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Comment nourrir la population mondiale tout en préservant la planète ?

Par Tu Quynh Ly, Spécialiste en investissement dans les énergies propres, AXA IM

Le 29 août 2022

La population mondiale devrait passer de 8 milliards d’habitants en 2022 à 8,5 milliards en 2030. Tandis qu’il s’avère indispensable de nourrir davantage de personnes, il est essentiel de le faire de manière durable pour préserver notre planète. Or, le secteur agricole est extrêmement vulnérable face aux défis environnementaux imposés par le changement climatique, notamment les sécheresses sévères, les espèces envahissantes et les parasites, qui se traduisent par de mauvaises récoltes et des céréales moins nutritives.

 

Effets négatifs

 

Les effets négatifs se font déjà sentir. En Europe, les températures record enregistrées au mois de juillet ont affecté les récoltes. Dans le secteur des graines de moutarde, une grave sécheresse au Canada (premier producteur mondial) a pesé sur la production et entraîné des pénuries. Parallèlement, les mauvaises récoltes dues à la chaleur et à la sécheresse en Amérique du Sud, associées au manque de personnel lié à la COVID-19, ont entraîné une pénurie mondiale d’huiles comestibles.

 

Si le secteur de la production d’énergie représente la principale contribution aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES), le secteur alimentaire arrive en deuxième position. En effet, il est à l’origine d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cela est dû à la production et l’utilisation d’engrais à l’élevage et aux déchets alimentaires. L’agriculture et l’industrie agroalimentaire, à l’origine de 70 % des prélèvements d’eau douce, sont également responsables du stress hydrique.

 

De nombreuses entreprises du secteur introduisent toutefois de nouvelles approches, en proposant des solutions innovantes, économiquement viables et évolutives. Ces efforts se traduiront par des opportunités de croissance sur plusieurs décennies.

 

Source : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Citi, juillet 2022[1]

 

 

Élevage de bétail

17 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation proviennent de l’élevage, deuxième source d’émissions après l’exploitation des sols en raison de la fermentation entérique. Bien que l’élevage ait un impact très négatif sur l’environnement, une réduction drastique de la consommation de viande et de produits laitiers semble peu probable à court ou moyen terme. On estime même qu’au cours de la prochaine décennie, la consommation mondiale de protéines carnées devrait augmenter de 14 %. Cela est particulièrement vrai dans les pays en développement, où la richesse augmente.

 

À ce titre, les solutions améliorant l’efficacité de l’élevage, telles que les enzymes, les microbes et les eubiotiques qui combattent les mycotoxines, optimisent la santé intestinale ou réduisent les émissions de méthane des ruminants, devraient avoir un impact positif sur l’environnement. L’entreprise scientifique néerlandaise qui fabrique des produits de nutrition et de santé animale, DSM, est un acteur de premier plan dans ce domaine. Son additif alimentaire pour les ruminants, y compris les vaches, contribue à réduire d’environ 30 % les émissions de méthane entérique. Parmi les autres pistes envisagées, on peut citer l’élevage sélectif, qui consiste à sélectionner les animaux d’élevage sur la base de leur ADN. Cette approche permet d’augmenter l’efficacité alimentaire et possède des avantages en termes sanitaires, car un nombre moins important d’animaux permet de produire la même quantité de protéines.

 

Production et utilisation d’engrais

 

Le processus de fabrication d’engrais, qui utilise des combustibles et de l’électricité, représente 9 % des émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire mondial. Il existe de nombreuses façons de diminuer ces émissions, en utilisant des énergies renouvelables ou en réduisant la demande d’engrais.

 

Des solutions économiquement viables existent déjà. On peut citer le cas de l’agriculture de précision, qui aide les agriculteurs à améliorer le rendement, la vitesse de plantation et la rentabilité tout en réduisant l’utilisation des sols, des engrais et de l’eau. Ce type d’agriculture s’appuie sur des logiciels ou des systèmes qui améliorent la prise de décision des clients et l’exécution des tâches, en augmentant l’efficacité des ressources. Par exemple, des analyses fines permettent aux agriculteurs de prendre des décisions éclairées sur les quantités d’herbicides et d’eau nécessaires, ce qui limite les volumes et les cas d’utilisation excessive.

 

L’entreprise américaine John Deere est particulièrement active dans ce domaine. Plus de 315 millions d’hectares de terres agricoles sont exploités à l’aide des technologies John Deere, qui a fourni et installé plus de 44.000 machines connectées dans le monde entier.

 

Déchets alimentaires

 

Alors que 600 millions de personnes n’ont pas assez à manger, on estime qu’un tiers de la nourriture produite est perdue ou gaspillée. Chaque année, cela représente environ deux milliards de tonnes de nourriture produites, mais jamais consommées. Cette situation a un impact considérable sur l’environnement. Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième contributeur aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, juste après la Chine et les États-Unis.

 

Les émissions de GES dues au gaspillage alimentaire sont mises en perspective avec les volumes d’émissions nationaux dans le graphique ci-dessous :

Source : World Resource Institute (WRI) 2019, FAO, Citi Global Insights

 

Au sein de la chaîne de valeur, la plupart des déchets alimentaires sont générés au niveau de la vente de détail et du consommateur final. Des solutions telles que l’allongement de la durée de conservation des produits, la réduction des contaminations microbiennes ou la conservation des aliments sont essentielles pour réduire le gaspillage alimentaire.

 

Corbion, une entreprise chimique néerlandaise spécialisée dans les ingrédients biosourcés pour l’industrie agroalimentaire, fait partie des acteurs présents sur ces segments. L’entreprise est déterminée à offrir des solutions qui réduisent le gaspillage alimentaire et améliorent la santé, tout en préservant la planète.

 

Les problèmes et les solutions sont dispersés tout au long de la chaîne de valeur et cette réalité est tout aussi encourageante que complexe pour les investisseurs. Alors que le monde se prépare à l’avenir sans émissions tracé par les pouvoirs publics et que nous nous efforçons progressivement de maîtriser l’impact climatique du système alimentaire dont nous dépendons tous, les opportunités d’investissement sont nombreuses.

 

Les entreprises évoquées ne le sont qu’à titre d’illustration et leur mention ne doit pas être considérée comme une recommandation d’investissement.

[1] Food and Climate Change (« Alimentation et changement climatique ») – CitiGPS (citivelocity.com)


Sommes-nous à un point d’entrée sur la robotique et l’économie digitale ?

Par Mark Hargraves, Head of Framlington Global Equities

Le 20 juillet 2022

 

Les valorisations n’ont jamais été aussi attrayantes depuis de nombreuses années. À la suite du repli du marché, les valorisations se sont fortement contractées. On obsèrve à présent des points d’entrée que l’on peut juger particulièrement attrayants dans les domaines de l’économie digitale et de la robotique, compte tenu du profil de croissance à long terme, notamment.

 

Perspectives de croissance des bénéfices

 

En effet, le ratio cours/bénéfice de ces entreprises est historiquement bas, entre 22 et 26. Même si ce ratio reste plus élevé que l’ensemble du marché des actions internationales, la prime de risque par rapport au marché se justifie car les perspectives de croissance sont fortes, les bilans des entreprises restent solides, et leur rentabilité maintenue.

 

Aussi, bien que les prévisions de croissance à long terme du bénéfice par action de ces sociétés aient été affectées par les contraintes pesant sur les chaînes d’approvisionnement et par la dégradation des perspectives de consommation, on continue de voir des perspectives de croissance du bénéfice par action de l’ordre de 17-18% au cours des trois à cinq prochaines années, supérieures à celle du marché mondial des actions représenté par l’indice MSCI ACWI (prévision de croissance du BPA de 12 %).

 

Meilleure capacité à traverser les zones de turbulence

 

La qualité de ces entreprises reste stable malgré la dégradation de l’environnement macroéconomique. En période de ralentissement économique, la faiblesse de la croissance devrait soutenir les valorisations des entreprises qui affichent une croissance du BPA plus élevée et des marges stables. C’est pourquoi la sélection de valeurs de grande qualité axées sur les opportunités de croissance structurelle, avec des niveaux d’endettement nettement plus faibles que celui du marché est importante.

 

Les atouts de la gestion « Growth »

 

Bien que les hausses de taux d’intérêt soient très surveillées et qu’elles suscitent la nervosité des investisseurs, cela ne signifie pas nécessairement que le processus de normalisation sera corrélé à une faible performance du marché sur la durée.

 

Si l’on examine les marchés actions et technologiques au sens large au cours d’un cycle complet de hausse de taux (de juin 2015 à juin 2019), on constate que le secteur technologique enregistre des performances positives et supérieures.

 

 

 

Bien que le début du processus de hausse de taux ait été marqué par une grande volatilité, le potentiel de croissance des bénéfices est apparu clairement au fil des ans et a contribué à stimuler la performance.

 

Tous les cycles ne sont pas identiques et des facteurs macroéconomiques importants entrent en ligne de compte, mais il serait mal avisé de penser que les valeurs de croissance ne peuvent pas être performantes dans un cycle de hausse des taux.

Des tendances à long terme inchangées pour la robotique et l’automatisation

 

  • L’automatisation peut constituer une réponse à l’inflation et aux pénuries de main-d’œuvre. Lorsque les coûts de la main-d’œuvre augmentent, l’automatisation devient plus avantageuse. Et lorsque la main-d’œuvre vient à manquer, il est nécessaire d’introduire davantage de machines dans le processus de fabrication.
  • L’automatisation des entrepôts joue un rôle de plus en plus important pour assurer la livraison des commandes en ligne. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants et réclament une livraison rapide et fiable, laquelle nécessite une assistance technologique considérable.
  • L’importance de la santé. L’analyse des dispositifs de prestations de soins à l’issue de la pandémie sera essentiellement axée sur la technologie et l’efficacité. Les vents seront favorables à la chirurgie robotique et la santé numérique.
  • Les semi-conducteurs sont de plus en plus intégrés de manière généralisée dans les équipements d’automatisation de nouvelle génération. Alors que la 4G était une technologie réellement bénéfique pour les particuliers, la technologie 5G est celle qui va commencer à relier les machines industrielles et les usines.
  • Les véhicules électriques et les batteries exigent des dépenses en investissement. Ce qui est en revanche moins bien compris par les investisseurs, ce sont les investissements considérables nécessaires à la fabrication de ces véhicules et de leurs batteries. L’une des principales caractéristiques des programmes de relance économique liés au Covid à travers le monde est l’investissement dans les technologies environnementales. Il y a là une occasion significative pour la robotique de fabriquer ces nouvelles technologies à l’avenir.

 

Des tendances à long terme inchangées dans l’économie digitale

 

  • La pénétration de l’e-commerce est en passe de s’accroître pour atteindre 20 %. Les transactions en ligne ont fortement augmenté pendant la pandémie. Mais les taux de croissance se sont tassés avec la réouverture des économies. Néanmoins, une fois que l’économie sera stabilisée, la pénétration de l’e-commerce devrait continuer à augmenter progressivement, portée par des facteurs catalyseurs comme l’adoption des technologies et l’évolution démographique.
  • Pouvoir d’achat de la « génération Z ». Le recours au numérique est généralisé au sein de la jeune génération. Ils sont enthousiastes face au commerce social et peuvent accéder facilement à une grande variété de sources d’information concernant les produits. Mais, surtout, cette génération de natifs du numérique atteint aujourd’hui l’âge adulte et son pouvoir d’achat « numérique » s’accroît à mesure de son développement.
  • Le paiement numérique n’en est encore qu’à ses débuts. Alors que le nombre de personnes ayant recours aux paiements numériques est plus élevé qu’avant la crise, les préférences évoluent vers une société sans numéraire. Les moteurs de croissance à long terme de ces entreprises sont inchangés et leurs perspectives restent extrêmement attrayantes.
  • Des livraisons express. La pénétration croissante de l’e-commerce stimule la demande en matière de logistique et d’entreposage, les options de livraison « le lendemain » et « le jour même » devenant la norme pour les clients. Certaines entreprises s’empressent de collaborer avec des experts en logistique et en entreposage afin de pouvoir assurer des livraisons rapides.
  • Vers la normalisation. Si l’expérience en ligne vécue par un consommateur a été positive, ou si un service technologique a montré qu’il apportait de la valeur ajoutée à l’activité d’une entreprise, il y a moins de raisons pour que cette expérience ou ce service disparaisse. Les récents changements observés dans les comportements de chacun devraient se maintenir et il reste encore beaucoup à faire à mesure que les entreprises adopteront de nouvelles façons d’accompagner leurs collaborateurs et leurs clients.

 

Investir dans le métavers

 

L’envergure du métavers est déjà considérable. C’est un domaine qui se développe très rapidement. Selon les études, ce marché pesait quelque 500 milliards USD en 2020, pourrait atteindre 685 milliards USD en 2022, et le secteur dans son ensemble près de 800 milliards USD en 20241 , soit un taux de croissance annuel composé d’environ 13 %. Pour appréhender les subtilités et l’ampleur du Métavers, on peut se concentrer sur quatre sous-thèmes clés : le jeu, la socialisation, le travail et les facilitateurs technologiques. Le métavers représente une opportunité d’investissement tangible, soutenue par des sociétés qui affichent un potentiel de croissance à deux chiffres chaque année au cours de la prochaine décennie.


Comment l’IA et la blockchain peuvent pallier les perturbations des chaînes perturbées par la Covid-19

Par Andreea Minca, lauréate du fonds AXA pour la recherche à l’Université de Cornell

Le 23 juin 2022

 

À mesure que les chaînes logistiques mondiales s’allongent pour devenir plus rentables, elles deviennent aussi plus vulnérables. Un risque non assuré sur une chaine de valeur peut fortement perturber le commerce. Or, l’IA (intelligence artificielle) et la blockchain pourraient aider à identifier les vulnérabilités. Ce serait une aide pour concevoir d’excellentes solutions d’assurance en crédit commercial.

 

Des pénuries

 

Lorsque la crise de coronavirus a éclaté en 2020, l’urgence médicale s’accompagnait d’importantes pénuries, en particulier pour certains dispositifs médicaux.

Le phénomène s’est d’abord observé pour les ventilateurs. La demande a bondi de toutes parts et a provoqué des perturbations sur la chaîne logistique. En effet, la production des ventilateurs s’étale sur plusieurs pays, chaque pièce dans un endroit dépendant d’autres pièces fabriquées ailleurs. Plus la chaîne est longue, plus la dépendance est complexe et plus un point de la chaîne est exposé à la perturbation d’un autre point et aux fermetures des sites ordonnées par les gouvernements.

 

Aujourd’hui, deux ans après le début de la pandémie, ce phénomène a touché presque tous les secteurs de l’économie mondiale. Les « problèmes de chaîne logistique » sont si courants à présent que cette expression  précédemment considérée comme du jargon est maintenant familière à tout le monde et qu’ils concernent presque toutes les marchandises, des meubles jusqu’aux articles d’épicerie.

 

Quelles en sont les causes ?

 

Mais pourquoi la Covid a-t-elle autant impacté la manière dont nous recevons nos produits et marchandises ?

Ces dernières décennies, les chaînes logistiques se sont allongées à mesure qu’elles devenaient plus rentables. De plus en plus d’étapes ont été ajoutées dans la fabrication et le transport de tous les produits, au nom de la rapidité et du coût. Cela signifie qu’il y a de plus en plus d’endroits où un problème peut se produire entre le moment où vous passez commande en ligne et le moment où le colis arrive sur le pas votre porte.

Aujourd’hui, les fournisseurs en aval (par exemple ceux qui fournissent à un constructeur automobile des systèmes de commande) dépendent des fournisseurs en amont (les fabricants de puces, par exemple) pour livrer en temps et en heure au constructeur qui à son tour doit vous livrer le véhicule, en temps et en heure. Avec des chaînes longues, les risques sont désormais partagés entre des entités plus nombreuses aux quatre coins du monde.

 

Utiliser l’IA et la blockchain pour protéger le commerce

 

Les problèmes de chaîne logistique ont une répercussion financière : la contagion aux crédits commerciaux. Les entreprises ne paient plus leurs fournisseurs à temps parce que leurs propres clients ne les paient pas à temps. Le modèle du paiement à la livraison peut entraîner l’annulation ou le retard de cargaisons qui, à leur tour, peuvent entraîner des faillites.

Si une grande part de ces risques reste non assurée à l’heure actuelle, il est possible que, dans un monde post-Covid, les compagnies d’assurance et de réassurance se chargent d’y remédier.

 

Les chercheurs tentent de mettre au point des méthodes pour identifier les vulnérabilités dans les chaînes logistiques mondiales et pour comprendre les risques de contagion aux  crédits commerciaux. L’objectif est de rendre les systèmes globalement plus robustes.

Comment concevoir les contrats d’assurance et de réassurance de manière à répartir les risques et atténuer les vulnérabilités ? En quoi un crédit commercial fiable peut-il limiter les retards dans les chaînes logistiques et mettre fin à la situation délicate que nous connaissons tous aujourd’hui, à savoir payer à l’avance sans connaître la date de livraison du produit ?

 

L’intelligence artificielle et la théorie du réseau complexe sont utiles pour identifier les structures qui présentent des risques systémiques. Elles nous aident à poser la question : quels schémas de chaînes sont susceptibles d’occasionner des retards et une contagion aux crédits commerciaux, et lesquels sont plus robustes ?

 

À l’aide de ces outils, on peut créer des simulateurs à grande échelle pour simuler des chaînes logistiques mondiales face à une grande variété de chocs, puis utiliser le machine learning afin de détecter les portions problématiques des chaînes. Les connaissances ainsi obtenues peuvent ensuite être intégrées en amont et dans le but de renforcer le système avant qu’une autre pandémie ou un autre désastre survienne.

 

D’autres technologies novatrices comme la blockchain offrent la promesse de données de haute qualité permettant d’analyser les dépendances au sein de la chaîne logistique. La blockchain s’appuie sur les données en temps réel ainsi que sur des vérifications transparentes menées par des acteurs multiples. Associée à d’autres éléments tels que des contrats intelligents, elle pourrait permettre de résoudre de manière opportune des litiges sur l’ensemble de la chaîne logistique.

 

« My research » met à profit la blockchain pour rationaliser l’enregistrement des données et les paiements. Cette opportunité pose question car l’adoption de la blockchain dépend à la fois des spécificités, de la technologie et du coût.

Le problème d’adopter une technologie en présence d’externalités positives (cas dans lequel les entreprises améliorent, ce faisant, les opérations de parties prenantes externes) n’est pas nouveau en économie. Cependant, aujourd’hui, ces externalités sont systémiques par nature. Les effets se propagent dans toute la chaîne logistique. Le coût d’une technologie dépend du nombre d’entreprises qui l’adoptent, et chaque entreprise assume des coûts spécifiques à ses activités qui sont basés sur sa position dans la chaîne logistique, sa tolérance au risque et les coûts d’assurance des risques.

 

L’enregistrement des données en temps réel, la traçabilité des transactions et l’immuabilité de la blockchain peuvent aider les chaînes logistiques à gagner en efficacité. Cela est d’autant plus vrai si l’on considère la chaîne dans toute sa longueur, car les transactions sont alors vérifiées par plusieurs parties : les participants à la chaîne, les compagnies d’assurance et les compagnies de réassurance.

 

L’avenir des chaînes logistiques

 

Il y a fort à parier que l’assurance des crédits commerciaux se développera après la pandémie. Elle pourrait bien reposer sur des partenariats privé-public, la crise sanitaire ayant montré que les gouvernements étaient d’importants acteurs lorsqu’ils ont imposé des fermetures dans certains domaines.

 

Ces fonds peuvent servir à compenser les retards de paiement, à limiter les pertes et à forcer le redémarrage des productions critiques si nécessaire. Cependant, tous les liens d’une chaîne ne peuvent pas être assurés. Il s’agit alors d’identifier les étapes les plus importantes dans différents scénarios de chocs.

 

Les chaînes logistiques peuvent aussi être réorganisées, grâce à des algorithmes à grande échelle capables d’identifier quels fournisseurs sont à remplacer et quels nouveaux fournisseurs sont à privilégier.

 

Dans quelques années, elles pourraient bien avoir changé. L’objectif n’est plus de réduire les coûts comme ce fut le cas avant la pandémie, mais de réduire les retards et les risques des crédits commerciaux. Les consommateurs finaux, en faisant évoluer la demande, dicteront le besoin de réorganiser le réseau. En définitive, c’est la flexibilité du client qui détermine la solidité de la chaîne logistique.

 

 

Source : Article en anglais : The Conversation, en partenariat avec le Fonds AXA pour la recherche


Guerre en Ukraine : vers un accroissement des efforts pour atteindre la neutralité carbone ?

Par Chris Iggo, CIO Core Investments d’AXA IM

Le 12 mai 2022

 

Publié seulement quelques mois après la COP26, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) n’est guère réjouissant. Cet organe des Nations Unies a averti que le monde risque de connaître « plusieurs catastrophes climatiques qui ne pourront être évitées lors des 20 prochaines années », et ce, même si le réchauffement climatique reste limité à 1,5 °C.1

 

Il a ajouté que même le fait de dépasser provisoirement ce niveau aurait « de lourdes conséquences supplémentaires, dont certaines seraient irréversibles. Les risques pour la société augmenteront, y compris pour les infrastructures et les agglomérations côtières de basse altitude ». Cette analyse est un rappel opportun de l’urgence derrière les efforts visant à atteindre la neutralité carbone, à un moment où la pandémie de Covid-19, dans un premier temps, et maintenant la guerre en Ukraine ont bouleversé les priorités géopolitiques et de politique monétaire.

 

Craintes en matière d’approvisionnement

 

Bien que le GIEC mette en avant le fait que les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations sont déjà à l’origine d’une mortalité de masse chez certaines espèces et exposent des millions de personnes à une insécurité alimentaire et hydrique extrême, les discussions portent actuellement sur la façon de soutenir durablement une reprise post-Covid-19, tout en tenant compte de l’impact de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

 

Les prix de l’énergie augmentaient déjà à mesure que les économies rouvraient, poussant l’inflation à des niveaux inédits depuis plusieurs dizaines d’années, ce qui a entraîné un resserrement particulièrement prononcé des attentes en matière de taux d’intérêt en Europe et aux États-Unis. La guerre a toutefois suscité de nouvelles craintes à l’égard de la sécurité et de l’approvisionnement énergétique.

 

De nouveaux défis

 

Pour la première fois en sept ans, l’escalade des tensions politiques en conflit militaire a été à l’origine d’une correction des marchés mondiaux des actions et de l’envolée des prix du pétrole au-delà des 100 dollars le baril. Cet acte d’agression a déjà un énorme coût sur le plan humain, les pays occidentaux n’ayant d’autre choix que d’imposer de lourdes sanctions à l’encontre des dirigeants russes, mais également de certaines banques et de quelques oligarques. L’impact économique dans son ensemble sera toutefois ressenti de façon bien plus large.

 

Le rôle de la Russie en tant que principal fournisseur d’énergie est un élément crucial de ce conflit. À l’heure actuelle, l’Union européenne (UE) importe 90 % de sa consommation de gaz, dont environ 45 % sont fournis par la Russie. La Russie représente aussi environ 25 % des importations de pétrole et 45 % de celles de charbon.2

 

Par ailleurs, les investissements dans la production d’électricité à base de combustibles fossiles ont diminué, alors que les capitaux sont désormais alloués à des modèles énergétiques plus durables. Un argument subsiste pour dire que cela limite la capacité du secteur de l’énergie à répondre à une hausse soudaine de la demande, alors que les sources d’énergie renouvelables ne sont pas encore en mesure de couvrir une éventuelle insuffisance et que des technologies comme l’énergie éolienne ou solaire ne permettent pas d’accroître rapidement les capacités de production.

 

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a affirmé que l’Europe devait agir rapidement et qu’elle devait se préparer à faire face à d’importantes incertitudes quant à l’approvisionnement en gaz russe l’hiver prochain.3 La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a adopté un ton similaire, encourageant vivement à ce que l’UE ne soit plus dépendante du pétrole, du charbon et du gaz russes et déclarant qu’elle ne pouvait pas être tributaire d’un fournisseur qui la menace explicitement.4

 

Une transition qui ne tient qu’à un fil

 

Les actions du président russe Vladimir Poutine ont mis le monde au bord d’un gouffre en matière de transition énergétique. Des réductions volontaires ou forcées de la consommation d’énergie provenant de Russie feront basculer la demande vers d’autres sources et fournisseurs d’énergie, ce qui continuera de soutenir les prix élevés à court terme. Cette volonté de trouver la réponse la plus adéquate possible à l’augmentation des prix et des pénuries semble susceptible d’accroître l’utilisation de charbon, de pétrole et de gaz autres que ceux produits par la Russie à un niveau incompatible avec une baisse des émissions et la poursuite de l’objectif de neutralité carbone.

 

Le développement de capacités dans les sources d’énergie renouvelables ou alternatives, comme le nucléaire, prend du temps et ne permettra pas de résoudre la crise actuelle des prix de l’énergie. De nombreuses personnalités politiques appellent déjà à la réouverture de centrales de charbon ayant été démantelées afin d’essayer de contourner la dépendance de l’Union européenne à la Russie en ce qui concerne son approvisionnement en énergie.

 

Au Royaume-Uni, la reprise de la fracturation hydraulique (ou « fracking »), auparavant utilisée dans le cadre de l’extraction du gaz de schiste, est demandée par certains afin de stimuler la production et de baisser les prix du carburant.5

 

Ne pas prendre de raccourcis

 

Ce sentiment d’urgence est compréhensible, voire même nécessaire au vu de la gravité de la situation, mais les conséquences pour l’environnement pourraient être tout simplement catastrophiques si les actions de la Russie venaient à forcer la réouverture de centrales alimentées par des combustibles fossiles. Cela menacerait alors le rythme et la qualité de notre transition vers une économie mondiale durable. L’argumentaire en faveur de la transition énergétique n’a jamais été aussi fort et chaque proposition individuelle, qui sert à repousser l’abandon des combustibles fossiles, devrait être étudiée avec la plus grande rigueur.

 

Prendre des raccourcis aujourd’hui ne nous aidera probablement pas demain. Une étude réalisée au Royaume-Uni a montré que les factures énergétiques au début de cette année étaient plus chères de près de 2,5 milliards de livres sterling qu’elles ne l’auraient été si un certain nombre de politiques favorables au climat n’avaient pas été abandonnées lors des dix dernières années.6 Des raccourcis ne doivent donc pas être pris. Alors que notre dépendance aux combustibles fossiles n’a jamais été aussi chère et dangereuse, là n’est pas le moment de la renforcer.

 

Une émancipation nécessaire

 

C’est pourquoi l’Europe doit s’émanciper des combustibles fossiles russes. Ursula von der Leyen a appelé à prendre des mesures d’urgence pour limiter l’impact de la hausse des prix de l’énergie, diversifier l’approvisionnement en gaz et accélérer la transition vers une énergie propre.7 La Commission européenne a proposé un plan visant à atteindre tous ces objectifs et prévoit que l’Europe ne dépende plus des combustibles fossiles russes bien avant 2030.

 

Appelée REPowerEU, la stratégie cherchera à diversifier l’approvisionnement en gaz, à accélérer l’introduction de gaz renouvelables et à remplacer le gaz dans le chauffage et la production d’électricité. L’Union européenne estime qu’elle peut réduire sa demande en gaz russe de deux tiers d’ici la fin de l’année.8

 

Les prochaines mesures à prendre

 

La période actuelle pourrait être le moment idéal pour accélérer la transition de façon à protéger les pays – et les investisseurs – contre d’éventuelles sources de tensions similaires à l’avenir. Le monde reste trop dépendant des combustibles fossiles pour réduire de façon significative les émissions de dioxyde de carbone (CO2) à court terme. Les prix élevés actuels pour les sources d’énergie à forte intensité carbone devraient davantage contribuer à la transition en faveur des sources d’énergie renouvelables à un moment où celles-ci bénéficient d’un repli de la courbe des coûts à long terme en raison des avancées technologiques. Nous devons toutefois être conscients du fait que les événements récents auront des conséquences à court terme.

 

Les émissions de CO2 seront probablement supérieures aux estimations de l’année dernière ou d’il y a deux ans, car, au vu du contexte actuel, la transition en faveur des sources d’énergie renouvelables devrait être plus difficile. Cela devrait repousser le pic de la courbe des émissions qui, à son tour, se traduirait par une augmentation des investissements publics et privés dans l’énergie verte et les technologies qui y sont liées pour compenser.

 

L’objectif final serait d’observer une baisse bien plus prononcée de la courbe des émissions, qui permettrait d’avoir une sécurité énergétique plus forte. L’hydrogène et le nucléaire pourraient en tirer parti, à l’instar de l’énergie solaire et éolienne, et des efforts pourraient être consentis pour accroître l’efficacité énergétique.

 

Conclusion

 

Un choc énergétique s’inscrivant dans la durée, et suralimenté par la guerre en Ukraine, a remis sur le devant de la scène les questions de l’urgence et des implications sociales de la sécurité énergétique. Les combustibles fossiles ont été à l’origine de problèmes considérables sur le plan politique au fil des années et la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis d’une Russie agressive ne sera pas le dernier. Le changement climatique constitue lui aussi une menace géopolitique fondamentale, alors que son impact pourrait mettre en péril notre mode de vie. Nous ne pouvons lutter contre le premier sans tenir absolument compte de ce dernier. Si nous ne parvenons pas à réaliser la transition vers une économie à faible émission de CO2, il n’y aura pas de croissance économique durable, et notre avenir sera compromis.

 

  • [1] https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/resources/press/press-release/
  • [2] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_22_1511
  • [3] https://www.iea.org/news/how-europe-can-cut-natural-gas-imports-from-russia-significantly-within-a-year
  • [4] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_22_1511
  • [5] https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/mar/06/observer-view-on-ukraine-and-climate-emergency
  • [6] https://www.carbonbrief.org/analysis-cutting-the-green-crap-has-added-2-5bn-to-uk-energy-bills
  • [7] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_22_1511
  • [8] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_22_1511

 


Le gaspillage alimentaire : une cible mouvante dans la lutte contre le changement climatique

Par Amanda O’Toole, gérante de portefeuille, AXA IM

Le 13 avril 2022

 

De nombreuses sociétés se sont habituées à des approvisionnement à flux tendus. Une production et une distribution alimentaire en flux « juste suffisants » seraient peut-être moins alléchantes. Les consommateurs se sont habitués à cette impression d’abondance et, comme l’ont montré les perturbations des chaînes d’approvisionnement en 2021, il est facile de prendre peur face à des rayons vides dans les supermarchés.

 

Surproduction et gaspillage

 

La surproduction est par conséquent ancrée dans le système, si bien qu’une alternative semble impensable. Cependant, les conséquences de ce phénomène n’ont pas été suffisamment prises en compte. Les données montrent clairement qu’il s’agit là d’un problème majeur alors que la planète s’efforce d’opérer une transition vers l’objectif de zéro émission nette au cours des prochaines décennies.

 

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le monde gaspille environ un tiers de la production totale de denrées alimentaires destinée à la consommation humaine1. Ce gaspillage se produit tout au long de la chaîne d’approvisionnement, du champ à la décharge publique.

 

Selon l’ONU, les pertes de fruits et légumes représentent à elles seules près de la moitié de la production totale2. Chaque produit gaspillé implique un gaspillage d’eau, de terre et de carburant, et laisse supposer un déboisement et l’emploi de pesticides inutiles.

 

Au total, l’empreinte carbone du gaspillage alimentaire a été estimée à l’équivalent d’environ 3,3 gigatonnes de CO2 par an. S’il s’agissait d’un pays, le gaspillage alimentaire se classerait au troisième rang des émetteurs mondiaux, derrière les États-Unis et la Chine.3

 

Un problème pluridimensionnel

 

Mais ces chiffres globaux masquent le caractère fragmenté et pluridimensionnel du problème. Lorsqu’il s’agit de lutter contre le gaspillage alimentaire, ce ne sont pas des centrales électriques géantes qui émettent des gaz à effet de serre auxquelles il faut faire face, mais plutôt des millions de situations et de transactions dans les exploitations agricoles, les supermarchés, les maisons et les restaurants. Et alors que les sources d’énergie renouvelables réduisent progressivement notre dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz, il n’existe actuellement aucune alternative viable aux denrées alimentaires qui nous maintiennent en vie, ni même aux réseaux de production et de distribution qui nous permettent de remplir nos assiettes.

 

Des solutions fragmentées

 

En l’absence de solution de remplacement optimale prête à être déployée, il est probable que les solutions seront elles aussi fragmentées. Dans un rapport publié en 2014, la FAO l’a clairement indiqué : les six méthodes d’atténuation qu’elle a choisi de mettre en avant vont des refroidisseurs de lait au Kenya à l’amélioration du tri des carottes en Suisse, en passant par l’alimentation des porcs en Australie.4

 

Toutefois, ces solutions partielles potentielles existent bel et bien. Pour les investisseurs en quête de croissance et de décarbonation, cette variété pourrait offrir un vivier d’opportunités.

 

Des impacts inégaux

 

Le gaspillage alimentaire est un phénomène mondial qui prend des formes parfois très différentes. Dans les pays plus riches, la production a progressivement gagné en efficacité grâce à la mécanisation et à l’amélioration des pratiques agricoles. Le gaspillage a donc tendance à se produire en fin de chaîne d’approvisionnement, où les excédents sont souvent mis en décharge et contribuent aux émissions de méthane, un gaz à effet de serre nettement plus nuisible (sous sa forme non comburée) que le dioxyde de carbone.

 

Si nous acceptons la surproduction comme la seule réalité politiquement plausible pour une nation avancée (et acceptons que la surconsommation est indésirable pour des raisons sanitaires et sociales), une partie de la solution doit se trouver dans ce que nous faisons des denrées alimentaires une fois qu’elles sont tombées du mauvais côté de la dynamique offre/demande.

 

Un certain nombre d’entreprises proposent des applications qui visent à rapprocher les excédents alimentaires des consommateurs potentiels. Ces dispositifs fonctionnent souvent à l’échelle de la collectivité, entre particuliers, mais même ceux qui visent à reproduire l’idée au niveau des restaurants et des traiteurs peinent à atteindre l’envergure nécessaire pour que des acteurs économiques plus importants puissent y investir.

 

Les entreprises qui cherchent à produire de l’énergie en collectant et en distribuant les huiles de cuisson usagées comme carburant pour les grandes entreprises de transport ou qui utilisent les déchets générés par la production de viande pour fabriquer des engrais sont peut-être plus viables.5

 

D’autres entreprises sont axées sur la digestion anaérobie, un processus vieux de plusieurs siècles qui consiste à transformer les déchets alimentaires de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en biogaz. La combustion du biogaz pour produire de l’électricité génère beaucoup moins d’émissions dangereuses que si nous le laissions se décomposer. Le biogaz est également considéré comme neutre en carbone car le dioxyde de carbone a lui-même d’abord été extrait de l’atmosphère par des plantes cultivées et récoltées dans un passé récent, contrairement au CO2 stocké pendant des millénaires et rejeté par la combustion de combustibles fossiles. 6

 

Au Royaume-Uni, où l’énergie produite par digestion anaérobie a augmenté de près de 60 % entre 2015 et 2020, les déchets alimentaires représentent environ un tiers des matières utilisées et les cultures un autre tiers.7 Selon la dernière étude de marché menée par la filière britannique de la digestion anaérobie et du compostage, 3,2 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été valorisées en 2018, contribuant à générer 1,2 milliard de mètres cubes de biogaz (ainsi que d’autres produits comme les engrais). Un quart de ce volume a été injecté dans le réseau électrique du pays.8

 

Conservation longue

 

Les innovations qui permettent d’allonger la durée de conservation des produits constituent une autre solution possible dont l’envergure est désormais suffisante pour susciter des investissements.

 

Les aliments frais peuvent se gâter facilement en raison de l’attrait qu’ils présentent pour les micro-organismes, mais les emballages antimicrobiens peuvent remédier à ce problème, de même que les gaz antimicrobiens placés dans les poches d’air qui entourent des produits comme la viande ou le fromage. La réduction de la dépendance à l’égard des systèmes de réfrigération énergivores au sein de la chaîne logistique peut également avoir un effet secondaire.

 

En remontant au début de cette chaîne, hors de l’univers investissable, jusqu’aux agriculteurs qui produisent les denrées alimentaires, on observe des innovations encourageantes comme celles du Farmers Business Network aux États-Unis.9 Lancée en 2014 pour permettre à un petit nombre de producteurs de partager des informations, cette organisation compte aujourd’hui 25.000 membres et vise, par la collecte et le partage de données, à améliorer l’efficacité et la durabilité de l’agriculture. Née de la volonté de lutter contre les pratiques abusives en matière de prix, elle aide désormais les agriculteurs à prendre des décisions plus pertinentes en matière de culture afin de rendre l’utilisation des terres plus productive.

 

Les discussions sur le gaspillage alimentaire ont tendance à tourner en rond. Les problèmes et les solutions sont dispersés tout au long de la chaîne de valeur et cette réalité est tout aussi encourageante que complexe pour les investisseurs.

 

Les opportunités d’investissement sont nombreuses dans un monde qui cherche à tendre vers le net zero, à l’instar des actions menées par les pouvoirs publics et alors que nous nous efforçons progressivement de maîtriser l’impact climatique du système alimentaire dont nous dépendons.

 

Consultez aussi le corner Marchés

 

1] Source : Stop the waste: UN food agencies call for action to reduce global hunger | | UN News

[2] Source : https://www.unep.org/thinkeatsave/get-informed/worldwide-food-waste

[3] Source : UN FAO 2013. http://www.fao.org/3/i3347e/i3347e.pdf

[4] Source : UN FAO 2014. https://www.fao.org/publications/card/en/c/a530f2ad-499c-400f-b9c0-6c8988f2ee9d/

[5] Bio-based fertilizers: A practical approach towards circular economy. Chojnaka, Moustakas, Witek-Krowiak. Janvier 2020

[6] Université de Floride : Biogas – A renewable biofuel

[7] La production totale d’énergie par digestion anaérobie s’élevait à 606 000 tonnes d’équivalent pétrole en 2015. En 2020, elle a atteint plus d’un million de tonnes. Source : UK Department for Environment, Food and Rural Affairs.

[8] Anaerobic Digestion and Composting Industry Market Survey Report 2020

[9] https://www.fbn.com/about

 

 


COP27 : Voir plus loin que le carbone !

Par Hans Stoter, Responsable mondial AXA IM Core

Le 17 mars 2022

 

La COP26 a permis de réaliser des progrès évidents. Nombre des engagements pris ont été significatifs, et la promesse d’une politique de mesures plus vigoureuses a été encourageante.

La réduction des émissions de carbone étant fermement intégrée à la politique de nombre de gouvernements, il est désormais temps pour la COP d’aborder de manière plus globale les problématiques environnementales et de les gérer au sens large. La décarbonation est essentielle, sans aucun doute, mais faut-il vraiment se demander quel type de planète nous voulons préserver ?

 

Décarbonation

 

Le Pacte de Glasgow pour le climat dans sa version finale a été signé par près de 200 pays, et devrait permettre d’accélérer le rythme des mesures contre le changement climatique. En effet, d’ici la prochaine COP qui se tiendra à Charm el-Cheikh en novembre de cette année, les gouvernements devront avoir proposé de nouvelles Contributions déterminées au niveau national (NDC) en faveur de la décarbonation, à l’horizon 2030. Le délai a été rallongé de cinq ans, puisque 2025 était auparavant envisagé.

 

Pour la première fois, l’accord intègre également un plan de limitation du recours aux énergies fossiles, bien que la formulation finale ait été regrettablement édulcorée en un engagement à « réduire » la production d’énergie alimentée au charbon, et non à y mettre fin.

D’autres éléments ont été source de frustration, tels que le manque d’engagement officiel envers le net zéro d’ici 2050 par les plus grands pollueurs mondiaux, mais, un problème criant s’est manifesté d’emblée.

 

Et la biodiversité ?

 

Concernant les principaux objectifs annoncés lors de la COP26, il s’agissait de l’engagement à atteindre des chiffres plus ambitieux de réduction de gaz à effet de serre d’ici 2030, de débattre de mesures d’adaptation face aux conséquences inévitables du changement climatique, et d’augmenter les financements pour la lutte contre le réchauffement climatique. Et il est vrai que de réelles avancées ont été réalisées dans ces domaines.

 

Cela étant, il semble que les problématiques environnementales au sens large n’ont été que survolées, signe que la COP26 n’a généré aucun engagement international en matière de biodiversité. Mettre fin à la déforestation d’ici 2030 est un objectif noble, mais préserver les habitats naturels de façon plus générale, y compris les océans, est crucial pour contenir les taux de carbone dans l’atmosphère.

 

Et la pollution plastique ?

 

Le manque de progrès sur ces questions a été source d’une immense déception. Le gaspillage alimentaire (qui à terme, consume les réserves d’eau, le sol et l’énergie, en plus de favoriser l’utilisation superflue de pesticides), mais aussi la pollution plastique et la gestion des déchets sont autant de thèmes particulièrement préoccupants.

Le constat est morne. D’ici 2050, il y aura davantage de plastique que de poissons dans les océans.[1] La masse de plastique totale est deux fois plus élevée que celle de tous les mammifères vivants, 80 % de tous les plastiques jamais produits demeurant encore dans la nature.[2] La pollution plastique n’est pas seulement ingérée par les poissons ou la faune marine en général. Une personne consomme en moyenne cinq grammes de plastique par semaine, soit l’équivalent d’une carte de crédit.[3] Au total, la pollution plastique tue jusqu’à un million de personnes par an.[4]

 

Il n’est pas excessif d’affirmer que la pollution plastique pourrait devenir aussi importante que les émissions de carbone. Cependant, elle est loin d’attirer le même niveau d’attention.

Le problème est en partie dû au fait qu’elle est perçue comme un lointain fléau, similaire au réchauffement climatique sur certains aspects, mais en beaucoup moins urgent. Il n’y a pas de consensus sur la question. Essayez de vous rappeler la dernière fois que vous avez entendu un politicien ou une politicienne parler de la pollution marine. Ce devait probablement être à propos d’une marée noire, en commentaire à des images de plages souillées et d’une faune en détresse, imprégnée de pétrole. La nécessité d’agir était alors évidente, urgente et dans la ligne de mire des médias.

 

De telles incidences idiosyncrasiques ne révèlent pas vraiment la véritable ampleur du problème. Chaque année, le plastique provoque 13 milliards d’euros de dommages aux écosystèmes marins de la planète, et 630 millions d’euros de pertes annuelles estimées pour le tourisme les communautés côtières d’Europe.[5]

 

Une approche plus globale nécessaire

 

Et cela ne va faire qu’empirer. La Banque mondiale prévoit que la production mondiale de déchets sera multipliée par deux en 15 ans avec l’utilisation des plastiques à usage unique tels que les bouteilles, les ballons, les sacs et les emballages (le pire de tous).

 

Il est temps pour la COP d’adopter une approche plus globale et de chercher à s’attaquer comme il se doit à ces problèmes environnementaux plus vastes. Est-il souhaitable de voir la planète, y compris ses habitants, humains ou marins, s’étouffer avec des déchets plastiques ? Si nous ignorons ces problématiques, nous réussirons tout de même à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, mais nous regardons la Terre devenir une véritable décharge.

 

Il devient essentiel d’élargir le périmètre d’action et d’obtenir des engagements pour préserver la biodiversité et limiter la production de déchets (engrais, produits chimiques toxiques, plastique…). Cela ne peut plus être qu’une question abordée dans des conférences lointaines. La COP est le seul organisme qui possède l’envergure, le poids et la vision à long terme pour réaliser des progrès sur une question qui a bien trop longtemps été considérée comme un problème latent par les gouvernements. À nous de faire couler de l’encre sur le sujet, autrement nous risquons de perdre encore une année, encore une COP, à voir les « soupes plastiques » remplacer peu à peu nos océans et nos cours d’eau, qui sont de plus en plus contaminés et dangereux pour toute forme de vie sur Terre.

 

 

Consultez aussi le

[1] Parlement européen – Pollution marine : données, conséquences et nouvelles règles européennes | Actualités | Parlement européen (europa.eu)

[2] Stockholm Resilience Center – Safe planetary boundary for pollutants, including plastics, exceeded, say researchers (article en anglais) – Stockholm Resilience Centre

[3] WWF – Revealed: plastic ingestion by people could be equating to a credit card a week – (article en anglais) WWF-Australia

[4] No Time to Waste: Tackling the plastic pollution crisis before it’s too late – Tearfund, Fauna & Flora International, WasteAid, and the Institute of Development Studies (page en anglais)

[5] Commission européenne – Lutter contre les plastiques à usage unique – Office des publications de l’Union européenne (europa.eu)


Crise du Covid 19 : quel est le coût de la normalisation ?

 

Par Gilles Moëc, Chef économiste du groupe AXA et Head of Research chez AXA IM

Le 23 février 2022

 

Depuis le début de la pandémie, chaque vague a été moins coûteuse que la précédente en termes d’impact sur l’activité économique. Cela reflète à la fois une meilleure adaptation des entreprises et des consommateurs et la montée progressive de restrictions sanitaires dépendantes du statut vaccinal des individus qui a permis d’éviter la fermeture totale de secteurs entiers. Omicron s’est inscrit dans cette tendance, et les prévisions de croissance n’ont pas été revues à la baisse : on attend 3.9% en 2022 dans la zone euro et 3.5% aux États-Unis.

 

Politiques moins accommodantes

 

Un corollaire de cette résilience de l’activité économique est que les politiques économiques n’ont plus à être aussi accommodantes que lors du pic pandémique. Parmi les grandes banques centrales du monde développé, la Fed a été la première à donner le signal de la normalisation dès l’automne dernier. Son discours s’est durci à mesure que les nouvelles sur le front de l’inflation se dégradaient. Elle a décidé d’accélérer son rythme de réduction de ses achats nets (qui s’arrêteront en mars) et mentionne même ouvertement la possibilité de réduire les stocks d’actifs qu’elle détient.   On attend également 4 hausses de taux directeurs pour cette année pour un total de 100 points de base.

 

La BCE était plus prudente, avant de changer elle aussi de discours assez brutalement à l’occasion de la réunion de son Conseil des Gouverneurs du 4 février. La Présidente de la BCE ne considère plus comme en décembre qu’une hausse des taux en 2022 est « improbable » et a exprimé « l’inquiétude unanime du Conseil des Gouverneurs » au sujet de l’inflation. On s’attend donc à une première hausse de taux de la BCE en décembre de cette année, après un arrêt des achats nets de titres à la fin du troisième trimestre.

 

Et l’inflation ?

 

Aux États-Unis, l’inflation n’est plus seulement le reflet d’un choc exogène, la libération rapide de la demande globale lors de la réouverture des économies rencontrant une offre encore contrainte. La « surstimulation » budgétaire mise en œuvre par Donald Trump puis par Jo Biden s’est traduite par l’apparition d’une demande excessive aux Etats-Unis. Cela a engendré un rebond spectaculaire de l’emploi, alors que le taux de participation au marché du travail (la part des individus en âge de travailler qui soit occupent un emploi soit en recherchent un activement) a baissé depuis le début de la pandémie.

 

Sans surprise, ce déséquilibre se résout par une accélération tout aussi spectaculaire des salaires (5.7% sur un an en janvier 2022) qui, à leur tour, poussent les prix à la consommation à la hausse. Dans un tel contexte, il est logique que la banque centrale relève ses taux pour ramener la demande vers un rythme plus soutenable.

 

Il est difficile d’appliquer le même raisonnement à l’Europe. Certes, l’inflation est élevée dans la zone euro, à 5.1% sur un an en janvier 2022, mais à la différence des États-Unis, l’essentiel de l’accélération y est encore imputable à des facteurs exogènes. Hors énergie et produits alimentaires, l’inflation s’établissait à 2.3% sur un an en janvier. Les salaires n’ont pas encore accéléré. Il n’y a pour l’instant pas de mise en place d’une inflation auto-entretenue. C’est la grande différence avec les États-Unis. Alors que le PIB de la zone euro vient à peine de revenir à son niveau d’avant crise, il est difficile de parler d’une « demande excessive » qu’il conviendrait de corriger. Pourtant, la BCE ne veut pas prendre de risque et se met déjà en position de durcir sa politique monétaire, pour se prémunir contre le risque que les anticipations d’inflation se mettent à déraper. C’est une approche maximaliste, en rupture profonde avec le changement culturel imposé par Mario Draghi.

 

Dans les pays émergents aussi

 

A ce durcissement général des conditions monétaires dans le monde développé (la Banque d’Angleterre a déjà relevé ses taux directeurs deux fois en pleine vague « Omicron ») s’ajoutent les relèvements de taux dans le monde émergent. Ces pays sont plus sensibles aux hausses des prix de l’alimentation et de l’énergie qui représentent souvent un poids particulièrement élevé dans les indices. La crédibilité des banques centrales y est également moindre, ce qui les oblige à réagir plus rapidement aux signaux inflationnistes.

 

La seule grande exception dans ce paysage est la Chine où la politique monétaire s’est faite plus accommodante ces derniers mois. A la différence des pays occidentaux, la Chine a opté pour un stimulus minimal au début de la crise pandémique. Le redémarrage de l’économie y a été rendu possible par le succès rapide de mesures sanitaires drastiques, mais il n’y a pas eu de soutien massif au revenu des ménages, et la consommation a marqué un retard certain.

 

A ce choix initial s’est ajouté celui d’une action robuste pour réduire la spéculation immobilière et les risques de stabilité financière qu’elle implique, ce qui a également freiné la demande intérieure. L’inflation est restée faible en Chine, et les dernières enquêtes de conjoncture disponibles suggèrent que l’activité est stagnante (pour les standards chinois). Si une croissance de 5% est sans doute un minimum pour 2022, nous sommes très loin des rythmes proches de 10% de la dernière décennie, et la banque centrale chinoise doit maintenant consentir à des baisses de taux d’intérêt, au rebours de la tendance mondiale.

 

Et sur les marchés ?

 

Depuis le début de l’année, le durcissement effectif ou attendu des politiques monétaires a entamé significativement la performance des marchés actions, tandis que les taux d’intérêt à long terme ont commencé leur remontée. La réduction du bilan de la Fed en particulier est un facteur important à prendre en compte, puisqu’elle revient dans les faits à une contraction de la liquidité globale.

 

Ce qui peut toutefois venir limiter la correction de ces actifs c’est que la croissance mondiale reste suffisamment robuste pour permettre aux profits de se maintenir sur des niveaux décents. La politique budgétaire n’est certes plus aussi expansionniste qu’en 2020 et 2021, mais 2022 n’est pas l’année du retour à l’austérité. Ceci devrait permettre de maintenir la demande intérieure sur un rythme de croissance décent.

 

Dans la même veine, l’inflation vient bien sûr éroder le pouvoir d’achat des ménages, mais ces derniers (en tout cas dans les pays développés) ont accumulé une épargne excédentaire importante pendant la pandémie qui constitue une « réserve de consommation » pour cette année. Enfin, la contribution des éléments « exogènes » à la poussée inflationniste devrait progressivement se réduire dans l’année. Les enquêtes font déjà ressortir une détente des contraintes d’offre (par exemple les délais de livraison) et le prix du fret maritime s’est déjà réduit notablement par rapport au pic de l’été 2021. Ceci devrait permettre de limiter l’ampleur du durcissement des conditions monétaires.

 

Et qu’en est-il des risques ?

 

Quels sont les risques autour de cette trajectoire somme toute « décente » ? La tension avec la Russie autour de la question ukrainienne est bien sûr une source d’incertitude forte. Par rapport à 2014 (le précédent épisode de tension autour de la Crimée), la Russie est dans une position financière qui lui permet de résister plus longtemps à des sanctions occidentales. Sa dette extérieure s’est réduite et sa banque centrale a accumulé des réserves de change importantes.

 

Une escalade de la tension se traduirait par une poursuite de la hausse des prix de l’énergie qui viendrait prolonger l’épisode inflationniste, particulièrement en Europe, avec un impact immédiat sur la consommation, en plus de la dégradation générale de la confiance qui pèserait sur les décisions d’investissement.

 

Il ne faut pas oublier bien sûr la tension toujours forte entre la Chine et les États-Unis autour de Taiwan. Dans les risques « intra-européens », signalons la possibilité d’un « emballement » des taux d’intérêt de long terme en Italie et le reste de la périphérie sous l’effet de l’arrêt des achats de titres par la BCE. La poursuite de « l’expérience Draghi » (à priori jusqu’aux prochaines élections législatives qui doivent se produire d’ici à juin 2023) qui se matérialise par des réformes structurelles bienvenues et des financements européens conséquents permet toutefois de limiter ce risque.

 


Quel bilan pour l’année 2021 ?

Le 18  janvier 2022

La pandémie de la COVID-19 est restée un sujet dominant en 2021. Les campagnes de vaccination ont permis de sortir du « stop-and-go » des confinements au 2ème trimestre, malgré l’apparition du variant Delta, et d’autoriser une reprise plus large de l’activité économique. Toutefois, la pandémie ressurgissait à l’automne et le risque s’accentuait fin novembre avec l’émergence du variant Omicron, doté d’une capacité de transmission bien plus élevée. En fin d’année, nombre de pays avaient mis en place des restrictions pour contrer cette nouvelle flambée du virus, sans atteindre globalement tout de même le niveau de contrainte des premières vagues.

 

Bilan économique

 

Au total, comparée à 2020 qui avait été une année de compression de l’activité, 2021 aura été une année de nette reprise économique, même si celle-ci a été sujette aux freins décrits ci-dessous et à une certaine volatilité. La croissance mondiale pourrait s’élever à 5,7% en 2021 (Etats-Unis 5,5% ; zone euro 5% ; Royaume-Uni 6,8% ; Japon 1,9% ; économies émergentes 6,2%, dont Chine 7,9%).

 

Au-delà des confinements, la perturbation du marché du travail a été une des conséquences majeures de la pandémie, notamment aux Etats-Unis. Départs en retraite précoces, retours sur le marché tardifs et désintérêt pour certains secteurs d’activité ont conduit à une raréfaction de l’offre, tandis la demande reprenait avec vigueur avec la réouverture.

 

La production et la distribution des biens manufacturés ont globalement été perturbées, désorganisées, tandis que la demande pour ces biens reprenait fortement. Des goulets d’étranglement se sont alors créés dans les chaines d’approvisionnement. La forte tension induite sur les prix, apparue dès le 2ème trimestre et renforcée par un effet de base sur les prix des matières premières, pétrole et gaz en premier lieu, a tout d’abord été jugée comme étant un phénomène temporaire. L’inflation, plus durable qu’anticipée et atteignant des niveaux plus connus depuis des décennies, est devenue le sujet de toutes les attentions. Pour l’ensemble de l’année 2021 on prévoit des chiffres d’inflation de +4,7% aux Etats-Unis, +2,6% en zone euro, +2,4% au Royaume-Unis et -0,2% au Japon.

 

Qu’ont fait les Banques centrales ?

 

Dans ce contexte, presque toutes les banques centrales ont entamé un resserrement de leur politique monétaire, avec d’autant plus de motivation que la tension observée sur leur marché du travail était forte. Ainsi, la Réserve Fédérale a annoncé une réduction de son programme d’achat d’actifs en novembre, puis une accélération de cette réduction en décembre, des hausses de taux étant envisagées dès la mi-2022. La Banque d’Angleterre a procédé à une première hausse des taux directeurs en décembre, de 0,15% à 0,25%. En zone euro, où le marché du travail est moins tendu, une hausse des taux de la BCE semblait peu probable avant 2023. La BCE annonçait la fin du programme d’urgence PEPP fin mars, mais maintenait une certaine flexibilité par ailleurs, avec une augmentation du programme d’achat d’actifs APP dès le 2ème trimestre 2022.

 

Bilan politique

 

Sur le plan politique, la première année du mandat de Joe Biden aura été compliquée, avec de nombreux retards et révisions en baisse de ses divers plans d’investissement. A cela s’ajoute le risque d’une impasse budgétaire (« shutdown ») au second semestre et finalement l’effritement de sa cote de popularité qui laissait présager des élections difficiles à mi-mandat au Congrès fin 2022.

 

En Allemagne, les élections ont marqué la fin de l’ère Merkel et l’arrivée au pouvoir d’une alliance des Sociaux-Démocrates, des Libéraux et des Verts, avec une ambition pro-européenne plus marquée. Au Japon, le premier ministre Suga a cédé la place à Fumio Kishida, assurant une continuité de la politique conduite.

 

La Chine a encore montré sa singularité, tout d’abord avec sa stratégie du « zéro COVID » qui a coûté très cher à son économie. Elle a connu par ailleurs une pénurie d’électricité, temporaire grâce à l’augmentation de sa production de charbon. En revanche, le risque systémique que représente le financement du secteur immobilier, qui s’est manifesté par le risque de défaut de la société Evergrande, semblait plus durable. Les autorités chinoises, qui doivent mettre en balance la gestion de ce risque systémique et le soutien de l’activité, ont finalement fait le choix tardif d’un assouplissement de la politique monétaire (baisse de 0,5% du taux RRR mi-décembre).

 

Au niveau géopolitique, si elle a changé dans sa forme, la relation entre les Etats-Unis et la Chine est demeurée tendue, l’enjeu du leadership économique et politique restant entier. La tension entre la Russie et l’Ukraine est allée grandissante, l’armée russe se massant à la frontière ukrainienne, conduisant à un échange d’avertissements entre Vladimir Poutine et les gouvernements occidentaux.

 

Thèmes en 2022

 

Parmi les thèmes qui marqueront l’actualité de 2022, la COVID-19 et l’inflation devraient rester en bonne place. La réussite de la recherche médicale dans son développement de vaccins peut entretenir les espoirs, mais le chemin reste tout de même pavé d’incertitudes. Certains des éléments qui ont poussé l’inflation à la hausse devraient s’estomper, mécaniquement ou grâce à l’adaptation des acteurs économiques, mais il conviendra de surveiller le marché du travail et l’évolution des salaires. Enfin, citons la transition nécessaire pour minimiser les changements climatiques, devenue un sujet fondamental de long terme.

 

Revue des marchés

 

  1. Actions

 

En 2021, les marchés actions affichent pour la plupart des zones des performances très élevées avec une hausse de +24,2% pour l’indice global en devises locales, équivalente à +29,3% en euros. Parmi les pays développés, les Etats-Unis affichent une des meilleures performances (+26,5%) suivis par le Canada (+24,9%), la Suisse (+23,0%), la zone euro (+22,1%).

 

Le Royaume-Uni (+19,6%) est également est forte hausse tandis que la zone Pacifique hors Japon (+12,6% en euros) et le Japon (+13,4%) enregistrent des performances un peu plus modestes.

Les pays émergents déçoivent (+4,9% en € et -2,5% en $) ; (indices MSCI, dividendes réinvestis en devises locales).

 

Sur la période, les meilleures performances proviennent des secteurs de l’énergie (+40,3%), de la technologie (+29,8%), des financières (+27,9%) et de l’immobilier (+27,8%). Enfin, les petites capitalisations enregistrent des performances légèrement inférieures à celles des grandes capitalisations, ainsi le MSCI Europe Small Caps en € progresse de +23,8% contre +25,1% pour l’indice MSCI Europe.

 

  1. Obligations d’État

 

Au 1er trimestre 2021, les taux à long terme ont amorcé un mouvement de hausse et ont ensuite évolué au gré des anticipations d’inflation et des politiques des banques centrales ainsi que des craintes sur la croissance et l’évolution de l’épidémie.

 

Aux Etats-Unis, les taux à 10 ans sont à 1,51% après avoir atteint un plus haut à 1,77% fin mars 2021. La même tendance s’observe en zone Euro et sur les pays périphériques.

 

  1. Obligations d’entreprises

 

Sur les marchés des obligations d’entreprises, les « spreads » se sont sensiblement resserrés sur la catégorie Investment Grade et plus encore sur le haut-rendement. L’indice Bloomberg Barclays Global Aggregate, représentatif du marché obligataire mondial pour la catégorie Investment Grade, recule de 2,5% (performance couverte en euro). Enfin, les obligations indexées sur l’inflation affichent des performances très supérieures à celles des obligations nominales (+4.5% pour l’indice Bloomberg Global Inflation couvert en euro).

 

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