Chroniques d’experts

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Crise du Covid-19 : fausse rupture ou vraie continuité ?

Par Enguerrand Artaz, gérant chez La Financière de l’Echiquier

Le 24 novembre 2020

« Il y aura un avant et un après », « demain ne ressemblera pas à hier »… Les poncifs relayés pour tenter de dessiner les contours du « monde d’après » ne manquent pas. C’est comme si la crise avait créé une rupture profonde dans la marche du monde, bouleversant les dynamiques qui prévalaient jusque-là. Mais, rien n’est moins vrai.

Ventes en ligne

Prenez la révolution digitale par exemple. Incontestablement, le secteur technologique est un des grands bénéficiaires de la crise. De plus, la consommation en ligne n’a jamais été aussi florissante. Ainsi, alors que les ventes au détail ont déçu en octobre aux Etats-Unis en ne progressant que de 0,3% (0,6% attendu), les ventes en ligne ont bondi de 3,1%. Sur un an, elles progressent de 29%, tandis que le total des ventes au détail n’augmente que de 5,7%. Il ne s’agit là que de l’accélération d’une tendance longue. Depuis début 2000, les ventes au détail[1] ont été multipliées par un peu plus de deux. Les ventes en ligne ont, pour leur part, été multipliées par plus de six. Ainsi, alors qu’elles représentaient à peine 8% du total [2]au début des années 2 000, elles représentent aujourd’hui 23%.

En comparaison, les ventes dans les grandes et moyennes surfaces de ville et épiceries représentaient plus de 18% en 2000 et 16% aujourd’hui. Les deux courbes n’ont pas attendu la crise Covid pour se croiser. Cela a eu lieu au dernier trimestre 2018 !

Déficits budgétaires

Autre exemple avec l’explosion des déficits budgétaires en Europe. Face à l’ampleur de la crise, la règle des 3%, chère aux Allemands, a volé en éclats. Après la prééminence de la logique d’austérité au début de la décennie 2010, cette règle fut fortement critiquée. On imaginait son existence en sursis. On se rappelle, par exemple, qu’en amont de leur arrivée au pouvoir en 2018, les leaders des partis italiens M5S et la Ligue l’avaient fustigée et voulaient l’enfreindre à l’été 2019 alors qu’ils préparaient le projet de budget 2020. La crise n’a fait qu’accélérer une tendance incontestablement présente.

Equilibres mondiaux

Même logique sur le front des grands équilibres mondiaux. Pourtant foyer de l’épidémie, l’Asie, la Chine en particulier, ressort comme le « grand vainqueur » de la crise. La gestion exemplaire de la pandémie par de nombreux pays asiatiques a réduit le nombre de morts et leur a permis de moins souffrir économiquement que les zones du globe ayant dû mettre en place des mesures plus drastiques. Avec en point d’orgue à cette réussite, l’accord commercial signé récemment entre quinze pays d’Asie-Pacifique, pour former le plus grand bloc de libre-échange mondial. Mené par la Chine, il regroupe les 10 pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cette nouvelle zone de libre-échange représentera 30% de l’économie mondiale. Elle concernera 2,2 milliards de consommateurs. Et davantage si l’Inde, qui s’est retirée du projet l’an dernier, la rejoint plus tard, comme elle en a la possibilité. C’est le point d’orgue mais surtout l’aboutissement d’un travail de longue haleine amorcé dès 2012. Couplé aux investissements chinois massifs réalisés dans les pays d’Asie du Sud-Est (Vietnam et Laos notamment) ces dernières années ou à la volonté d’ancrer les devises asiatiques sur le yuan depuis la crise de 2008, cet accord démontre que le basculement du centre de gravité du monde vers l’Asie n’a rien d’un projet nouveau.

Régionalisation

Tout comme les avancées sur la mutualisation de la dette en Europe, un tel accord accentue par ailleurs le phénomène de « régionalisation » du monde. Celui-ci paraît peu à peu se substituer au multilatéralisme des dernières décennies. Ainsi, plus que de constituer une rupture, la crise Covid semble avoir été l’accélérateur fulgurant de tendances sous-jacentes. Tendances qui, à n’en pas douter, continueront à se renforcer… et que les investisseurs ont sans doute tout intérêt à refléter dans leurs portefeuilles !

 

 

 

Ces informations ne sont pas constitutives d’un conseil en investissement. L’investissement sur les marchés présente un risque de perte en capital.

[1] hors automobile et alimentation

[2] id.


2020 : Quelle année cette année-là !

Par Frédéric Rollin, senior investment advisor chez Pictet Asset Management

Le 11 novembre 2020

L’année 2020 continue de jouer avec nos nerfs et pourtant il faut déjà penser à 2021 ! Il est effectivement crucial d’inscrire les investissements sur un horizon long.

Sur longue période, les actions devraient une fois de plus se retrouver gagnantes. Les obligations européennes n’offrent quasiment plus de rendement. Les actions, quant à elles, distribuent de généreux dividendes et leur cours de bourse bénéficiera du retour de la croissance mondiale l’année prochaine. Confinement, déconfinement, re-confinement…les bourses continueront de donner des sueurs froides, mais le jeu en vaut la chandelle. 

Pays émergents

2021 devrait voir l’arrivée d’un vaccin. Aujourd’hui, 11 vaccins sont en tests à grande échelle et les annonces de Pfizer sont très encourageantes.  Les actions asiatiques devraient tirer leur épingle du jeu.  Alors que l’Europe et l’Amérique patinent, la Chine signe une reprise économique en V et ses avancées technologiques impressionnent. Les situations sanitaire et économique sont certes préoccupantes en Inde, mais, à long terme, ce pays recèle un immense potentiel. Jeunesse, éducation technique dynamique et production par habitant très faible, le pays concentre les avantages. Le Japon, délaissé des investisseurs internationaux, devrait revenir en grâce. La pandémie y est bien contrôlée et le pays bénéficiera du dynamisme de ses voisins.

La bonne tenue de l’Asie portera le secteur des matières premières. Les pays d’Amérique Latine en bénéficieront. Le premier client du Brésil est la Chine. Ceci sera favorable aux obligations émergentes, largement composées d’émetteurs de la région. Par ailleurs, la politique ultra-accommodante de la Réserve fédérale facilite les financements en dollar, si importants pour les pays en voie de développement.

Et l’or ?

L’or reste aussi un investissement de choix pour le long terme. Les économies développées ne se relèveront que très progressivement, les taux resteront bas en 2021. Et, cerise sur le gâteau, lorsque l’inflation reviendra, il y a fort à parier que les banques centrales attendront avant de resserrer leur politique. Taux au plancher, hausse de l’inflation :  le métal jaune appréciera.


Achat scindé d’un bien immobilier en Belgique : comment cela fonctionne-t-il et quelles sont les nouveautés ?

Par Sophie Slits, Estate planner à la Banque Nagelmackers

Le 9 octobre 2020

L’achat scindé d’un immeuble est encore, aujourd’hui, un instrument très souvent utilisé dans le cadre d’une planification successorale. L’administration fiscale a depuis quelques années cette technique dans son collimateur. Cet achat scindé est-il encore possible aujourd’hui ? Comment faire ?

Le principe

Nous partons de l’exemple classique où les parents veulent acheter une seconde résidence en y associant directement les enfants. Par un achat scindé, les parents achètent l’usufruit du bien et les enfants achètent la nue-propriété.

Cela permet aux parents de conserver la jouissance du bien durant leur vie ou d’en percevoir les éventuels revenus locatifs. Les parents ont ainsi un certain contrôle sur leur seconde résidence. Au moment du décès du (dernier) usufruitier, l’usufruit s’éteint et les enfants deviennent pleins propriétaires.

Fiscalement

En principe, l’extinction de l’usufruit ne devrait pas engendrer le paiement de droits de succession mais le législateur est intervenu et a établi une présomption fiscale de legs. Il est ainsi prévu qu’au décès de l’usufruitier, l’administration fiscale considère que le bien immeuble est présent en pleine propriété dans la succession de l’usufruitier. Les enfants courent donc le risque de devoir payer des droits de succession sur ce bien.

Cette présomption légale est réfragable, ainsi les enfants peuvent la renverser à l’aide de preuves contraires :

  • Les enfants disposaient des avoirs suffisants sur leur compte pour acheter la nue-propriété. Ces avoirs peuvent provenir de leurs parents suite à une donation préalable. Nous reviendrons sur cet élément ci-dessous.
  • Les enfants ont payé leur part de nue-propriété via leur compte.
  • Une évaluation correcte du démembrement usufruit/nue-propriété.

Donation préalable

En général, les enfants ne disposent pas des avoirs propres suffisants pour acheter la nue-propriété du bien. Les parents les aident souvent par le biais d’une donation. Dans le passé, il y a eu de nombreuses discussions pour savoir si la donation préalable devait ou non avoir été enregistrée. Depuis le 12 juin 2018, le Conseil d’Etat a mis fin aux discussions. Ainsi, dans les trois régions, il n’est désormais plus nécessaire que la donation préalable ait été enregistrée.

Les parents ont ainsi la possibilité de faire la donation préalable sans la faire enregistrer et payer les droits de donation. Mais… si les parents décèdent dans les 3 ans  après la donation non-enregistrée, les enfants devront payer des droits de succession sur les biens donnés.

Sur la base du projet de décret flamand, le délai “de la période suspecte” est prolongé à 4 ans pour toutes les donations passées après le 1/07/2021. Ce projet doit encore être approuvé par le parlement flamand (source: https://www.notaris.be/nieuws-pers/detail/duolegaat-levert-geen-fiscaal-voordeel-meer-op)

Nouvelle décision fédérale

Région de Bruxelles-Capitale et région wallonne

Pour les actes passés à partir du 1er août 2020, les résidents fiscaux bruxellois et wallons devront tenir compte de la nouvelle position de l’administration fiscale fédérale pour leur achat scindé.

Cette position indique que les enfants doivent être capables de prouver qu’ils disposaient des liquidités suffisantes pour financer l’achat de la totalité de la nue-propriété dès la signature du compromis si un acompte est dû à ce moment-là.

Région flamande

Les résidents fiscaux flamands ne doivent pas tenir compte cette position fiscale fédérale.

L’administration fiscale flamande (Vlabel) accepte toujours que la donation préalable par les parents se fasse avant la signature de l’acte authentique.

Point d’attention

La question des droits de succession ne survient qu’au moment du décès des parents. A ce moment, les enfants doivent renverser la présomption légale.

La charge de la preuve repose sur eux.

Il est important de bien conserver les extraits de compte ainsi que l’éventuel pacte adjoint pour que les enfants puissent démontrer qu’ils ont payé la nue-propriété avec leur propre compte !

En résumé

En région de Bruxelles-Capitale et en région wallonne, la donation préalable ne doit pas être enregistrée et elle doit intervenir avant la signature du compromis si un acompte est dû.

En région flamande, la donation préalable ne doit pas être enregistrée et elle doit intervenir avant la signature de l’acte authentique.

Vous désirez faire un nouvel achat scindé, sachez que le notaire est l’interlocuteur idéal pour éviter toute discussion ultérieure.


Quelle part d’actions faut-il détenir dans son patrimoine ?

Par Pictet AM

Le 21 septembre 2020

Le Cac 40 a perdu 36,9% entre le 19 février et le 19 mars, et beaucoup d’épargnants ont profité de cette forte baisse pour acheter des actions. Quelle que soit la situation des marchés, ils doivent rester prudents et calculer quelle somme ils peuvent consacrer à leurs investissements boursiers.

La crise économique liée au Covid-19 a provoqué une lourde chute des marchés au printemps, qui se sont dépréciés de 36,9% en un mois avant de se ressaisir : à la fin août, ils ont regagné 34% depuis leur point bas du 18 mars. Beaucoup d’investisseurs, y compris chez les particuliers, en ont profité pour reprendre des positions sur les actions. Jusqu’où peuvent-ils aller dans leurs investissements sans mettre en péril leur patrimoine ?

Il existe plusieurs règles pour définir la part d’actions idéale. 

La plus classique consiste à dire que plus l’épargnant est jeune, plus il peut se permettre de prendre des risques avec son patrimoine financier, et plus il doit détenir d’actions. Selon cette règle, au fur et à mesure qu’il avance en âge, il doit désensibiliser son portefeuille au risque des marchés, et donc céder progressivement ses actions.

Cette règle doit être nuancée. Un jeune qui souhaite utiliser son épargne pour acheter son logement, par exemple, ne doit surtout pas investir ces sommes sur les marchés. Il pourrait, en cas de krach, voir fondre son apport personnel et être obligé de différer son projet de plusieurs années. A l’inverse, des seniors déjà propriétaires de leur résidence principale, qui disposent d’une confortable retraite, et possèdent d’importantes liquidités disponibles immédiatement, n’ont aucun intérêt à réduire leur portefeuille d’actions. Dans les périodes plus prospères que celle que nous traversons, les actions leur rapportent régulièrement des dividendes, tandis que les obligations, réputées plus sures, ont vu chuter leurs taux de rendement de façon très forte au cours des dernières années. Ainsi, cette recommandation d’alléger son portefeuille en vieillissant n’est pas pertinente pour tous.

L’argent investi en actions doit être considéré comme indisponible pendant dix ans

Une autre règle, en revanche, peut guider la plupart des épargnants : l’argent investi en actions doit être considéré comme indisponible pendant dix ans ou plus. La Bourse est un investissement de long terme. Si les secousses des marchés sont, en général, absorbées par le temps, elles imposent précisément que les investisseurs aient de longues années devant eux. 

Cela suppose qu’avant d’investir en Bourse, un épargnant doit disposer de liquidités importantes pour faire face aux imprévus : la plupart des spécialistes recommandent de détenir entre trois et six mois de salaire sur des comptes immédiatement disponibles.

Le Livret A ou le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui permettent de loger respectivement 22 950 euros et 12 000 euros, sont idéaux pour placer ces sommes. Même s’ils sont mal rémunérés, il faut veiller à les maintenir à flot. 

Pour certains, les livrets ne suffisent pas, car l’épargne de précaution doit être nettement plus élevée : un an de revenus, au moins, pour ceux qui ont des rentrées d’argent aléatoires. C’est notamment le cas des indépendants et des chefs d’entreprise, qui ont souvent été touchés de plein fouet par la crise et guettent les signes de reprise avec angoisse. Ceux-là, s’ils le peuvent, doivent avoir des livrets pleins et compléter leur enveloppe de précaution avec le fonds en euros de leur contrat d’assurance vie ou un Plan d’épargne logement (PEL). 

Pour investir, il ne faut pas rechercher le meilleur point d’entrée

Un épargnant qui n’est pas propriétaire mais envisage de l’être doit conserver la majeure partie de son épargne à l’abri des secousses des marchés. Pour ceux qui ont déjà acquis leur logement, plus le remboursement du crédit est avancé, plus il sera possible d’exposer une part importante de son épargne. 

Toutes ces recommandations semblent décourageantes pour ceux qui souhaitent saisir les meilleures opportunités dans un marché où certains titres sont encore nettement sous-valorisés. Qu’ils ne renoncent pas pour autant : la façon la plus rationnelle de faire fructifier son argent en Bourse consiste, précisément, à ne jamais rechercher le point le plus bas pour entrer sur les marchés mais, au contraire, à placer de petites sommes dans le cadre d’investissements réguliers.

L’essentiel à retenir

  • Beaucoup de particuliers s’intéressent au marché des actions mais ne savent pas quelle part de leur épargne investir.
  • Raisonner par tranche d’âge n’est pas toujours la façon la plus pertinente pour trouver l’allocation idéale.
  • Il est important, avant d’investir en Bourse, de conserver une épargne de précaution, dont le montant doit être deux fois plus important pour ceux qui ont des revenus aléatoires.

 


Fin de la donation devant un notaire néerlandais ?

Par Sophie Slits et Solange Saghbini– Estate Planner, Banque Nagelmackers

Le 26 août 2020

Si l’on désire procéder à une donation de biens mobiliers comme des avoirs bancaires (liquidités ou tout autre actif financier), il existe différentes possibilités. L’acte de donation peut être un acte sous seing privé (via un ‘pacte adjoint’) ou un acte notarié.

L’acte de donation devant un notaire belge engendrera automatiquement le paiement de droits de donation. Si l’on établit un acte sous seing privé de donation, on peut l’enregistrer ou ne pas l’enregistrer et donc, payer ou non des droits de donation.
Les droits de donation varient en fonction du lien de parenté entre le donateur et le donataire et du domicile du donateur :

Voyage avantageux aux Pays-Bas ?

Les donations avec réserve d’usufruit ou les donations de parts nominatives doivent se réaliser par le biais d’un acte authentique devant notaire. Pour éviter de payer les droits de donation, certains donateurs se rendent aux Pays-Bas pour procéder à cette donation.

Si cette technique est tout à fait licite, il existe un risque fiscal en cas de décès du donateur dans les 3 ans de la donation (en Flandre, ce délai passera vraisemblablement à 4 ans pour les donations réalisées à partir du 1er janvier 2021). En effet, lorsque les donations n’ont pas été enregistrées (et n’ont donc pas donné lieu au paiement des droits de donation), le législateur prévoit ‘fictivement’ que les biens donnés sont réintégrés dans le patrimoine du donateur si ce dernier décède dans les 3 ans (ou 4 ans en Flandre à partir du 1er janvier 2021) suivant la donation. Les biens sont alors soumis aux droits de succession comme si la donation n’avait pas eu lieu.

Malgré les faibles taux des droits de donation mobilière en Belgique, de nombreux Belges se rendent ainsi aux Pays-Bas ou en Suisse pour procéder à leur donation authentique.

Enregistrement obligatoire pour les donations mobilières étrangères

Pour lutter contre cette technique, le législateur a décidé de mettre fin à cette possibilité de passer des actes notariés étrangers pour des donations mobilières réalisées par un résident belge. Ces actes devront désormais obligatoirement être enregistrés.

Néanmoins, ce texte a encore uniquement été adopté en Commission des Finances et du Budget. Dans ce texte, la date du 01/12/2020 a été avancée comme date d’entrée en vigueur. Le texte de loi doit ainsi encore être approuvé en commission plénière par le Parlement. En outre, la proposition de loi a été soumise à l’avis du Conseil d’Etat. Dès lors, tant le contenu que l’entrée en vigueur de cette loi pourraient encore être sujets à modifications. La fin de cette possibilité (dite ‘kaasroute’) n’a cependant que peu, voire pas d’impact du tout, sur la donation d’entreprises familiales. En effet, la donation d’une entreprise familiale peut bénéficier, dans les trois régions du pays, d’un tarif de 0%, moyennant respect d’une série de conditions. Malgré tout, certains décident d’opérer cette donation aux Pays-Bas, mais dans ce cas, la période dite ‘suspecte’ (pour la perception de droits de succession) sera de 3 ans (Région Bruxelles-Capitale et Région wallonne) ou de 7 ans (Région flamande).

Ce que nous savons aujourd’hui :

  • Seuls les actes authentiques sont visés.
  • Il sera toujours possible de faire un acte de donation sous seing privé (une donation bancaire pure et simple ou une donation avec une charge financière par exemple) et de procéder ou non à son enregistrement. Le risque fiscal du délai de 3 ans reste dans ce cas d’application (en Flandre, ce délai passerait, comme précisé plus haut, à 4 ans).
  • A compter du 1er décembre 2020, les donations réalisées devant un notaire étranger par un résident fiscal belge devront très probablement être enregistrées auprès de l’administration fiscale belge par les parties concernées et elles devront payer les droits de donation.

En résumé 

Suite à la fermeture de cette voie ‘néerlandaise’ dite ‘kaasroute’,  voici les différents types de donation mobilière:

  • donation authentique devant notaire belge – paiement obligatoire des droits de donation ;
  • donation authentique devant un notaire étranger – enregistrement obligatoire en Belgique et donc, paiement obligatoire des droits de donation ;
  • donation sous seing privé (souvent suivie de l’établissement d’un pacte adjoint) :

-avec paiement des droits de donation (et donc plus de droits de succession à payer ultérieurement)
-sans paiement des droits de donation – risque durant 3 ans (ou 4 ans en région flamande à partir du 01/01/2021)


Dettes publiques : comment passer le mur ?

Par Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier

Le 23 juilllet 2020

Le Passe-Muraille est une célèbre nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle un homme découvre sa capacité à traverser les murs. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous tous, investisseurs ou contribuables, nous demandons comment nous passerons le mur de dettes qui se présente devant nous.

L’envolée de l’endettement public est aujourd’hui acquise. Il représentera en fin d’année 2020 un montant inédit qui renvoie les critères de Maastricht aux oubliettes puisque la dette de la zone Euro dépassera les 100% du PIB. Croissance économique forte, retour de l’inflation, voire défaut ou restructuration, sont, pour l’instant, des moyens de « rembourser » hors d’atteinte.

C’est donc la monétisation, c’est-à-dire l’achat par les Banques Centrales des obligations émises par les Etats qui a été privilégiée. Maintenant que la Banque Centrale Européenne (BCE) détient 20% du total de la dette française ou italienne et même plus de 30% de la dette allemande, certains envisagent même l’abandon total de ces créances par l’institution monétaire. Plus probable est un scénario de « perpétualisation ». Les Etats emprunteurs rembourseraient leurs dettes à la BCE par l’émission de nouvelles dettes que ladite BCE achète à nouveau. Cela se rapprocherait de la solution japonaise.

Autre mur, moins connu celui-là mais dont l’épaisseur croît aussi inexorablement : celui de l’endettement privé. La dette des entreprises françaises non financières se hissera au-delà de 75% du PIB en fin d’année, s’approchant des 2.000 milliards d’euros. Le succès du mécanisme de Prêts Garantis par l’Etat (PGE) à près de 500.000 entreprises fait gonfler un stock de dettes initial déjà conséquent.

Si ce phénomène se constate partout en Europe, il est d’autant plus marqué dans les pays où le déficit de fonds propres du secteur privé est chronique. La Banque de France indique que les fonds propres des sociétés non financières représentent 74% du PIB1, soit peu ou prou la moyenne européenne. Aux Etats-Unis, cela monte à près de 125% du PIB, donnant à corporate america une force de frappe bien supérieure. Moins de capital rend en effet le recours à l’emprunt nécessaire pour redémarrer, réinvestir ou absorber un choc économique de l’ampleur de la crise sanitaire actuelle. 

La fin de la nouvelle de Marcel Aymé est peu réjouissante. Le Passe-Muraille, fonctionnaire au Ministère de l’Enregistrement et aspirant cambrioleur, perd son pouvoir et se retrouve figé dans un mur pour l’éternité, comme englué à perpétuité. Souhaitons que l’attrait récent des particuliers pour la Bourse2, les initiatives de Place3ou le plan de relance européen concourent à renforcer les fonds propres des entreprises et à relancer l’investissement. C’est le seul moyen de sauter les murs.

1 F. Villeroy de Galhau, intervention à l’Assemblée nationale, 22.01.2018
2 Entre fin février et début avril 2020, la France compte 150 000 nouveaux investisseurs d’après l’AMF
3 La Fédération Française de l’Assurance a bâti un programme d’investissement de 1,5 milliard d’euros

 


Investissement à impact : Un levier pour une société plus durable

Par Funds for Good

Le 29 juin 2020

L’investissement à impact social (impact investing) consiste à investir dans des sociétés rentables dont l’activité a pour but d’améliorer certains pans de la société. Ces entreprises peuvent proposer des solutions pour diminuer la pauvreté, mettre à l’emploi des personnes fragilisées, offrir une aide aux personnes handicapées. Elles peuvent aussi développer des techniques pour lutter contre le réchauffement climatique et favoriser la transition énergétique.

Cette notion a vu le jour en 2007 à l’initiative de la Fondation Rockefeller. L’impact investing permet de financer des contrats sociaux innovants portés par différents acteurs. Il s’agit essentiellement d’investissements dans des sociétés non cotées. Le rendement de ces investissements est double. D’une part, il y a un rendement financier et, d’autre part, un rendement social. Dans certains cas, un objectif de rendement social peut être défini. Si cet objectif est atteint, le rendement financier de l’investissement peut être accru.

Quelques exemples concrets

Un des premiers projets à impact date de 2010 et concerne la prison de Peterborough au Royaume-Uni. Le rendement de ce Social Impact bond était lié au nombre de prisonniers réinsérés dans la société à leur sortie de prison. Investir avec impact  permet donc de donner à son épargne une dimension sociale. Il y a différentes façons d’investir dans ce domaine. On peut le faire par l’intermédiaire de fonds spécialisés. Cependant, ceux-ci sont généralement destinés aux institutionnels ou aux détenteurs de capitaux importants car les investissements se font dans de petites structures non cotées.

Par les green bonds (obligations vertes) on peut aussi avoir un impact ciblé sur l’environnement. Il est également possible d’investir dans des fonds qui ont un impact environnemental ou social avec des thématiques plus ciblées. Même en gestion discrétionnaire, on peut investir avec impact. Dans le secteur des investissements, certaines sociétés comme Funds for Good présente une initiative plus particulière. Dans ce cas, les fondateurs rétrocèdent une partie de leurs commissions de gestion à une fondation qui finance des projets sociaux en Belgique. D’autres projets sont aussi développés en Belgique comme la plateforme de crowdfunding Lita.co (aussi très active en France), Crédal, Incofin ou la Banque Triodos. Tous ces acteurs d’attachent à financer des projets à dimension sociétale grâce à des sommes récoltées auprès d’investisseurs.

Quelle mesure ?

Mais comment mesure-t-on l’impact social d’une entreprise, d’un projet ou d’un investissement ? Il y a un grand débat sur la mesure de l’impact social. En réalité, il n’existe pas encore de méthode acceptée de façon unanime. Il y a trop de composantes différentes à prendre en compte et à intégrer : sociale, environnementale, gouvernance,… Chaque dimension nécessite une mesure qui lui est particulière. Cependant, des techniques se développent. On parle aujourd’hui de SROI pour Social Return on Investment. Il s’agit d’une méthodologie qui permet de calculer combien d’euros d’impact social sont générés pour chaque euro investi. On peut utiliser cette méthode pour prédire l’impact d’un projet ou pour évaluer des projets déjà mis en œuvre. Cette méthodologie facilite aussi la discussion entre toutes les parties prenantes d’un projet à impact. Elle intègre les coûts et les rendements sociaux, environnementaux et économiques d’un projet. Il s’agit d’un outil assez complexe qui nécessite une approche rigoureuse. On peut aussi comparer le retour social entre plusieurs projets ou organisations. Cet outil devient alors une aide à la décision d’investissement.

Et demain ?

L’investissement à impact doit devenir un levier de première ligne pour favoriser une société plus durable. Nous devons tirer les enseignements de la crise du Covid-19. Il faut impérativement orienter davantage de flux financiers vers des projets à impact social. Il existe déjà des initiatives pour les promouvoir. La France a une longueur d’avance dans ce domaine. Par le biais de l’épargne salariale, le salarié peut investir dans des fonds 90/10 qui permettent d’investir 10% dans du « non-côté ».  Dans ce cadre, certains acteurs ont alors développé des fonds solidaire dans lesquels ils utilisent les 10% pour soutenir l’économie sociale et solidaire. Il convient cependant d’être toujours attentifs à la qualité sociale et solidaire de ces fonds.

Mais, il reste encore du chemin à parcourir pour que les investisseurs particuliers puissent accéder à des produits d’investissement soutenant l’économie sociale. La Commission européenne tente de faire avancer les choses. Elle a publié en 2019 une étude sur les investissements à impact social.  Cette étude a pour but de soutenir le développement de ce marché. Cependant, il faut à la fois que l’offre et la demande pour ces produits financiers à impact se renforcent. Une impulsion politique est également attendue pour soutenir et encourager ces investissements durables sur le long terme. L’investissement à impact attend donc un soutien de la part de toutes les parties prenantes de la société. Affaire à suivre donc …

 


Assurance-vie et déclaration fiscale : quelles modalités ?

Par Nicolas MILOS, Senior Wealth Planner chez OneLife compagnie d’assurance-vie luxembourgeoise

Le 17 juin 2020

Le mois de juin rime avec l’obligation, pour le contribuable belge, de s’atteler à la préparation et l’introduction de sa déclaration fiscale. Que faire si l’on est titulaire d’un contrat d’assurance-vie à l’étranger ?, Voici quelques informations à ce sujet.

  1. Contrat d’assurance-vie détenu par une personne physique

Conformément aux dispositions du Code d’Impôt sur le Revenu, tout contribuable belge personne physique doit mentionner l’existence d’un contrat d’assurance-vie étranger qu’il aura conclu. Cette déclaration d’existence du contrat d’assurance-vie fait partie intégrante du contexte général de l’échange automatique d’informations (CRS, Common Reporting Standard).

En effet, dans le cadre de cet échange d’informations, la compagnie d’assurance-vie, a l’obligation de faire parvenir aux autorités fiscales de son pays les informations concernant les titulaires de contrats d’assurance-vie. Ce sont ensuite les autorités étrangères (par exemple, luxembourgeoises) qui ont pris l’engagement de communiquer ces informations au pays de résidence du souscripteur au contrat (i.e. la Belgique). Cet échange automatique d’informations permettra ainsi aux autorités fiscales belges de vérifier si oui ou non le contribuable a rempli son obligation déclarative.

Qui doit déclarer le contrat en cas de la cession de droits du contrat d’assurance-vie dans le cadre d’une planification patrimoniale ?

Le mécanisme de la cession de tous les droits au contrat permettra au souscripteur de « donner » à un tiers déterminé les droits matérialisant le contrôle sur les actifs sous-jacents au contrat d’assurance-vie. Face à ce mécanisme, les autorités fédérales belges, dans une position datée du 28 juin 2019, requièrent que désormais, autant le preneur original du contrat (souscripteur) que le bénéficiaire de la cession des droits (cessionnaire), mentionnent l’existence du contrat d’assurance-vie dans leur déclaration fiscale à l’impôt des personnes physiques.

Qui dit « assurance-vie », dit « simplicité »

L’enveloppe assurantielle présente sans aucun doute, en matière de déclaration fiscale, un avantage indéniable en comparaison avec une détention en direct de comptes-titres.

En effet, seule l’existence du contrat d’assurance devra être mentionnée, alors que dans le cas d’une détention directe de compte-titres (portefeuille-titres bancaire), plusieurs étapes laborieuses nécessitant souvent l’intervention d’un professionnel seront inévitables, à savoir notamment :

  • La détermination du montant de revenus à déclarer
  • La déclaration des revenus à proprement parler
  • Une éventuelle déclaration supplémentaire concernant la taxe sur les opérations de bourse.

A ces étapes s’ajouteront également, dans le cas d’intérêts ou de dividendes d’origine étrangère perçus par une personne physique résidente fiscale belge :

  • La détermination des revenus d’origine étrangère.
  • Une détermination de la Convention préventive de la double imposition applicable et son analyse.
  • La demande d’exonération des revenus étrangers déjà taxés, ou du moins l’application du pourcentage réduit en vertu de la Convention applicable.
  • Le suivi avec les administrations fiscales compétentes.

Finalement, il est sans doute pertinent de mentionner à ce stade que cette obligation déclarative de l’existence du contrat d’assurance-vie ne conduira, en rien, à l’application d’une quelconque imposition dans le chef du contribuable.

  1. Demandes de renseignements de la part du fisc belge ?

Nombreux sont les contribuables ayant reçu une demande de renseignements de la part des autorités fiscales mentionnant un défaut de déclaration. L’administration fiscale leur renseigne qu’elle pense qu’ils sont titulaires d’un compte bancaire à l’étranger, alors qu’ils sont effectivement titulaires d’un contrat d’assurance-vie qu’ils avaient correctement renseigné dans leur déclaration.

Il est important de noter que les documents standardisés relatifs à l’échange automatique d’informations ne font pas la distinction entre les comptes bancaires et les contrats d’assurance-vie (tout est compris sous la notion de « compte financier »). Ainsi la compagnie d’assurance, dans le cadre du CRS, ne peut pas faire mention de contrat d’assurance-vie spécifiquement.

Afin de résoudre ce malentendu, il conviendra de mentionner au fisc belge qu’il s’agit bien d’un contrat d’assurance-vie tel que mentionné dans la déclaration fiscale à l’IPP. L’administration fiscale ne fera pas obstacle à cette remarque, qui peut même être réalisée par email.

Un défaut de déclaration, par contre, pourra notamment conduire à une amende administrative allant d’EUR 50 à 1.250.

En résumé, ce qu’il faut retenir :

Pour le contrat d’assurance-vie (personne physique) :

  • Le titulaire, et le cas échéant le cessionnaire également, déclare uniquement « l’existence » du contrat. Aucune autre information n’est requise.
  • Les revenus issus des contrats d’assurance-vie branche 23 (sans aucune garantie de rendement) demeurent fiscalement non-imposables.

En cas de demande de la part du fisc mentionnant un « défaut de déclaration »:

  • Afin de dissiper tout malentendu, il suffira de clarifier auprès du fisc belge qu’il s’agit bien d’un contrat d’assurance-vie tel que mentionné dans la déclaration fiscale à l’IPP (et non d’un compte bancaire). Cela peut se faire par l’envoi d’un simple email.

Assurance-vie et gestion de patrimoine : Quels avantages fiscaux ?

Par OneLife (compagnie d’assurance-vie luxembourgeoise)

Le 14 mai 2020

L’assurance-vie fait souvent partie intégrante de la stratégie de planification patrimoniale des particuliers. Elle peut être utilisée pour transmettre une somme forfaitaire aux membres d’une famille en cas de décès, mais également pour assurer le versement d’un capital ou d’un revenu régulier au moment de la retraite. Elle comporte également des avantages fiscaux notables par rapport à un portefeuille d’investissement classique. Lorsque le contrat arrive à maturité, le preneur d’assurance ou les bénéficiaires reçoivent une somme forfaitaire majorée de la croissance des actifs. S’il décède avant la maturité, les bénéficiaires reçoivent le montant accumulé ou le montant garanti, selon le type de contrat.

Revenus et plus-values

Les contrats d’assurance-vie sont destinés à des investisseurs avec un horizon de placement à moyen ou long terme. Ils bénéficient de régimes fiscaux de faveur dans la plupart des pays. Contrairement à un portefeuille d’investissement classique, dans lequel la vente et l’achat d’actifs engendrent une imposition au titre des plus-values réalisées les personnes qui investissent au travers de contrats d’assurance-vie peuvent gérer leurs investissements au sein du contrat sans subir d’imposition sur les ventes ou les arbitrages des actifs sous-jacents tant qu’il n’y a pas de rachat. Ce traitement fiscal favorable permet de capitaliser, au sein de leur portefeuille, sur une base brute sans que l’impôt n’entame les rendements.

De la même manière, en l’absence de rachat, les revenus (découlant de dividendes d’actions ou d’intérêts obligataires, par exemple) sont capitalisés et ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu, ce qui signifie là encore que les investisseurs bénéficient d’un report d’impôt. D’après une étude réalisée par le gestionnaire d’investissement britannique Schroders un investisseur qui aurait placé 1.000 dollars sur l’indice MSCI World le 1er janvier 1993 disposerait d’un capital d’un montant de 3.231 dollars au 7 mars 2018, soit un taux de croissance annuel de 5,9 %. Toutefois, s’il avait réinvesti l’intégralité des dividendes, le même investissement de 1.000 dollars aurait atteint 6.416 dollars, soit un taux de croissance de 8,3 % par an.

Transmission

Sur le plan civil, le bénéfice du contrat d’assurance est versé par la compagnie d’assurance au bénéficiaire défini dans le contrat au décès du preneur du contrat d’assurance (s’il en est bien la tête assurée). L’avantage est que le bénéfice de ce contrat revient au bénéficiaire et ce, même si la succession est bloquée. Sur le plan fiscal, le bénéfice versé au bénéficiaire du contrat au décès du preneur du contrat d’assurance est soumis à des droits de succession dans la succession du preneur. 

Neutralité fiscale

Le traitement fiscal des produits du contrat, même s’il varie en fonction de la juridiction, est généralement plus avantageux que celui d’un portefeuille d’investissement classique.Les contrats d’assurance-vie luxembourgeois sont conçus pour être fiscalement neutres, c’est-à-dire adaptés au pays de résidence du preneur d’assurance. Pour les preneurs d’assurance non-résidents, le Luxembourg n’impose pas les primes ni les plus-values réalisées à la fin du contrat. Cet aspect peut être un facteur important à prendre en compte pour les expatriés considérant les différentes options de structuration de leur patrimoine. La double imposition internationale des revenus mobiliers est un exercice connu pour sa complexité. Cet aspect n’est cependant pas applicable lorsque l’un des pays concernés (par exemple, le Luxembourg) ne pratique pas d’imposition. Les contrats d’assurance-vie peuvent constituer un outil de choix pour la planification et la transmission patrimoniale. Ils peuvent être adaptés et répondre aux besoins de chacun tout en assurant la continuité des stratégies patrimoniales.


La gestion de patrimoine doit être innovante

Par Jurgen Vanhoenacker, Executive Director, Sales and Wealth Structuring Solutions, Lombard International Assurance

Le 27 avril 2020

L’innovation est, aujourd’hui, devenue un terme incontournable dans le secteur de la gestion de patrimoine. En réponse aux critiques pointant leur lenteur à s’adapter aux nouvelles technologies, qui pendant ce temps disruptaient d’autres secteurs, les professionnels du patrimoine se sont plongés dans l’innovation. Ils ont ainsi considérablement investi dans leur capacité à offrir les technologies les plus récentes et les plus en vue. Toutefois, dans leur détermination à conserver une longueur d’avance, beaucoup ont oublié la raison première d’investir dans l’innovation : mieux servir les clients dans un environnement en évolution rapide. Innover judicieusement implique une fine compréhension des facteurs d’évolution, mais aussi des défis et des opportunités qu’ils soulèvent pour les clients. Car cela influe également sur leurs attentes envers leurs conseillers.

Particuliers fortunés

Il n’y a jamais eu autant de Millennials, de femmes ou de ressortissants de pays émergents parmi les particuliers fortunés et ultra-fortunés qu’aujourd’hui. Et la tendance devrait se poursuivre. Au cours de cette année, les femmes devraient contrôler 72 000 milliards de dollars, soit environ 32 % de la richesse mondiale, contre 51 000 milliards de dollars en 2015. Les Millennials vont, quant à eux,  hériter de 30 000 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. La Chine devrait compter un million de millionnaires de plus d’ici 2023.

Ces particuliers nouvellement fortunés ont des attentes, des ambitions et des objectifs d’investissement très différents des particuliers fortunés issus des générations précédentes. Par exemple, les Millennials ultra-fortunés sont davantage susceptibles de demander des services numériques.

Et pourtant, lors d’une enquête réalisée par MyPrivateBanking, 73 % des Millennials ultra-fortunés ont déclaré ne pas être convaincus par l’application numérique de leur gestionnaire de patrimoine. Preuve que le secteur est encore loin du niveau technologique attendu par les natifs de l’ère numérique en matière de communication. 

Si les relations personnelles et la confiance continuent d’occuper une place importante pour les Millennials, ils attendent – et exigent même – une offre numérique fiable, qu’il s’agisse de consulter leur portefeuille sur une application ou de communiquer via un chat avec leur conseiller. Les professionnels du patrimoine doivent investir dans ce type d’outils technologiques afin de fournir le niveau de service attendu par ce segment de population.

Avantages de ce type d’innovation

 La clientèle issue des marchés émergents est en plein essor et exigera également une expérience numérique qui lui apportera sérénité et commodité, en mettant constamment à sa disposition des conseillers, où qu’elle se trouve dans le monde. Toutefois, l’innovation technologique à elle seule ne suffit pas à garantir une réponse aux besoins des particuliers, dont les préoccupations se concentrent autant sur le caractère durable de leurs choix d’investissement que sur la protection et la préservation de leur patrimoine.

Les Millennials et les femmes ultra-fortunés sont connus pour attacher une importance particulière au caractère durable d’un investissement, mais aussi pour leur volonté d’investir dans un but précis. Selon l’Economist Intelligence Unit, 56 % des femmes ultra-fortunées au Royaume-Uni pensent que la capacité à générer des changements à travers des investissements à impact sociétal (impact investing) devient inhérente à la définition de la richesse patrimoniale, contre 38 % pour les hommes ultra-fortunés.

Afin de s’adapter aux exigences en constante évolution de ces segments de population en plein essor, les professionnels du patrimoine devront être en mesure d’offrir la gamme complète des options et opportunités d’investissement répondant aux critères ESG (environnement, social et gouvernance) et à la notion d’impact investing. À défaut, ils risquent de se désolidariser de la prochaine génération de particuliers fortunés au profit de concurrents ou d’autres canaux d’investissement.

Mobilité croissante à l’échelle internationale.

Le fameux Knight Frank Wealth Report nous apprend qu’en 2019, 26 % des particuliers ultra-fortunés prévoyaient d’émigrer cette année et que 36 % d’entre eux détenaient déjà un deuxième passeport. Il est désormais courant pour des particuliers fortunés de détenir des intérêts commerciaux ou financiers dans un pays, de vivre dans un autre et d’envoyer leurs enfants faire leurs études dans un troisième. Gérer le patrimoine de ces individus à travers plusieurs juridictions est très compliqué pour les professionnels du patrimoine, à la fois d’un point de vue fiscal et d’un point de vue réglementaire. Et ce n’est qu’un aspect des nombreux défis auxquels sont confrontés les clients mobiles à l’échelle mondiale.

Veiller à ce que les membres de leur famille, où qu’ils se trouvent dans le monde, bénéficient du nec plus ultra en matière d’assurance et de protection est également une composante essentielle de ce que les particuliers fortunés attendent de leurs conseillers. D’ailleurs, étant donné la constante incertitude politique et financière mondiale, ces derniers auront également besoin de l’expertise nécessaire pour signaler à leurs clients dont la mobilité n’a pas de frontière quelles sont les évolutions réglementaires probables et comment elles pourraient les affecter.
 Afin de préserver une relation de confiance avec leurs clients et de leur proposer les solutions les plus efficaces, les professionnels du patrimoine doivent s’efforcer d’acquérir une expertise régionale à l’échelle mondiale. En ce sens, être innovant signifie développer les expertises régionales adéquates ainsi qu’acquérir les compétences linguistiques et culturelles requises. C’est en cela que réside l’innovation pour mieux servir les clients. Ces investissements sont indispensables à la bonne compréhension des facteurs qui incitent les particuliers fortunés à émigrer, afin de les orienter vers les solutions patrimoniales les plus appropriées.

L’innovation : un processus permanent. 

Les investisseurs continueront à changer, tout comme leurs besoins et leurs aspirations. Alors que la génération Z a déjà commencé à entreprendre et construire son patrimoine, il faudra se poser les questions suivantes : Quelles vont être les priorités en matière d’investissement ? Quels services et quelle expérience de conseil la nouvelle vague de femmes ultra-fortunées va-t-elle attendre ? Comment les opportunités et les défis soulevés par la mondialisation et l’incertitude politique vont-ils influencer les investisseurs internationaux dans les années à venir ? Ce sont des questions fondamentales auxquelles les professionnels du patrimoine doivent répondre afin de s’adapter au mieux à la mosaïque en constante évolution que forment les nouveaux particuliers fortunés.

L’innovation en matière de technologie, d’expertise et de service à la clientèle est essentielle pour que les professionnels du patrimoine restent compétitifs. Mais ceux d’entre eux qui cherchent à « innover pour innover » pourraient s’égarer bien loin des solutions les plus adaptées à leurs clients. Il faut s’attacher à mieux comprendre ces nouveaux particuliers ultra-fortunés, une génération plus diversifiée, plus jeune et plus mobile à l’échelle mondiale, et investir dans les nouveaux outils nécessaires pour les accompagner dans la définition et la construction du patrimoine qu’ils transmettront. 

 


10 facteurs qui pourraient transformer les économies et les marchés

Par Pauline Grange, Portfolio Manager chez Columbia Threadneedle

Le 20 avril 2020

La crise du Covid-19 éprouve les citoyens, les familles, les entreprises, les gouvernements et les marchés de capitaux du monde entier. Cette épreuve pourrait transformer en profondeur le comportement des consommateurs et des entreprises, mais aussi le fonctionnement des marchés financiers. Dans cette perspective, voici les dix tendances qui résulteront de la pandémie de Covid-19 et qui changeront à jamais les économies et les marchés. 

Le pic de la mondialisation

Qu’il s’agisse de consommation ou de chaînes d’approvisionnement, les pays commenceront à accorder davantage d’attention à la provenance des produits, ainsi qu’à leur dépendance excessive à l’égard de certaines économies. Cela va clairement inciter les entreprises à diversifier les chaînes d’approvisionnement. Les petites structures locales pourraient également bénéficier d’une vague de soutien dans la mesure où les consommateurs se détourneront des marques « historiques » qu’ils avaient l’habitude d’acheter. 

Accélération de la transition de l’argent liquide vers les cartes

Un plus grand nombre de personnes étant contraintes d’abandonner les magasins traditionnels au profit du commerce en ligne, et alors que les magasins « en dur » de nombreuses régions n’acceptent plus les paiements en espèces pour des raisons d’hygiène, la transition des paiements en espèces vers les paiements par carte pourrait s’accélérer.

Santé et hygiène

Les règles et réglementations vont se durcir, en particulier en Chine où les pressions en faveur d’une formalisation de l’industrie agroalimentaire du pays vont s’intensifier, compte tenu de l’origine de l’épidémie. 

Avancées de la communauté médicale

La population sera surprise par les progrès rapides, obtenus grâce à la communauté médicale et de la génétique en termes d’enrayement de la maladie et de conclusions des essais cliniques. Le génome de la maladie a été cartographié à la mi-janvier. Le mécanisme de liaison aux protéines a été identifié il y a deux semaines. Le virus a été reproduit dans un laboratoire canadien il y a une semaine. Moderna, une entreprise américaine de biotechnologie, teste un vaccin depuis quinze jours. C’est prodigieusement rapide par rapport à « l’ancien temps », où les tests auraient pris des années et non des semaines. Il est possible que les populations sous-estiment l’évolution de la science et ses conséquences. En cas d’espoir prochain d’un enrayement de la maladie plus tôt que prévu, une bonne surprise est à prévoir.

Une meilleure acceptation du travail intelligent

Les entreprises étant obligées de permettre le travail à domicile, le télétravail pourrait devenir une pratique plus acceptable. Une telle transition aura des répercussions sur les investissements dans le cloud, avec un abandon accéléré des infrastructures informatiques existantes.

Les géants technologiques, désormais considérés comme un service public, sont moins attaqués

Cette période de confinement met clairement en lumière le soutien indispensable qu’apportent les plateformes technologiques, y compris les médias sociaux. Si des plateformes en ligne telles que Google Search, YouTube et Facebook/Instagram pourraient voir leurs revenus publicitaires plonger à court terme, elles bénéficieront à plus long terme d’une croissance plus robuste de leurs utilisateurs et d’un engagement accru. Les personnes qui avaient quitté les plateformes par souci de protection de la vie privée pourraient bien revenir, tandis que les attaques des gouvernements pourraient perdre en virulence compte tenu du rôle clé que les sociétés technologiques ont joué dans cette crise en soutenant les communautés.

Croissance de la consommation en ligne

Qu’il s’agisse de produits d’alimentation, d’éducation ou de commerce de détail au sens plus large, la consommation en ligne a augmenté, avec une base élargie d’utilisateurs désormais plus à l’aise avec ce mode de consommation. Il est possible que ce qui a débuté par nécessité pour beaucoup puisse devenir la norme. Une nouvelle accélération des investissements en ligne de la part des détaillants et des services traditionnels sera également observée. 

Accélération des principales tendances technologiques

Les usines d’intelligence artificielle (IA) ont déjà connu une croissance rapide. Ces dernières utilisent des algorithmes basés sur les données pour la prise de décision automatisée plutôt que des processus à forte intensité de main-d’œuvre reposant sur la communication en face à face. Elles sont bien adaptées à un monde où les interactions humaines sont moins nombreuses, ce qui, comme indiqué plus haut, pourrait accélérer encore les investissements dans les « clouds » publics. 

L’essor des priorités « vertes »

Alors que les pays constatent les avantages d’un air et de voies d’eau plus propres (à Venise, l’eau des canaux est bien plus claire et des bancs de poissons sont maintenant visibles), pourraient-ils avoir envie de conserver ces bienfaits ? Sous l’impulsion des mesures de relance budgétaire, nous pourrions assister à un renforcement de l’agenda vert et à une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables, les infrastructures relatives aux véhicules électriques, etc.. 

Le développement du capitalisme moral 

Les entreprises connaissent-elles une « crise » existentielle, qui les conduit à se concentrer davantage sur leur finalité, à savoir leur impact sur l’environnement et leurs clients, la communauté, les employés et la chaîne d’approvisionnement ? Dans un contexte d’inégalité sociale croissante dans les marchés occidentaux, le recours par les entreprises à des opérations de rachat pour gonfler le cours des actions au détriment des investissements et des bilans fait déjà l’objet d’une attention croissante. Mais une fois la crise du Covid-19 dépassée, est-il possible que cette attention se renforce encore ? S’agissant des consommateurs, il est possible que l’ordre des valeurs auxquelles nous sommes attachés soit modifié en profondeur, puisque nous avons été privés dans les faits de notre liberté. Soudain, les possessions perdent de leur intérêt tandis que les expériences, la santé/forme physique et l’engagement social « remontent » dans les priorités des consommateurs.

 


Comment envisager ses placements : en privé ou via sa société?

Par la Banque Nagelmackers

Le 10 mars 2020

Voici trois vidéos qui expliquent les avantages et inconvénients d’investir en privé ou via une société.

Dans la première vidéo, les différences de principe entre investir en personne physique et investir via sa société sont abordées. Il y est surtout mis l’accent sur le coût fiscal de l’une ou l’autre voie choisie.

Dans les deux vidéos suivantes, la fiscalité des placements en société ainsi que le traitement fiscal des SICAV RDT, produit-phare pour les personne morales, sont expliqués.

 

 

  


L’Intelligence Artificielle est-elle une thématique d’investissement porteuse ?

Par Rolando Grandi, La Financière de l’Echiquier

Le 14 février 2020

L’économie a toujours été portée par l’innovation. Les trois premières révolutions industrielles – la machine à vapeur, le pétrole/l’électricité, les NTIC – ont permis l’industrialisation de l’économie puis son virage vers les services. Aujourd’hui, l’or noir, c’est le Big Data. C’est grâce à une constellation de technologies que l’intelligence artificielle (IA) a pu émerger, en premier lieu grâce au cloud et à ses capacités de calcul quasi-infinies. De la plus grande à la plus récente, les entreprises sont aujourd’hui en mesure d’exploiter les données pour créer de la valeur ajoutée. La propagation de l’IA s’est accélérée sous l’effet du développement des réseaux neuronaux. Ceux-ci la dotent de capacités d’auto-apprentissage. Et les applications d’IA qui prolifèrent aujourd’hui mettent en mouvement cette thématique porteuse. On y trouve les voitures autonomes les algorithmes prédictifs en passant par l’e-santé ou l’agriculture intelligente. L’ère de l’IA ne fait que commencer. Les gisements de croissance y sont prodigieux.

 L’IA et les entreprises

Les pionniers et géants de l’IA se trouvent bien sûr aux Etats-Unis et en Chine. Cependant, dans leur sillage, c’est tout un écosystème innovant qui se crée et d’autres pays s’illustrent dans les applications d’IA notamment. L’IA sera incontournable pour les entreprises du monde entier. Et, dans le contexte actuel de ralentissement de la croissance mondiale et d’inflation atone, les sociétés qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui maintiennent leur dynamique d’innovation et de leadership. La société chinoise PING AN HEALTHCARE en est un très bon exemple. Son application Good Doctor permet d’avoir accès jour et nuit à un médecin via un smartphone. Ce médecin réalise plus de 656 000 consultations quotidiennes, prouesse possible puisqu’il s’agit d’une IA ! Un médecin humain valide ensuite bien sûr le diagnostic et l’ordonnance. Ce recours à l’IA permet de fluidifier l’accès à la médecine. Depuis le début de l’épidémie du coronavirus, le titre s’est d’ailleurs fortement apprécié, reflet de l’anticipation du succès de cette application par le marché.

Quelles sont les perspectives pour l’IA sur le terrain de l’investissement ?

Les perspectives restent porteuses sous l’effet de la prolifération de l’IA au sein de l’économie mondiale. L’IA est une technologie universelle. Elle n’a pas de frontières, comme en témoigne par exemple l’accélération du développement d’applications d’IA dans les pays émergents, en Asie Pacifique et en Amérique Latine notamment. La transformation digitale de l’économie, dont l’IA reste la clé de voûte, continue de soutenir la croissance des entreprises.

L’apport de l’IA à l’économie planétaire est estimé par PwC à 15 700 milliards de dollars d’ici 2030. Nous sommes à l’aube d’une profonde révolution !


L’eau : quelles opportunités d’investissement ?

par Cédric Lecamp, Senior Investment Manager, Pictet Asset Management.

Le 15 janvier 2020

L’eau est une ressource naturelle essentielle dont la demande augmente rapidement.

L’eau est une ressource essentielle à la vie – nul ne peut s’en passer. Or, bien que renouvelable, l’eau n’est pas une ressource inépuisable. Les grands défis mondiaux comme l’urbanisation, l’évolution démographique et le changement climatique viennent en outre accroître les pressions pesant sur les ressources en eau existantes. La nécessité de sécuriser l’offre d’eau actuelle et d’accroître sa capacité par le biais de technologies et de services innovants constituera par conséquent un thème majeur – soutenu par des milliards de dollars d’investissements – ces prochaines années. Les sociétés capables de proposer des solutions répondant à la problématique mondiale de l’eau devraient donc constituer des opportunités intéressantes pour les investisseurs au cours des décennies à venir.

La stratégie thématique de l’eau investit dans tous les segments du secteur, avec un intérêt particulier sur l’offre d’eau, les technologies liées à l’eau et les services environnementaux. Compte tenu du rôle croissant des entreprises privées dans la gestion du cycle de l’eau, les opportunités d’investissement à long terme sont appelées à se multiplier.

  1. Les infrastructures liées à l’eau

En matière d’offre d’eau, le secteur privé se compose d’entreprises desservant la population via l’offre et le stockage d’eau potable. D’ici à 2050, jusqu’à 4 milliards d’êtres humains pourraient vivre dans des régions soumises à un fort stress hydrique, contre 1,2 milliard aujourd’hui1. La croissance économique accentue la pénurie d’eau, en dopant la richesse individuelle et en entraînant une consommation accrue de produits tels que les protéines animales, dont la production exige davantage d’eau. Ainsi, produire un kilogramme de bœuf requiert 15 000 litres d’eau, soit six fois plus que le volume nécessaire pour produire une quantité équivalente de riz2.

Confrontés à des budgets serrés et à des infrastructures vieillissantes, les Etats sont de moins en moins aptes à assurer l’offre d’eau, malgré les risques encourus. Les sociétés privées seront par conséquent appelées à jouer un rôle toujours plus important dans le cycle humain de l’eau, particulièrement Amérique du Nord et en Europe centrale et orientale, où elles devraient accroître leur part de marché de plus de 10% entre 2013 et 20253. Sachant que d’autres régions, comme l’Amérique du Sud et l’Asie, nécessiteront jusqu’à 14.000 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2030 pour assurer leur offre d’eau, d’innombrables opportunités de profits se présenteront aux sociétés proposant des solutions innovantes, notamment en matière de recyclage et de désalinisation de l’eau4.

  1. Les technologies liées à l’eau
  • Les fournisseurs de solutions de traitement des eaux

Le secteur des technologies de l’eau se compose d’entreprises développant des outils et des systèmes permettant une efficience accrue en matière d’utilisation d’eau. Par exemple, jusqu’à 75% de l’eau de source disponible sur la planète est impropre à la consommation car contaminée ou polluée5. Si les Etats peuvent mettre en œuvre des mesures visant à protéger les sources d’eau contre les polluants, ce sont des sociétés privées actives dans le développement de systèmes de filtrage innovants, tels que la filtration par membrane ou le filtrage par ultraviolets, qui offrent les réponses à ces problèmes.

  • La prévention de fuites

Dans les pays émergents, plus de 45 millions de mètres cubes d’eau6 sont perdus chaque jour à cause des fuites. A l’échelle mondiale, le coût de restauration des infrastructures publiques existantes entre 2005 et 2030 devrait excéder les 20.000 milliards de dollars4. Les sociétés proposant des solutions novatrices en matière de technologies de l’eau, telles qu’une prochaine génération de détecteurs et des équipements de contrôle capables d’accroître notre efficience en termes d’utilisation d’eau et de prévenir le gaspillage dû à des fuites, représentent de très belles opportunités d’investissement.

  • L’irrigation

Sachant que 70% de l’eau douce disponible sur la planète est utilisée à des fins de production agricole7, les Etats s’efforcent de limiter les gaspillages dans ce secteur, notamment en sanctionnant l’arrosage des cultures en journée lors des périodes de sécheresse par des amendes (comme c’est le cas en Californie). Cette focalisation sur le gaspillage crée des opportunités pour les sociétés travaillant à l’optimisation des technologies hydriques à usage agricole, telles que les systèmes d’irrigation goutte à goutte, permettant une humidification par intermittence des racines des plantes uniquement, avec à la clé des niveaux d’humidité supérieurs pour une utilisation d’eau réduite.

  1. La gestion des déchets

Alors qu’en Chine, près de 60% des eaux souterraines et un tiers des eaux de surface ont été répertoriées comme « impropres au contact humain »8, la nécessité de répondre aux problèmes découlant d’une mauvaise gestion des déchets fait l’objet d’une prise de conscience croissante, notamment dans les pays émergents.

Le gouvernement chinois a démontré sa détermination à assainir la situation par le biais de son programme 2015 « Water Ten Plan », imposant aux industries polluantes des objectifs très rigoureux en matière de protection écologique et environnementale9. Le traitement des eaux usées industrielles en Chine atteignant un taux de pénétration d’environ 90%, l’attention est désormais appelée à se tourner vers l’augmentation des déchets domestiques10. Les sociétés actives dans le secteur des services environnementaux et proposant des solutions de collecte devraient donc en bénéficier.

[1] OCDE
[2] Réseau Empreinte de l’eau (Water Footprint Network)
[3] Envisager
[4] OCDE Morgan Stanley Pictet Asset Management
[5] UNESCO
[6] Banque mondiale
[7] Programme des Nations Unies pour l’environnement Pictet Asset Management
[8] Ministère chinois de la terre et des ressources
[9] Initiative China Water Risk Conseil d’Etat chinois
[10] Nomura