les primes ayant été ajustées pour améliorer l’indemnisation, en particulier pour les contrats touchés par les sinistres, les spreads atteignent aujourd’hui leur plus haut niveau en six ans.


Pourquoi la gestion axée sur la valeur at-elle encore du sens ?

Par  Kevin Murphy, gestionnaire de fonds chez Schroders

Le 24 septembre 2019

Cela fait déjà un petit temps qu’une stratégie de croissance offre de meilleures performances que l’investissement dans la valeur. Un certain nombre d’investisseurs considèrent que la gestion de portefeuille axée sur la valeur a fait son temps. Mais cette stratégie n’est pas dépassée. Il y a quatre bonnes raisons à l’appui de cette affirmation. Les opportunités pour les investisseurs dans la valeur sont aujourd’hui plus nombreuses que jamais. 

  1. L’investissement dans la valeur fonctionne encore

Il ne faut pas remonter bien loin en arrière pour trouver un exemple actuel illustrant que l’investissement axé sur la valeur fonctionne encore. Si un investisseur avait eu l’intuition des fortes turbulences qui ont secoué les marchés en 2018, il aurait probablement opté pour une stratégie défensive. Il aurait pris une exposition sur la Suisse, sur des matières premières robustes ou sur des produits de marque. Mais le pays le plus rentable de l’année 2018 aura été la Russie, avec ses actions pétrolières et gazières et ses risques politiques. Au cours d’une année turbulente, la valeur a donc bel et bien joué un rôle significatif. L’investissement dans la valeur a un effet défensif en période de turbulences sur les marchés.

  1. L’investissement dans la valeur fonctionne aussi à l’échelon individuel

L’investissement dans la valeur fonctionne aussi bien par rapport aux marchés qu’à l’échelon des actions individuelles. Le principe est le même. Les investisseurs deviennent avides lorsque les prix grimpent et paniquent lorsque les prix baissent. C’est pourquoi l’investissement dans la valeur fonctionne aussi pour les actions. Prenons l’exemple de l’action Tesco qui, bien que souffrant de la disruption, a néanmoins gagné environ 40 % au cours des deux années écoulées. La disruption produit certains effets, mais elle ne neutralise pas le cycle de valeur.

3. Les actions de valeur croissent aussi

Dans un monde à faible croissance, une prime est versée pour les actions de croissance qui se situent au-dessus des actions de valeur. D’aucuns en tirent la conclusion erronée que les actions de valeur ne croissent pas. Or depuis 2016, les actions de valeur et les actions de croissance ont vu leurs bénéfices progresser au même rythme. La surperformance de la « croissance » par rapport à la « valeur » n’est due qu’à la revalorisation. Les actions de croissance sont devenues plus chères et le ratio cours sur bénéfices a augmenté. Des valorisations plus élevées sont génératrices d’instabilité et de vulnérabilité.

4. Les critères d’évaluation restent importants

Le ratio cours sur bénéfices (PER) est sans doute l’argument le plus convaincant pour inciter à la prudence quand on veut renoncer à des investissements dans la valeur. Les investisseurs obsédés par les sociétés en croissance, qui, soit dit en passant, excluent ainsi toutes les autres sociétés, semblent de plus en plus enclins à abandonner ce ratio qu’ils jugent démodé et non pertinent dans un monde numérique et disruptif. Mais ce reproche est-il fondé ? En ce qui concerne les investissements dans la valeur, le ratio cours sur bénéfices est une espèce de « vérité dérangeante » pour les investisseurs qui croient que la propension du marché à la croissance peut durer indéfiniment  et que c’est vraiment différent cette fois-ci. Un ratio cours sur bénéfices n’est pas une étiquette que l’on colle à une entreprise, comme un logo. Non, ce ratio est un indicateur essentiel qui se calcule en divisant le cours de l’action d’une entreprise par ses bénéfices.

Pour illustrer l’importance du ratio cours sur bénéfices dans le cadre d’une analyse d’investissement, on peut également l’inverser, c’est-à-dire diviser les bénéfices par le cours de l’action. L’on obtient ainsi le taux de rendement implicite ou rendement bénéficiaire qui est, à certains égards, comparable au taux obligataire. Lorsque les investisseurs obligataires prêtent de l’argent à une société, ils le font à ce qu’ils pensent être un taux d’intérêt correct pondéré en fonction du risque, c’est-à-dire 2 %, 3 %, 4 % ou une autre valeur, qui leur permettra d’obtenir un rendement. Cela vaut également pour les actions. En fait, les investisseurs en actions prêtent aussi de l’argent à une entreprise et le rendement bénéficiaire indique à quel pourcentage ils le font. Ce qui serait en règle générale un ratio cours sur bénéfices peu cher de 10x (10/1), devient donc un rendement de 10 % par an (1/10), alors que ce qui serait généralement un ratio cours sur bénéfices plutôt cher de 30x (30/1), devient un rendement d’une peu plus de 3 % par an (1/30).

Un ratio cours sur bénéfices peu cher de 10 représente en fait un rendement bénéficiaire de 10 %. Tandis qu’un ratio sur bénéfices cher de 30 correspond à un rendement bénéficiaire effectif de 3 %. Les investisseurs préfèrent actuellement prêter de l’argent à un rendement effectif de 3 % au lieu de 10 %. Face à un choix entre un rendement de 10 % ou de 3 %, la plupart des investisseurs y réfléchiraient à deux fois avant d’opter pour ce dernier. Or, c’est exactement le choix qu’ils font lorsqu’ils décident d’acheter des actions de croissance plutôt que des actions de valeur.

Plus une entreprise grandit, plus il lui est difficile de grandir davantage. Ou, comme le dit le proverbe, « les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel », même s’ils ont commencé à pousser très vite.

On peut interpréter la turbulence des marchés en 2018 comme un avertissement par rapport à ce qui pourrait se produire si les investisseurs commencent à remettre en question les valorisations extrêmement élevées des sociétés en croissance. L’exposition à une stratégie axée sur la valeur peut aider à protéger un portefeuille lorsque les prix sont rattrapés par la force de gravité.

Lire aussi Value investing dead? Four reasons why that just isn’t the case, de Kevin Murphy, gestionnaire de fonds chez Schroders


Réfléchissez-y à deux fois avant d’investir dans une « licorne »

Par Andrew Evans, gestionnaire de fonds chez Schroders

Le 12 août 2019

Investir dans une « licorne » à valorisation élevée n’est pas un moyen durable de générer du capital.

Des licornes à profusion

La Grande-Bretagne a récemment annoncé qu’elle occupait la troisième place, derrière les États-Unis et la Chine, du classement mondial des sociétés de technologie non cotées en bourse et dont la valeur dépasse 1 milliard de dollars. Au cours des deux dernières décennies, les entrepreneurs britanniques ont produit 72 licornes, dont 13 rien que l’année dernière. Mais, toutes les réactions enthousiastes ne doivent pas faire oublier les données objectives. On peut se baser sur le ratio cours-bénéfices corrigé des variations cycliques (CAPE). Ce ratio reflète l’évolution moyenne des bénéfices au cours des dix années écoulées, corrigée de l’inflation. Le CAPE aide à déterminer si une entreprise ou un secteur est bon marché ou coûteux.

Trois success-stories

La revue The Economist s’est récemment intéressée à douze licornes anciennes et actuelles du secteur de l’Internet, qui sont actives notamment dans les domaines du transport, du streaming musical, de l’immobilier et du commerce en ligne. Six sont originaires des États-Unis, cinq d’Asie et une d’Europe, avec une moyenne d’âge de dix ans. Ensemble, elles représentent une valeur de marché de 350 milliards de dollars. Ces sociétés ont une valorisation combinée de 350 milliards de dollars, soit à peu près autant que la valorisation basée sur les émissions d’actions d’Alibaba (2014), Facebook (2012) et Google (2004). Ces introductions en bourse, qui ont conduit à la création de plus d’un billion de dollars de valeur, comptent parmi les plus réussies et resteront gravées dans la mémoire des gestionnaires de fonds, ajoute l’article. « Les gestionnaires de fonds qui détenaient de telles actions ont obtenu de meilleurs résultats tandis que ceux n’en détenaient pas ont risqué d’être licenciés. »

L’article paru dans The Economist souligne également que onze entreprises des douze en question ne font pas de bénéfices. C’est actuellement le cas pour 84 % des introductions en bourse, contre 33 % il y a dix ans. Les douze ont déjà brûlé 47 milliards de dollars pour atteindre leur niveau actuel. C’est un lourd tribut à payer. Pour justifier la valorisation à 350 milliards, elles doivent augmenter leur chiffre d’affaires de 49 % par an au cours des dix prochaines années. C’est le même taux de croissance qu’Amazon, Alphabet et Facebook ont réalisé durant les dix années qui ont suivi leur introduction en bourse.

Aucun bénéfice et plutôt onéreuses

Il est humain de ne retenir que les grands gagnants. Les cours des actions d’Amazon, Alphabet et Facebook ont bien performé. Mais à côté de cela, des centaines d’entreprises technologiques prometteuses ont connu l’échec et disparu sans laisser la moindre trace. Nul ne peut dire si les douze réussiront ou non. Mais pour un investisseur en valeur, il n’est pas avisé d’investir dans des sociétés qui ne font pas de bénéfices et qui affichent de surcroît une valorisation élevée. Cela n’est pas un moyen durable de générer du patrimoine sur le long terme. 

Retrouvez le texte complet de cette analyse dans l’article joint intitulé « Why investors should think hard before feeding a ‘unicorn’ », d’Andrew Evans, gestionnaire de fonds chez Schroders. 


Les énergies renouvelables vont bientôt faire baisser les prix de l’énergie

Par Simon Webber, Lead Portfolio Manager chez Schroders

Le 11 juillet 2019

Les efforts pour lutter contre le changement climatique se rapprochent d’un moment charnière. On s’attend à voir déferler sur le marché une vague d’énergie renouvelable bon marché qui exercera une pression à la baisse sur les prix de l’énergie au cours de la décennie à venir. Cette baisse rendra les véhicules électriques plus attrayants que les véhicules à combustible fossile. Cette évolution accélérera la transition de l’énergie fossile à l’énergie durable.

Les coûts de l’énergie renouvelable sont en baisse

L’énergie renouvelable est, à ce stade, encore plus coûteuse que l’énergie fossile. 30 % de l’énergie renouvelable européenne est produite grâce à des subventions énormes et grâce à l’argent des contribuables. La facture énergétique des citoyens a donc augmenté. Mais, le développement technologique et l’augmentation d’échelle de la production énergétique ont, entre-temps, permis de faire baisser les coûts de l’énergie éolienne et solaire renouvelable en Europe à un niveau inférieur au prix moyen de vente en gros.

On assiste à une évolution similaire aux États-Unis. James Robo de NextEra Energy, le plus grand producteur d’énergie renouvelable, s’attend à ce que d’ici le début de la prochaine décennie, le coût total de la construction des nouveaux parcs solaires ou éoliens soit même inférieur aux coûts variables du fonctionnement d’une centrale au charbon. Il ne sera donc plus rentable économiquement de maintenir ces centrales en activité. Une part plus importante des énergies renouvelables dans le mix de production d’énergie fait baisser le prix de l’énergie. Plus la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable bon marché augmentera, plus elle se substituera aux sources d’énergie fossile. 

La voiture électrique moins chère que celle à combustible fossile

La baisse des prix énergétiques fera aussi diminuer le coût des voitures électriques. La diminution rapide du coût des batteries et l’électricité bon marché font baisser le coût total de la voiture électrique.

Or, les investisseurs semblent peu convaincus par la perspective d’un futur où l’énergie renouvelable jouera un rôle prédominant. Contrairement à l’opinion la plus répandue, l’énergie renouvelable rend l’électricité et les véhicules électriques plus abordables. Mais l’énergie durable ne réduit qu’une partie des émissions de CO2. Pour les secteurs d’activité comme le ciment, l’aviation et l’élevage, il n’existe pas encore de solutions technologiques appropriées permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Des solutions existent en revanche pour la chimie et les produits de consommation, mais elles sont encore très onéreuses. 

Lire aussi Investors should note the approaching tipping point for renewable energy, de Simon Webber, Lead Portfolio Manager chez Schroders.


La stratégie de placement 60/40 offre-t-elle le meilleur rendement ?

Par Claire Walsh, Personal Finance Director chez Schroders

Le 5 juin 2019

Au cours des vingt dernières années, les investisseurs ont connu deux des plus grands krachs boursiers de l’histoire. Ils veulent donc jouer la sécurité en ce qui concerne les rendements et éviter les pertes. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’investisseurs ont un portefeuille 60/40, c’est-à-dire que 60 % des placements sont investis dans des actifs plus risqués – qui offrent en général un rendement plus élevé – et 40 % dans des obligations d’État. Reste à savoir si une stratégie 60/40 offre encore des avantages aujourd’hui.

Rendements du passé…

Nous avons analysé les rendements des trente dernières années sur la base d’une stratégie 60/40 en nous intéressant en particulier à la volatilité et au rendement. Cette analyse montre que la volatilité reste en effet limitée et que cette stratégie a permis d’obtenir un rendement supérieur.

Un investissement de 1 000 dollars dans trois stratégies différentes fin 1988 aurait procuré des rendements différents au bout de trente ans.

  • 1 000 dollars investis uniquement en actions auraient généré un rendement de 7,2 % par an (soit 7 554 dollars)
  • 1 000 dollars investis uniquement en obligations d’État auraient généré un rendement de 6,2 % par an (soit 5 806 dollars)
  • 1 000 dollars investis dans un portefeuille 60/40 auraient généré un rendement annuel de 7,5 % (8 091 dollars)

Graphique : Une stratégie 60/40 peut produire des rendements meilleurs

 

(Source : Schroders)

Le secret d’une stratégie 60/40 réussie : le rééquilibrage annuel

Pour que la stratégie fonctionne correctement, le portefeuille doit être ajusté au moins une fois par an, de manière à ce que le ratio reste à 60/40. C’est ce qu’on appelle un rééquilibrage. En pratique, cela consiste à vendre des actifs très performants et à réinvestir le capital dans des valeurs à la traîne. Idéalement, les actifs sous-performants rattraperont et amélioreront le rendement, tandis que la volatilité restera limitée.

La stratégie 60/40 fonctionne-t-elle encore ?

Les taux d’intérêt ultra bas des dernières années et la politique monétaire ont cependant perturbé les rendements. Cette politique s’est traduite par un faible rendement des obligations d’État. Un investissement en obligations d’État en 2008 n’aurait rapporté que 2,5 %, alors que les actions auraient rapporté 10,3 % sur la même période. À l’heure actuelle, un portefeuille 60/40 ne produit pas le même rendement que par le passé.

En 2013, Warren Buffett préconisait une stratégie 90/10. Cette stratégie aurait certainement porté ses fruits, étant donné que l’indice MSCI World a grimpé de 242 % depuis son plus bas niveau en 2009. Mais une telle surpondération des actions est très risquée.

Avantage psychologique

Une stratégie stricte 60/40 offre surtout un avantage psychologique, même si elle est aujourd’hui moins efficace que par le passé. Un rééquilibrage régulier permet d’éviter certaines erreurs classiques des investisseurs, telles que la vente de titres à leur prix plancher et l’achat de titres à leur cotation la plus élevée. Le rééquilibrage offre aux investisseurs une certaine tranquillité d’esprit.

Lire aussi Can a 60/40 split portfolio deliver better outcomes?, de Claire Walsh, Personal Finance Director chez Schroders


Les investisseurs peuvent-ils profiter de la révolution des données?

Par Ben Wickset Mark Ainsworth, spécialistes données chez Schroders

Le 15 mai 2019

La collecte et l’analyse des données changent de façon radicale. Une quantité gigantesque d’informations est désormais disponible, des données de géolocalisation à l’enregistrement douanier, en passant par des données démographiques. La manipulation de ces données était impensable il y a peu. Les investisseurs qui combinent le traitement et l’analyse de données à l’échelle industrielle à une expertise d’investissement avérée pourront en tirer de nombreux avantages.

Le fantastique développement de la puissance de calcul, de la capacité de stockage et des informations des ordinateurs augmente l’ampleur des « données alternatives » qu’un analyste ou gestionnaire de fonds pourrait interpréter. Ces développements représentent un défi disruptif pour l’industrie des investissements. Mais ils offrent également de nombreuses opportunités.

Les données alternatives ouvrent des possibilités

« Données alternatives » est le terme global pour l’information qui ne représente pas encore un élément stable de la recherche en investissements. Dans les grandes lignes, les données alternatives sont tout ce qui ne touche pas aux comptes des entreprises, au prix des actions ou à l’information économique. Comme les données alternatives ne sont pas structurées, des traitements considérables peuvent s’avérer nécessaires pour en tirer des conclusions significatives. Une nouvelle génération d’analystes de données relève le défi et met au point les techniques nécessaires au traitement de grandes quantités de données.

Un bon analyste de données fait preuve de différentes qualités. Une bonne connaissance des mathématiques, des statistiques, de la programmation et des algorithmes est essentielle. Mais une bonne appréhension de l’origine des données et de leur applicabilité est tout aussi importante. L’association de la connaissance approfondie par les investisseurs des marchés financiers et des titres et de l’expertise en matière de collecte, traitement et analyse de données aboutit à d’excellentes opportunités d’investissement.

L’impact le plus important de l’analyse de données sur les fonds gérés activement pourrait être que, grâce à l’aide d’autres spécialistes, le professionnel en investissements pourra élargir sa vision et libérer du temps et de la réflexion pour explorer et évaluer de nouvelles possibilités.

Beaucoup de données pour peu d’acteurs

La grande quantité d’information disponible pour la recherche en investissements constitue une puissance disruptive. L’analyse de données implique des défis techniques et d’organisation et entraîne de nombreuses tâches de recherche et de développement. Mais elle offre également une chance exceptionnelle aux gestionnaires de fonds actifs. Les nouvelles méthodes d’analyse dans les processus d’investissements existants doivent améliorer, à terme, les prestations des investisseurs.

Les organisations qui réussiront à s’adapter atteindront une taille suffisante et disposeront de l’expertise technologique suffisante pour affronter la concurrence. L’ampleur et la diversité des données disponibles exigent d’importants moyens techniques et de traitement des données pour pouvoir en tirer le maximum.

Au lieu de créer une concurrence équitable, où l’amélioration de la disponibilité de l’information permet d’augmenter l’efficacité du marché, la révolution de l’information fait exactement le contraire. Elle crée des domaines difficilement accessibles et la possibilité, pour un cercle limité d’acteurs disposant des moyens et de l’économie d’échelle, d’en profiter pour améliorer leur performance.

Lisez aussi Harnessing the data science revolutionpar Ben Wicks et Mark Ainsworth, spécialistes données chez Schroders.


Pourquoi et comment faut-il diversifier ses placements ?

Par Johanna Kirklund, responsable des investissements multi-actifs chez Schroders

Le 18 avril 2019

On ne soulignera jamais assez l’importance de la diversification. Les investisseurs sont souvent tentés de s’en tenir à ce qu’ils connaissent. Il s’agit d’une stratégie de placement promue par de célèbres pionniers de l’investissement comme Warren Buffett. Mais les investisseurs ont aussi tout intérêt à envisager les avantages de la diversification.

À l’appui d’un tableau, voici un aperçu de la performance des différentes catégories d’actifs depuis 2005. Il en ressort que les différentes catégories ont des performances très variables d’une année à l’autre. La diversification contribue à réduire les risques et à améliorer le rendement du portefeuille à long terme.

  • Les avantages de la diversification
  • Gestion du risque: ne pas perdre de l’argent est un impératif crucial aux yeux des investisseurs. L’investisseur qui diversifie ses placements court moins de risques de subir des pertes que celui qui mise tout sur une seule catégorie d’actifs.
  • Meilleur accès aux liquidités: la complexité des modalités d’entrée et de sortie d’un placement peut faire toute la différence. L’investisseur qui détient en portefeuille des actifs présentant des différences en termes de liquidité a toujours accès à son argent en cas de besoin.
  • Lissage des pics et des baisses: la fréquence et l’ampleur des hausses et des baisses des placements déterminent la volatilité du portefeuille. La diversification permet de lisser les résultats.

Une diversification correcte au sein d’un portefeuille permet de produire des rendements plus attrayants. C’est un outil important pour obtenir des rendements pondérés en fonction des risques. 

Il n’y a aucune règle définissant le nombre d’actifs différents à détenir au sein d’un portefeuille. Détenir trop peu d’actifs différents augmente le risque, mais en détenir trop rend leur gestion plus difficile. 

  • Tout ce qui brille est or

L’or est considéré comme un outil de diversification optimal. Le cours du métal précieux ne suit en règle générale pas celui des autres actifs. En 2011, le marché boursier a perdu environ 5 % en raison de la crise de la dette européenne. Cette année-là, l’or a gagné 11 %. Grâce à la diversification, les investisseurs exposés à l’or auraient limité leurs pertes.

L’or est un des actifs les plus performants depuis 2005. Le métal jaune a la réputation d’être une valeur refuge en période d’incertitude. Le rendement de l’or est d’autant plus frappant que les matières premières ont été la classe d’actifs la moins performante au cours des 14 dernières années. 

Si un investisseur avait investi 1000 dollars dans l’or en 2005, son capital actuel se chiffrerait à 2925 dollars, soit un rendement annuel de 8,3 %. En revanche, s’il avait investi cette somme dans les matières premières, il ne lui resterait que 630 dollars (rendement annuel de -2,3 %). La diversification a donc tout son sens.

Lisez aussi 14 years of returns: history’s lesson for investors, de Johanna Kirklund, responsable des investissements multi-actifs chez Schroders.


Augmentation du poids de la Chine au sein des indices : Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs?

Le 25 mars 2019

L’augmentation du poids de la Chine au sein des indices pourrait entraîner un  substantiel afflux vers les marchés d’actifs chinois, mais les investisseurs peuvent agir sans attendre.

La Chine reste fortement sous-pondérée dans les portefeuilles d’investissement par rapport à la taille de ses marchés d’actifs et de son économie. La facilitation de l’accès aux marchés chinois permettrait d’y remédier. Les fournisseurs d’indices réagissent à cette sous-pondération et augmentent le poids de la Chine dans leurs indices et les investisseurs ne tarderont pas à suivre massivement. On peut prévoir un afflux de 200 milliards de dollars sur les marchés boursiers locaux et un afflux du même ordre de grandeur sur les marchés obligataires locaux, ces montants pouvant même grimper jusqu’à 400 milliards de dollars en cas d’ouverture complète des marchés. Les investisseurs doivent agir sans attendre les fournisseurs d’indices. Il y a pour l’instant d’excellentes opportunités à saisir du côté des actions et valeurs chinoises à revenu fixe.

Les marchés chinois sont vastes et difficiles d’accès

Troisième marché du monde en taille, le marché de la dette et le marché boursier chinois représentent respectivement 11 % et 12 % du marché mondial. Mais les investisseurs internationaux n’ont actuellement accès qu’à une petite partie de ces marchés. Les actions chinoises ne représentent que 4 % de l’indice MSCI All-Country World et les obligations externes libellées en USD représentent à peine 0,5 % de l’indice Bloomberg Barclays Global Aggregate. Le marché obligataire local en renminbi (RMB), d’une valeur de plus de 11 billions de dollars américains, est même complètement exclu des principales émissions obligataires de référence.

Si les actifs chinois sont si peu représentés dans les principaux indices de référence, c’est surtout parce que les autorités chinoises l’ont voulu ainsi. Des règles strictes limitant les participations étrangères dans les entreprises chinoises et des contrôles de change stricts ont rendu l’accès aux marchés locaux chinois extrêmement difficile pour les investisseurs internationaux. Les autorités chinoises voulaient garder le contrôle. Elles craignaient en effet pour la stabilité de la monnaie et de l’économie en cas d’ouverture plus grande des marchés.

Les actifs chinois n’étaient donc guère représentés dans les principaux indices de référence. Mais les choses sont en train de changer. Les marchés s’ouvrent de plus en plus aux capitaux étrangers. Le marché boursier est celui où cette ouverture est la plus visible. Mais d’importants progrès ont aussi été enregistrés sur le marché obligataire. Alors que les fournisseurs d’indices obligataires incorporent progressivement des actifs chinois, les investisseurs actifs sont déjà en mesure de profiter des opportunités d’investissement disponibles sur ces marchés.

Nouvelle donne

Bloomberg a récemment annoncé que des obligations chinoises étaient désormais intégrées dans son indice Global Aggregate et que la Chine occuperait vraisemblablement une des quatre premières places en termes de pondération d’ici 2020. MSCI envisage également de donner plus de poids aux actions chinoises dans ses indices. Il n’existe aucun véritable précédent historique permettant de savoir comment se développera la présence croissante de la Chine dans les indices de référence et ce que cela signifiera pour les marchés financiers et les investisseurs. On peut distinguer trois scénarios possibles d’évolution de cette présence chinoise.

  • Intégration complète – la Chine ouvre entièrement ses marchés financiers et les actifs chinois sont intégralement repris dans les indices de référence.Ce scénario semble possible à long terme, mais improbable à court terme.
  • La voie moyenne – la Chine continue à ouvrir progressivement ses marchés. La pondération des valeurs chinoises dans les indices augmente progressivement, mais le plein potentiel ne sera pas exploité.
  • Aucun changement – l’intégration des marchés de capitaux chinois au point mort.

En cas d’ouverture totale du marché, 400 milliards de dollars afflueront vers le marché des actions A, tandis que, dans le scénario intermédiaire, on peut malgré tout s’attendre à un afflux de nouveaux capitaux à hauteur d’environ 200 milliards de dollars. L’intégration d’obligations chinoises locales dans l’indice Bloomberg change radicalement la donne. Cela pourrait générer un flux de 200 milliards de dollars vers les marchés obligataires chinois.

Afflux substantiel

Une autre façon de déterminer l’ampleur de l’afflux potentiel consiste à se baser sur la part du marché qui est détenue par des investisseurs étrangers et sur son évolution au fil du temps. À l’heure actuelle, la part du marché local des obligations d’État chinoises qui est détenue par des investisseurs étrangers ne représente que 4 %, alors qu’elle est d’environ 20 % pour les marchés émergents. Même si les participations étrangères n’atteignaient que 10 % des 4,7 billions de dollars de l’immense marché local des obligations d’État, cela pourrait générer un afflux de capitaux d’environ 300 milliards de dollars. À tous les niveaux possibles, une meilleure intégration du marché chinois dans les indices de référence mondiaux déclencherait une augmentation significative de l’afflux de capitaux. Dans l’intervalle, les marchés ne s’arrêtent pas. Ce calcul  est basé sur la taille actuelle des marchés, alors que ceux-ci sont en plein essor. Les investisseurs doivent cependant savoir gérer les fluctuations des devises. La pondération de la Chine dépendra dans une large mesure de sa cohérence avec d’autres facteurs à l’intérieur de l’indice de référence.

Quelle attitude les investisseurs doivent-ils adopter par rapport à la Chine ?

La Chine a déjà une part importante (30 %) au sein de l’indice MSCI des marchés émergents, mais les actions A n’y représentent que 2 %. D’après les prévisions, elles devraient cependant atteindre les 10 % d’ici 2020. Il faudra encore plusieurs années avant que les actions A ne constituent une part plus importante du portefeuille des investisseurs qui suivent le MSCI.

Lire aussiWeightlifting China – how big will it get?, de Duncan Lamont, responsable de la recherche chez Schroders


Cinq questions concernant l’investissement ESG dans les pays émergents

Le 12 février 2019

Malgré l’intérêt croissant pour les critères ESG, cette forme d’investissement ne décolle pas encore sur les marchés émergents. Comment cela s’explique-t-il ?

D’après une étude de la Global Sustainable Investment Alliance, les actifs ESG mondiaux ont augmenté de 25 % entre 2014 et 2016. L’étude Schroders Global Investor Study 2017 confirme que cette tendance se poursuit. Selon cette dernière, 78 % des personnes interrogées accordent aujourd’hui plus d’importance à l’investissement durable qu’il y a cinq ans. 

La plus grande partie des actifs ESG, ainsi que leur croissance, se trouvent sur les marchés développés.

  1. Les critères ESG sont-ils importants sur les marchés émergents ? 

Des études montrent que les investissements ESG influencent positivement le rendement sur les marchés émergents. De nombreuses recherches empiriques ont montré que les investissements ESG sont susceptibles d’avoir un effet positif sur le rendement. L’intégration des investissements ESG peut non seulement améliorer les performances, mais aussi contribuer à réduire le risque du portefeuille. Les marchés émergents ont tendance à être plus volatils que les marchés développés. La réglementation moins stricte, l’évolution rapide de la démographie et les changements dans le contexte politique peuvent accroître l’incertitude pour les investisseurs sur les marchés émergents. Ces facteurs ont un impact moindre sur les entreprises mieux gérées et plus durables.

  1. Les décideurs politiques et les entreprises des marchés émergents se soucient-ils de la durabilité ? Dans la négative, les marchés développés doivent-ils continuer à le faire ?

Améliorer la politique menée et les pratiques dans les pays émergents. Au niveau national, les réformes ont évolué dans la bonne direction ces dernières années. L’urbanisation, la pollution, le stress hydrique et le changement climatique ne sont que quelques facteurs parmi d’autres qui augmentent la pression sur les décideurs politiques pour les pousser à s’engager à s’attaquer aux problèmes environnementaux. La Chine et l’Inde sont à l’avant-garde, la Chine cherchant à se positionner parmi les leaders du mouvement mondial de lutte contre le changement climatique.

Certaines bourses encouragent aussi des comportements plus durables en introduisant des normes de reporting sur tous les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise, en particulier en Afrique du Sud et au Brésil. Par ailleurs, les normes locales deviennent aussi de plus en plus strictes pour les investisseurs sur les marchés émergents. La mondialisation et la technologie moderne renforcent encore la convergence des normes ESG mondiales.

  1. Dispose-t-on de données ESG pour les marchés émergents ? 

Des normes de reporting unanimement admises font encore défaut. Par le passé, la transmission de l’information a toujours été un point faible sur les marchés émergents et, à cause du manque de transparence sur certains de ces marchés, les investisseurs ont éprouvé plus de difficultés pour évaluer avec précision les aspect ESG. Ces dernières années, les nouvelles politiques menées et les exigences en matière d’introduction en bourse ont permis d’améliorer la transparence sur les marchés émergents. De plus, les bourses ont contribué à encourager un reporting plus clair et une meilleure transmission des informations et à formuler des recommandations en matière de gouvernance d’entreprise. Bon nombre de bourses de valeurs des marchés émergents ont renforcé leurs exigences d’admission à la cote et plusieurs bourses ont adhéré ces dernières années à l’initiative Sustainable Stock Exchange des Nations unies relative aux marchés boursiers durables, qui donne des lignes directrices en matière de reporting ESG. 

  1. Les critères ESG doivent-ils se limiter à la seule gouvernance sur les marchés émergents ? 

Les problèmes de gouvernance sont parfois plus faciles à identifier et généralement mieux compris, tandis que les critères sociaux et environnementaux exigent souvent une analyse plus approfondie. Sur cette base, les gestionnaires de fonds actifs peuvent réaliser une analyse approfondie des entreprises qui ont les modèles économiques les plus durables. De plus, les outils traditionnels de mesure de la qualité de la gouvernance s’avèrent parfois insuffisants pour évaluer des entreprises des marchés émergents. La structure du marché local et les questions culturelles doivent en effet être également prises en compte.

  1. L’engagement peut-il faire une différence sur les marchés émergents ? 

Comme les entreprises des marchés émergents font souvent preuve de moins d’ouverture, leur engagement n’en est que plus crucial. L’engagement donne aussi aux investisseurs la possibilité de soutenir et d’encourager une croissance durable là où les règles légales et réglementaires permettant d’atteindre ce résultat sont insuffisantes ou pas encore en vigueur.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article intitulé ESG and emerging markets investingde l’équipe investissement durable de Schroders.


Quelles sont les perspectives pour les matières premières et métaux précieux pour 2019 ?

Le 15 janvier 2019

Le sentiment négatif envers les matières premières est en train de s’estomper et 2019 pourrait générer des rendements positifs pour les investisseurs en matières premières.

  • Les restrictions de l’offre soutiennent les principales catégories de matières premières, malgré les préoccupations liées à la demande.
  • Les pénuries touchent principalement l’énergie, les métaux et l’agriculture
  • L’affaiblissement de la croissance aux États-Unis, les pressions inflationnistes et le tassement possible du dollar renforceront le climat d’investissement pour les actifs réels(investissements tangibles).

Les investisseurs sont très préoccupés par les matières premières, mais des rendements positifs sont possibles en 2019. Si l’on regarde vers le futur, il y a un contraste évident entre l’offre et la demande, d’une part, et les préoccupations macroéconomiques, d’autre part. Les marchés se focalisent notamment sur les conséquences du conflit commercial et la croissance mondiale. Mais ils tiennent moins compte de l’impact inflationniste du conflit commercial et de l’assouplissement de la politique budgétaire dans l’UE et en Chine. Les effets du dollar fort s’atténuent également en 2019.

Énergie – resserrement du marché pétrolier

Le marché de l’énergie connaît un basculement de tendance provoqué par une série de catalyseurs négatifs. Les perspectives pour 2019 sont optimistes, car on s’attend à un resserrement du marché. Les attentes liées à la production pétrolière en Amérique du Nord sont trop élevées et la capacité disponible n’a jamais été aussi faible. Même si le ralentissement de la croissance en 2019 entraîne une baisse de la demande de pétrole et que l’Amérique du Nord augmente sa production, la demande restera supérieure à l’offre de l’OPEP. Ce déséquilibre affectera les stocks aux deuxième et troisième trimestres de 2019. Et il fera monter le prix du pétrole.

Métaux – basculement en vue pour les métaux précieux

Les métaux communs n’enregistreront pas des résultats exceptionnels en 2019. L’aluminium sort du lot en raison de son prix peu élevé et de la forte pénurie d’approvisionnement. À plus long terme, un potentiel pour le nickel est prévisible, en raison de la forte croissance de la demande et de l’offre limitée. Les métaux précieux ne sont actuellement plus en vogue, car les investisseurs se focalisent trop sur les facteurs à court terme. La question la plus importante est cependant de savoir quand l’économie américaine commencera à ressentir les effets de la hausse des taux d’intérêt, du poids relativement élevé de la dette des États-Unis et du tassement de la croissance des marchés émergents. Il se peut que 2019 soit une année charnière et que le sentiment à l’égard des métaux précieux s’améliore.

Agriculture – possibilités à long terme dans le secteur des produits agricoles de base

Les fondamentaux sont très différents en fonction des différentes sous-catégories agricoles. Les circonstances politiques et économiques exercent une forte pression sur ces marchés. En raison d’un resserrement de l’offre, les attentes sont positives pour les céréales et l’alimentation animale. Cela vaut également pour le coton. Les attentes sont en revanche négatives pour les oléagineux et le soja. Les produits agricoles de base approchent de leur tendance négative à long terme. Bien qu’il manque encore un catalyseur, il y a une opportunité intéressante à long terme.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article Outlook 2019 : Commodities de Schroders


Quelles perspectives pour la croissance économique mondiale en 2019 et 2020 ?

Par Keith Wade, économiste en chef chez Schroders

Le 21 décembre 2018

La croissance de l’économie mondiale se poursuit, mais il y a des signes clairs indiquant qu’elle a atteint son point culminant à présent que les économies américaine, européenne et asiatique connaissent un ralentissement. Selon les dernières estimations, la croissance du PIB américain devrait atteindre 2,5 % au quatrième trimestre de cette année (contre 3,2 % au troisième trimestre). L’on s’attend à voir les économies européenne et japonaise se redresser au cours de ce trimestre, bien qu’elles affichent toutes les deux des performances décevantes cette année. Les indicateurs vont dans le sens d’une perte de dynamisme de la croissance.

Le tableau est plus contrasté dans les marchés émergents. La Chine et les économies asiatiques sont sous pression en raison des tensions commerciales actuelles, tandis que l’économie brésilienne est sur le point de redémarrer au lendemain des élections. Le ralentissement de la croissance en Chine se manifeste par l’affaiblissement des recettes des casinos de Macao, le paradis des jeux de hasard, qui sont toujours considérés comme un bon indicateur des revenus des consommateurs chinois et de l’activité économique du pays.

La baisse des recettes des casinos à Macao, révélateur du ralentissement de l’économie chinoise

Le ralentissement durera jusqu’en 2020

Sur base d’une actualisation des prévisions, on peut tabler  sur une croissance mondiale de 3,3 % pour cette année qui retombera à 2,9 % en 2019. Les prévisions pour l’année prochaine sont légèrement inférieures aux précédentes, qui étaient de 3,1 %, et reflètent les révisions à la baisse dans la zone euro et les marchés émergents. Malgré la baisse de régime de la croissance et la diminution des prix pétroliers, Schroders prévoit que l’inflation mondiale atteindra 2,9 % en 2019. Cela s’explique par l’inflation plus élevée sur les marchés émergents, où la faiblesse des monnaies fait grimper les prix à l’importation.

Pour 2020, un nouveau tassement de la croissance mondiale à 2,5 % est prévu, surtout à cause de la croissance de l’économie américaine (qui n’atteindrait que 1,3 %) et d’un nouveau ralentissement de l’économie chinoise qui se limiterait à 6 %. En Europe et au Japon, la croissance en 2020 s’élèvera à respectivement 1,5 % et 0 %. Si ces prévisions sont exactes, 2020 sera l’année de croissance économique mondiale la plus faible depuis 2008. Cela s’explique en grande partie par la réduction des politiques publiques de relance et par le resserrement de la politique monétaire aux États-Unis, ainsi que par les conséquences de la guerre commerciale qui se prolonge entre les États-Unis et la Chine. Les prévisions seront inférieures au consensus parce que la plupart des observateurs pensent que le président Trump trouvera un moyen de stimuler l’économie à temps avant les prochaines élections présidentielles. Or, c’est devenu plus délicat depuis que les rapports de force au Congrès américain ont changé à la suite des élections partielles de novembre. La bonne nouvelle est que l’inflation mondiale devrait retomber à 2,7 % en 2020 en raison du ralentissement de la croissance en 2019. 

Fin de la politique monétaire stricte aux États-Unis, première hausse des taux dans la zone euro en 2019

On s’attend à ce que le resserrement de la politique monétaire américaine prenne fin en 2019 et prévoit encore trois hausses de taux, ce qui veut dire que le taux d’intérêt culminera à 3 % en juin 2019. La Fed souhaite un atterrissage en douceur de l’économie, surtout à cause de l’intensification probable de la pression politique. Sachant que l’économie va continuer à baisser de régime en 2020, on s’attend à des baisses de taux d’intérêt et on prévoit que leur niveau s’établira à 2,5 % d’ici la fin de l’année. Entre-temps, on s’attend à ce que la Banque centrale européenne (BCE) mette fin à son programme de rachat d’actifs en janvier prochain et à ce qu’elle relève ses taux en septembre. Il s’agirait de la première hausse de taux de la BCE sous la présidence de Mario Draghi, et de sa dernière aussi puisqu’il abandonnera ses fonctions en octobre 2019.

La faiblesse du dollar en 2019: une bonne chose pour les marchés émergents, mais pas pour la zone euro

Le pic des taux américains combiné à un resserrement de la politique monétaire dans d’autres régions devrait entraîner un affaiblissement du billet vert en 2019. Le différentiel de taux d’intérêt restera certes favorable aux États-Unis, mais les marchés des changes l’auront sans doute déjà intégré dans leurs cours. Ils se concentreront sur le  « double déficit »  croissant aux États-Unis – le déficit budgétaire et celui de la balance courante qui tirent la monnaie vers le bas. Une baisse du dollar aurait en revanche un effet positif pour les marchés émergents. Si une nouvelle escalade des tensions commerciales et la perspective d’un ralentissement de la croissance économique mondiale ne sont pas de bon augure, un dollar plus faible contribuerait à atténuer les pressions sur la région.

Ce scénario est en revanche moins favorable pour la zone euro. Un euro plus fort entraînera un resserrement des conditions financières, tandis que le ralentissement aux États-Unis freinera la croissance mondiale. Ces deux facteurs font qu’il est plus difficile pour la BCE de continuer à relever les taux d’intérêt. La BCE n’a pas saisi l’occasion de normaliser les taux d’intérêt en 2018 et l’année écoulée sera peut-être considérée comme une occasion manquée. La zone euro risque de se retrouver coincée avec des taux d’intérêt bas et un levier monétaire limité pour lutter contre le prochain ralentissement économique.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse de Keith Wade dans le chapitre intitulé: ‘Forecast update: US recession 2020?tiré du dernier  Economic and Strategy Viewpoint (décembre 2018).


Cyber-risques : A quoi les investisseurs doivent-ils être attentifs ?

Le 16 novembre 2018

La cybercriminalité est un risque de plus en plus important pour les entreprises et les organisations du monde entier. Elle engendre un poste de coûts non négligeable, qui ne fait qu’augmenter. C’est la raison pour laquelle les investisseurs doivent être mieux informés sur la façon dont les entreprises gèrent ce risque. 

La croissance rapide de la quantité de données stockées par les entreprises, alors que la plupart d’entre elles n’ont que relativement peu d’expérience en matière de gestion et de sécurisation des données, a attiré les cybercriminels qui se servent de techniques et d’outils de plus en plus sophistiqués. À l’échelle mondiale, la cybercriminalité coûte aux entreprises 60 % de plus qu’il y a 5 ans. Aux États-Unis, ces coûts ont même augmenté de plus de 80 %. Aucune entreprise ne peut se permettre d’ignorer la menace que représente la cybercriminalité.

Qu’est-ce qu’un cyber-risque ?

Le cyber-risque est un vaste concept. Pour la plupart des gens, il s’agit du risque de perte ou de dommage dû à des intrusions ou attaques ayant pour cible les systèmes informatiques. Cette perte peut revêtir diverses formes : pertes financières directes, atteintes à la réputation ou à la continuité opérationnelle. 

Pourquoi les investisseurs doivent-ils être attentifs aux cyber-risques ?

La cybercriminalité est une source de risque commercial de plus en plus critique, en particulier pour les entreprises propriétaires d’actifs incorporels importants comme des marques, des relations clients ou des technologies. Une fuite de données peut avoir comme impact négatif des conséquences directes sur la compétitivité des entreprises, les revenus futurs et les obligations. Les fuites de données sont souvent révélatrices de mauvaises pratiques en matière de gouvernance et d’une gestion défaillante. On peut assez rapidement changer les méthodes de travail ou modifier la politique menée, mais il faut beaucoup plus de temps pour rétablir la confiance du marché et des clients. 

Les investisseurs doivent vérifier dans quelle mesure les entreprises sont préparées aux cyberattaques. La stratégie choisie par les entreprises doit garantir que les processus et les ressources soient en place pour limiter autant que possible l’impact d’une intrusion sur les opérations commerciales et sur la capacité à créer de la valeur.

L’entreprise dispose-t-elle d’une expertise suffisante en interne et la direction assume-t-elle ses responsabilités ? 

Une entreprise doit posséder l’expertise nécessaire pour se protéger de manière adéquate contre la cybercriminalité et la direction doit être prête à prendre ses responsabilités :

  • Expertise. Il est essentiel que l’entreprise dispose d’une équipe de cybersécurité spécialisée et bien équipée, dirigée par un responsable central de la sécurité informatique faisant rapport de préférence au PDG ou au conseil d’administration. L’équipe de sécurité doit aussi régulièrement avoir recours à une expertise externe spécialisée pour se tenir au courant des nouvelles menaces et des nouveaux outils de sécurité. En interne, l’équipe doit être le propriétaire direct de tâches technologiques spécifiques comme les tests d’intrusion, les correctifs de sécurité, etc.
  • Responsabilité au niveau de la direction.Le conseil d’administration doit avoir la maîtrise technique spécifique pour évaluer si l’entreprise dispose des ressources opérationnelles et administratives appropriées pour limiter les cyber-risques.

Une analyse du degré d’expertise et de responsabilité du conseil d’administration au sein de chaque entreprise fournit aux analystes et aux gestionnaires de fonds une base de discussion avec les dirigeants de l’entreprise pour mesurer le degré d’exposition aux cyber-risques.

Les investisseurs doivent se renseigner sur les cyber-risques

Les cyber-risques deviennent de plus en plus importants pour toutes les organisations. Les investisseurs doivent être mieux informés sur la manière dont les sociétés qui font partie de leur portefeuille sont prêtes à gérer ces risques. Cela signifie que les investisseurs doivent s’informer sur la façon dont la gestion des risques est organisée au plus haut niveau et sur l’expertise technique présente au sein de l’entreprise, afin de pouvoir identifier les risques avant qu’ils ne surviennent.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans le chapite intitulé ‘Cyber: preparing for the unpredictable’, du dernier Rapport sur l’investissement durable de Schroders.


Quelle solution concrète pour le stockage d’énergie alternative ?

Le 24 octobre 2018

À l’heure actuelle, le stockage énergétique est la principale faiblesse de l’énergie verte. La production au départ des deux principales sources d’énergie renouvelable (éolienne et solaire) est décalée dans le temps par rapport à la demande d’énergie. Par conséquent, sans stockage, l’énergie renouvelable ne peut pas couvrir plus de 20 % de la demande d’électricité. Un stockage énergétique efficient est indispensable en vue d’une application à grande échelle de l’énergie alternative.

Le graphique ci-dessous illustre le décalage entre la production et la consommation d’énergie photovoltaïque pour un ménage moyen. La plus grande partie de l’énergie solaire est produite entre les deux pics de la demande des ménages. La plus grande partie de l’énergie éolienne est produite pendant la nuit, lorsque la demande est à son point le plus bas et que les prix de l’énergie sont parfois même négatifs.

Graphique 1 : Production d’énergie solaire par rapport à la demande d’énergie

Il existe aujourd’hui plusieurs types de stockage d’énergie. Les technologies de stockage peuvent être subdivisées en systèmes électrochimiques, mécaniques, chimiques et thermiques.

  • L’énergie peut être stockée de manière électrochimique, comme dans les véhicules électriques et les appareils électroménagers.
  • Les systèmes mécaniques sont le stockage hydroélectrique par pompage et le stockage d’air comprimé. 
  • Les systèmes chimiques permettent de stocker l’énergie par hydrogène et méthane, souvent sous terre ou sous forme liquide dans des réservoirs réfrigérés à haute pression.
  • Le stockage thermique consiste à utiliser l’énergie thermique pour alimenter une réaction chimique endothermique réversible afin de stocker l’énergie sous forme de potentiel chimique.

 

La qualité de chaque type de stockage varie. Le stockage hydroélectrique par pompage est devenu la solution la plus courante pour le stockage massif, en raison de son applicabilité à grande échelle et de son rendement énergétique élevé de plus de 80 %. Dès que la production d’énergie devient excédentaire, l’énergie est utilisée pour pomper l’eau d’un réservoir inférieur vers un réservoir supérieur. Lorsque la demande augmente, l’eau est libérée vers le réservoir inférieur, actionnant au passage des turbines qui produisent de l’énergie. Cette solution n’est cependant pas applicable partout à cause de la pénurie d’eau ou de limitations géographiques. De ce fait, le stockage hydroélectrique par pompage est limité à 10 pays.

Graphique 2 : Part de la capacité mondiale d’énergie renouvelable par technologie

Solution concrète pour le stockage d’énergie alternative

La startup suisse Energy Vault a développé une solution consistant à empiler des blocs de béton au lieu d’eau. L’énergie excédentaire permet à une grue d’empiler des blocs de béton les uns sur les autres, ce qui augmente le niveau d’énergie potentielle. Lorsque la demande d’énergie augmente, la grue décharge les blocs en utilisant la gravité pour transformer l’énergie potentielle en énergie cinétique, laquelle actionne un générateur qui produit de l’électricité. Grâce à un taux de conversion d’environ 85 % (contre 90 % pour les batteries au lithium-ion) et à l’avantage que le béton est beaucoup plus dense que l’eau, ce qui permet de stocker plus d’énergie par unité de volume, ce concept pourrait devenir une solution viable pour le stockage d’énergie à grande échelle dans les zones où le stockage hydroélectrique par pompage n’est pas envisageable.

D’autres formes de stockage de l’énergie sont en train de gagner du terrain, en particulier le stockage domestique distribué et même les véhicules électriques qui sont utilisés comme batteries domestiques. Comme le coût du stockage ne cesse de diminuer dans la plupart des technologies, le stockage décentralisé devrait devenir une solution de plus en plus attractive sur le plan économique. L’empilement de blocs de béton ne sera sans doute pas la seule solution au problème du stockage de l’énergie alternative. Mais le stockage d’énergie dans des grandes installations de stockage massif ainsi que dans des installations à plus petite échelle comme des batteries sera essentiel pour permettre une utilisation généralisée de l’énergie renouvelable.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article intitulé :Is this the first concrete solution for renewable energy storage?,de l’équipe Investissement durable de Schroders.


Où se situent les lignes de fracture annonciatrices de la prochaine crise ?

Par Keith Wade, économiste en chef chez Schroders

Le 25 septembre 2018 

Dix ans après la crise financière, le monde semble être plus sûr qu’avant. Les banques sont mieux capitalisées et soumises à des règles plus strictes, la volatilité des marchés financiers est faible et les banques centrales sont en train de démanteler progressivement leur politique très accommodante. La période qui a précédé la crise financière mondiale avait été marquée par des déséquilibres dans l’économie mondiale. Qu’en est-il aujourd’hui ? Analyse des lignes de fracture et des endroits où l’on risque de voir s’accumuler des tensions à l’avenir. 

Déséquilibre dans l’économie mondiale

Au cours des années qui ont précédé la crise financière de 2008, beaucoup d’économies émergentes avaient renforcé leur épargne à la suite d’une série de crises en 1997-98. Il en a résulté un excédent de l’épargne par rapport aux investissements. Cela s’est traduit par un excédent croissant de la balance courante des marchés émergents. Une grande partie de ce capital excédentaire a été accumulé dans les réserves de change des économies asiatiques qui voulaient se protéger contre une future crise monétaire ou, dans le cas de la Chine, pour constituer un tampon en vue de pallier une éventuelle appréciation du taux de change. Ces réserves de change se sont ensuite déplacées vers les États-Unis et d’autres économies développées comme le Royaume-Uni, où elles ont augmenté la valorisation des actifs, provoqué une augmentation des investissements en capital et réduit l’épargne intérieure.

Dans la période qui a précédé la crise financière, l’argent a ainsi pu transiter des économies émergentes pauvres vers les économies développées riches. Aux États-Unis, le déficit de la balance courante s’est creusé tandis que l’excédent augmentait sur les marchés émergents. Une grande partie du capital excédentaire créé par l’abondance s’est retrouvée dans les systèmes bancaires des marchés développés, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, où il a été introduit dans l’économie à des conditions de plus en plus accessibles grâce à une explosion des prêts hypothécaires à risque, ce qui a permis aux ménages et aux entreprises de s’endetter lourdement. 

Les économies développées n’ont pas été en mesure d’absorber efficacement l’augmentation du capital des marchés émergents, ce qui a entraîné un important phénomène de mauvaise allocation du capital. L’épicentre était situé aux États-Unis et au Royaume-Uni, où la facilité avec laquelle on pouvait souscrire un prêt hypothécaire a provoqué une poussée des prix des maisons. L’éclatement de la bulle immobilière a ensuite miné la confiance dans les banques américaines et britanniques, ce qui a eu un impact systémique sur une grande partie du système financier mondial. Les flux de capitaux dans le système bancaire se sont brutalement interrompus.

Des changements significatifs

Au cours des dix années qui ont suivi la crise financière, la distribution des rôles a fortement changé. Sur la base des données du FMI, l’excédent du compte courant des marchés émergents a disparu, tandis que les pays développés sont passés d’un déficit à un excédent. L’écart entre les deux a été considérablement réduit : il est passé de 1200 milliards USD en 2008 à 400 milliards USD en 2017. 

Graphique : Le déséquilibre économique mondial a diminué après la crise financière.

Alors que la zone euro enregistrait un déficit de la balance courante en 2007, dix ans plus tard elle affiche une balance excédentaire. Ce sont l’Italie et l’Espagne qui ont été les moteurs de ce basculement. L’Allemagne a été en excédent pendant toutes ces années. Les États-Unis ont réduit leur déficit de 245 milliards de dollars pour le ramener à 466 milliards de dollars au cours de la dernière décennie. En revanche, les marchés émergents, avec à leur tête la Chine et les pays producteurs de pétrole, sont passés d’un excédent à un déficit. 

Les points faibles de l’économie mondiale d’aujourd’hui

Le déséquilibre économique mondial est aujourd’hui nettement inférieur à ce qu’il était il y a dix ans. Une série de points pourraient susciter des tensions à l’avenir.

  1. Les marchés émergents sont vulnérables

Les marchés émergents sont plus dépendants des sources de financement externes. Ils sont donc vulnérables aux pressions sur la monnaie et les réserves si la Fed augmente ses taux d’intérêt ou limite les liquidités.

  1. Le déficit de la balance courante des États-Unis subsiste

Les États-Unis ont réduit le déficit de leur balance courante au cours de la décennie écoulée. Mais la politique fiscale généreuse de Trump et l’aggravation du déficit budgétaire qui s’ensuit creusent encore davantage le déficit de la balance courante du pays. Les États-Unis pourraient se retrouver à nouveau en situation de double déficit, avec un déficit budgétaire et un déficit de la balance commerciale. 

La robustesse de l’économie américaine et la hausse des taux d’intérêt permettent de financer facilement le déficit courant, comme en témoigne la vigueur du billet vert. Mais en cas de normalisation de la politique dans le reste du monde, les actifs américains deviendront moins attrayants et le financement devra se faire à des conditions moins favorables. 

  1. Le renforcement de l’euro semble inévitable

Le déséquilibre le plus important à l’heure actuelle se situe entre la zone euro et le reste du monde. La zone euro joue pour l’instant à peu près le même rôle que la Chine et les marchés émergents avant la crise financière. La politique ultra accommodante de la BCE incite les investisseurs à rechercher du rendement dans d’autres monnaies et à se détourner de l’euro. C’est ce qui explique la faiblesse de l’euro.

Un euro faible est un outil important dans la lutte contre la déflation au sein de la zone euro. Mais il est impossible de maintenir une monnaie faible dans une économie avec une balance courante en déficit. Mario Draghi n’y parvient que grâce à une politique ultra-accommodante. La pression à la hausse sur la monnaie est toujours là. Si la BCE perd le contrôle, cela risque d’être problématique pour la zone euro, qui lutte toujours pour créer un taux d’inflation durable d’environ 2 % et fait face à des défis en termes de croissance et d’endettement dans les pays périphériques.

Les tensions se concentrent autour de la zone euro

La réduction du déséquilibre est rassurante pour l’économie mondiale et la croissance future. L’économie mondiale ne dépend en effet plus du recyclage de l’excédent de la Chine vers les États-Unis. Le revers de la médaille est que la Chine et les marchés émergents sont devenus plus vulnérables au resserrement des conditions de liquidités à l’échelle mondiale.

Les lignes de faille qui pourraient causer une prochaine crise se concentrent sur la zone euro qui parvient actuellement à combiner un excédent du compte courant et une monnaie faible grâce à une politique monétaire particulièrement accommodante. 

Dans un monde parfait, la reprise au sein de la zone euro irait de pair avec une hausse des taux d’intérêt et une monnaie stable. Dans la pratique, cela pourrait devenir un défi majeur. La BCE tente de modifier sa politique en évitant une appréciation significative de l’euro et le risque de dérapage dans la région. Le risque existe qu’à l’instar du Japon avant elle, la zone euro reste prisonnière d’une politique monétaire très flexible pendant une période indéfinie.
Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article intitulé: Ten years on from the crisis, where might the future fault lines lie?, de Keith Wade, économiste en chef chez Schroders.


Le rôle du dollar dans le commerce mondial est largement sous-estimé par les investisseurs

Par Craig Botham, économiste spécialiste des marchés émergents chez Schroders

Le 13 août 2018

Selon une loi économique communément admise, un dollar fort est mauvais pour les marchés émergents. Les causes traditionnelles de ce phénomène, telles que l’appétence au risque des investisseurs ou les conditions financières du moment, sont cependant de plus en plus remises en question. Des éléments de plus en plus nombreux donnent à penser que c’est en fait le rôle du dollar comme « monnaie de facturation » dominante dans le commerce mondial qui explique l’impact du dollar sur les marchés émergents.

Le dollar en tant que monnaie de facturation

Des recherches scientifiques récentes (Gopinath, 2015) font apparaître que beaucoup d’exportateurs font le choix de fixer le prix de leurs produits dans la monnaie d’un pays tiers. Cela signifie en d’autres termes qu’ils fixent leurs prix dans une monnaie qui n’est ni la leur ni celle de leur partenaire commercial. Le dollar est de loin la monnaie de facturation la plus utilisée. La domination du dollar en tant que monnaie tierce va bien au-delà de la domination des États-Unis dans la demande mondiale. Selon Gopinath, la facturation en dollars est 4,7 fois plus élevée que la part des États-Unis dans les importations mondiales. À titre de comparaison, ce ratio n’est que de 1,2 pour l’euro.

Cette position dominante ne se limite pas aux marchés émergents : le Japon, la France et d’autres marchés développés facturent aussi beaucoup en dollars. La découverte la plus frappante de Gopinath est que, pour beaucoup de pays, la part de la monnaie nationale dans leurs échanges commerciaux est proche de zéro. Pour faire simple, les pays commercent entre eux en utilisant le dollar comme monnaie de facturation, même si aucun des deux pays n’utilise le dollar comme monnaie nationale.

Selon cette interprétation, toute appréciation du dollar fait baisser la demande mondiale d’importations parce que les prix à l’importation augmentent simultanément pour tous les pays, sauf pour les États-Unis. Dans le même temps, l’appréciation du dollar fait augmenter le coût du crédit, en particulier dans les économies où la dette libellée en dollars représente une part prépondérante. Un dollar plus fort est donc un frein pour la croissance des marchés émergents, car il génère une pression inflationniste, indépendamment de ce que peuvent faire les taux de change pondérés en fonction des échanges commerciaux. Cela signifie aussi que les banques centrales ont une bonne raison pour lutter contre la dépréciation de leur monnaie par rapport au dollar, dès lors qu’une telle dépréciation offre peu d’avantages au niveau des exportations, tout en générant en même temps une inflation plus élevée.

Conséquences pour les investisseurs

Les investisseurs peuvent en tirer des enseignements. Le premier est que, dans le cas des marchés émergents, les investisseurs font peut-être mieux de se concentrer sur le taux de change de la monnaie locale par rapport au dollar plutôt que sur le taux de change pondéré en fonction des échanges commerciaux lorsqu’ils valorisent la monnaie locale pour déterminer si une correction de change corrigera les déséquilibres extérieurs et pour évaluer les effets inflationnistes. La confiance dans la parité de pouvoir d’achat, les taux de change effectifs réels et autres mesures de la juste valeur donneront des conclusions moins solides pour les investisseurs.

Peut-être faudra-t-il adapter la réflexion sur la manière dont les banques centrales des marchés émergents doivent réagir. Leur attention pourrait se porter davantage sur la stabilité monétaire que sur l’inflation et la croissance. Un dollar fort peut entraîner un resserrement plus prononcé de la politique monétaire que ce à quoi on pourrait s’attendre normalement. Cela n’est pas sans conséquences en particulier pour les investisseurs en obligations et en devises, mais aussi pour les investisseurs en actions sur les marchés émergents, étant donné le rôle que ces conditions monétaires jouent sur les marchés boursiers.

Cette nouvelle théorie du dollar comme « monnaie de facturation » est un défi par rapport à la vision que les économistes et les marchés ont eu des monnaies jusqu’à présent et elle a un impact significatif sur les variables économiques et financières. On a ainsi un aperçu plus complet de la raison pour laquelle le dollar est si important pour les marchés émergents, tout en expliquant aussi pourquoi le dollar a sur le commerce mondial et l’inflation un impact plus important que ce que l’on a tendance à croire. Pour les investisseurs, cette nouvelle théorie a des implications importantes pour les investissements sur l’ensemble des marchés émergents et dans toutes les catégories d’investissement.

Retrouvez le texte complet de cette analyse dans l’article “Why investors are wrong about the role of the dollar”, de Craig Botham,   spécialiste des marchés émergents chez Schroders.


Les particuliers sous-estiment fortement le coût de la vie à la retraite

Le 10 juillet 2018

Les Belges non pensionnés prévoient de consacrer en moyenne 34 % de leur pension aux dépenses de la vie courante[1]mais, dans les faits, c’est près de 50 % de ce montant en moyenne dont ils auront besoin une fois pensionnés.

L’enquête Schroders Global Investor 2018 révèle un écart important entre les attentes et la réalité financière de la vie de pensionné.

Proportionnellement au dernier salaire, les revenus des pensionnés sont inférieurs (de 54% en moyenne) au niveau dont les actifs proches de la retraite pensent avoir besoin pour vivre confortablement (75% en moyenne).

Réalisée auprès de plus de 22 000 investisseurs issus de 30 pays[2], l’enquête indique que 30 % des pensionnés belges pensent qu’ils n’ont pas un revenu suffisant pour vivre confortablement, contre 14 % à l’échelle européenne et 15 % à l’échelle mondiale.

Fig 1 Ventilation attendue des dépenses (chez les actifs non pensionnés)
Question posée : Quelle part approximative de votre revenu annuel (c’est-à-dire la somme que vous touchez chaque année) prévoyez-vous de dépenser dans chacun des postes suivants pendant vos années actives en tant que pensionné ?

Fig 2 Répartition réelle des dépenses (chez les pensionnés)
Question posée : Quelle part approximative de votre revenu annuel (c’est-à-dire la somme que vous touchez chaque année) prévoyez-vous de dépenser dans chacun des postes suivants pendant vos années actives en tant que pensionné ?

 

37 % des pensionnés belges interrogés reconnaissent qu’un revenu légèrement supérieur ne ferait pas de tort, tandis que 33 % indiquent disposer d’un revenu suffisant pour vivre leur retraite de manière confortable.

Les actifs en fin de carrière qui se trouvent dans la tranche d’âge des 55 ans ou plus risquent d’avoir une bien mauvaise surprise s’ils surestiment leurs revenus de pensionnés. Ils pensent en effet avoir besoin en moyenne de 75 % de leur salaire actuel pour vivre une retraite confortable.

 

Pourcentage moyen pour

vivre une retraite confortable :

Belgique EuropeMonde
Actifs non pensionnés & âgés de 55+75,1 % (n=97)72,4 % (n=1.465)73,9 % (n=2.947)
Pourcentage moyen du dernier salaire réellement perçu à la pension

Actifs pensionnés & âgés de 55+

54,1 % (n=114)63,0 % (n=1.382)60,8 % (n=2.820)

Fig 3 Revenu de pensionné (question posée aux 55+)
Questions posées : Quel est le revenu annuel, exprimé en pourcentage de votre salaire ou revenu actuel, dont vous pensez avoir besoin pour vivre une retraite confortable ?
Quel revenu annuel, exprimé en pourcentage de votre dernier salaire, toucherez-vous une fois que vous aurez pris votre pension ?

 

En réalité, les pensionnés belges perçoivent en moyenne 54 % de leur dernier salaire annuel, alors que ce pourcentage est de 61 % à l’échelle mondiale. Au niveau mondial, l’écart le plus faible s’observe en Europe où les pensionnés perçoivent 63 % de leur dernier salaire annuel, alors que les actifs proches de l’âge de la retraite évaluent leurs besoins à 72 %. Cela veut dire que le revenu des pensionnés belges est inférieur de 9 % en moyenne à celui des retraités européens par rapport à leur dernier salaire annuel.

Un signe peut-être que les pensionnés belges pensent que leur revenu final ne sera pas suffisant : ils continuent d’investir en allouant en moyenne 23 % du total de leur épargne-pension[3]à des placements financiers, contre 19 % pour les retraités à l’échelle mondiale et 18 % à l’échelle européenne.

À l’inverse, les Belges proches de l’âge de la pension estiment ne devoir investir en moyenne que 8 % de leur épargne-pension.

C’est en Asie que les projections des non-pensionnés concernant la part du revenu consacrée aux dépenses de la vie courante sont les plus réalistes, cette part atteignant 32 % de leur pension – en moyenne, les résultats sont similaires en Europe (35%) et en Belgique (34%). En réalité, cette part s’élève à un peu plus de 38 % chez les pensionnés d’Asie, tandis que les pensionnés européens et belges consacrent 50% aux dépenses de la vie courante.

Il est fort à craindre que partout dans le monde, les particuliers sous-estiment la proportion de leur revenu qu’ils devront consacrer à leurs dépenses courantes après leur départ à la retraite, ainsi que le montant dont ils devront disposer pour vivre une retraite confortable, en particulier dans l’environnement actuel caractérisé par des rendements faibles et une inflation en hausse. Cet écart de perception représente un danger bien réel, qui ne peut être corrigé d’un simple coup de baguette magique. Pour éviter d’être confrontés à des difficultés financières une fois venue l’heure de la retraite, les particuliers doivent prendre conscience de l’importance de commencer à épargner le plus tôt possible.

Ne commencer à épargner en prévision de sa pension qu’à l’approche de ses 50 ou 60 ans risque de ne pas suffire pour combler un niveau d’épargne insuffisant.

L’enquête révèle que, peut-être faute de disposer d’une pension suffisante, les retraités continuent d’investir, et placent des sommes supérieures à ce qu’ils avaient prévu lorsqu’ils étaient encore actifs. 

Pour consulter l’intégralité de l’Enquête Schroders Global Investor 2018 « Épargner pour bénéficier d’une retraite confortable », consultez le site.

[1]Dépenses quotidiennes telles que l’alimentation, l’habillement et le paiement du loyer/prêt

[2]En avril 2018, Schroders a confié à Research Plus Ltd la réalisation d’une enquête indépendante en ligne auprès de plus de 22 000 personnes investissant depuis 30 pays à travers le monde. Parmi ces pays, figurent l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Cette enquête considère comme un investisseur toute personne envisageant d’investir au moins 10 000 euros (ou une somme équivalente) au cours des 12 prochains mois et ayant modifié ses placements au cours des dix dernières années

[3]Tout type de placement destiné à générer un revenu de retraite, comme par exemple un plan d’épargne-pension d’entreprise, le régime des pensions du secteur public, un plan d’épargne-pension individuel ainsi que toute autre forme d’épargne ou de placement, tel que les hypothèques rechargeables, les dons d’argent par des proches ou encore les héritages.


Actions défensives et cycliques : attention les défensives ne sont pas sans risque !

Par Andrew Evans, gestionnaire de fonds chez Schroders.

Le 4 juin 2018

De nombreux investisseurs sont attirés par l’apparente «sécurité» qu’offrent certains secteurs d’activité. Mais cette sécurité est liée au prix que vous payez pour une action et non pas à la dynamique sous-jacente de l’entreprise.

Actions défensives 

Les investisseurs en actions classent les entreprises par secteur pour mesurer leurs performances à différents moments du cycle économique. Par exemple, les producteurs de denrées alimentaires, de boissons et de tabac entrent dans la catégorie des biens de consommation de base, un secteur souvent qualifié de «défensif». La raison de ce classement vient du fait que la demande de nourriture, de cigarettes, etc. reste généralement stable, indépendamment des performances de l’économie. Les revenus et les profits de cette catégorie d’entreprises ont donc tendance à bien résister, même en période de récession économique. Il s’ensuit que ces entreprises défensives sont souvent considérées comme des investissements sûrs et fiables. 

Actions cycliques 

À l’autre extrémité du spectre, il y a les secteurs «cycliques» qui affichent les performances les meilleures en période de haute conjoncture, mais dans lesquels la demande reflue lorsque l’économie ralentit. L’automobile et la vente au détail sont des exemples typiques de secteurs de consommation cycliques parce que les ventes augmentent dans ces secteurs lorsque les perspectives économiques inspirent confiance. Les actions industrielles entrent dans la même catégorie parce que les entreprises investissent davantage lorsqu’elles s’attendent à une hausse de la demande. Les revenus et les bénéfices, et donc les cours des actions, de ces entreprises cycliques peuvent cependant être sujets à une certaine volatilité parce que la demande fluctue en fonction des performances de l’économie en général. 

Qu’est-ce que le risque? 

L’erreur que commettent bon nombre d’investisseurs est de confondre la volatilité quotidienne des cours boursiers et le risque. En termes d’investissement, le risque désigne le risque de subir une perte permanente de capital. La recherche a montré que le prix payé par l’investisseur est le principal déterminant du rendement qu’il obtient. Le risque le plus critique est donc avant tout le risque de trop payer pour un investissement. 

Si certaines actions sont peu chères, cela peut naturellement être dû à diverses raisons. Il est difficile de faire la distinction entre ces actions et celles qui sont bon marché, mais qui ont une marge de progression. C’est là qu’interviennent les avantages du stock picking. Les investisseurs actifs qui sont prêts à fouiller un peu parviennent à trouver des sociétés dont les titres se négocient à des prix attrayants et qui ont un bilan suffisamment solide pour résister aux périodes difficiles. 

Cela ne signifie pas pour autant que l’investisseur qui achète des titres de sociétés moins chers a la garantie d’obtenir un rendement plus élevé. Les actions n’offrent aucune garantie. Leur valeur pouvant être volatile, les investisseurs risquent de ne pas récupérer leur mise. Il faut parfois du temps et beaucoup de patience avant que le marché estime une action à sa valeur réelle. C’est aussi pour cette raison que les placements en actions sont plutôt indiqués pour les investisseurs qui ont un horizon de placement à long terme.  

Approche du «revenu total» 

Pour les investisseurs en quête de revenus, les dividendes constants offerts par les sociétés des secteurs de la santé, de l’alimentation et des boissons sont attrayants. Mais si les investisseurs paient un prix trop élevé pour ces actions, ils risquent de passer à côté de la croissance du capital, voire de subir une perte. 

Une façon de limiter ce risque est d’opter pour la méthode du «revenu total». Cette méthode tient compte à la fois du prix payé pour l’achat d’une action et du dividende perçu. Les investisseurs qui suivent une stratégie de ce type se concentrent non seulement sur le dividende actuel de l’action, mais aussi sur son potentiel de croissance. Dans certains cas, ils peuvent même détenir des actions qui ne distribuent aucun dividende pour l’instant, mais qui en distribueront vraisemblablement dans le futur. 

Bien qu’une telle approche ne permette pas d’obtenir le dividende le plus élevé à un moment précis, elle offre des perspectives de croissance du capital et de revenu sous forme de dividendes. 

Consultez aussi :

Qu’est-ce que les valeurs cycliques et défensives ?


Pourquoi n’y a-t-il plus suffisamment de nouvelles entreprises qui font leur entrée en bourse ?

Par Schroders

Le 3 mai 2018

Nous considérons le marché des actions comme un fait acquis. Il est rare que les investisseurs prennent du recul et s’interrogent sur la raison d’être des marchés boursiers. Les marchés publics servent à fournir des capitaux aux entreprises pour financer leur croissance future. Voilà en tout cas comment le système fonctionnait auparavant, mais plus maintenant !

Des alternatives de financement plus simples 

Le nombre d’entreprises cotées en bourse diminue aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe occidentale. Le nombre d’entreprises ressentant le besoin d’une introduction en bourse diminue tandis que le nombre d’entreprises qui quittent le marché boursier est en hausse, principalement à la suite de fusions et d’acquisitions. Il n’y a pourtant aucun signe indiquant que l’esprit d’entreprise serait en déclin. Un nombre important de nouvelles entreprises sont créées, mais elles optent la plupart du temps pour un autre mode de financement. Les crédits bon marché et l’accès plus aisé au capital à risque privé ont réussi à se faire une place sur le marché. Les entreprises reculent devant les frais et l’agitation liée à une cotation publique. Il existe d’autres modes de financement moins coûteux et plus simples, sans s’encombrer de toutes les règles liées à une cotation en bourse. Il en résulte que les bourses sont peuplées d’entreprises plus matures. De ce fait, les investisseurs risquent de passer à côté de la phase de forte croissance que connaissent les entreprises relativement jeunes.  

Les marchés émergents sont l’exception

Ce qui précède ne s’applique pas à tous les marchés boursiers. Certains de ces marchés ont beaucoup de succès. Les marchés émergents ont enregistré des prestations nettement meilleures que celles des marchés développés, grâce à l’augmentation du nombre de cotations boursières sur les marchés émergents d’Asie et d’Europe. La Chine en tête. Les marchés boursiers ont également connu une belle croissance dans les pays asiatiques développés. Sur ces marchés, les profits semblent toujours supérieurs aux coûts.

Plus d’émissions d’actions que d’introductions en bourse

Même si les marchés boursiers ne remplissent plus à grande échelle leur fonction première, cela ne veut pas dire pour autant qu’ils n’ont pas d’autres fonctions importantes. On peut pointer ici la possibilité pour les entreprises cotées en bourse de lever des nouveaux capitaux. Depuis 2001, le nombre d’émissions d’actions par des entreprises cotées en bourse aux États-Unis est quatre fois plus élevé que le nombre d’introductions en bourse. Cette même tendance est perceptible aussi ailleurs, même en Chine qui est pourtant réputée pour son nombre élevé d’introductions en bourse. 

Marché boursier contre marché de la dette 

Le désintérêt pour une cotation en bourse a des conséquences. Les exigences liées à une notation boursière renforcent la norme en matière de gouvernance d’entreprise. Grâce aux investisseurs actifs, les marchés assurent aussi une allocation efficace du capital. Les entreprises en difficulté sont ainsi décotées de manière transparente. Ce processus de destruction créatrice est essentiel au bon fonctionnement et à la bonne santé de l’économie. Les marchés de la dette jouent en revanche un rôle contrasté. La tentation est grande d’allonger la durée de la dette pour masquer des pertes. 

Notons encore un autre effet important de la perte d’attrait d’une cotation en bourse, à savoir l’impact négatif sur les épargnants. Les marchés publics sont, pour les épargnants, une manière peu coûteuse et simple de profiter de la croissance du secteur des entreprises. Si les entreprises de qualité ne cherchent plus à être cotées en bourse, la qualité des marchés boursiers risque de s’en ressentir, avec à la clé, une baisse du rendement sur les actions par rapport aux marchés d’actions privés. Ce sont les épargnants qui en feraient les frais. 

Investir sur le marché public et sur le marché privé 

Les investisseurs doivent élargir leur champ d’action et jouer aussi la carte du capital à risque privé. Une approche plus holistique des marchés publics et privés semble plus indiquée de nos jours. 

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article intitulé : What is the point of the equity market?, de Duncan Lamont, responsable de la recherche chez Schroders


Moins de sucre dans l’assiette : quelles conséquences en portefeuille?

Par Elly Irving, analyste ESG chez Schroders

Le 9 avril 2018

Le sucre pourrait faire du « Big Food » le prochain « Big Tobacco ». En effet, l’industrie alimentaire et des boissons a subi de profonds changements et les investisseurs peuvent tenir compte de ces facteurs en portefeuille.

Trois catalyseurs expliquent ce changement d’environnement pour les entreprises alimentaires et de boissons.

  1. Une prise de conscience croissante chez les diverses parties prenantes

Les médias, les consommateurs et le législateur accordent toujours plus d’attention au rôle du sucre dans l’alimentation. La réglementation en matière de publicité et d’étiquetage a été étendue, tandis que des directives volontaires en faveur d’une réduction de la consommation de sucre ont vu le jour.   

  1. Tendances en matière de démographie et de santé 

La hausse des cas d’obésité, de diabète et autres maladies non transmissibles met les budgets des soins de santé sous pression. D’après l’OMS, la prévalence de l’obésité a doublé au niveau mondial depuis 1980. Durant la même période, la consommation de sucre a elle aussi augmenté. Les frais de santé croissants ont convaincu les pouvoirs publics d’instaurer des taxes sur le sucre. Depuis 2015, 17 nouvelles taxes sur le sucre ont été introduites. 

  1. La recherche scientifique indépendante augmente le risque d’actions en justice

La recherche scientifique portant sur les effets de la consommation de sucre sur la santé s’intensifie. Le risque de poursuites judiciaires à l’encontre des producteurs alimentaires et de boissons croît également, surtout si le nombre de cas d’obésité continue de grimper.  À l’instar de Public Health England, un certain nombre de catégories de produits alimentaires et boissons sont dans le collimateur : les sodas, les céréales, les friandises, les yaourts et les glaces. À eux seuls, les sodas représentent déjà 28 % de la consommation journalière de sucre des enfants. 

Si les entreprises alimentaires veulent survivre, elles doivent s’adapter au changement de comportement des consommateurs. On observe ainsi quatre tendances dans ce secteur : 

  1. Fusions et reprises en raison de la demande de produits plus sains

Les grandes entreprises alimentaires tentent de croître dans ce segment en opérant des fusions ou reprises de producteurs de moindre taille, répondant mieux à la demande de produits plus sains.  Les entreprises qui ne parviennent pas à s’adapter assez rapidement, deviennent la proie d’actionnaires activistes.  

  1. Adaptation et innovation

Les grands producteurs alimentaires et de boissons adaptent leur offre existante, d’une part, en réponse à la demande changeante du consommateur et, d’autre part, en raison des taxes sur le sucre qui les menacent. Le succès n’est toutefois pas garanti. Une adaptation de l’offre de produits peut s’avérer coûteuse et même porter préjudice à la marque si elle ne satisfait pas les attentes du consommateur.  

  1. Davantage de promotion

L’évolution vers des alternatives plus saines occasionne des dépenses en promotion plus élevées afin de compenser la baisse des ventes des produits nocifs pour la santé.  Le secteur publicitaire lutte également contre la diabolisation du sucre par les médias, aidés par l’instauration d’une taxe sur le sucre. 

  1. Davantage de transparence au niveau de l’entreprise

Les entreprises du secteur alimentaire se voient de plus en plus imposer des contraintes afin d’expliquer comment elles réagissent à ces tendances. Les entreprises fixent des objectifs nutritionnels. Les taxes sur le sucre font également l’objet d’une attention accrue dans les rapports annuels. 

Et en portefeuille ?

Dans l’analyse du secteur et de ces entreprises, il convient donc de tenir également compte de leur manière de relever les défis liés à la consommation de sucre. Cela entraîne des adaptations dans la composition du portefeuille afin de mieux maîtriser le risque inhérent à une exposition au secteur alimentaire et des boissons.

Retrouvez le texte complet Sugar: current state of play, de Elly Irving, analyste ESG chez Schroders, dans leSustainable Investment Report (annual report 2017).


Google, Amazon et Facebook vont-ils durer?

Par Katherine Davidson, gestionnaire de fonds chez Schroders

Le 12 mars 2018

Vu leur taille gigantesque, leur pouvoir énorme et leur force de frappe financière, les entreprises de la Big Tech telles que Google, Amazon ou Facebook sont dans le collimateur des régulateurs et des législateurs. Les géants de la toile risquent-ils de se voir rogner les ailes?  Ces entreprises représentent-elles vraiment une menace pour le marché et quels sont les risques à long terme pour les investisseurs dans le secteur de la Big Tech ?

Le vent tourne pour la Big Tech 

On dirait bien que le vent est en train de tourner et que les entreprises de la Big Tech ne sont plus en odeur de sainteté. Google s’est vu infliger une amende colossale par Bruxelles pour abus de position dominante au sein de l’Union européenne, tandis que des hauts dirigeants de la Silicon Valley ont comparu devant le Sénat américain et le parlement britannique pour rendre des comptes à propos de l’utilisation abusive de leurs plateformes par des extrémistes et des pirates informatiques russes. L’introduction de la législation RGPD (règlement général sur la protection des données) sur le territoire de l’Union européenne augmentera la complexité et le risque pour les entreprises qui exploitent les données de leurs utilisateurs. Ajoutez à cela les soucis causés par les cours trop élevés des actions et quelques plongeons du Nasdaq, et vous comprendrez que les derniers mois ont été éprouvants pour les nerfs des investisseurs qui ont pris des positions significatives en actions GAFAN ( Google, Apple, Facebook, Amazon, Netflix).  

Bienfaiteurs ou responsables de détournements de données? 

Ce qui caractérise les entreprises de la Big Tech, c’est l’effet réseau. La valeur de leurs services augmente avec leur nombre d’utilisateurs. Les réseaux sociaux en sont un bel exemple. Chaque nouvel utilisateur accroît le nombre de connexions potentielles et les possibilités de partage de contenus. Une fois qu’une masse critique a été atteinte, il devient difficile pour les concurrents de séduire les utilisateurs des services des leaders du marché. Ce monopole naturel suscite la méfiance des décideurs politiques. Mais si on regarde les choses du point de vue de l’autorité de la concurrence, qui analyse de manière traditionnelle la formation des prix et le risque de préjudice pour le consommateur, il est difficile d’accuser les entreprises de la Big Tech d’abus de position dominante. 

La plupart des services qu’elles offrent sont gratuits. Les utilisateurs de ces services gratuits créent de la valeur pour les entreprises. Celles-ci rentabilisent les données de leurs utilisateurs en les vendant à des annonceurs. Quand on les interroge, les consommateurs affirment que leurs données ne peuvent pas être vendues en contrepartie de divers services, mais la pratique démontre le contraire. Les consommateurs cochent sans réfléchir les clauses de consentement et acceptent les cookies au lieu d’interrompre leur navigation . L’atteinte aux données ne semble avoir aucune influence sur les habitudes de navigation des consommateurs. La réglementation RGPD autorise en théorie les utilisateurs à ne pas fournir leurs données, mais dans quelle mesure ce choix est-il tenable s’ils se voient ensuite interdire l’accès à des services gratuits?

On ne distingue d’ailleurs aucun signe indiquant que les annonceurs seraient lésés par un monopole des géants technologiques. Les prix des publicités sur Google sont fixés aux enchères et ils ne sont donc pas faussés à ce niveau. Les prix des publicités sur Facebook sont fixés par Facebook même, mais l’actuel «coût par mille» (CPM) tourne encore actuellement autour des 2 dollars américains, ce qui est moins cher que presque tous les autres médias. 

Le modèle commercial d’Amazon est différent, mais ne semble causer aucun préjudice au consommateur. Au contraire, à cause de l’effet disruptif d’Amazon, les producteurs et les secteurs ont été contraints de baisser leurs prix, et l’innovation a été stimulée. Dans une perspective traditionnelle, il ne semble pas que les consommateurs soient lésés par la domination des géants technologiques.   

Destruction créatrice

Les entreprises technologiques sont aussi accusées d’entraver l’innovation en rachetant des start-ups prometteuses et en débauchant les talents. Mais les entreprises comme Google et Amazon sont très innovantes et elles favorisent l’émergence de nouvelles entreprises tout en aidant les entreprises existantes à évoluer. À l’instar d’Amazon qui a mis la main sur le secteur de la vente de détail au XXIème siècle, Google a stimulé les entreprises de télécommunications à accélérer le déploiement du haut débit et incité l’industrie automobile à investir dans le développement de voitures autonomes. 

Cependant les autorités gardiennes de la concurrence auraient dû se montrer plus critiques lors du rachat de WhatsApp et d’Instagram par Facebook. Difficile de créer une concurrence innovante si ces géants technologiques rachètent leurs éventuels rivaux.  

Manipulation des utilisateurs

L’utilisation des données des utilisateurs permet de s’adresser à eux de manière ciblée sur les médias sociaux, et ce, d’une manière nettement plus efficace que ce que l’on croyait possible avec les médias conventionnels. Une utilisation malveillante des données permet de manipuler les utilisateurs en influençant ce qu’ils voient et lisent. En revanche, les réseaux sociaux peuvent aussi être un moteur de libre expression et d’engagement social. 

Reste à savoir si les réseaux sociaux doivent être considérés comme des plateformes ou comme des éditeurs responsables des contenus publiés sur leur plateforme. Dans ce dernier cas, le défi serait colossal vu la masse gigantesque de données. À l’heure actuelle, la quantité de vidéos téléchargées chaque jour sur YouTube représente une durée totale de 65 ans. Facebook et, dans une moindre mesure, YouTube améliorent déjà de manière proactive la connaissance de leurs contenus. Ils améliorent leur intelligence artificielle et engagent des personnes «réelles» chargées d’identifier et d’éliminer les faux contenus et les contenus extrémistes.  

Le bénéfice du doute 

Il n’est pas si simple de chiffrer la valeur sociale que les entreprises de la Big Tech ont créée ou détruite. On peut cependant rester positifs et considérer, qu’avec leurs services gratuits et leurs innovations, ces entreprises contribuent à la société plus qu’elles n’abusent de leur position de monopole. Mais il y a des risques latents qui menacent la durabilité de leur modèle d’entreprise. Parmi les risques principaux, on peut pointer la régulation et le revirement des consommateurs. 


La reflation va-t-elle ou non se poursuivre en 2018? Trois facteurs décisifs

Par Johanna Kyrklund, responsable des investissements multi-actifs chez Schroders

Le 22 février 2018

Trois facteurs seront décisifs pour le maintien des circonstances réflationnistes cette année :   

  • La croissance. La croissance mondiale du PIB pendant les deux années à venir se situera autour des 3%. La réforme fiscale pourrait créer une surprise de taille aux USA. Mais on ne s’attend pas à ce que les entreprises américaines dépensent l’intégralité des sommes dont elles disposent grâce à la baisse des impôts. 
  • Taux des obligations américaines à 10 ans. Les valorisations des actions américaines sont tenables tant que le taux des obligations américaines à 10 ans ne dépasse pas la barre des 3%. Il faut pour cela que l’inflation reste modérée. 
  • L’inflation.Comme la rupture technologique et le vieillissement de la population pèsent sur l’inflation, on s’attend à ce que le taux d’inflation ne dépasse pas la barre des 3% et à ce que la normalisation monétaire se déroule graduellement. Dans ce contexte, les valorisations freinent les rendements à moyen terme. Mais une période de rendements plus bas est plus vraisemblable qu’un marché baissier. 

Qu’est-ce qui pourrait modifier la donne? 

L’inflation pourrait jouer les trouble-fête. Sous l’effet de la reprise du commerce mondial, la croissance pourrait atteindre un niveau inattendu et provoquer ainsi une poussée d’inflation. Les salaires sont un autre facteur. Une analyse de la Fed montre que, lorsque le chômage descend au-dessous d’un certain seuil, cela peut amplifier la corrélation entre chômage et inflation et faire ainsi grimper l’inflation. Un tel scénario d’accroissement du commerce mondial et d’accélération de l’inflation entraînerait une révision à la hausse de la prévision d’inflation qui passerait alors de 2,3% à 3%. Il s’ensuivrait une certaine volatilité sur les marchés des obligations d’État, tout en créant aussi des opportunités sur les marchés des actions dans les secteurs cycliques axés sur la valeur. 

Une croissante décevante serait plus inquiétante. Les marchés développés sont en pleine phase d’expansion; la croissance économique est au rendez-vous et l’inflation augmente. La phase suivante, celle du ralentissement, est la pire phase pour les rendements. Le danger, c’est qu’au départ, un ralentissement de la croissance fait toujours bonne impression: la production est encore au-dessus de la tendance et bien que la croissance recule, elle est encore toujours positive. Mais durant cette phase, les prévisions de rendement et les valorisations des actions sont plutôt élevées, avec un risque de déception et de rendement négatif. Pour l’instant, tous les voyants sont encore au vert, mais les trois tendances suivantes doivent être tenues à l’œil: 

  • Les États-Unis et la Chine sont en train de réduire leurs liquidités. La normalisation comporte toujours un risque que le resserrement soit trop rapide. 
  • Les courbes de rendement sont en train de s’écrêter. Les marchés obligataires intègrent déjà dans leurs cours un ralentissement de la croissance. Cela contraste avec l’optimisme des marchés des actions. 
  • Le dollar pourrait rester faiblesi le reste du monde se raccroche au train de la croissance économique américaine. Mais sii le billet vert s’apprécie, cela pèsera sur la croissance chinoise tout en provoquant un resserrement des liquidités. 

On peut donc tabler sur des circonstances reflationnistes dans lesquelles les actifs des marchés émergents sembleront relativement peu chers. Dans le courant de 2018, les préoccupations se feront plus vives par rapport à un resserrement synchronisé des liquidités. La plus grosse surprise serait que le taux des obligations d’État en fin d’année soit inférieur à son niveau actuel. 


Quelles perspectives pour les matières premières et l’or en 2018 ?

Par Mark Lacey, spécialiste en énergie et métaux précieux chez Schroders

Le 12 janvier 2018

Lorsque l’inflation mondiale repart à la hausse, le moment est venu d’augmenter l’exposition aux matières premières. Le dollar américain fort a eu des effets négatifs pour les matières premières durant la tendance baissière qui a pris fin sur les marchés en 2016. La dépréciation du dollar américain semble marquer le prélude d’un nouveau marché baissier pour le billet vert. Un dollar américain plus faible en 2018 sera un facteur positif pour le marché des matières premières. 

 Analysons les prévisions par catégorie de matières premières

  • Les perspectives pour le pétrole et l’énergieen général se sont améliorées. Les principaux risques sont à présent à la hausse. La production est à la traîne dans plusieurs pays, alors que la consommation mondiale reste élevée. Les réserves pétrolières vont fortement diminuer en 2018. L’année 2018 sera aussi marquée par une hausse du gaz naturel. Le marché du gaz naturel américain se caractérise par une offre trop faible alors que la demande augmente de manière structurelle. Une hausse des prix est donc inéluctable. 
  • Les fondamentaux d’un certain nombre de matières premières agricoles importantes s’améliorent en 2018. Les marchés du froment ont apparemment atteint leur plancher et beaucoup de produits agricoles de base sont soutenus par la croissance structurelle de la demande à long terme. 
  • Les perspectives sont positives pour les métaux de base comme l’aluminium et le nickel, pour lesquels l’impact d’une éventuelle baisse de l’offre est le plus fort. Le cuivre et le minerai de fer sont, quant à eux, les plus sensibles à une baisse potentielle de la demande en 2018. 
  • Si l’euphorie entourant les marchés des actions s’estompe en 2018, cela pourra profiter aux métaux précieux. Les valorisations des marchés des actions sont élevées. Les périodes d’accroissement des tensions géopolitiques et de volatilité accrue sur les marchés financiers sont généralement tout bénéfice pour l’or et l’argent. Les investisseurs sont sous-pondérés dans ces deux métaux précieux, malgré les rendements solides affichés en 2016 et 2017. Compte tenu de leur cours peu élevé, les actions dans le secteur de l’or pourraient bien performer mieux que le métal jaune lui-même.

Prévisions favorables pour l’énergie et l’or 

Les prestations des actions liées au secteur énergétique sont largement à la traîne, malgré l’amélioration des fondamentaux des matières premières. La déception liée aux rendements médiocres, voire négatifs ainsi que la destruction continue de capital ont conduit les investisseurs à éviter les actions dans le secteur des matières premières. Ils attendent le moment où les entreprises du secteur des matières premières et notamment les entreprises énergétiques afficheront un rendement correct et généreront un cash-flow libre consistant. Dès que les investisseurs auront la certitude que l’obsession de la «croissance» a été reléguée à un passé révolu, des capitaux afflueront à nouveau vers le secteur. L’énergie et les métaux précieux vont gagner en attractivité en 2018. 

Rarement aussi peu chers 

Les cours des actions liées aux matières premières n’ont jamais été (relativement) aussi peu chers qu’aujourd’hui. Beaucoup d’entreprises du secteur de l’énergie et des métaux précieux ont un attrait certain pour les investisseurs en 2018 grâce à leur focus sur le cash-flow libre, au renforcement de leur bilan et au rendement du capital. La hausse des prix des matières premières et le niveau très bas des cours offrent aux investisseurs une occasion séduisante de répartir les risques et de se protéger contre l’inflation. 


Perspectives 2018 : Quelle croissance et quelle inflation ?

Par Keith Wade, économiste en chef chez Schroders

Le 11 décembre 2017

L’économie mondiale enregistre son rythme de croissance le plus rapide depuis 2011 et cette reprise est de plus en plus synchrone à l’échelle mondiale. C’est une raison suffisante pour revoir à la hausse les prévisions de la croissance mondiale de 2018 à 3,2%. Après ce pic, la croissance redescendra à 3 % en 2019. 

Le scénario Boucles d’Or (goldilocks) perd-il de son éclat?

Toute la question est de savoir si la reprise robuste alimentera aussi l’inflation, avec pour conséquence un resserrement de la politique monétaire. Jusqu’ici, l’accélération de l’activité n’a pas encore fait repartir l’inflation à la hausse, mais il est permis de se demander si le scénario Boucle d’Or – celui d’une croissance forte accompagnée d’une inflation faible – va se poursuivre. 

La reprise économique mondiale concerne tant les économies développées que les économies émergentes. Le taux de croissance prévu pour l’économie américaine en 2018 a été revu à la hausse de 2 % à 2,5 %, tandis que celui de la zone euro a été relevé de 2 % à 2,3 % et celui du Japon de 1,5 % à 1,8 % (contre 1,5 % précédemment). Les prévisions de croissance pour les marchés émergents ont été portées à 4,9 % (au lieu de 4,8 % initialement).

Le taux d’inflation prévu pour 2018 a ainsi été revu à la hausse en tablant désormais sur 2,3 % à cause de l’augmentation des prix du pétrole et des matières premières et de la hausse des prix à la production. Les forces cycliques poussent l’inflation américaine à nouveau vers les 2 %. Le retard entre la croissance et l’inflation est considérable et la reprise de l’activité économique en 2017 va entraîner une accélération de l’inflation en 2018. Voilà l’effet Boucles d’Or va s’estomper et l’économie mondiale va entrer dans une phase de croissance plus forte, mais aussi d’inflation supérieure aux prévisions.

La politique monétaire bascule vers un resserrement

Il en résulte un risque de resserrement de la politique monétaire. On peut estimer que trois hausses des taux d’intérêt interviendront en 2018 après une première modification ce mois-ci. Le taux directeur sera de 1,5 % fin 2017 et de 2,25 % fin 2018. Il augmentera ensuite une dernière fois en 2019 pour s’établir à 2,5 %. 

La BCE va mener une politique moins accommodante que ce que l’on pense. La croissance et l’inflation seront suffisamment robustes pour permettre de mettre un terme à la politique d’assouplissement quantitatif dès septembre 2018. Une première hausse des taux d’intérêt interviendrait alors en Europe en 2019. 

La Banque du Japon est également sur le point de changer son fusil d’épaule. La Banque du Japon va relever l’objectif pour les taux à dix ans sous l’effet d’une croissance économique robuste. Bien qu’il s’agisse d’une étape modérée, les marchés vont ressentir la chose comme un point de basculement vers une politique plus stricte.

Scénarios de reflation

Le scénario de reflation surnommé‘global trade boom’, se traduit par une hausse de la croissance et de l’inflation. La reprise entraînera une augmentation des prix des matières premières. Le scénario ‘American fiscal reflation’table sur une impulsion budgétaire allant de pair avec des baisses d’impôt sensibles et une augmentation des dépenses d’infrastructure, ce qui fera rebondir l’inflation. Les effets du scénario ‘American fiscal reflation’se feront ressentir surtout aux États-Unis.

Une activité économique plus forte est aussi une des caractéristiques du scénario ‘productivity revival’, même si dans le cas présent, on n’assiste pas à une accélération de l’inflation parce que la croissance supplémentaire est compensée par une amélioration de la productivité. Ces derniers temps, des signes encourageants indiquent que la productivité américaine s’améliore; ce scénario part du principe que cette tendance va se poursuivre au cours de la période considérée.

Les risques: la déflation et la stagflation

Deux scénarios pouvent conduire l’économie mondiale à la déflation: il s’agit des scénarios ‘secular stagnation’ et ‘bond yields surge’. Dans le premier scénario, la reprise cyclique actuelle s’essouffle et l’économie mondiale retombe dans une tendance déflationniste faible. Bien que cela paraisse improbable, il est important de se rendre compte que la croissance économique mondiale se heurte encore à des obstacles structurels considérables (par exemple les taux d’endettement élevés et la détérioration des données démographiques). Le scénario ‘bond yields surge’prévoit un net resserrement des conditions financières dû au démantèlement, par la Fed et la BCE, de leur politique d’assouplissement quantitatif, ce qui donne naissance à un environnement déflationniste.

L’issue des deux scénarios est une stagflation (croissance faible et inflation en hausse): il s’agit des scénarios ‘inflation accelerates’ et ‘protectionism rises’. Comme son nom l’indique, le scénario ‘inflation accelerates’table sur une accélération de l’inflation sur fond de ralentissement de la croissance économique du fait que les banques centrales réagissent en adoptant une politique moins accommodante. Dans le scénario ‘protectionism rises’, les pays relèvent leurs tarifs commerciaux en réponse au protectionnisme accru. Ce relèvement provoque à son tour un ralentissement de l’activité économique et une hausse de l’inflation à mesure que les prix commerciaux et les tarifs à l’importation augmentent.

De Boucles d’Or à la reflation

L’année 2017 a été caractérisée par une croissance constante et une inflation basse: c’est le scénario que l’on appelle ‘Boucles d’Or’. Les choses semblent vouloir prendre un autre tour en 2018. Pour l’année prochaine, on s’attend à ce que l’inflation augmente parallèlement à la croissance économique et au resserrement de la politique monétaire. D’après l’analyse des différents scénarios, le risque de reflation est plus grand que celui d’aboutir à un environnement déflationniste, étant donné qu’il y a de fortes chances que des mesures de soutien budgétaire soient prises et que l’on assiste à une croissance des échanges mondiaux.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article From goldilocks to reflation/ Outlook 2018: Global Economy, de Keith Wade, économiste en chef chez Schroders. 


Investir et épargner, plus important que consommer

Le 27 novembre 2017

Une étude réalisée auprès de plus de 22 000 investisseurs dans 30 pays montre que les répondants placent l’investissement dans les marchés en tête de leurs priorités, avant l’épargne bancaire, l’achat de biens immobiliers ou d’articles de luxe (vacances, nouvelle voiture) ou encore le remboursement de dettes. Mais beaucoup ont des anticipations de performance irréalistes, ce qui suggère un déficit de connaissances en matière d’investissement. Il est en revanche encourageant de constater, à l’échelle mondiale, que les personnes interrogées sont très demandeuses d’apprendre comment bien investir.

L’investissement, première priorité devant l’épargne, les achats de luxe ou le remboursement de dettes

Quand on interroge les investisseurs sur l’utilisation prioritaire qu’ils comptent faire de leur revenu disponible de l’année à venir, la plupart affirment avoir l’intention d’investir. 23 % des personnes interrogées à l’échelle mondiale ont l’intention d’investir en valeurs boursières (actions, matières premières, obligations ou placements similaires). Arrivent ensuite (20 %) les personnes qui ont l’intention de mettre de côté leurs liquidités disponibles soit sur un compte en banque (16 %) soit chez eux (4 %), malgré le niveau très bas ou l’absence de taux d’intérêt.

En Belgique, investir est devenu aussi important que d’épargner (22 % pour les deux), ce qui est encourageant car les investisseurs belges sont désormais conscients qu’ils doivent changer leur comportement en matière d’investissement. Cependant, les investisseurs belges restent encore en retrait des investisseurs mondiaux.

Le remboursement de dettes (y compris des emprunts hypothécaires) n’est une priorité que pour 9 % des répondants, ce qui s’explique sans doute par le niveau très bas des coûts d’emprunt.

77 % des Belges interrogés envisagent de désinvestir des comptes d’épargne dès que l’avantage fiscal sera modifié

Les Belges possèdent environ 19 millions de comptes d’épargne, qui totalisent de 230,77 milliards d’euros d’avoirs (juillet 2017). Jusqu’à récemment, les comptes d’épargne belges jouissaient d’un avantage fiscal sur la première tranche de 1880 euros d’intérêts. Le récent accord signé durant l’été par le gouvernement fédéral belge vise à limiter cet avantage à 940 euros pour 2018 et à accorder un avantage fiscal à la première tranche de 627 euros de dividendes.

L’enquête Schroders Global Investor 2017 a demandé aux investisseurs belges s’ils envisageaient d’investir une partie de leur épargne placée sur ces comptes d’épargne dans d’autres types de placements si l’avantage fiscal était accordé à d’autres produits de placement.

Dans l’ensemble, 77 % ont répondu par l’affirmative. L’enquête n’a fait état d’aucune différence entre les hommes et les femmes, mais a démontré une légère différence entre la génération Y (73 %) et les investisseurs d’au moins 36 ans (79 %). L’enquête a également conclu à des différences régionales légères : les investisseurs de Bruxelles et de Wallonie sont plus disposés à investir dans d’autres produits que les comptes d’épargne (80 % pour Bruxelles, 81 % pour la Wallonie), tandis que les investisseurs flamands sont plus conservateurs (74 %).

À la question de savoir s’ils investiraient dans les sociétés de services aux collectivités, qui sont souvent utilisées par les intercommunales, si elles étaient cotées sur le marché boursier, 53 % des investisseurs belges ont répondu positivement (56 % chez les hommes, 48 % chez les femmes). L’enquête a également montré une différence régionale sensible. En effet, 63 % des investisseurs vivant en région flamande seraient disposés à investir dans les sociétés de services aux collectivités, contre 54 % à Bruxelles et seulement 35 % en Wallonie. Cette différence notable entre d’un côté la Flandre et Bruxelles et de l’autre côté la Wallonie peut s’expliquer par le fait qu’il existait des projets d’introduction en bourse d’une société de services aux collectivités flamande.

Des anticipations de performance irréalistes

L’étude met en évidence que les investisseurs ont des anticipations de performance irréalistes. Pour les cinq années à venir, les investisseurs mondiaux tablent sur un rendement annuel moyen de 10,2 % (8,7 % en Europe, 7,7 % en Belgique, 11,7 % en Asie et 11,7 % sur le continent américain), bien que l’indice MSCI World ait enregistré un rendement annuel de 7,2 % sur les 30 dernières années.[1]

Confiance des investisseurs

Interrogés à propos du contexte géopolitique actuel et de son impact sur leurs décisions d’investissement, les investisseurs donnent des réponses variables et parfois contradictoires.

Quand on leur demande dans quelle mesure l’incertitude actuelle liée à la politique internationale et à la situation mondiale affecte leurs investissements, plus de la moitié des répondants (59 % à l’échelle mondiale, 56 % en Belgique) déclarent ne plus vouloir prendre beaucoup de risques en investissant. Mais ils sont presque aussi nombreux à avoir répondu qu’ils considèrent les événements mondiaux comme des opportunités d’investissement (57 %) ou qu’ils ne laissent pas la politique et l’actualité mondiale les détourner de leurs objectifs d’investissement (54 %). Ces réponses donnent à penser que si les investisseurs semblent relativement confiants et se fixent comme priorité d’investir leur revenu disponible dans les marchés, ils s’efforcent de ne pas céder à l’autosatisfaction.

Les investisseurs semblent plus prudents : 42% considèrent les événements mondiaux comme des opportunités d’investissement, 44% ne laissent pas la politique et l’actualité mondiale les détourner de leurs objectifs d’investissement.

[1] Source : Thomson Reuters, indice MSCI World, taux de croissance annuel cumulé de l’indice MSCI World sur la base de la performance absolue de 1987 à 2017, en date du 22 septembre 2017.


Vers la fin de la désinflation sur les marchés émergents

Le 24 octobre 2017

Le basculement de l’assouplissement quantitatif (quantitative easing ou QE) vers le resserrement quantitatif (quantitative tightening ou QT) est l’étape suivante vers une normalisation de la politique monétaire.

Si les marchés sont efficaces, ce basculement du QE vers le QT a déjà été intégré dans les cours par les marchés financiers et son effet devrait être minime. Ces derniers mois, la Fed a communiqué de manière très transparente sur ses intentions et l’annonce, le 20 septembre dernier, de l’allègement de son bilan n’aura donc été une surprise pour personne.  Mais les autres grandes banques centrales ont une longueur de retard. La Banque du Japon (BoJ) et la Banque centrale européenne (BCE) sont encore en plein QE. Par conséquent, les liquidités mondiales vont encore provisoirement continuer à augmenter.

Mais la croissance des liquidités ralentit

  • Le rythme de croissance des liquidité diminuera de moitié en 2018 pour retomber à zéro en 2019, étant donné que la Fed va étendre son QT dans les mois à venir, tandis que la BCE va continuer à démanteler son QE.
  • De plus, on ne peut pas parler de liquidités mondiales parce que les investisseurs internationaux doivent tenir compte des coûts de conversion des devises et des coûts de couverture des changes dans l’évaluation des rendements. La configuration actuelle des taux d’intérêt peut retenir le capital au lieu de le laisser circuler librement entre les pays ou régions pratiquant le QE et ceux pratiquant le QT. 

La fin de la désinflation en vue sur les marchés émergents, un facteur positif pour les investisseurs en actions

La Russie, l’Inde et le Brésil ont enregistré une forte baisse de leur taux d’inflation. Cette désinflation joue davantage sur les marchés émergents. Cela s’est traduit par un afflux considérable d’obligations des marchés émergents, les investisseurs tablant sur un assouplissement de la politique monétaire des banques centrales des marchés émergents. L’inflation a apparemment cessé de baisser.

  • Les devises des marchés émergents perdent de leur allant, ce qui relance l’inflation.
  • Certains signes indiquent que la croissance sur les marchés émergents a atteint son plancher et que la croissance restera stable en tout cas l’année prochaine. Ici aussi la pression désinflationniste semble disparaître.
  • Les prix pétroliers repartent à la hausse cette année et les matières premières agricoles sont relativement stables. Il semble bien que la majeure partie de l’impact des baisses de prix de 2012-2016 soit derrière nous. 

Implications pour les investisseurs sur les marchés émergents

L’inflation représente un élément important du taux réel et influence ainsi les conditions monétaires d’un pays et la marge de manœuvre dont dispose la banque centrale. Cela peut à son tour agir sur les marchés des actions et des obligations. Les marchés émergents affichent également des différences considérables à ce niveau. Certains pays pratiquent une politique beaucoup moins accommodante qu’ailleurs. Le Brésil et la Russie appliquent la politique monétaire la plus stricte, tandis que la Turquie applique la politique monétaire la plus accommodante.

La tendance désinflationniste a fait son temps, de même que les baisses de taux d’intérêt qui vont de pair. Si l’inflation se stabilise ou repart à la hausse, les banques centrales ne pourront plus assouplir leur politique monétaire davantage. Les pays qui connaissent un taux réel élevé ont encore un peu de marge pour appliquer des baisses de taux. Dans certains cas, l’inflation peut encore continuer à baisser sous l’effet de facteurs intérieurs spécifiques. Les actions pourront toujours profiter de la croissance plus forte et la reprise de l’inflation peut avoir des répercussions positives sur les bénéfices des entreprises. 

 

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans le dernier article de la série Economic and Strategy Viewpoint, de Keith Wade, économiste en chef chez Schroders, et de Craig Botham, économiste spécialiste des marchés émergents chez Schroders.


La multiplication des infections résistantes aux antibiotiques : un risque invisible pour les investisseurs !

Par Seema Suchak, analyste ESG chez Schroders

Le 26 septembre 2017

Les infections résistantes représentent un coût potentiellement élevé. Des économistes ont estimé que la résistance accrue aux antibiotiques pourrait être à l’origine de quelque 10 millions de décès par an et que les coûts y afférant pourraient atteindre les 100 milliards de dollars US d’ici 2050 si aucune mesure n’est prise. La résistance croissante des bactéries aux antibiotiques constitue l’un des principaux défis pour les sciences médicales. Pourtant, les risques et opportunités de ce phénomène pour les entreprises n’ont encore été que peu étudiés, de même que les implications pour les investisseurs.

De plus en plus de types de bactéries sont capables de résister aux antibiotiques. Par conséquent, les médecins éprouvent de plus en plus souvent des difficultés à soigner des patients atteints d’une infection. La résistance aux antimicrobiens (RAM) s’est accélérée suite à un usage abusif et excessif d’antibiotiques chez l’homme et l’animal. Ainsi, chaque année, 480 000 personnes à travers le monde contractent une tuberculose résistante à différents antibiotiques. De plus, en 2016, on a appris que des bactéries avaient développé une résistance à la colistine, un antibiotique « de dernier recours ». 

La RAM pourrait affaiblir la valeur des industries impliquées dans la production ou l’utilisation d’agents antimicrobiens conventionnels, dans la mesure où les instances législatives limitent de plus en plus la disponibilité et l’usage excessif de ceux-ci.

Implications pour le secteur des soins de santé

Le secteur des soins de santé n’est pas considéré comme responsable de la résistance accrue chez l’homme et l’animal mais il n’en reste pas moins leur fournisseur d’antibiotiques. Par conséquent, ce secteur se retrouvera in fine confronté à une législation et à une réglementation restrictives. Les producteurs d’antibiotiques actuels, en particulier ceux qui fournissent le secteur agricole, seront soumis à des restrictions particulièrement strictes. 

En revanche, pour les entreprises innovantes qui parviendront à développer de nouvelles formes d’antibiotiques, de nombreuses opportunités et une belle récompense financière sont à la clé, même si ces entreprises n’échapperont pas, elles non plus, à des restrictions commerciales. De réelles opportunités s’offriront surtout aux entreprises qui développent des alternatives aux antimicrobiens, telles que des vaccins ou des probiotiques, ainsi qu’aux entreprises de services capables de diagnostiquer des infections ou d’améliorer les conditions d’hygiène.   

Implications pour l’industrie alimentaire 

De nombreuses études portent sur le rôle de l’industrie agro-alimentaire dans la RAM et mettent surtout en évidence une régulation accrue ainsi qu’un comportement plus critique de la part des consommateurs. Les producteurs alimentaires qui dépendent des antibiotiques pour maintenir certaines infections sous contrôle seront les plus touchés. Les entreprises qui fournissent des compléments alimentaires pour l’alimentation animale pourront quant à elles saisir cette opportunité pour innover et limiter la dépendance aux antibiotiques. Les commerces et restaurants commencent également à prendre conscience de l’attitude plus critique des consommateurs quant à l’usage d’antibiotiques et beaucoup jouent déjà sur cette tendance. 

Vu l’impact considérable de la RAM sur différents secteurs, on peut établir un constat important : parmi les entreprises qui réalisent les plus grosses ventes d’antibiotiques aux États-Unis, la RAM n’apparaît pas sur l’écran radar des risques dans sept entreprises sur dix.  


Les «villes intelligentes» sont-elles la solution au problème du changement climatique?

Le 31 août 2017

Près d’un quart de la population mondiale vit dans des villes. D’après les prévisions, ce pourcentage pourrait doubler à l’horizon 2030. L’évolution technologique et les mégadonnées («big data») permettent aux villes de gérer plus intelligemment cette problématique (environnementale). Selon la dernière actualisation en date du classement Global Cities, c’est Los Angeles qui occupe la première place des métropoles mondiales, suivie assez étonnamment par Londres, en forte progression.

Le rôle des universités dans le succès des villes semble bien être énorme. C’est pourquoi la présence d’universités performantes sur le territoire des villes est devenue un nouveau facteur pris en compte dans l’évaluation annuelle de ces dernières. 

La connectivité est la clé

L’urbanisation et la croissance démographique mondiale font subir aux villes une pression considérable causée par le trafic routier, la pollution, la pauvreté et la surpopulation. Les villes sont dès lors un facteur important de la politique climatique. Avec leur réseau de personnes qui fournit une quantité énorme de données, les villes intelligentes offrent des possibilités en termes d’amélioration de l’efficacité et d’avantages technico-environnementaux. La connectivité est une clé. Les villes intelligentes représentent 40% des avantages économiques de l’Internet des objets. Le transport, l’énergie, la gestion des données et l’infrastructure sont les principaux terrains sur lesquels des changements vont s’opérer. 

Pour faire face à l’augmentation de la population, on a besoin d’une infrastructure de transport plus efficace. Des investissements sont nécessaires dans l’infrastructure et les services. Les véhicules électriques jouent un rôle dans la réduction de la pollution atmosphérique, mais ils requièrent un vaste réseau de points de chargement. Les systèmes énergétiques intelligents rendent l’approvisionnement en énergie plus respectueux de l’environnement, un des grands défis restant d’arriver à faire correspondre l’offre et la demande.

Nouvelles villes, nouvelles opportunités

Une grande partie de la hausse de la démographie mondiale se concentrera dans des nouvelles villes. Plus de 100 nouvelles villes de plus d’un million d’habitants verront le jour au cours des dix prochaines années. Ce développement offre de belles opportunités de redessiner l’infrastructure énergétique mondiale en tenant compte des objectifs climatiques à long terme. Les marchés émergents seront pionniers en la matière. Il est en effet plus facile d’intégrer des technologies intelligentes dans des villes nouvelles que d’adapter des villes existantes à ces technologies. 

Le marché mondial pour ces applications pourrait atteindre la barre des 400 milliards de dollars en 2020. C’est donc un marché porteur d’opportunités pour les investisseurs qui sauront profiter de cette expansion.


Quel est le rôle des critères ESG dans les placements en obligations d’État? 

Par Jessica Ground, Schroders

Le 31 juillet 2017

Comment l’intégration des critères ESG peut-elle générer des rendements supérieurs à la moyenne pour les investisseurs en obligations d’État? Dans un rapport détaillé, Jessica Ground, Global Head of Stewardship chez Schroders, s’intéresse au rôle des critères ESG pour les investisseurs en obligations d’État.

Les marchés des actions et des obligations des entreprises tiennent déjà largement compte des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. Les entreprises doivent justifier leur politique au regard des facteurs ESG. Mais on ne parle guère à ce stade de la mesure dans laquelle les critères ESG peuvent être intégrés dans le marché des obligations d’État, alors que ces valeurs à revenu fixe constituent pourtant dans bien des cas une partie essentielle du portefeuille. Or, les critères ESG vont gagner en importance pour les autorités publiques, en partie parce que les défis sociaux et environnementaux prennent de l’ampleur.

L’analyse ESG surtout pour les risques à (moyen et) long terme

L’analyse ESG s’utilise souvent comme un instrument de maîtrise des risques. La relation entre les risques ESG et les prestations des obligations d’État n’est pas linéaire. Des risques ESG plus élevés peuvent même conduire à une surperformance des obligations d’État. Cela joue notamment pour les risques extrêmes à court terme, comme une cyberattaque ou un ouragan, lorsque les investisseurs trouvent refuge dans la sécurité des obligations d’État.

Les investisseurs qui veulent générer un rendement supérieur à la moyenne grâce aux critères ESG doivent dès lors se focaliser davantage sur les risques extrêmes à moyen et à long terme. Il s’agit des changements qui s’accumulent au fil du temps, qui ont un impact sur la croissance du PIB et qui touchent en définitive à la durabilité de la dette. En ce qui concerne les risques extrêmes à long terme, l’analyse cible les aspects sociaux et liés à la gouvernance.

 

Les critères ESG dans un cadre plus large

Le Japon est une bonne étude de cas pour l’évaluation des risques extrêmes à long terme à la lumière des critères ESG. Comme le pays est confronté au vieillissement de sa population, à la déflation et à une croissance chroniquement faible, la dette a atteint un niveau record par rapport au PIB. Pourtant, les obligations d’État japonaises continuent à afficher de bonnes performances et sont même considérées comme une valeur refuge. Cette bonne santé est due à la puissance des autorités publiques, à des institutions nationales fortes comme la Banque du Japon, à la politique monétaire et à la cohésion sociale. L’effet cumulé de ces facteurs a permis au pays de conserver sa qualité de crédit élevée en dépit des problèmes précités. 

Le défi pour les investisseurs consiste donc à ne pas se contenter d’examiner les effets que les tendances environnementales ou sociales ont sur l’économie, mais à analyser ces données à la lumière du cadre de gouvernance nationale afin d’évaluer les risques au plus juste. 

Les pays émergents sont plus vulnérables 

L’impact des facteurs ESG qui jouent à long terme varie d’un pays à l’autre. Les marchés émergents sont plus vulnérables à cause de leur cadre institutionnel plus faible. La plupart des études sur le lien entre les critères ESG et les obligations d’État portent sur les marchés développés. Grâce aux instruments dont ils disposent et à l’infrastructure institutionnelle, ces derniers sont plus ou moins insensibles aux risques extrêmes à long terme. En ce qui concerne les marchés émergents, il importe de voir dans quelle direction ils évoluent. Pour dresser l’inventaire des risques, il faut tenir compte aussi d’éléments tels que le développement de l’enseignement, l’évolution démographique et les mesures prises à l’échelle nationale. 

Identification des tendances

Il s’agit donc d’identifier les tendances dans les risques, plutôt que de définir un point de basculement. Les améliorations sont aussi importantes que les détériorations lorsque l’on génère l’alpha. 

L’implication entre les détenteurs d’obligations d’État et les émetteurs est moindre que celle entre les détenteurs d’obligations des entreprises et les émetteurs, mais elle existe. Elle s’exprime à un stade plus précoce sur les marchés émergents parce que l’impact est plus important.  Pour vraiment réaliser des changements ESG, il faut que les préoccupations des actionnaires soient relayées non seulement auprès des agences nationales chargées d’émettre les obligations d’État, mais aussi directement auprès des gestionnaires des autorités publiques.

Implication sur le plan géopolitique

L’implication peut prendre un caractère géopolitique. La Chine est par exemple le principal détenteur d’obligations d’État américaines. Est-ce à dire que les autorités d’un pays pourraient à l’avenir contrôler celles d’un autre pays et leur demander de rendre des comptes sur leur comportement au regard des critères ESG?

Le climat de croissance économique est porteur de défis de plus en plus nombreux, ce qui rend d’autant plus important de jauger la solidité des fondations sur lesquelles les pays sont construits. L’application de l’analyse ESG dans le processus fondamental d’investissement est un incontournable pour les investisseurs qui veulent identifier les changements structurels et en profiter.

Le rapport détaillé intitulé « Sustainability and sovereign fixed income” , de Jessica Ground, est téléchargeable ici.

 


Comment savoir si les marchés des actions sont chers ou pas chers? Cinq baromètres

Le 13 juin 2017

Quel est le meilleur baromètre pour trouver des marchés où les actions sont peu chères? La valorisation est la clé de toute décision d’investissement. La valorisation n’est pas un bon indicateur pour prédire les fluctuations des marchés des actions à court terme, car ces derniers sont dominés par la peur, l’âpreté au gain et d’autres facteurs biaisants. 

  1. Ratio cours-bénéfices prévisionnel  

Le ratio cours-bénéfices prévisionnel, aussi connu sous le nom de PER prévisionnel, est un baromètre général. La valeur boursière totale est divisée par le bénéfice attendu par action de toutes les entreprises cotées en bourse au cours des 12 prochains mois. Plus ce ratio est faible, meilleure est la valorisation. L’inconvénient est que nul ne connaît l’avenir et  que personne ne sait à combien se chiffreront les bénéfices des entreprises. Les analystes essaient de faire des estimations, mais ils sont souvent à côté de la plaque. Ils surestiment les bénéfices des entreprises et le prix des actions semble alors inférieur à leur prix réel.

  1. Ratio cours-bénéfices glissant

C’est pour cette raison que l’on a plus souvent recours au ratio cours-bénéfices glissant ou PER glissant, qui consiste à diviser la valeur en bourse par le bénéfice réalisé au cours des 12 mois écoulés par l’ensemble des entreprises cotées en bourse. Mais ce baromètre peut, lui aussi, donner une image biaisée, notamment si les bénéfices affichent un tassement et qu’ils repartent à la hausse conformément aux prévisions. 

  1. Ratio cours-bénéfices corrigé des variations cycliques (CAPE)

Le CAPE ou PER de Shiller  est un ratio cours-bénéfice corrigé des variations cycliques. Ce ratio compare la valeur boursière au bénéfice moyen des dix dernières années en corrigeant les bénéfices pour tenir compte de l’inflation. Cela permet de filtrer les fluctuations dans les bénéfices à court terme. Si ce ratio est élevé, les rendements à court terme sont faibles. Mais c’est un mauvais indicateur pour prédire les points de basculement sur les marchés. D’après cet indicateur, les marchés américains des actions sont très chers depuis des années, mais cela ne les empêche pas de devenir encore plus chers.

  1. Ratio cours-valeur comptable

Ce baromètre compare la valeur de marché des marchés des actions à sa valeur comptable, soit ce qu’il reste pour les actionnaires une fois que l’entreprise s’est acquittée de toutes ses obligations. Un ratio cours-valeur comptable élevé est synonyme d’un marché cher. Par exemple parce que l’on prévoit une forte croissance dans le futur. Son lien avec la valeur intrinsèque de l’entreprise rend le ratio cours-valeur comptable populaire auprès des investisseurs, notamment les investisseurs axés sur la valeur. Mais ce ratio joue un rôle moins important dans les entreprises technologiques et les entreprises du secteur tertiaire qui n’ont que peu d’actifs physiques. Des différences dans les méthodes comptables à travers le monde peuvent aussi être une cause d’écarts.

  1. Rendement du dividende

Le rendement du dividende est un facteur très fréquemment utilisé pour calculer un rendement futur. Un rendement du dividende faible est considéré comme un signe de faible rendement futur. Mais ce baromètre est en perte de vitesse. Une des raisons de cet insuccès est le rachat massif d’actions par les entreprises pour donner des liquidités à leurs actionnaires au lieu de verser un dividende (et ces rachats d’actions font grimper les cours des actions). Cet indicateur ne fonctionne pas non plus pour une série de grandes entreprises de croissance, qui ne versent aucun dividende ou seulement un dividende modeste, mais qui investissent leurs revenus dans leur croissance future.

Comparer les régions

Les investisseurs ne doivent pas se contenter de comparer les régions sur la base d’un indicateur de valorisation. Il faut aussi tenir compte des différences au niveau des règles comptables ou dans la composition des marchés des actions. Les actions technologiques sont par exemple plus chères que celles des autres secteurs en raison de leurs perspectives de croissance élevée. Un marché où les actions de ce type sont relativement nombreuses affichera une valorisation plus élevée. Pour comparer les marchés, Schroders évalue chaque marché à l’aune de sa propre moyenne historique et fait la comparaison sur cette base. 

Les USA trop chers, l’Europe de plus en plus chère et le Japon attractif

Si l’on se base sur les valorisations, on ne peut que conclure que les marchés américains des actions vont au-devant de moments difficiles. Mais en même temps, c’est le marché qui affiche la croissance la plus forte et il y a sans doute encore des perspectives de croissance si Trump parvient à mettre en œuvre son plan de réforme fiscale. Il faut un certain courage aux investisseurs pour tourner le dos aux États-Unis.

L’Europe commence à coûter cher, tandis qu’au Japon, les valorisations semblent plus favorables; le ratio cours-valeur comptable de 1,3 semble attractif de prime abord. Le revers de la médaille est que les entreprises japonaises sont d’une inefficacité notoire. Les marchés émergents rattrapent une partie de leur retard, mais offrent encore toujours des valorisations relativement attractives.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article How cheap are world stockmarkets? Five key tests, de Duncan Lamont, responsable de la recherche et de l’analyse chez Schroders.


Trump va-t-il voir son souhait se réaliser: une baisse du dollar?

Par Keith Wade, économiste en chef chez Schroders

Le 11 mai 2017

Donald Trump semble rompre avec la tradition qui veut que le président soit partisan d’un dollar fort. Selon lui, un dollar trop fort constitue une menace pour la compétitivité des entreprises américaines. Les possibilités dont dispose le président pour influer sur le cours de sa monnaie sont limitées. Le cours du dollar est déterminé par toute une série de facteurs. Certains arguments plaident néanmoins en faveur d’une baisse du dollar. L’intervention de Donald Trump arrive peut-être à point nommé. 

Un dollar fort pèse sur l’activité

Il ne fait aucun doute que nous sommes en présence d’un dollar fort. Les entreprises américaines actives à l’échelon international en subissent les désagréments. Quand on examine le déficit du compte courant des États-Unis, on ne remarque rien d’anormal. Le déficit s’élève à 1,5% du PIB et il est stable depuis 2014. Mais quand on examine la quote-part des échanges commerciaux dans la croissance réelle de l’économie américaine, on constate que les exportations nettes sont stables jusqu’en 2014; elles reculent ensuite et pèsent sur la croissance de l’économie.

Le dollar paie-t-il le prix de son envol rapide?

Le dollar s’est apprécié à la suite du resserrement de la politique monétaire de la Fed, alors qu’au même moment dans le monde, d’autres banques centrales menaient une politique monétaire accommodante. Les taux d’intérêt relatifs sont un déterminant important des cours sur les marchés des changes. Cela voudrait dire que les hausses d’intérêt de la Fed soutiennent le dollar tant que les autres banques centrales restent dans l’expectative. La relation entre le taux d’intérêt et le taux de change n’est pas aussi évidente. La valeur d’une monnaie a tendance à anticiper les variations des taux d’intérêt, parce que les investisseurs adaptent leur rendement attendu. Lorsque les taux d’intérêt diminuent, le cours de la monnaie baisse jusqu’au point où il y a un potentiel d’appréciation suffisant pour rétablir l’équilibre. C’est la base de ce qu’il est convenu d’appeler le surajustement (overshooting) du taux de change. La monnaie anticipe alors trop la variation du taux d’intérêt, mais elle se stabilise ou s’apprécie ensuite lorsque la variation du taux d’intérêt se produit réellement.  

L’analyse de huit cycles de taux montre que le cours du dollar a tendance à se tasser ou à stagner juste après que la Fed a procédé à une modification de son taux d’intérêt. On observe aujourd’hui un phénomène similaire. Le dollar a fortement grimpé avant que la Fed n’entame son cycle de resserrement, mais il se tasse aujourd’hui après avoir dépassé sa valeur à long terme. Sans doute Donald Trump va-t-il voir son souhait se réaliser et le dollar va-t-il s’affaiblir au lieu de se renforcer en cas de surajustement.

Un dollar faible est intéressant pour les marchés émergents, mais pas pour l’Europe et le Japon

Si le cours du dollar fléchit, cela fera disparaître un facteur déflationniste pour l’économie américaine. Plus coûteux, les biens importés alimentent l’inflation. Dans la perspective de la Fed, cela implique un élargissement des conditions monétaires dont elle devra tenir compte pour élaborer sa politique monétaire. D’un autre côté, le resserrement des conditions monétaires risque de s’avérer problématique pour la BCE et la Banque du Japon. Les soucis déflationnistes sont toujours présents en Europe et au Japon. Les investisseurs doivent donc tenir compte des réactions négatives de l’euro et du yen. 

Une baisse du dollar apporterait en revanche un ballon d’oxygène aux marchés émergents. Le dollar fort a coïncidé avec une période de performances maussades des actions des marchés émergents par rapport au reste du monde. Ce sentiment pourrait changer en cas de baisse du dollar.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans  l’article Has the dollar turned?, de Keith Wade, économiste en chef chez Schroders.


Les marchés financiers ont-ils quelque-chose à gagner d’une victoire électorale des populistes?

Le 21 avril 2017

Après un repli momentané – provoqué par les résultats du référendum au Royaume-Uni et des élections présidentielles américaines – les marchés financiers sont repartis à la hausse. Les victoires électorales des populistes sont-elles bonnes pour les marchés financiers.

 Il n’est pas simple d’analyser les causes sous-jacentes du récent rallye sur les marchés financiers. Keith Wade relève que les conditions d’un rallye étaient déjà présentes avant les événements politiques de 2016. En effet, la Fed avait relevé son taux d’intérêt d’une manière moins agressive que prévue et adopté un ton modéré. Elle a ainsi soutenu l’espoir que les marchés soient suffisamment liquides. Par ailleurs, les marchés se sont stabilisés grâce à l’ouverture de la Chine concernant la politique de taux de change. On a également assisté, à la fin de l’été 2016, à une reprise synchrone de l’économie mondiale. 

Lorsque les marchés ont appris avec surprise le résultat du référendum Britannique sur la sortie de l’UE et des élections présidentielles américaines, les analystes ont craint un dérapage de la reprise économique et des marchés. Mais le dérapage craint ne s’est finalement pas produit. Comment expliquer la réaction des marchés et la poursuite de la reprise économique? Faut-il s’attendre à d’autres bonnes surprises?

Le résultat du référendum sur le Brexit n’a pas (encore) mis le Royaume-Uni en difficulté

Le fort repli des dépenses des ménages britanniques que l’on avait craint après le référendum ne s’est pas produit. Mais l’incertitude croissante avant et après le référendum peut effectivement avoir un impact sur l’économie. Si l’effet de cette incertitude a été trop faible pour avoir un réel impact, c’est notamment grâce à la politique monétaire accommodante menée par la Banque d’Angleterre au lendemain du référendum et grâce à la chute de la livre britannique.

 S’agissant des prévisions relatives à l’économie britannique, beaucoup de choses vont dépendre du résultat des négociations sur le Brexit. Le Royaume-Uni risque de pâtir de l’incertitude concernant les futures relations commerciales avec l’UE et les pays tiers. Les dépenses en capital, qui ont accusé une baisse au second semestre de 2016, risquent de s’en trouver encore davantage affectées. Le choix du Brexit érode les investissements des entreprises et influence négativement les prestations économiques. Combinée à la baisse de l’immigration, cette situation affecte le potentiel de production du Royaume-Uni.

Les marchés ont une foi énorme en Trump

Aux États-Unis, la situation est moins ambiguë. Le moral des consommateurs et des entreprises a été regonflé à bloc par l’élection de Donald Trump. Les investissements en capital semblent précisément repartir à la hausse. Les marchés des actions ont grimpé en prévision d’une croissance économique plus élevée. Mais comme le cycle de l’économie américaine est déjà fort avancé, une hausse de la demande entraînera fatalement une hausse des salaires et de l’inflation, ce qui n’est pas bon pour la croissance économique. Les investisseurs doivent donc tenir compte d’une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt. Une période de stagflation, caractérisée par une hausse de l’inflation et un ralentissement de la croissance, est généralement annonciatrice d’une période difficile pour les investisseurs. Le tableau s’obscurcit encore lorsque Keith Wade prend en compte les valorisations sur les marchés américains des actions.

Les partis populistes ont comme dénominateur commun l’antimondialisation.

Le populisme au Royaume-Uni est différent de celui que l’on connaît aux États-Unis parce que les circonstances ne sont pas les mêmes. Les populistes ont en commun des thèmes récurrents comme la souveraineté, les barrières commerciales et la limitation de l’immigration, ce qui explique la montée du populisme à l’échelle mondiale. On peut les regrouper sous la bannière ’antimondialisation’. 

Le populisme peut être considéré comme un retour en arrière par rapport à la mondialisation. Une économie mondiale dirigée par des populistes se caractérisera par plus de restrictions aux échanges commerciaux et à la mobilité de la main-d’œuvre. Dans une telle configuration, le commerce mondial se tasse et la croissance économique est plus faible. La mondialisation a contribué à un allongement des cycles. Vu sous cet angle, un contexte mondial majoritairement opposé à la mondialisation signifie un raccourcissement des cycles, une hausse de l’inflation et l’obligation pour les banques centrales de jouer un rôle plus actif, sans parler de la volatilité des taux d’intérêt. Les entreprises seront confrontées à des défis plus importants et la croissance salariale sera plus marquée, ce qui aura pour effet de mettre les marges sous pression, à moins que la productivité ne soit améliorée. 

Keith Wade voit plusieurs tendances de ce type se dessiner aux États-Unis et au Royaume-Uni. La politique de Trump est plutôt annonciatrice d’une stagflation. Au Royaume-Uni, l’inflation risque d’être plus élevée à cause de la faiblesse de la livre sterling face aux droits d’importation plus élevés auxquels le pays sera confronté dans quelques années.

Focus sur les élections en Europe

Tous les regards se tournent actuellement vers l’Europe où des partis populistes participent aux prochaines élections en France, en Allemagne et en Italie. Si la France ou l’Italie décident de quitter l’Union européenne, cette sortie provoquera un chaos énorme parce qu’elle implique aussi le démantèlement de la zone euro. Les marchés ne réagiraient pas positivement à un tel scénario. 

Pour l’instant, l’Asie reste relativement préservée des tendances populistes. Le Japon poursuit ses efforts en vue d’arriver à une économie ouverte, tandis que la Chine tente de mettre sur pied un partenariat économique régional entre 16 pays de cette partie du monde. Pendant que l’Occident cède aux sirènes du protectionnisme, l’Orient, avec à sa tête la Chine communiste, a les coudées franches pour devenir le champion du libre échange.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article Global strategy: Is populism good for markets?, qui est un chapitre du rapport Global Markets Perspective – Q2 2017 de Keith Wade, économiste en chef chez Schroders.

 


Dans quel sens l’inflation va-t-elle évoluer?

Par Ben Arnold, Investment Writer chez Schroders

Le 13 mars 2017

La plupart des banques centrales et des investisseurs tablent sur une inflation plus élevée en 2017. Analyse de la situation à l’échelle mondiale.

Pourquoi l’inflation est-elle si importante pour les investisseurs?

L’inflation érode la valeur de l’épargne à mesure que le temps passe. Plus l’inflation est élevée, plus l’épargne perd de son pouvoir d’achat. Voilà pourquoi les investisseurs investissent dans des placements en titres dans l’espoir d’obtenir un rendement supérieur à l’inflation. C’est ce «rendement réel» qui est la véritable source de croissance du portefeuille d’investissement. Lorsque l’inflation augmente, les investisseurs ont plutôt tendance à investir leurs capitaux en dépôt pour essayer d’obtenir un rendement supérieur à l’inflation. 

Où en est l’inflation à l’heure actuelle?

Depuis la crise financière de 2008-09, l’inflation est exceptionnellement basse dans les pays développés. Certains pays ont même connu une déflation. Ces derniers mois, l’inflation générale des pays du G7 est repartie à la hausse. L’inflation sous-jacente, dans laquelle ne sont pas compris les prix des denrées alimentaires et de l’énergie, évolue d’une manière plus stable. 

La hausse des taux américains

Prévisions d’inflation de Schroders: 2,6% en 2017 et 2,3% en 2018

Depuis l’été, l’inflation a redémarré aux États-Unis et elle dépasse actuellement l’objectif de 2% que s’était fixé la banque centrale américaine, la Fed. La hausse des prix énergétiques alimente l’inflation, alors qu’en revanche, les prix des denrées alimentaires diminuent. La Fed a déjà relevé son taux d’intérêt à deux reprises. Si Donald Trump parvient à mettre à exécution les projets qu’il a annoncés durant sa campagne électorale, cela va encore doper l’inflation. Un conflit entre le gouvernement et la Fed est à prévoir. Avec Donald Trump à la barre, il y a de quoi se faire beaucoup de soucis concernant l’évolution de l’inflation aux États-Unis.

L’inflation dans la zone euro 

Prévisions d’inflation de Schroders: 1,6% en 2017 et 0,9% en 2018

L’inflation en Europe est passée de 0,2% en août 2016 à 1,8% en janvier de cette année, notamment à cause de la hausse des prix de l’énergie. En Europe, 2017 est une année d’élections aux Pays-Bas, en Allemagne, en France et en Italie et les résultats de ces scrutins pourraient avoir des conséquences sur la croissance économique et, de là, sur l’inflation. La hausse de l’inflation érodera sans doute le pouvoir d’achat des ménages. Bien que les risques politiques de 2016 n’aient eu qu’un faible impact économique, la situation en Europe est plus fragile et les risques politiques de 2017 pourraient bel et bien avoir des conséquences sur l’économie européenne.On observe un redressement des fondamentaux en Europe et l’apparition d’un climat propice sur le marché du travail. L’emploi se développe et les salaires ne suivent pas encore, mais ils pourraient entamer une manœuvre de rattrapage. Malgré l’inquiétude politique, l’optimisme prévaut chez les investisseurs en ce qui concerne l’Europe.

L’inflation en Chine

Prévisions d’inflation de Schroders: 2,5% en 2017 et 2,3% en 2018

L’inflation en Chine est passée à 2,5% en janvier. La Chine pourrait devenir une force déflatoire dans l’économie mondiale. La relation avec l’Occident est gravement perturbée, Donald Trump accusant la Chine de dévaluer sa monnaie afin de miner la compétitivité internationale des États-Unis. Or, c’est précisément l’inverse qui est en train de se passer. En réduisant ses réserves étrangères, la Chine soutient justement sa monnaie. Si la Chine cesse de soutenir le renminbi, ce dernier risque de chuter de 10% à 20%, entraînant ainsi une forte baisse du coût des exportations chinoises. Ce scénario pourrait avoir un effet déflationniste prononcé sur l’économie mondiale.

Et après?

Une inflation en hausse aux États-Unis pourrait inciter la Fed à relever son taux d’intérêt pour tenter de réduire la surchauffe de l’économie. Fin 2018, le taux d’intérêt pourrait s’élever à 2%. Les marchés réagissent à la hausse de l’inflation. Les prix des obligations baissent parce que, quand l’inflation augmente, les rendements obligataires deviennent moins attrayants, ce qui fait baisser les cours. Les investisseurs en actions espèrent précisément que l’inflation en hausse entraînera une amélioration des bénéfices des entreprises.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’articleWhat next for inflation?, de Ben Arnold, Investment writer chez Schroders, avec des contributions de Keith Wade et Johanna Kyrklund.


Une meilleure approche du client pour récupérer la confiance perdue 

Le 9 février 2017

La confiance du consommateur dans les prestataires de services financiers a été mise à rude épreuve ces dernières années. Dans les principales économies, le centre de gravité s’est déplacé de la facilitation du marché vers une protection accrue du consommateur. Le secteur financier parviendra-t-il ainsi à regagner la confiance du consommateur?

Perception du risque par les investisseurs

Cette attention accrue pour la régulation est un facteur que les investisseurs ne peuvent pas ignorer. Bien qu’il ne soit pas possible de prédire les faux pas que nous réserve l’avenir, il est important de bien évaluer les risques de chaque investissement. Cette évaluation consiste à identifier les entreprises qui vont subir les pressions les plus fortes des organes de contrôle ainsi que les démarches de certaines entreprises individuelles pour gérer l’exposition à la réglementation renforcée dans le domaine de la protection du consommateur. 

Le client doit revenir au centre des préoccupations des banques et institutions de crédit 

Une analyse de Schroders montre que les banques et les institutions de crédit sont particulièrement exposées au risque d’être confrontées à une réglementation renforcée dans le domaine de la protection du consommateur. Les organes de contrôle leur imposent des exigences de plus en plus strictes. Il est donc grand-temps que les banques et les institutions de crédit axent à nouveau leur stratégie sur le client en plaçant les intérêts et la protection de celui-ci au centre de leurs priorités.

Différences géographiques: Les Britanniques en tête

Les marchés développés n’en sont pas tous au même stade d’évolution en termes de protection du consommateur. Au Royaume-Uni, la pression exercée par les autorités sur les banques a amené ces dernières à atteindre un niveau inégalé de protection du consommateur. Aux États-Unis, la situation est inégale. Seulement certaines institutions de crédit ont entamé des démarches pour replacer le client au centre de leurs préoccupations, sans parler d’une véritable amélioration de la protection du client. En Europe aussi, les banques font preuve d’une certaine lenteur à appliquer la nouvelle réglementation de protection du consommateur. 

Un modèle a ainsi été développé qui permet de mesurer l’exposition des institutions financières à la protection accrue du consommateur. Ce modèle mesure plus précisément l’exposition d’une institution aux produits de crédit à haut risque social (comme les produits financiers complexes controversés à fort effet de levier) et la manière dont elle gère la protection du consommateur. Pour l’évaluation de ce dernier point, un dialogue avec des prestataires de services financiers a été instauré. Ce dialogue se focalise sur:  

  • une redéfinition de la culture de marketing et de vente qui passe par la suppression des objectifs de vente  imposés aux employés en contact avec les clients.
  • une plus grande transparence des produits grâce à un marketing plus clair et plus transparent.
  • une simplification des portefeuilles de produits et de services.
  • une plus grande implication du client et la communication du taux de satisfaction des clients.
  • une réduction du nombre de plaintes des clients et une amélioration du règlement du contentieux. 

Cet article fait partie du  Responsible Investment Report Q4 2016 de Schroders 


Quelles perspectives le métal jaune offre-t-il aux investisseurs pour 2017?

Par David Brett, investment writer chez Schroders,

Le 18 janvier 2017

En ce qui concerne l’or, trois facteurs incitent à acheter et quatre à vendre. Le prix de l’or a été passablement volatile en 2016. L’or est prisé des investisseurs en raison de sa rareté. L’offre d’or étant limitée, le métal jaune est considéré comme une réserve de valeur. Mais ce qui rend surtout l’or si précieux, ce sont ses multiples utilisations et l’attrait qu’il exerce. Facilement transformable, l’or est un conducteur électrique largement utilisé dans un grand nombre d’applications industrielles. Mais le métal jaune doit aussi et surtout son succès à l’attrait visuel qu’il exerce; l’or s’utilise d’ailleurs pour la confection de bijoux depuis la nuit des temps.

Trois raisons d’investir dans l’or

  • La rareté. L’or est rare, durable et de valeur constante. Il est considéré comme un placement refuge.
  • Protection du pouvoir d’achat mondial. En période d’inflation ou de déflation, l’or est considéré comme un facteur de valeur stable. Sa valeur est mondialement reconnue au point que l’on peut le considérer comme une espèce de devise mondiale.
  • Diversification de portefeuille. Le cours de l’or évolue souvent en sens opposé par rapport à celui des actions et des obligations.

Quatre raisons de vendre son or 

  • La hausse des taux d’intérêts. La hausse des taux d’intérêts affecte la demande d’or. Le métal précieux est considéré comme une protection contre l’inflation. Quand les banquiers parviennent à juguler l’inflation, cela déprime le cours de l’or.
  • Un dollar américain fort. Le cours de l’or étant calculé en dollars américains, lorsque le dollar est fort, cela rend l’or plus cher pour les investisseurs internationaux.
  • La production d’or. Une offre surabondante peut avoir une incidence négative sur le cours de l’or; le métal jaune est en cela soumis au même mécanisme que les autres matières premières.
  • Besoin de revenu. L’or n’offre aucun revenu et tombe parfois en disgrâce auprès des investisseurs en quête de rendement en période de taux d’intérêt peu élevés. Ce facteur pourrait d’ailleurs avoir contribué à l’érosion du cours de l’or ces dernières années.

Difficile à évaluer

L’or est difficile à évaluer. Il n’offre aucun rendement ni coupon ni distribution de dividendes. Il est difficile à comparer aux actions ou obligations. C’est pourquoi on utilise souvent d’autres méthodes d’évaluation comme le ratio or-argent. Comme pour d’autres types d’actifs, il est recommandé de veiller à maintenir une exposition équilibrée au sein du portefeuille. Pour le Conseil mondial de l’or, l’exposition idéale se situe entre 2% et 10% en vue de protéger le portefeuille et d’améliorer ses résultats.

Prévisions pour l’or en 2017

Le prix de l’or a plafonné durant la période du passage au nouveau millénaire et il a même atteint son niveau record juste après la crise financière. Depuis lors, son cours a baissé. Le cours de l’or a tendance à reprendre des couleurs en cas de pic d’inflation ou de déflation ou en cas de choc sur les marchés. Des scénarios moins dramatiques auront un effet moins positif sur le métal précieux. En définitive, le prix de l’or dépend principalement du moral des investisseurs. Plusieurs raisons sont de nature à inciter les investisseurs à acheter de l’or: l’incertitude, une inflation potentiellement élevée ou une faiblesse de la monnaie.

Il règne actuellement un climat haussier mondial autour de l’or. Compte tenu de la hausse des prix énergétiques, du marché du travail plus tendu aux États-Unis et de l’attente d’une politique commerciale américaine plus agressive, les prévisions d’inflation risquent d’augmenter rapidement, ce qui aura pour effet de soutenir le cours de l’or. 

Si les marchés ont certes intégré les effets positifs de l’élection de Trump, ils ont jusqu’ici ignoré les effets négatifs potentiels, qui sont une inflation plus élevée, un accroissement des risques géopolitiques et un protectionnisme croissant. L’or est une protection en période de perte de crédibilité des banques et de sous-estimation des risques. Les prévisions d’inflation, d’évolution des cours des devises et de résultats des marchés financiers sont les plus extrêmes depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article A short history of investing in gold – and what to expect for 2017, de  David Brett, investment writer chez Schroders.


Comment un taux d’intérêt bas influence les cotations et les rendements

Par Duncan Lamont, Schroders

Le 21 décembre 2016

Voilà environ huit ans que l’économie mondiale connaît des taux d’intérêt extrêmement faibles. Pourtant, le phénomène n’a rien d’unique. Tant les États-Unis que le Royaume-Uni ont connu vers la période de la Seconde Guerre mondiale deux décennies durant lesquelles le taux d’intérêt est resté en dessous de la barrière de 1%. Quant au Japon, cela fait depuis 1995 qu’il connaît un taux d’intérêt inférieur à 1%.  Les réactions des marchés des actions ont été très variables en fonction du cas. En Amérique, les marchés des actions affichaient d’excellents résultats, alors que ceux du Royaume-Uni n’enregistraient qu’un résultat modéré et qu’au Japon, le rendement peinait à rester positif. Duncan Lamont estime pourtant que les enseignements du passé présentent des similitudes étonnantes.

Les résultats sont fonction des cotations et des bénéfices des entreprises

Les résultats des marchés des obligations dépendent en grande partie des cotations, mais aussi de la marge de croissance des bénéfices des entreprises. 

  • Taux bas aux États-Unis de 1933 à 1950. Durant cette période, les bourses américaines ont eu un rendement annuel de 11,6%. Au début, les cours des actions se situaient à un niveau assez bas; la croissance économique a ensuite été stimulée par les dépenses publiques et par le fait que comme les bénéfices des entreprises étaient modestes, ils avaient donc une marge de croissance importante. Les cours actuels correspondent cependant à un marché cher et les marges bénéficiaires atteignent un niveau élevé, avec peu de potentiel haussier. Ces éléments semblent annoncer des temps difficiles pour l’avenir.
  • Taux bas au Royaume-Uni de 1933 à 1950. Durant cette période, le rendement annuel n’a atteint que 5,6% au Royaume-Uni. Les marchés américains des actions avaient plongé bien plus bas que ceux de Londres, ce qui rendait leurs cours plus attrayants. De plus, l’économie britannique a dû se contenter de résultats plus mitigés pendant et après la guerre. Le pays traînait le boulet d’une dette publique colossale après deux guerres mondiales.
  • Taux bas au Japon de 1995 à 2016. La période de taux d’intérêt bas au Japon est radicalement différente de celle qu’ont connue les États-Unis et le Royaume-Uni. Depuis 1995, le rendement des actions japonaises n’a atteint que 1,2% par an. La source du problème au Japon, ce sont les bulles économiques des années ‘80 et de la fin de la décennie. À ce moment-là, la Banque du Japon a rapidement rehaussé ses taux, redoutant une surchauffe de l’économie. Mais elle a ensuite fait machine arrière en diminuant rapidement ses taux. Les cours se sont effondrés, tout en restant à un niveau élevé. La combinaison d’un taux d’intérêt bas et d’une absence de volonté a eu pour effet que les « mauvais » emprunts n’ont pas été identifiés et que les banques n’ont pas été suffisamment recapitalisées. Il en a résulté une mauvaise allocation des capitaux, les entreprises saines étant privées de financement. Cette situation a aussi contribué à la baisse relative de la productivité japonaise. En 2016, le PIB japonais dépasse à peine son niveau de 1995 et le phénomène est encore renforcé par le vieillissement de la population. Les problèmes économiques sont aggravés par la déflation persistante. En outre, les entreprises japonaises étaient particulièrement inefficaces, mais on distingue des signes d’amélioration à cet égard.

Taux bas actuels

Les cours sont un facteur important. Duncan Lamont applique diverses méthodes de calcul et toutes indiquent que les marchés américains sont actuellement chers. CAPE, K/W et K/B se situent toutes au-dessus de leur moyenne historique, mais l’économie se porte par ailleurs mieux que dans d’autres parties du monde développé. La croissance en Europe est faible, l’évolution démographique se détériore rapidement et le secteur financier est affaibli. Les cotations japonaises semblent raisonnables en fonction de leur passé, mais pas par rapport au reste du monde. Cette situation est plutôt une conséquence des problèmes structurels propres au Japon. Les actions des marchés émergents paraissent moins chères et l’évolution démographique y est plus favorable, tandis que les finances publiques s’y portent mieux. Mais la croissance se tasse et la dette chinoise est préoccupante. Les bulles de crédit finissent rarement bien et tout cela n’augure rien de bon pour les marchés émergents et les marchés développés.

Conclusion: les jeux sont ouverts

Les rendements à long terme sont faibles lorsque les cours sont élevés, sauf si l’on enregistre une nette amélioration des bénéfices des entreprises. Les finances publiques, la politique fiscale, l’évolution démographique, le secteur bancaire et l’inflation réclament notre attention. Et sur cette base, aucun marché ne peut être vraiment qualifié d’attrayant. Si la croissance de l’économie mondiale se stabilise ou s’améliore, les marchés émergents et le Japon seront en bonne position, tandis que le marché américain, plus cher, sera mis en difficulté. Mais en cas de détérioration de la croissance, ce sont les marchés émergents, le Japon et l’Europe qui  risquent d’être mis sous pression et ce sont alors les États-Unis qui semblent posséder la meilleure capacité de résistance.

Retrouvez le texte intégral de cette analyse dans l’article How low rates affect stockmarket returns, de Duncan Lamont, chercheur spécialisé chez Schroders.

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