Chroniques d’experts

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Chine : Stop ou encore ?

Par Jan Viebig, CIO Private Wealth Management et Laurent Denize, CIO Asset Management ODDO BHF AM

 

Le 26 juillet 2021

 

Après un excellent début d’année, portées par les anticipations de normalisation de la croissance mondiale, les actions chinoises (Shanghai Shenzhen CSI 300) sous-performent depuis mars. Essayons d’en comprendre les raisons et d’estimer s’il est maintenant opportun de se repositionner à l’achat.

 

Quelles sont les origines de cette sous-performance relative ?

 

  1. Le resserrement des conditions de crédit constitue de facto un frein à la croissance

Certes, la Chine a bénéficié à plein du fort rebond de l’économie mondiale et a même surpassé fin 2020 la tendance de croissance qui prévalait avant la crise (6.5% vs 6%). Néanmoins, afin de limiter la surchauffe, les responsables politiques ont donné la priorité à la maîtrise des risques financiers et de l’aléa moral. Le soutien de l’État aux émetteurs a donc été réduit et les banques ont reçu l’ordre de limiter les prêts. Ces efforts ont permis de ramener la croissance du crédit au rythme pré-covid mais ont mécaniquement agi comme un frein sur l’activité économique.

 

  1. L’appréciation de la devise

La surperformance de la monnaie chinoise (RMB ou Reminbi) est remarquable étant donné qu’elle se produit dans le contexte du ralentissement économique évoqué ci-dessus.

La force du RMB peut être attribuée à trois facteurs principaux. Premièrement, bien que la croissance du crédit décélère en Chine, les données ne suggèrent pas que l’économie s’effondre. Les indices PMI sont en territoire d’expansion. De plus, la reprise mondiale stimule la demande de produits chinois, et l’important excédent de la balance courante de la Chine est un facteur de renforcement pour le RMB. Troisièmement, bien que les écarts de rendement des obligations réelles sino-américaines se réduisent pour les échéances à court terme, les taux réels chinois restent relativement élevés, en particulier pour les échéances à long terme. Cette dynamique attire les flux de capitaux étrangers sur les marchés obligataires chinois. Ces forces étant susceptibles de se maintenir à l’avenir, les autorités chinoises reprennent la main et ajustent la parité RMB/USD en achetant des Treasuries américaines en USD. L’appréciation du RMB devrait donc être contenue dans les prochains mois et limiter l’impact négatif sur les exportations.

 

  1. Un biais « croissance » et technologique heurté par la guerre technologique US-Chine

Le durcissement de la réglementation dans le secteur de l’Internet a un impact considérable compte tenu de l’ampleur de la pondération de ce dernier dans les indices offshore (plus de 40 % du MSCI Chine). Depuis octobre dernier, le durcissement réglementaire a pris plusieurs dimensions. A titre d’exemple, on peut citer la mise en place systématique d’un audit des entreprises de FinTech (exigences plus strictes en matière de capital) ainsi qu’un débat sur la question de la concurrence qui se concrétise par des enquêtes et des amendes pour les entreprises ayant une position dominante (2,8 milliards de dollars américains pour Alibaba par exemple).

 

En conséquence, les indices HS Tech et CSI Internet ont reculé de 27 % et 34 %, respectivement, depuis leurs sommets de la mi-février, sous-performant non seulement les marchés chinois au sens large, mais aussi le secteur de la technologie américaine. Dans le même temps, les estimations à 2 ans des BPA sont restées stables à +30% en moyenne permettant une amélioration de la valorisation du secteur, avec un P/E à terme en baisse de 10 points pour atteindre 32x, en y+1 et 25x en y+2 soit des niveaux raisonnables pour des valeurs de croissance dans le secteur technologique.

 

 

Certains signes récents montrent une volonté de détente. La représentante des États-Unis pour le commerce, Katherine Tai, a indiqué qu’elle comptait rencontrer son homologue chinois « à court terme ». La nomination prochaine du chef du Bureau de l’industrie et de la sécurité au Département du commerce, l’agence en charge de l’application de la loi sur le commerce extérieur, est aussi un signe de la volonté de la Chine de s’engager dans la voie du dialogue.

 

Conclusion : faut-il acheter ou rester à l’écart ?

 

Sans aucun doute, le renforcement de la réglementation de l’Internet, la politique de désendettement et le ralentissement du crédit ont pesé sur les performances récentes des actions chinoises. Même si le ralentissement du crédit n’a peut-être pas encore atteint son terme, la nature différente du cycle de désendettement actuel n’a eu qu’un impact matériel limité sur les actions. Quant au risque réglementaire, il est devenu plus équilibré et mieux compris.

 

Après la correction du 1er trimestre, le ratio rendement-risque penche donc en faveur d’un repositionnement sur les 6 prochains mois notamment sur les secteurs de croissance, dont l’Internet. Le changement récent d’orientation de la FED aplatit par ailleurs la courbe des taux et, en ce sens, favorise les actions de croissance. A 15 fois les résultats (12 mois forward) pour le SS CSI 300, on est loin des 21 fois atteintes en mars dernier. C’est une opportunité de repositionnement que l’on peut saisir.

 

Néanmoins cette phase d’appréciation ne se fera pas en ligne droite

 

La phase du « miracle » de la croissance chinoise est terminée. La croissance potentielle du PIB ralentit structurellement (démographie et impact de la politique de l’enfant unique) et il sera plus difficile pour Pékin de maintenir la stabilité financière et sociopolitique.

 

La Chine n’est pas en mesure de modifier radicalement le cours de la politique nationale avant le vingtième congrès national du parti communiste en 2022. L’administration Xi s’attache à normaliser la politique monétaire et fiscale et à éviter toute perturbation sociopolitique avant cet événement critique au cours duquel le secrétaire général Xi Jinping pourrait se voir confier le poste de « président suprême » qu’occupait autrefois Mao Zedong. Cela signifie qu’il est peu probable que Pékin procède à un changement de cap majeur avant le remaniement de 2022. Et même alors, une nouvelle orientation est peu probable. Ainsi, le parti communiste redoute les conséquences d’un ralentissement de la croissance potentielle sur l’emploi. Le maintien du « pacte social » devra nécessairement passer par des mesures de soutien domestique et notamment de favoritisme national.

 

Il en résulte que les tensions avec les États-Unis et les voisins asiatiques de la Chine vont persister. La montée de l’incertitude politique est une tendance séculaire qui reprendra tôt ou tard, au détriment d’un environnement d’investissement stable et prévisible.

 

De la valeur relative donc mais au prix d’une volatilité élevée.

 


Comment mettre des thématiques dans les investissements ?

Par Backstage Communication

Le 7 juin 2021

 

L’investissement thématique est en vogue chez tous les gestionnaires de fonds, qui rivalisent de nouvelles idées pour attirer l’épargne des particuliers.  Les fonds de placement constituent la solution la plus efficace pour diversifier rapidement un patrimoine financier. Avec quelques centaines d’euros, il est ainsi possible d’être investi sur plusieurs centaines d’actions et/ou d’obligations, et d’être beaucoup moins impacté par la faillite d’une société dans le portefeuille. Depuis une dizaine d’années, les avoirs investis dans les fonds de placement n’ont pas cessé d’augmenter. Ils dépassent désormais 215 milliards d’euros selon les derniers chiffres publiés par la BEAMA (l’association belge des gestionnaires d’actifs).

 

Fonds sectoriels

 

Si nous avons récemment vu que les fonds durables constituent une tendance majeure dans l’offre des gestionnaires de fonds, l’autre tendance lourde de ces dernières années est l’investissement sur des thématiques fortes. L’origine des fonds thématique se trouve dans les fonds sectoriels, des produits lancés il y a une trentaine d’années. Ces fonds  investissent sur un secteur d’activité, comme la pharmacie, les télécoms ou les banques, par exemple.

 

Les différentes crises financières ont toutefois montré la fragilité de ces stratégies lorsqu’un événement remet en cause les fondamentaux d’un secteur. L’effondrement du secteur internet en 2000 a pesé pendant longtemps sur les fonds technologique, de même que le secteur bancaire suite à la grande crise financière de 2008. Cette crise a également pesé sur les fonds sectoriels fortement dépendants de subventions publiques (comme la production d’énergie renouvelable) après que les budgets publics aient été mis sous pression à partir de 2009.

 

Mégatendances

 

Dès lors, depuis une dizaine d’années, les sociétés de gestion ont progressivement développé une offre thématique basée sur l’identification de « Mégatendances », soit des mouvements de fond qui vont impacter durablement nos sociétés, comme par exemple le vieillissement de la population, la privatisation du système éducatif, la hausse de la consommation dans les pays émergents, la digitalisation croissante de nos sociétés ou encore la robotisation.

 

Autre avantage, ces fonds thématiques vont permettre de se détacher totalement de la notion de secteur d’activité pour adopter une vision beaucoup plus large. Par exemple, un fonds exposé sur le vieillissement de la population va pouvoir s’exposer sur le secteur de la santé (hausse des dépenses avec l’âge), mais également sur le tourisme, le luxe, les maisons de retraite, le secteur financier, etc. Bref, le fonds peut être piloté de manière à ne pas trop souffrir si un secteur est pénalisé (par exemple, le tourisme durant la crise du Covid-19).

 

De nombreux fonds sectoriels ont également été pilotés vers ces nouvelles thématiques. Ainsi, pratiquement tous les fonds qui étaient investis sur l’agriculture sont devenus des produits thématiques spécialisés sur les nouvelles formes d’alimentation. Ils vont alors investir sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.

 

Afflux

 

Pour pouvoir entrer dans la composition d’un tel produit, une société devra généralement avoir un score de pureté suffisant par rapport à la thématique du fonds. Par exemple, un fonds exposé sur l’électrification des véhicules ne pourra investir sur un producteur de voitures traditionnelles (par exemple Peugeot ou BMW) que lorsque les ventes de voitures électriques atteignent un certain seuil dans le chiffre d’affaires.

 

L’idée de ces produits est que positionner son patrimoine sur une ou plusieurs de ces tendances permet d’investir dans des sociétés dont les perspectives de croissance sont nettement plus fortes que le reste du marché. Et de fait, les performances boursières d’une grande partie de ces fonds ont été tout simplement remarquables depuis leur lancement, de sorte qu’une grande partie des nouveaux fonds lancés ces derniers mois ont une ou plusieurs grandes thématiques associées à leur stratégie d’investissement.

 

Quelques exemples

 

En conséquence, une grande partie des flux qui entrent chez les gestionnaires de fonds se dirigent aujourd’hui vers ces stratégies thématiques. Voici quelques exemples. Chez La Financière de l’Echiquier, ces produits ont ainsi récolté plus de 50% des flux entrants durant l’année 2020, et notamment vers le fonds Echiquier World Next Leaders. Le gestionnaire parisien propose également une stratégie particulièrement performante sur les intelligences artificielles.

 

Forte croissance également chez DNCA Finance, avec une collecte de 700 millions d’euros en 2020 et un poids qui est passé de 3,75% à 6,43% des encours du gestionnaire français notamment sur les stratégies liées à la technologie ou aux infrastructures. Et le refrain est identique chez Rothschild & Co, ou les fonds R-co Thematic Silver Plus (thématique liée au troisième âge) et R-co Thematic Real Estate (thématique liée au marché immobilier) représentent désormais 3% des actifs du gestionnaire.

 

Chez ODDO BHF AM, les deux fonds thématiques (sur l’intelligence artificielle et sur la transition énergétique) font également partie des produits qui enregistrent les plus fortes croissances au niveau des encours tant chez les particuliers que chez les institutionnels. Le gestionnaire a également le projet de lancer d’autres stratégies thématiques d’ici la fin 2021.

Pictet Asset Management est le pionnier de la gestion thématique, avec une gamme de 15 produits dont les plus anciens ont été lancés de 1995. En 2020, les flux nets ont atteint 8,5 milliards d’euros, pour un encours qui atteint désormais près de 60 milliards d’euros, soit plus d’un quart des actifs sous gestion de l’ensemble du groupe suisse.


La neutralité carbone : une tendance d’investissement sur plusieurs décennies

Par Andrea Carzana, gérant actions européennes, Columbia Threadneedle Investments

Le 5 mai 2021

 

Les enjeux ESG sont un thème d’investissement qui existe depuis longtemps et qui est désormais largement reconnu et compris. Néanmoins, parmi les fonds ISR qui enregistrent une collecte en forte hausse, il y a une famille de stratégies moins connues qui est plus récente et encore loin de la maturité : les fonds durables. Une bonne partie de ces fonds investissent spécifiquement dans des entreprises qui facilitent la transition vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, notamment dans les secteurs de la production d’électricité et du transport.

 

Un bon nombre de ces entreprises ont un lien avec des thématiques durables étroitement liées aux Objectifs de développement durable des Nations unies. Ces entreprises, fortes d’un avantage concurrentiel durable, sont susceptibles d’enregistrer une croissance plus forte et une meilleure rentabilité que les entreprises sans lien avec ces thématiques.

 

La transition vers la neutralité carbone au cœur des préoccupations en 2020

 

Les investisseurs confondent souvent les fonds ESG et les fonds durables et en concluent qu’ils ont peut-être raté le train de l’investissement durable. Ils ont tort. La gestion ESG connaît un essor depuis plusieurs années, mais ce n’est qu’en 2020 que les investisseurs ont commencé à se pencher véritablement sur les opportunités d’une transition vers la neutralité carbone.

 

L’engouement grandissant pour les fonds durables en 2020 tient notamment à la succession d’annonce par les gouvernements du monde entier de politiques et de plans de relance censés permettre aux économies d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, ou 2060 pour la Chine. Des pays comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud, ainsi que les Etats membres de l’Union européenne et le Royaume-Uni se sont engagés à atteindre la neutralité carbone. Au 1er novembre 2020, les sommes promises pour financer la relance verte et accompagner les secteurs à forte intensité carbone dépassaient les 1.000 milliards de dollars et l’UE envisage une rallonge de 644 milliards de dollars.

 

Avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, les Etats-Unis devraient lancer leur propre plan de relance verte de grande envergure. La décision du nouveau président américain de faire revenir son pays dans l’Accord de Paris sur le climat témoigne de la nouvelle orientation prise par les Etats-Unis.2

 

Les engagements ambitieux pris en 2020 sont essentiels, mais l’année 2021 s’annonce comme la plus décisive jusqu’ici pour la transition vers la neutralité carbone.

 

L’amorce d’une tendance d’investissement qui s’inscrit sur plusieurs décennies

 

En 2021, les financements pour la transition vers la neutralité carbone commenceront à être débloqués. On devine déjà que les sommes annoncées jusqu’ici par les gouvernements pour transformer la façon dont le monde produit son énergie – une activité qui représente les trois quarts des émissions mondiales – sont loin d’être suffisantes. Par exemple, pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, la part des voitures électriques dans le total des ventes doit passer de 3% à plus de 50% d’ici la fin de cette décennie, la production d’« hydrogène vert » devra passer de 450.000 tonnes à 40 millions de tonnes par an et les investissements dans l’électricité propre devront passer de 380 à 1.600 milliards de dollars par an.3

 

Les implications pour les investisseurs sont claires. Il faudra canaliser des sommes sans précédent vers la transition énergétique mondiale dans les décennies à venir. Compte tenu du montant faramineux des investissements requis, cette tendance d’investissement s’inscrira nécessairement sur plusieurs décennies et constitue une opportunité d’une ampleur inédite. Une bonne partie des technologies nécessaires à la transition ne sont pas encore commercialisées. Les entreprises qui développent ces technologies auront besoin du soutien constant de l’Etat au travers des plans de relance dans les années à venir.

 

Par conséquent, l’investissement durable en est encore à ses débuts. Il est tout à fait compréhensible que les investisseurs ne mesurent pas encore pleinement l’ampleur et la durée de cette opportunité.

 

Accélérer la transition

 

Toutefois, dans les mois à venir, deux événements majeurs devraient accélérer la transition vers la neutralité carbone et donner une impulsion davantage coordonnée au niveau international pour atteindre cet objectif à l’horizon 2050. Premièrement, au mois de mai, l’Agence internationale de l’énergie publiera sa première feuille de route censée permettre au secteur de l’énergie au niveau mondial d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour les entreprises du monde entier, ce document devra servir de cadre de référence pour évaluer leurs efforts de transition. Cela est primordial car les objectifs des différentes entreprises en matière de neutralité carbone sont très variables du point de vue de leur qualité et de leur ambition. Certaines entreprises visent la neutralité carbone dès 2030 tandis que d’autres s’y sont engagées, mais pas avant 2060. La coordination au niveau mondial permettra aux investisseurs de comparer plus facilement les entreprises avec leurs concurrentes et de déterminer l’orientation des flux d’investissement.

 

Le deuxième événement majeur de l’année 2021 est la 26ème  Conférence sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra en novembre à Glasgow, au Royaume-Uni. A cette occasion, les gouvernements s’efforceront de coordonner leurs programmes en matière de lutte contre le changement climatique. Cette conférence est également de nature à accentuer la pression sur les gouvernements pour qu’ils tiennent les engagements déjà pris et en prennent de nouveaux plus ambitieux pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2050.

 

L’impulsion donnée à la transition vers la neutralité carbone aura un impact sur l’ensemble des entreprises et des investisseurs dans les prochaines décennies. Pour certaines entreprises comme les majors pétrolières, qui possèdent d’énormes actifs appelés à devenir obsolètes, le défi s’annonce considérable. D’autres entreprises investissent depuis des années dans les technologies plus vertes et, de ce fait, sont bien positionnées dans l’optique de la transition énergétique.

 

En définitive, les capitaux publics et privés afflueront vers ces entreprises qui mènent des actions concertées pour atteindre la neutralité carbone. Elles deviendront plus durables, plus résistantes et donc plus précieuses à long terme. Par conséquent, elles jouiront de coûts de financement inférieurs à ceux de leurs concurrentes moins vertueuses. La transition de l’économie mondiale vers la neutralité carbone ne fait que commencer : elle dictera les priorités d’investissement dans les décennies à venir.

Source :
1 Calastone, janvier 2021.
FT.com, What the US rejoining the Paris accord means for climate policy, 22 janvier 2021.
3 Columbia Threadneedle Investments, janvier 2021.

 


Qu’entend-on par «philanthropie»?

Par Christoph Courth, Head of Philanthropy Services chez Pictet Wealth Management

Le 21 avril 2021

Il existe de multiples définitions de la philanthropie. Il suffit d’ailleurs de chercher le terme sur Internet pour s’en rendre compte. La notion de charité remonte certainement aux débuts de l’humanité, mais la philanthropie au sens où nous l’entendons aujourd’hui n’est apparue qu’au début de XXème siècle avec l’essor des fortunes privées, dans le sillage de la deuxième révolution industrielle. Au XXIème siècle, la philanthropie connaît un nouveau souffle, et si les élans de prodigalité de célébrités et autres milliardaires de la technologie sont souvent médiatisés, force est de souligner que la générosité ne se limite pas à ces personnalités.

On observe aujourd’hui une augmentation des fortunes privées à l’échelle mondiale, et notamment parmi les entrepreneurs, qui sont statistiquement plus enclins à «donner en retour». Une partie de cette richesse accumulée provient aussi de particuliers ayant personnellement vu et/ou connu la pauvreté et les inégalités dans les pays en développement. Mais, la montée en puissance des «millennials», génération dotée d’une forte conscience sociale, et la volonté toujours plus prononcée des entreprises – familiales en particulier – à agir sur le long terme, alimentent également cet accroissement des ressources.

Dans un monde qui, grâce à la technologie, paraît soudain beaucoup moins vaste, il est difficile d’ignorer les innombrables défis auxquels l’humanité est confrontée. Et nos téléphones portables, toujours à portée de main, nous permettent d’agir de façon très réactive.

L’engagement des philanthropes modernes prend aujourd’hui des formes très variées, qu’il s’agisse de donner de son temps, de mobiliser son entreprise ou d’accompagner un capital philanthropique par des investissements visant à générer des changements à long terme pour l’humanité et la planète sur laquelle nous vivons.

Quelle voie choisir?

En matière de philanthropie, les voies d’action sont aussi multiples que variées. C’est ce qui rend le domaine passionnant, mais aussi complexe et difficile à appréhender. Quelles sont les bonnes et les mauvaises approches et quelle est la solution la plus adaptée à chaque situation?

Plusieurs possibilités s’offrent aux particuliers et aux familles qui souhaitent mobiliser leur fortune en faveur du bien social et environnemental.

 

  • Les dons de bienfaisance ne requièrent généralement qu’un investissement en temps et en ressources limité. Ils reposent souvent sur une approche distanciée, consistant en donations financières à des organisations caritatives existantes et dont le travail est reconnu.
  • La philanthropie recouvre le don d’actions ou de biens immobiliers, en nature ou en espèces. Elle nécessite un investissement en temps et en énergie plus important et exige une approche plus active. La philanthropie implique une connaissance plus approfondie de la destination des fonds donnés. Elle requiert un compte-rendu plus conséquent de la part des bénéficiaires. L’objectif final, ainsi qu’un plan d’action pour y parvenir, sont généralement définis à l’avance.
  • La philanthropie catalytique suppose un objectif final et un plan d’action plus structurés, ainsi qu’une stratégie de sortie à tous les niveaux de l’opération. La philanthropie catalytique s’appuie généralement sur des données objectives et statistiques pour déterminer le choix des destinataires et des modes d’action et évaluer leur impact. Elle implique la mobilisation de toutes les ressources disponibles pour comprendre les causes profondes des problèmes auxquels elle entend remédier et vise la transformation de systèmes entiers.
  • La finance sociale correspond généralement à des prêts et/ou investissements dans des entreprises sociales ou des organisations à but non lucratif. Elle recouvre les initiatives caritatives axées sur le résultat, les investissements en lien avec des programmes spécifiques, le capital-risque philanthropique, la microfinance, les obligations à impact social et de développement, les mécanismes de finance mixte et les prêts aux entreprises sociales.

Quelles sont les motivations des philanthropes?

Comprendre et s’interroger en toute honnêteté sur les raisons (souvent nombreuses) qui motivent une démarche philanthropique constitue une première étape cruciale. Pourquoi?

Dans une étude publiée en 1994, Russ Alan Prince et Karen Maru File ont identifié sept profils de philanthropes sur la base de leurs intérêts et des organisations à but non lucratif soutenues.

Chaque profil a été établi en fonction des comportements et convictions ayant justifié un soutien à un organisme à but non lucratif ou une action en son nom parmi l’échantillon de donateurs considéré. L’étude met en évidence les attentes des uns et des autres en termes de communication, d’engagement, de participation au processus décisionnel et de reconnaissance.

Bien sûr, personne ne s’inscrit dans une seule catégorie. Il s’agit surtout de déterminer les traits les plus et les moins dominants pour chaque profil.

  1. Le philanthrope communautaire
  • souhaite soutenir une communauté, un réseau ou un groupe auquel il appartient;
  • estime que la charité commence à la maison;
  • cible ce qui lui donne le plus grand sentiment d’attachement, de transparence et

d’engagement actif.

  1. Le croyant
  • agit sur la base d’une foi, d’une philosophie ou de croyances spécifiques;
  • ne se limite pas à une contribution financière, mais donne aussi de son temps et de sa
  • personne;
  • s’aligne généralement sur l’action d’autres personnes dont il partage le mode de pensée.
  1. Le mondain
  • est largement motivé par le plaisir tiré de son action;
  • voit dans la philanthropie un échange de bons procédés;
  • tend à soutenir les arts et les hautes études.
  1. L’altruiste
  • agit par empathie et cherche à aider sans contrepartie;
  • se laisse généralement guider par ses sentiments et ses émotions;
  • tend à agir de façon distanciée, parfois anonyme, et n’attend pas de reconnaissance.
  1. Le philanthrope «redevable»
  • cherche à «donner en retour» en soutenant un domaine dont il a directement bénéficié;
  • estime qu’il est du devoir des plus riches de donner et attend de ses semblables qu’ils
  • agissent en conséquence;
  • donne de façon très directe et ne cherche généralement pas à changer le monde.
  1. L’héritier
  • considère la philanthropie comme une tradition familiale, qui fait partie de son héritage;
  • agit souvent dans un cercle proche et dans le cadre d’une fondation familiale;
  • concentre généralement son action sur quelques domaines spécifiques.
  1. L’investisseur
  • perçoit la philanthropie comme une opportunité intéressante;
  • adopte une approche méthodique et aborde le domaine comme n’importe quel autre
  • investissement;
  • voit dans la philanthropie la possibilité d’un engagement gagnant-gagnant.

 


Planification patrimoniale : les besoins des particuliers et des familles fortunés évoluent

Par Stuart Parkinson, Group CEO, Lombard International Group

Le 16 avril 2021

 

Les attentes et les besoins spécifiques des particuliers et des familles fortunés en matière de protection, de préservation et de transmission du patrimoine sont de plus en plus sophistiqués. Ils exigent de leurs gestionnaires et fournisseurs une expertise pointue associée à des prestations sur mesure, des services digitalisés mêlés à des interactions humaines, ainsi qu’une large couverture géographique. Le tout dans un contexte géopolitique changeant et en perpétuelle évolution.

Crise du Covid-19

Ces 12 derniers mois, la pandémie a suscité bien des inquiétudes et généré une volatilité sans précédent sur les marchés. La volatilité journalière du MSCI ACWI Index, l’indice d’actions mondiales phare de MSCI, a atteint en effet 28 % en 2020, soit près de trois fois le niveau enregistré en 2019[1]. Cela a fait naître un désir de plus d’implication chez les personnes fortunées qui ressentent le besoin de s’engager davantage dans la gestion de leur patrimoine. Cela passe par la prise de décisions d’investissement notamment. Pour nombre de chefs de famille, hommes et femmes, le COVID-19 a été un véritable catalyseur de cette prise de conscience, la crise les incitant à réévaluer leurs plans de planification patrimoniale et successorale à long terme.

 

Solutions adaptées

 

La dynamique économique en constante évolution s’est traduite par un plus grand besoin de protection des actifs, de mobilité internationale et de diversification des portefeuilles grâce aux actifs alternatifs. Les solutions de planification patrimoniale sur mesure, adaptées aux besoins spécifiques des particuliers fortunés, sont en train de devenir la norme. Les investisseurs demandent à leurs conseillers de concevoir des solutions agiles et innovantes, qui facilitent la création de portefeuilles d’investissement flexibles et aussi diversifiés que possible. Aussi, il est crucial que ces solutions soient adaptables aux évolutions réglementaires sur le long terme, avec notamment une transparence maximale en termes de frais et d’administration des actifs.

Critères ESG

La conjoncture actuelle a aussi fait passer les considérations ESG au premier plan. La pandémie a tiré la sonnette d’alarme du changement climatique, suscitant un regain d’intérêt pour le développement durable chez de nombreux investisseurs. La crise sanitaire a eu comme deuxième effet de focaliser l’attention des investisseurs sur la façon dont les entreprises traitent leurs actionnaires, l’ensemble de leurs parties prenantes et leurs employés, ainsi que sur la conformité de leurs actes à leurs valeurs et leurs principes.

Examen de la finalité

Ces priorités nouvelles conduisent les particuliers fortunés à réexaminer la cible de leurs investissements, à se questionner sur les personnes chargées de la gestion de leurs actifs, à reconsidérer la « finalité » de leur patrimoine et à conformer leurs actifs à leurs objectifs non financiers.

Le World Wealth Report 2020 de Capgemini[2] révèle que 27 % des particuliers fortunés s’intéressent aux produits d’investissement durables, cette proportion allant même jusqu’à 40 % chez les particuliers ultrafortunés (plus de 30 millions de dollars US d’actifs financiers). Cette tendance est appelée à se poursuivre, alimentée par le nombre croissant de femmes et de « Millennials » fortunés et ultrafortunés. Ces deux groupes sont davantage enclins à se constituer un portefeuille d’investissement conforme à leurs considérations ESG et à leurs intérêts individuels. D’après une étude de Morgan Stanley, 84 % des femmes manifestent un intérêt pour l’investissement durable, contre 67 % des hommes[3].

Planification successorale

Le COVID-19 a non seulement eu des répercussions économiques et rendu plus aiguës les considérations ESG, elle nous a aussi renvoyés à notre propre finitude. La planification successorale est devenue une préoccupation majeure dans ce contexte économique incertain, caractérisé par une volatilité persistante et dans lequel certaines classes d’actifs sont boudées par les investisseurs. Les conseillers en gestion de patrimoine font état d’une hausse de la demande de la part de leurs clients fortunés qui souhaitent réexaminer les moyens les plus efficaces pour protéger et transmettre leur patrimoine, et pour assurer une véritable continuité et la mise en place de mesures appropriées.

En outre, les dynamiques et les structures de la famille moderne se complexifient de manière significative. Divorces, familles recomposées, membres dispersés aux quatre coins du monde… tout cela contribue à accroître la complexité financière, et rappelle l’importance d’un nouvel examen de la planification patrimoniale et successorale.

Digitalisation des services

La plupart des activités commerciales et des échanges avec les clients devant être menés de manière virtuelle pendant le confinement mondial, le secteur est en train d’opérer un virage digital rapide. Cette évolution a aussi révélé l’efficacité et les bénéfices de la digitalisation, un facteur d’excellence opérationnelle dans notre secteur. Compte tenu du nombre significatif de particuliers fortunés mobiles à l’échelle internationale, la connectivité digitalisée de leur patrimoine n’est plus une option. Surtout, cette portabilité doit parfaitement s’articuler avec l’expertise humaine et la gestion des relations afin d’offrir des solutions hautement personnalisées.

Au niveau le plus fondamental, l’excellence du service reste un facteur clé pour la rétention des clients. Fournisseurs et gestionnaires doivent être en mesure d’offrir une qualité de service perceptible, qui réponde aux attentes des clients en matière d’aide administrative, de reporting individualisé, détaillé et accessible et d’engagement.

Protection et stabilité

Par-dessus tout, il est capital de se rappeler que, malgré les mutations du monde, le patrimoine privé reste un sujet éminemment personnel et affectif. Souvent, les clients fortunés ont accumulé leur patrimoine au fil des générations et/ou à force de travail et au prix de nombreux efforts. Ces actifs hérités s’accompagnent d’un sentiment de responsabilité, il s’agit donc de les protéger. Le caractère volatil et imprévisible de l’économie mondiale a ravivé le désir de stabilité, créant des besoins aussi multiples que sophistiqués. Loin de l’infléchir, la pandémie a eu pour seul effet de renforcer la demande de solutions de planification patrimoniale sur mesure. La prévoyance est mère de sûreté. Les conseillers doivent impérativement saisir cette opportunité de se mettre au diapason des attentes et des besoins changeants de leur clientèle s’ils entendent continuer de nouer avec elle des relations durables et pérennes.

 

[1] https://www.alliancebernstein.com/library/When-Markets-Are-Recovering-Dont-Ignore-Volatility.htm

[2] https://worldwealthreport.com/

[3] https://www.morganstanley.com/pub/content/dam/msdotcom/ideas/sustainable-signals/pdf/Sustainable_Signals_Whitepaper.pdf


Intégrer la robotique en portefeuille : Un pari prometteur sur l’avenir

Par Backstage Communication

Le 18 mars 2021

Savez-vous qu’en Chine, le service en salle dans certains restaurants est complètement assuré par des robots ? Au Japon, pays où la population est vieillissante, ce sont parfois des robots qui se chargent efficacement de l’aide à la personne. L’automatisation des tâches dans l’économie n’est pas neuve. Elle remonte à la révolution industrielle avec les premières machines intégrées dans des chaînes de production.

Aujourd’hui, on parle de robotique. Les robots remplacent ou assistent les personnes qui sont actives dans différents domaines. Ils sortent aussi de l’industrie et pénètrent dans différents secteurs de l’économie. « Cette technologie est universelle. Elle est née dans l’industrie et, aujourd’hui encore, les trois quarts de la demande pour ces machines proviennent de l’industrie, du secteur automobile ou de l’électronique. Mais les robots s’exportent aussi dans d’autres secteurs. On pense ici à la santé avec les robots chirurgicaux, par exemple », explique Rolando Grandi, CFA, Gérant de fonds à La Financière de l’Echiquier.

Solutions et avantages

Désormais, grâce à l’innovation technologique rapide, les robots deviennent plus petits, plus efficaces, plus intelligents, moins chers et donc utilisables partout. « Dans un monde où la croissance est faible, les matières premières rares et la population vieillissante, les robots offrent des solutions importantes. Ils peuvent augmenter la productivité et ils contribuent à une utilisation plus précise des matières premières. Ils rapprochent la production des consommateurs. Ils augmentent la flexibilité de la production. Les robots rendent aussi la personnalisation moins coûteuse et ils raccourcissent les délais de livraison », estime Anjali Bastianpillai, Senior Client Portfolio Manager chez Pictet Asset Management.

Bel avenir

La robotique est donc un secteur d’avenir. En effet, elle répond à deux besoins essentiels : produire plus rapidement et à moindres coûts. Elle permet aussi de remplacer des tâches répétitives en-dehors de l’industrie, comme dans la comptabilité, par exemple. Les robots collaboratifs, qui aident les humains dans leurs tâches en les rendant plus précises et plus sécurisées, ouvrent la voie pour un développement futur. « Nous sommes véritablement dans un cercle vertueux. On se rend compte à quel point les robots peuvent améliorer un grand nombre de tâches. Leur développement va donc en s’accélérant », constate Rolando Grandi.

On trouvera désormais des machines qui nous aideront dans tous les domaines : les industries, les soins de santé, la consommation discrétionnaire ou encore les services de communication. Il y aura des applications robotiques dans tous les secteurs de l’économie : médecine, industrie automobile, technologique, consommation et services, … « Porté par sa capacité à accroître la productivité, à réduire les coûts et à répondre aux enjeux liés au vieillissement de la population, le secteur de la robotique est appelé à croître sensiblement plus vite que l’économie au sens large », prévoit Anjali Bastianpillai.

Valorisations et concentrations

Mais les actions de cette industrie de la robotique ne sont-elles pas trop chères ? On peut estimer que certaines valeurs se traitent à des valorisations élevées. « Mais ces sociétés s’en sont très bien sorties en 2020. Aujourd’hui, on assiste à une reprise de l’économie qui devrait bénéficier aux entreprises actives dans le domaine de la robotique. Mais, il faut bien sûr être sélectifs dans le choix des valeurs en portefeuille », prévient Rolando Grandi.

Ne court-on pas également le risque d’être trop concentrés sur les Etats-Unis ? En réalité, cette activité est très bien répartie au niveau international. Environ 40% des leaders dans ce domaine sont asiatiques. La Chine, le Japon et Taiwan sont très avancés dans ce domaine. Viennent ensuite les Etats-Unis avec 40% de part de marché. Puis l’Europe prend la suite du peloton avec des leaders en Allemagne et en Suisse.

Risques

Si un investissement dans ce segment de marché offre des avantages importants, il ne faudrait pas en négliger les risques. « Les risques liés au secteur de la robotique sont fonction des fluctuations de marché de chacun des segments dans lesquels on utilise des robots. Pour un thème comme la robotique, où les technologies évoluent tellement vite, il est important d’avoir un style d’investissement actif pouvant saisir les opportunités à mesure qu’elles se présentent tout en tenant compte des valorisations du marché », note Anjali Bastianpillai.

Dans ce pan de l’économie, il convient d’être particulièrement agiles. En effet, l’innovation évolue rapidement et il faut bien sélectionner ceux qui sont et resteront les leaders. La robotique est aussi un secteur cyclique qui dépend de la santé de l’économie en général. Il faut aussi tenir compte du facteur d’adoption. « Il faut que ces technologies soient adoptées dans les secteurs. Dans le domaine médical, par exemple, on peut parfois se heurter à un certain temps d’adaptation », ajoute Rolando Grandi.

La robotique est donc un bon thème dans lequel on peut investir en tenant compte des risques. L’investisseur doit cependant envisager ce thème dans le cadre d’une diversification du portefeuille. Il doit aussi concevoir cette thématique d’investissement sur le long terme.

 


Marchés émergents : la dynamique est en marche

Par Dara White, Responsable Actions Marchés Emergents chez Columbia Threadneedle Investments

Le 1er février 2021

Malgré son impact considérable sur la santé et le bien-être, la pandémie de Covid-19 n’a pas ébranlé outre mesure les puissantes tendances structurelles qui alimentent la croissance des marchés émergents. Ces tendances devraient prendre un nouvel élan au cours de l’année à venir. Les marchés émergents devraient demeurer le moteur incontesté de la croissance économique mondiale.

Contexte favorable

À l’aube de 2021, le contexte macroéconomique est extrêmement favorable. Plusieurs grandes économies, notamment la Chine et la Corée du Sud, ont été parmi les premières à être touchées par la pandémie. Mais grâce à la solidité de leur stratégie de lutte contre la propagation du virus, elles se sont fortement redressées et sont bien placées pour poursuivre leur rebond. Plus généralement, les marchés émergents bénéficient de la vague mondiale de réductions des taux d’intérêt et d’injections de liquidités. En outre, ils ont davantage de latitude que les marchés développés pour appliquer des mesures de relance supplémentaires, du fait de taux d’intérêt réels plus élevés.

Face à un environnement macroéconomique favorable et la promesse d’une large disponibilité des vaccins contre le Covid-19 en 2021, la principale tendance à long terme à l’œuvre sur les marchés émergents, à savoir leur transition d’une croissance axée sur les exportations au profit d’un développement fondé sur une demande intérieure florissante, s’affirmera plus fortement que jamais.

Expansion de la classe moyenne

Le glissement du centre de gravité des classes moyennes à travers le monde en est la parfaite illustration. En octobre, la Brookings Institution, basée à Washington, soulignait que la Chine connaissait l’expansion de la classe moyenne la plus rapide que le monde ait jamais connue.1 Elle ajoute que cette expansion se produisait « à une période où la classe moyenne mondiale se développe déjà à un rythme sans précédent, en partie grâce à certains de ses voisins comme l’Inde ». L’étude établie par Brookings prédit que la classe moyenne chinoise comptera quelque 1,2 milliard d’individus d’ici 2027, soit un quart du total mondial. En comparaison, dans les années 1950, plus de 90% de la classe moyenne dans le monde vivaient en Europe et en Amérique du Nord.

Consommation discrétionnaire

Cette évolution permanente alimentera une forte demande intérieure de biens et de services, à laquelle répondront en grande partie des entreprises nationales à croissance rapide. Dès lors, des thèmes tels que l’innovation numérique, le e-commerce et le taux de pénétration des paiements numériques, l’approfondissement financier et le développement lié à l’environnement (qui ont tous été renforcés par la pandémie) offriront d’importantes sources d’opportunités d’investissement au cours de l’année à venir et au-delà.

 

Il existe des opportunités importantes dans les secteurs de la consommation discrétionnaire, des technologies de l’information et des services de communication, où il y a un potentiel de croissance internationale très intéressant, dès lors que les entreprises développent des produits et des services afin de s’adapter aux goûts en constante évolution des consommateurs.

Secteur de la santé

Autre secteur ayant connu une accélération majeure durant la pandémie : les soins de santé. Les dépenses de santé en Chine ne représentent qu’environ 5% du PIB, contre 17% aux États-Unis,2 ce qui donne une indication claire de l’orientation que pourrait prendre la tendance dans ce secteur. En Chine, les gens vivent plus vieux, sont plus riches et tombent plus souvent malades. Les réformes exceptionnelles ont été un catalyseur clé pour l’industrie. L’adhésion au Conseil international pour l’harmonisation des exigences techniques relatives aux produits pharmaceutiques à usage humain (ICH)3 aide à intégrer le processus clinique de la Chine et l’adhésion aux normes mondiales. Ainsi, les délais d’approbation et de remboursement des médicaments ont depuis lors considérablement diminué.4 Le marché s’est ouvert. Il existe désormais une demande et la capacité d’y répondre. Le secteur de la santé pourrait doubler de volume au cours des prochaines années.

Autres opportunités

Ailleurs, il existe des poches de croissance dans la finance, grâce à l’innovation numérique. Par exemple, au Brésil, les taux d’intérêt historiquement bas5 stimulent l’investissement dans les actions et créent des opportunités. Alors que la déréglementation financière, les réformes structurelles et l’adoption des technologies se poursuivent, des domaines tels que le courtage et les paiements numériques offrent davantage de perspectives de croissance élevée. Bien que la pandémie ait quelque peu freiné le programme de réforme des marchés émergents, la tendance à long terme demeure intacte. En effet, d’importantes réformes progressent dans des pays comme le Brésil, l’Indonésie, l’Inde et la Chine.

Investisseurs sous-exposés

De nombreux investisseurs restent sous-exposés aux marchés émergents. Cependant, les arguments en faveur d’une participation dans cette classe d’actifs sont de plus en plus convaincants. Un nombre croissant d’entreprises répondent ainsi au style d’investissement « croissance de qualité ».

Les avantages de cette classe d’actifs en termes de croissance et de diversification paraissent convaincants.

1 https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2020/10/FP_20201012_china_middle_class_kharas_dooley.pdf, Octobre 2020.

2 https://data.worldbank.org/indicator/SH.XPD.CHEX.GD.ZS, Décembre 2020.

3 https://www.biopharminternational.com/view/china-joins-ich-global-harmonization-efforts, Août 2017.

4 FT.com, Global drugmakers strike deal to slash prices in China, 28 novembre 2019.

5 https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-10-28/brazil-holds-key-rate-at-2-as-growth-woes-outweigh-fiscal-fears, Octobre 2020.


Pourquoi et comment investir dans un mode de vie plus sain ?

Par Pauline Grange, Portfolio Manager chez Columbia Threadneedle

Le 5 janvier 2021

Il n’est guère surprenant que de nombreuses personnes cherchent à rester en bonne santé compte tenu des rapports qui établissent un lien entre la gravité d’une contamination au Covid-19 et l’obésité. Ces rapports nous poussent non seulement à prendre en main notre santé, mais ils sont également susceptibles d’inciter les gouvernements à adopter des stratégies plus proactives pour combattre l’obésité et réduire l’incidence des facteurs de risque des maladies non transmissibles (MNT) telles que le diabète. Ces MNT sont non seulement associées aux cas les plus sévères de Covid-19, mais elles représentent également une charge croissante pour les systèmes de santé publics.

Obésité et maladies

Plus de 70% des Américains sont en surpoids ou obèses[i] et la prévalence de l’obésité morbide a augmenté au cours des deux dernières décennies. La situation est très similaire au Royaume-Uni, où 67% des hommes et 60% des femmes sont considérés en surpoids.[ii]

Ces taux élevés d’obésité constituent un problème de santé publique majeur et sont également à l’origine de maladies chroniques liées à l’alimentation, telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains types de cancer. A l’heure actuelle, six Américains sur dix sont touchés par une maladie chronique, et quatre sur dix sont touchés par deux maladies chroniques ou plus.[iii] Divers facteurs contribuent à la prévalence de ces maladies chroniques, mais les plus importants sont les mauvaises habitudes alimentaires et le manque d’activité physique.

Il est désormais largement reconnu que les taux d’obésité plus élevés du Royaume-Uni expliquent en partie pourquoi le pays affiche le taux de mortalité des malades du Covid-19 le plus élevé d’Europe. Alors que les pouvoirs publics prennent conscience du fait que les facteurs culturels et le mode de vie font plus que compenser les gains résultant des dépenses de santé supplémentaires par habitant, nous pouvons nous attendre à une réorientation des politiques en faveur de ces domaines, en particulier pendant la crise actuelle.

Alimentation saine

L’alimentation constitue pour les gouvernements l’un des leviers les plus évidents pour influencer la santé publique et l’incidence de l’obésité. Au fil du temps, les aliments et les boissons peu sains seront probablement soumis à des restrictions de plus en plus sévères en matière de publicité, à des taxes sur le sucre et à des exigences accrues en termes d’avertissements devant figurer sur les étiquetages. Il est plus probable que de telles mesures se concrétisent dans les pays où l’incidence du diabète est plus élevée, où les résultats des malades du Covid-19 sont moins bons et où les systèmes de santé publique sont plus étendus.

Le Royaume-Uni constitue un bon exemple à cet égard. En juillet, Boris Johnson s’est montré plus proactif sur la question de l’obésité après avoir lui-même contracté le Covid-19. Les nouvelles mesures proposées[i] comprennent : l’interdiction de la publicité télévisée et en ligne pour les aliments riches en graisses, en sucre et en sel avant 21 heures ; la fin de certaines offres (par exemple « 1+1 gratuit ») sur les aliments non sains riches en sel, en sucre et en graisses ; l’indication du nombre de calories sur les menus pour aider les gens à faire des choix plus sains lorsqu’ils mangent au restaurant ; et l’obligation de mentionner les « calories liquides » cachées pour les boissons alcoolisées. Enfin, une campagne est lancée pour aider les gens à perdre du poids, à faire davantage d’exercice physique et à mieux s’alimenter.

Investir dans un mode de vie plus sain

La lutte contre la crise mondiale de l’obésité passera par la promotion d’un mode de vie plus actif. L’Organisation mondiale de la santé affirme que le manque d’activité physique est l’un des principaux facteurs de risque de mortalité dans le monde. Les campagnes gouvernementales visant à aider les gens à perdre du poids et à faire plus d’exercice physique devraient jouer un rôle important dans l’inversion de ces tendances. Les enseignes de vêtements de sport telles qu’Adidas participent également à la promotion de ce mode de vie plus sain par le biais de leurs campagnes de marketing et de soutien communautaire, tout en bénéficiant financièrement de son adoption par les consommateurs.

La stratégie Global Sustainable Outcomes évite activement les entreprises dont les produits et services contribuent à la crise de l’obésité et de la santé, comme les producteurs de boissons alcoolisées et les chaînes de restauration rapide, tout en donnant la priorité aux entreprises de consommation dont les produits contribuent à une alimentation et à un mode de vie plus sains. Si les politiques gouvernementales portent leurs fruits, les entreprises proposant des produits plus sains en profiteront, tandis que les autres devront faire face à des coûts et des défis accrus à l’avenir.


Un dollar américain structurellement plus faible

Par Robin Maynadie, Trader chez Ebury

Le 22 décembre 2020

La crise du Covid-19 a soutenu le recul du billet vert face à l’ensemble des grandes devises mondiales, une baisse qui pourrait s’avérer structurelle face à la montée en puissance de l’économie chinoise. Depuis le mois de mai dernier, le dollar américain a entamé un reflux sur les marchés financiers, sur base d’une combinaison de facteurs qui remettent en cause la suprématie du billet vert sur les échanges internationaux. Le coronavirus n’est probablement pas la seule explication même si le nombre d’infections est aujourd’hui en train de ralentir en Europe alors que l’épidémie continue de faire rage aux Etats-Unis. Dans ce pays, plus de 300.000 morts sont désormais à déplorer avec des records d’infections qui continuent d’être battus jour après jour.

Sous pression

Ce qui a surtout brisé l’attrait du dollar sur le marché des changes, ce sont les baisses de taux décidées par la Réserve Fédérale (la banque centrale américaine) pour soutenir son économie. Avec la perspective d’un taux durablement bas pour les obligations d’état à 10 ans, les investisseurs ont perdu un instrument très bien noté qui leur permettait d’avoir un rendement supérieur au rendement sur les obligations européennes.

Le dollar a ainsi perdu une grande partie de son attrait depuis le deuxième trimestre, en particulier si l’on regarde les rendements qu’il est aujourd’hui possible d’obtenir en investissant sur les obligations chinoises (autour de 4 à 4,5%). Il est probable qu’une partie des flux qui allaient autrefois vers les Etats-Unis se dirigeront désormais vers ces nouveaux marchés obligataires.

De plus, la Chine et la Russie n’utilisent plus le dollar pour réaliser leurs échanges commerciaux. Cela constitue un autre facteur qui pèse sur le billet vert. A moins d’un élément externe majeur qui entraînerait un affaiblissement de l’euro face au dollar, il semble que la tendance baissière de l’euro face au dollar soit, aujourd’hui, arrivée à son terme.

Soutien à long terme

A terme, on s’attend à ce que le dollar continue de se déprécier vers 1,24 dollar pour un euro, même si la devise américaine pourrait encore venir ponctuellement se heurter sur le niveau de 1,2 dollar / euro. Le dollar devrait alors fluctuer entre 1,2 et 1,25 dollar jusqu’à la fin de l’année prochaine. Le billet vert ne devrait cependant pas plonger vers des niveaux de 1,35-1,4 dollar pour un euro.

La forte baisse du dollar n’est toutefois pas une bonne chose pour les entreprises européennes tournées vers les exportations. La BCE n’a sans doute pas envie d’avoir un dollar qui passe sous la barre de 1,25 dollar pour un euro. Cela compliquerait encore la reprise économique dans la zone euro. Dans le même temps, la Réserve Fédérale américaine ne cache plus son intention de laisser courir l’inflation durant les prochaines années au-delà de 2%. Il existe alors plusieurs éléments qui vont empêcher une appréciation trop forte de l’euro face au dollar.

Un autre élément sont les marchés boursiers avec des cours qui battent régulièrement leurs sommets historiques, ce qui a généralement tendance à favoriser le niveau de l’euro face au dollar. La valorisation des sociétés cotées est très élevée, et l’éclatement de cette bulle pourrait également favoriser le dollar face aux autres devises.


Finance, climat et pragmatisme

Par Coline Pavot, Responsable ISR à la Financière de l’Echiquier

Le 16 décembre 2020

Alors que 2020 se classe parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées, la thématique du climat a été, ces derniers mois, de toutes les annonces. Des élections américaines aux plans de relance européens, en passant par les engagements de neutralité carbone des principales entreprises pétrolières, toutes ces annonces ont un objectif commun. Elles ont pour but de mobiliser la société dans son ensemble pour nous permettre de vivre, à l’horizon 2050, dans un monde dont l’augmentation de la température reste inférieure à 2°C. Face à ce défi de taille, la finance a un rôle majeur à jouer pour diriger, de façon pragmatique, les capitaux vers les entreprises qui façonnent le monde de demain.

Financer les apporteurs de solutions

Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, on pense naturellement au financement des entreprises qui apportent des solutions aux problématiques environnementales. Ces solutions peuvent générer un impact environnemental direct. C’est le cas, par exemple de Neoen, producteur français d’énergies renouvelables.  Elles peuvent avoir un impact indirect comme, par exemple, Dassault Systemes dont les logiciels permettent de concevoir des véhicules et des bâtiments plus efficients. C’est cet axe de financement que privilégient les récents plans de relance post-Covid. Ils attribuent des capitaux aux secteurs de la rénovation énergétique, des énergies vertes ou encore de la mobilité durable.

Financer les pionniers de tous les secteurs

Mais comment se positionner face à des entreprises plus traditionnelles comme les sociétés hôtelières, textiles ou encore les banques ? Dans tous ces secteurs, il existe des entreprises ambitieuses et pionnières. Elles ont pris des engagements climatiques forts, afin d’aligner leur modèle économique avec un monde visant une augmentation de la température limitée à 1,5°C. Souvent identifiables par leur engagement auprès des Science Based Targets[1], elles font figure d’exemples dans leurs secteurs au sein desquels elles ont le pouvoir de faire bouger les lignes. Pour mener à bien ce double projet, elles ont besoin d’être soutenues et accompagnées par des investisseurs engagés à leurs côtés dans la durée.

Financer les oubliés de la transition

Dans la course climatique, certaines entreprises sont souvent mises à l’écart par les investisseurs, comme par exemple celles du secteur des énergies fossiles. Faut-il les exclure et les laisser aux mains d’investisseurs peut-être moins regardant ? Ou faut-il investir et s’engager à leurs côtés pour accélérer leur transition ? C’est le dilemme de tout investisseur responsable. La seconde option commence à prouver son efficacité. Total a ainsi revu à la hausse ses engagements climatiques à la suite des travaux du Climate Action 100+[2]. Il s’agit d’une initiative d’engagement collaborative dont le but est d’inciter les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre à réduire leurs émissions. Total agit aussi sous l’influence du dépôt d’une résolution environnementale de certains de ses actionnaires lors de la dernière assemblée générale du groupe. Si l’objectif est d’accompagner la transition de l’économie dans son ensemble, pouvons-nous nous passer de ces acteurs ? Non, mais à condition qu’ils prennent des engagements sérieux et sincères !

[1] Initiative mondiale regroupant des acteurs publics (ONU) et privés (WWF, CDP…) dont le but est de piloter une « action climatique ambitieuse » dont les objectifs sont fondés sur la science.

[2] Première coalition d’investisseurs mondiaux à l’origine d’engagements collaboratifs avec les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre du monde afin de les inciter à réduire leurs émissions.


Crise du Covid-19 : fausse rupture ou vraie continuité ?

Par Enguerrand Artaz, gérant chez La Financière de l’Echiquier

Le 24 novembre 2020

« Il y aura un avant et un après », « demain ne ressemblera pas à hier »… Les poncifs relayés pour tenter de dessiner les contours du « monde d’après » ne manquent pas. C’est comme si la crise avait créé une rupture profonde dans la marche du monde, bouleversant les dynamiques qui prévalaient jusque-là. Mais, rien n’est moins vrai.

Ventes en ligne

Prenez la révolution digitale par exemple. Incontestablement, le secteur technologique est un des grands bénéficiaires de la crise. De plus, la consommation en ligne n’a jamais été aussi florissante. Ainsi, alors que les ventes au détail ont déçu en octobre aux Etats-Unis en ne progressant que de 0,3% (0,6% attendu), les ventes en ligne ont bondi de 3,1%. Sur un an, elles progressent de 29%, tandis que le total des ventes au détail n’augmente que de 5,7%. Il ne s’agit là que de l’accélération d’une tendance longue. Depuis début 2000, les ventes au détail[1] ont été multipliées par un peu plus de deux. Les ventes en ligne ont, pour leur part, été multipliées par plus de six. Ainsi, alors qu’elles représentaient à peine 8% du total [2]au début des années 2 000, elles représentent aujourd’hui 23%.

En comparaison, les ventes dans les grandes et moyennes surfaces de ville et épiceries représentaient plus de 18% en 2000 et 16% aujourd’hui. Les deux courbes n’ont pas attendu la crise Covid pour se croiser. Cela a eu lieu au dernier trimestre 2018 !

Déficits budgétaires

Autre exemple avec l’explosion des déficits budgétaires en Europe. Face à l’ampleur de la crise, la règle des 3%, chère aux Allemands, a volé en éclats. Après la prééminence de la logique d’austérité au début de la décennie 2010, cette règle fut fortement critiquée. On imaginait son existence en sursis. On se rappelle, par exemple, qu’en amont de leur arrivée au pouvoir en 2018, les leaders des partis italiens M5S et la Ligue l’avaient fustigée et voulaient l’enfreindre à l’été 2019 alors qu’ils préparaient le projet de budget 2020. La crise n’a fait qu’accélérer une tendance incontestablement présente.

Equilibres mondiaux

Même logique sur le front des grands équilibres mondiaux. Pourtant foyer de l’épidémie, l’Asie, la Chine en particulier, ressort comme le « grand vainqueur » de la crise. La gestion exemplaire de la pandémie par de nombreux pays asiatiques a réduit le nombre de morts et leur a permis de moins souffrir économiquement que les zones du globe ayant dû mettre en place des mesures plus drastiques. Avec en point d’orgue à cette réussite, l’accord commercial signé récemment entre quinze pays d’Asie-Pacifique, pour former le plus grand bloc de libre-échange mondial. Mené par la Chine, il regroupe les 10 pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cette nouvelle zone de libre-échange représentera 30% de l’économie mondiale. Elle concernera 2,2 milliards de consommateurs. Et davantage si l’Inde, qui s’est retirée du projet l’an dernier, la rejoint plus tard, comme elle en a la possibilité. C’est le point d’orgue mais surtout l’aboutissement d’un travail de longue haleine amorcé dès 2012. Couplé aux investissements chinois massifs réalisés dans les pays d’Asie du Sud-Est (Vietnam et Laos notamment) ces dernières années ou à la volonté d’ancrer les devises asiatiques sur le yuan depuis la crise de 2008, cet accord démontre que le basculement du centre de gravité du monde vers l’Asie n’a rien d’un projet nouveau.

Régionalisation

Tout comme les avancées sur la mutualisation de la dette en Europe, un tel accord accentue par ailleurs le phénomène de « régionalisation » du monde. Celui-ci paraît peu à peu se substituer au multilatéralisme des dernières décennies. Ainsi, plus que de constituer une rupture, la crise Covid semble avoir été l’accélérateur fulgurant de tendances sous-jacentes. Tendances qui, à n’en pas douter, continueront à se renforcer… et que les investisseurs ont sans doute tout intérêt à refléter dans leurs portefeuilles !

Ces informations ne sont pas constitutives d’un conseil en investissement. L’investissement sur les marchés présente un risque de perte en capital.

[1] hors automobile et alimentation

[2] id.


2020 : Quelle année cette année-là !

Par Frédéric Rollin, senior investment advisor chez Pictet Asset Management

Le 11 novembre 2020

L’année 2020 continue de jouer avec nos nerfs et pourtant il faut déjà penser à 2021 ! Il est effectivement crucial d’inscrire les investissements sur un horizon long.

Sur longue période, les actions devraient une fois de plus se retrouver gagnantes. Les obligations européennes n’offrent quasiment plus de rendement. Les actions, quant à elles, distribuent de généreux dividendes et leur cours de bourse bénéficiera du retour de la croissance mondiale l’année prochaine. Confinement, déconfinement, re-confinement…les bourses continueront de donner des sueurs froides, mais le jeu en vaut la chandelle.

Pays émergents

2021 devrait voir l’arrivée d’un vaccin. Aujourd’hui, 11 vaccins sont en tests à grande échelle et les annonces de Pfizer sont très encourageantes.  Les actions asiatiques devraient tirer leur épingle du jeu.  Alors que l’Europe et l’Amérique patinent, la Chine signe une reprise économique en V et ses avancées technologiques impressionnent. Les situations sanitaire et économique sont certes préoccupantes en Inde, mais, à long terme, ce pays recèle un immense potentiel. Jeunesse, éducation technique dynamique et production par habitant très faible, le pays concentre les avantages. Le Japon, délaissé des investisseurs internationaux, devrait revenir en grâce. La pandémie y est bien contrôlée et le pays bénéficiera du dynamisme de ses voisins.

La bonne tenue de l’Asie portera le secteur des matières premières. Les pays d’Amérique Latine en bénéficieront. Le premier client du Brésil est la Chine. Ceci sera favorable aux obligations émergentes, largement composées d’émetteurs de la région. Par ailleurs, la politique ultra-accommodante de la Réserve fédérale facilite les financements en dollar, si importants pour les pays en voie de développement.

Et l’or ?

L’or reste aussi un investissement de choix pour le long terme. Les économies développées ne se relèveront que très progressivement, les taux resteront bas en 2021. Et, cerise sur le gâteau, lorsque l’inflation reviendra, il y a fort à parier que les banques centrales attendront avant de resserrer leur politique. Taux au plancher, hausse de l’inflation :  le métal jaune appréciera.


Achat scindé d’un bien immobilier en Belgique : comment cela fonctionne-t-il et quelles sont les nouveautés ?

Par Sophie Slits, Estate planner à la Banque Nagelmackers

Le 9 octobre 2020

L’achat scindé d’un immeuble est encore, aujourd’hui, un instrument très souvent utilisé dans le cadre d’une planification successorale. L’administration fiscale a depuis quelques années cette technique dans son collimateur. Cet achat scindé est-il encore possible aujourd’hui ? Comment faire ?

Le principe

Nous partons de l’exemple classique où les parents veulent acheter une seconde résidence en y associant directement les enfants. Par un achat scindé, les parents achètent l’usufruit du bien et les enfants achètent la nue-propriété.

Cela permet aux parents de conserver la jouissance du bien durant leur vie ou d’en percevoir les éventuels revenus locatifs. Les parents ont ainsi un certain contrôle sur leur seconde résidence. Au moment du décès du (dernier) usufruitier, l’usufruit s’éteint et les enfants deviennent pleins propriétaires.

Fiscalement

En principe, l’extinction de l’usufruit ne devrait pas engendrer le paiement de droits de succession mais le législateur est intervenu et a établi une présomption fiscale de legs. Il est ainsi prévu qu’au décès de l’usufruitier, l’administration fiscale considère que le bien immeuble est présent en pleine propriété dans la succession de l’usufruitier. Les enfants courent donc le risque de devoir payer des droits de succession sur ce bien.

Cette présomption légale est réfragable, ainsi les enfants peuvent la renverser à l’aide de preuves contraires :

  • Les enfants disposaient des avoirs suffisants sur leur compte pour acheter la nue-propriété. Ces avoirs peuvent provenir de leurs parents suite à une donation préalable. Nous reviendrons sur cet élément ci-dessous.
  • Les enfants ont payé leur part de nue-propriété via leur compte.
  • Une évaluation correcte du démembrement usufruit/nue-propriété.

Donation préalable

En général, les enfants ne disposent pas des avoirs propres suffisants pour acheter la nue-propriété du bien. Les parents les aident souvent par le biais d’une donation. Dans le passé, il y a eu de nombreuses discussions pour savoir si la donation préalable devait ou non avoir été enregistrée. Depuis le 12 juin 2018, le Conseil d’Etat a mis fin aux discussions. Ainsi, dans les trois régions, il n’est désormais plus nécessaire que la donation préalable ait été enregistrée.

Les parents ont ainsi la possibilité de faire la donation préalable sans la faire enregistrer et payer les droits de donation. Mais… si les parents décèdent dans les 3 ans  après la donation non-enregistrée, les enfants devront payer des droits de succession sur les biens donnés.

Sur la base du projet de décret flamand, le délai “de la période suspecte” est prolongé à 4 ans pour toutes les donations passées après le 1/07/2021. Ce projet doit encore être approuvé par le parlement flamand (source: https://www.notaris.be/nieuws-pers/detail/duolegaat-levert-geen-fiscaal-voordeel-meer-op)

Nouvelle décision fédérale

Région de Bruxelles-Capitale et région wallonne

Pour les actes passés à partir du 1er août 2020, les résidents fiscaux bruxellois et wallons devront tenir compte de la nouvelle position de l’administration fiscale fédérale pour leur achat scindé.

Cette position indique que les enfants doivent être capables de prouver qu’ils disposaient des liquidités suffisantes pour financer l’achat de la totalité de la nue-propriété dès la signature du compromis si un acompte est dû à ce moment-là.

Région flamande

Les résidents fiscaux flamands ne doivent pas tenir compte cette position fiscale fédérale.

L’administration fiscale flamande (Vlabel) accepte toujours que la donation préalable par les parents se fasse avant la signature de l’acte authentique.

Point d’attention

La question des droits de succession ne survient qu’au moment du décès des parents. A ce moment, les enfants doivent renverser la présomption légale.

La charge de la preuve repose sur eux.

Il est important de bien conserver les extraits de compte ainsi que l’éventuel pacte adjoint pour que les enfants puissent démontrer qu’ils ont payé la nue-propriété avec leur propre compte !

En résumé

En région de Bruxelles-Capitale et en région wallonne, la donation préalable ne doit pas être enregistrée et elle doit intervenir avant la signature du compromis si un acompte est dû.

En région flamande, la donation préalable ne doit pas être enregistrée et elle doit intervenir avant la signature de l’acte authentique.

Vous désirez faire un nouvel achat scindé, sachez que le notaire est l’interlocuteur idéal pour éviter toute discussion ultérieure.


Quelle part d’actions faut-il détenir dans son patrimoine ?

Par Pictet AM

Le 21 septembre 2020

Le Cac 40 a perdu 36,9% entre le 19 février et le 19 mars, et beaucoup d’épargnants ont profité de cette forte baisse pour acheter des actions. Quelle que soit la situation des marchés, ils doivent rester prudents et calculer quelle somme ils peuvent consacrer à leurs investissements boursiers.

La crise économique liée au Covid-19 a provoqué une lourde chute des marchés au printemps, qui se sont dépréciés de 36,9% en un mois avant de se ressaisir : à la fin août, ils ont regagné 34% depuis leur point bas du 18 mars. Beaucoup d’investisseurs, y compris chez les particuliers, en ont profité pour reprendre des positions sur les actions. Jusqu’où peuvent-ils aller dans leurs investissements sans mettre en péril leur patrimoine ?

Il existe plusieurs règles pour définir la part d’actions idéale.

La plus classique consiste à dire que plus l’épargnant est jeune, plus il peut se permettre de prendre des risques avec son patrimoine financier, et plus il doit détenir d’actions. Selon cette règle, au fur et à mesure qu’il avance en âge, il doit désensibiliser son portefeuille au risque des marchés, et donc céder progressivement ses actions.

Cette règle doit être nuancée. Un jeune qui souhaite utiliser son épargne pour acheter son logement, par exemple, ne doit surtout pas investir ces sommes sur les marchés. Il pourrait, en cas de krach, voir fondre son apport personnel et être obligé de différer son projet de plusieurs années. A l’inverse, des seniors déjà propriétaires de leur résidence principale, qui disposent d’une confortable retraite, et possèdent d’importantes liquidités disponibles immédiatement, n’ont aucun intérêt à réduire leur portefeuille d’actions. Dans les périodes plus prospères que celle que nous traversons, les actions leur rapportent régulièrement des dividendes, tandis que les obligations, réputées plus sures, ont vu chuter leurs taux de rendement de façon très forte au cours des dernières années. Ainsi, cette recommandation d’alléger son portefeuille en vieillissant n’est pas pertinente pour tous.

L’argent investi en actions doit être considéré comme indisponible pendant dix ans

Une autre règle, en revanche, peut guider la plupart des épargnants : l’argent investi en actions doit être considéré comme indisponible pendant dix ans ou plus. La Bourse est un investissement de long terme. Si les secousses des marchés sont, en général, absorbées par le temps, elles imposent précisément que les investisseurs aient de longues années devant eux.

Cela suppose qu’avant d’investir en Bourse, un épargnant doit disposer de liquidités importantes pour faire face aux imprévus : la plupart des spécialistes recommandent de détenir entre trois et six mois de salaire sur des comptes immédiatement disponibles.

Le Livret A ou le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui permettent de loger respectivement 22 950 euros et 12 000 euros, sont idéaux pour placer ces sommes. Même s’ils sont mal rémunérés, il faut veiller à les maintenir à flot.

Pour certains, les livrets ne suffisent pas, car l’épargne de précaution doit être nettement plus élevée : un an de revenus, au moins, pour ceux qui ont des rentrées d’argent aléatoires. C’est notamment le cas des indépendants et des chefs d’entreprise, qui ont souvent été touchés de plein fouet par la crise et guettent les signes de reprise avec angoisse. Ceux-là, s’ils le peuvent, doivent avoir des livrets pleins et compléter leur enveloppe de précaution avec le fonds en euros de leur contrat d’assurance vie ou un Plan d’épargne logement (PEL).

Pour investir, il ne faut pas rechercher le meilleur point d’entrée

Un épargnant qui n’est pas propriétaire mais envisage de l’être doit conserver la majeure partie de son épargne à l’abri des secousses des marchés. Pour ceux qui ont déjà acquis leur logement, plus le remboursement du crédit est avancé, plus il sera possible d’exposer une part importante de son épargne.

Toutes ces recommandations semblent décourageantes pour ceux qui souhaitent saisir les meilleures opportunités dans un marché où certains titres sont encore nettement sous-valorisés. Qu’ils ne renoncent pas pour autant : la façon la plus rationnelle de faire fructifier son argent en Bourse consiste, précisément, à ne jamais rechercher le point le plus bas pour entrer sur les marchés mais, au contraire, à placer de petites sommes dans le cadre d’investissements réguliers.

L’essentiel à retenir

  • Beaucoup de particuliers s’intéressent au marché des actions mais ne savent pas quelle part de leur épargne investir.
  • Raisonner par tranche d’âge n’est pas toujours la façon la plus pertinente pour trouver l’allocation idéale.
  • Il est important, avant d’investir en Bourse, de conserver une épargne de précaution, dont le montant doit être deux fois plus important pour ceux qui ont des revenus aléatoires.

Fin de la donation devant un notaire néerlandais ?

Par Sophie Slits et Solange Saghbini– Estate Planner, Banque Nagelmackers

Le 26 août 2020

Si l’on désire procéder à une donation de biens mobiliers comme des avoirs bancaires (liquidités ou tout autre actif financier), il existe différentes possibilités. L’acte de donation peut être un acte sous seing privé (via un ‘pacte adjoint’) ou un acte notarié.

L’acte de donation devant un notaire belge engendrera automatiquement le paiement de droits de donation. Si l’on établit un acte sous seing privé de donation, on peut l’enregistrer ou ne pas l’enregistrer et donc, payer ou non des droits de donation.
Les droits de donation varient en fonction du lien de parenté entre le donateur et le donataire et du domicile du donateur :

Voyage avantageux aux Pays-Bas ?

Les donations avec réserve d’usufruit ou les donations de parts nominatives doivent se réaliser par le biais d’un acte authentique devant notaire. Pour éviter de payer les droits de donation, certains donateurs se rendent aux Pays-Bas pour procéder à cette donation.

Si cette technique est tout à fait licite, il existe un risque fiscal en cas de décès du donateur dans les 3 ans de la donation (en Flandre, ce délai passera vraisemblablement à 4 ans pour les donations réalisées à partir du 1er janvier 2021). En effet, lorsque les donations n’ont pas été enregistrées (et n’ont donc pas donné lieu au paiement des droits de donation), le législateur prévoit ‘fictivement’ que les biens donnés sont réintégrés dans le patrimoine du donateur si ce dernier décède dans les 3 ans (ou 4 ans en Flandre à partir du 1er janvier 2021) suivant la donation. Les biens sont alors soumis aux droits de succession comme si la donation n’avait pas eu lieu.

Malgré les faibles taux des droits de donation mobilière en Belgique, de nombreux Belges se rendent ainsi aux Pays-Bas ou en Suisse pour procéder à leur donation authentique.

Enregistrement obligatoire pour les donations mobilières étrangères

Pour lutter contre cette technique, le législateur a décidé de mettre fin à cette possibilité de passer des actes notariés étrangers pour des donations mobilières réalisées par un résident belge. Ces actes devront désormais obligatoirement être enregistrés.

Néanmoins, ce texte a encore uniquement été adopté en Commission des Finances et du Budget. Dans ce texte, la date du 01/12/2020 a été avancée comme date d’entrée en vigueur. Le texte de loi doit ainsi encore être approuvé en commission plénière par le Parlement. En outre, la proposition de loi a été soumise à l’avis du Conseil d’Etat. Dès lors, tant le contenu que l’entrée en vigueur de cette loi pourraient encore être sujets à modifications. La fin de cette possibilité (dite ‘kaasroute’) n’a cependant que peu, voire pas d’impact du tout, sur la donation d’entreprises familiales. En effet, la donation d’une entreprise familiale peut bénéficier, dans les trois régions du pays, d’un tarif de 0%, moyennant respect d’une série de conditions. Malgré tout, certains décident d’opérer cette donation aux Pays-Bas, mais dans ce cas, la période dite ‘suspecte’ (pour la perception de droits de succession) sera de 3 ans (Région Bruxelles-Capitale et Région wallonne) ou de 7 ans (Région flamande).

Ce que nous savons aujourd’hui :

  • Seuls les actes authentiques sont visés.
  • Il sera toujours possible de faire un acte de donation sous seing privé (une donation bancaire pure et simple ou une donation avec une charge financière par exemple) et de procéder ou non à son enregistrement. Le risque fiscal du délai de 3 ans reste dans ce cas d’application (en Flandre, ce délai passerait, comme précisé plus haut, à 4 ans).
  • A compter du 1er décembre 2020, les donations réalisées devant un notaire étranger par un résident fiscal belge devront très probablement être enregistrées auprès de l’administration fiscale belge par les parties concernées et elles devront payer les droits de donation.

En résumé

Suite à la fermeture de cette voie ‘néerlandaise’ dite ‘kaasroute’,  voici les différents types de donation mobilière:

  • donation authentique devant notaire belge – paiement obligatoire des droits de donation ;
  • donation authentique devant un notaire étranger – enregistrement obligatoire en Belgique et donc, paiement obligatoire des droits de donation ;
  • donation sous seing privé (souvent suivie de l’établissement d’un pacte adjoint) :

-avec paiement des droits de donation (et donc plus de droits de succession à payer ultérieurement)
-sans paiement des droits de donation – risque durant 3 ans (ou 4 ans en région flamande à partir du 01/01/2021)


Dettes publiques : comment passer le mur ?

Par Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier

Le 23 juilllet 2020

Le Passe-Muraille est une célèbre nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle un homme découvre sa capacité à traverser les murs. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous tous, investisseurs ou contribuables, nous demandons comment nous passerons le mur de dettes qui se présente devant nous.

L’envolée de l’endettement public est aujourd’hui acquise. Il représentera en fin d’année 2020 un montant inédit qui renvoie les critères de Maastricht aux oubliettes puisque la dette de la zone Euro dépassera les 100% du PIB. Croissance économique forte, retour de l’inflation, voire défaut ou restructuration, sont, pour l’instant, des moyens de « rembourser » hors d’atteinte.

C’est donc la monétisation, c’est-à-dire l’achat par les Banques Centrales des obligations émises par les Etats qui a été privilégiée. Maintenant que la Banque Centrale Européenne (BCE) détient 20% du total de la dette française ou italienne et même plus de 30% de la dette allemande, certains envisagent même l’abandon total de ces créances par l’institution monétaire. Plus probable est un scénario de « perpétualisation ». Les Etats emprunteurs rembourseraient leurs dettes à la BCE par l’émission de nouvelles dettes que ladite BCE achète à nouveau. Cela se rapprocherait de la solution japonaise.

Autre mur, moins connu celui-là mais dont l’épaisseur croît aussi inexorablement : celui de l’endettement privé. La dette des entreprises françaises non financières se hissera au-delà de 75% du PIB en fin d’année, s’approchant des 2.000 milliards d’euros. Le succès du mécanisme de Prêts Garantis par l’Etat (PGE) à près de 500.000 entreprises fait gonfler un stock de dettes initial déjà conséquent.

Si ce phénomène se constate partout en Europe, il est d’autant plus marqué dans les pays où le déficit de fonds propres du secteur privé est chronique. La Banque de France indique que les fonds propres des sociétés non financières représentent 74% du PIB1, soit peu ou prou la moyenne européenne. Aux Etats-Unis, cela monte à près de 125% du PIB, donnant à corporate america une force de frappe bien supérieure. Moins de capital rend en effet le recours à l’emprunt nécessaire pour redémarrer, réinvestir ou absorber un choc économique de l’ampleur de la crise sanitaire actuelle.

La fin de la nouvelle de Marcel Aymé est peu réjouissante. Le Passe-Muraille, fonctionnaire au Ministère de l’Enregistrement et aspirant cambrioleur, perd son pouvoir et se retrouve figé dans un mur pour l’éternité, comme englué à perpétuité. Souhaitons que l’attrait récent des particuliers pour la Bourse2, les initiatives de Place3ou le plan de relance européen concourent à renforcer les fonds propres des entreprises et à relancer l’investissement. C’est le seul moyen de sauter les murs.

1 F. Villeroy de Galhau, intervention à l’Assemblée nationale, 22.01.2018
2 Entre fin février et début avril 2020, la France compte 150 000 nouveaux investisseurs d’après l’AMF
3 La Fédération Française de l’Assurance a bâti un programme d’investissement de 1,5 milliard d’euros


Investissement à impact : Un levier pour une société plus durable

Par Funds for Good

Le 29 juin 2020

L’investissement à impact social (impact investing) consiste à investir dans des sociétés rentables dont l’activité a pour but d’améliorer certains pans de la société. Ces entreprises peuvent proposer des solutions pour diminuer la pauvreté, mettre à l’emploi des personnes fragilisées, offrir une aide aux personnes handicapées. Elles peuvent aussi développer des techniques pour lutter contre le réchauffement climatique et favoriser la transition énergétique.

Cette notion a vu le jour en 2007 à l’initiative de la Fondation Rockefeller. L’impact investing permet de financer des contrats sociaux innovants portés par différents acteurs. Il s’agit essentiellement d’investissements dans des sociétés non cotées. Le rendement de ces investissements est double. D’une part, il y a un rendement financier et, d’autre part, un rendement social. Dans certains cas, un objectif de rendement social peut être défini. Si cet objectif est atteint, le rendement financier de l’investissement peut être accru.

Quelques exemples concrets

Un des premiers projets à impact date de 2010 et concerne la prison de Peterborough au Royaume-Uni. Le rendement de ce Social Impact bond était lié au nombre de prisonniers réinsérés dans la société à leur sortie de prison. Investir avec impact  permet donc de donner à son épargne une dimension sociale. Il y a différentes façons d’investir dans ce domaine. On peut le faire par l’intermédiaire de fonds spécialisés. Cependant, ceux-ci sont généralement destinés aux institutionnels ou aux détenteurs de capitaux importants car les investissements se font dans de petites structures non cotées.

Par les green bonds (obligations vertes) on peut aussi avoir un impact ciblé sur l’environnement. Il est également possible d’investir dans des fonds qui ont un impact environnemental ou social avec des thématiques plus ciblées. Même en gestion discrétionnaire, on peut investir avec impact. Dans le secteur des investissements, certaines sociétés comme Funds for Good présente une initiative plus particulière. Dans ce cas, les fondateurs rétrocèdent une partie de leurs commissions de gestion à une fondation qui finance des projets sociaux en Belgique. D’autres projets sont aussi développés en Belgique comme la plateforme de crowdfunding Lita.co (aussi très active en France), Crédal, Incofin ou la Banque Triodos. Tous ces acteurs d’attachent à financer des projets à dimension sociétale grâce à des sommes récoltées auprès d’investisseurs.

Quelle mesure ?

Mais comment mesure-t-on l’impact social d’une entreprise, d’un projet ou d’un investissement ? Il y a un grand débat sur la mesure de l’impact social. En réalité, il n’existe pas encore de méthode acceptée de façon unanime. Il y a trop de composantes différentes à prendre en compte et à intégrer : sociale, environnementale, gouvernance,… Chaque dimension nécessite une mesure qui lui est particulière. Cependant, des techniques se développent. On parle aujourd’hui de SROI pour Social Return on Investment. Il s’agit d’une méthodologie qui permet de calculer combien d’euros d’impact social sont générés pour chaque euro investi. On peut utiliser cette méthode pour prédire l’impact d’un projet ou pour évaluer des projets déjà mis en œuvre. Cette méthodologie facilite aussi la discussion entre toutes les parties prenantes d’un projet à impact. Elle intègre les coûts et les rendements sociaux, environnementaux et économiques d’un projet. Il s’agit d’un outil assez complexe qui nécessite une approche rigoureuse. On peut aussi comparer le retour social entre plusieurs projets ou organisations. Cet outil devient alors une aide à la décision d’investissement.

Et demain ?

L’investissement à impact doit devenir un levier de première ligne pour favoriser une société plus durable. Nous devons tirer les enseignements de la crise du Covid-19. Il faut impérativement orienter davantage de flux financiers vers des projets à impact social. Il existe déjà des initiatives pour les promouvoir. La France a une longueur d’avance dans ce domaine. Par le biais de l’épargne salariale, le salarié peut investir dans des fonds 90/10 qui permettent d’investir 10% dans du « non-côté ».  Dans ce cadre, certains acteurs ont alors développé des fonds solidaire dans lesquels ils utilisent les 10% pour soutenir l’économie sociale et solidaire. Il convient cependant d’être toujours attentifs à la qualité sociale et solidaire de ces fonds.

Mais, il reste encore du chemin à parcourir pour que les investisseurs particuliers puissent accéder à des produits d’investissement soutenant l’économie sociale. La Commission européenne tente de faire avancer les choses. Elle a publié en 2019 une étude sur les investissements à impact social.  Cette étude a pour but de soutenir le développement de ce marché. Cependant, il faut à la fois que l’offre et la demande pour ces produits financiers à impact se renforcent. Une impulsion politique est également attendue pour soutenir et encourager ces investissements durables sur le long terme. L’investissement à impact attend donc un soutien de la part de toutes les parties prenantes de la société. Affaire à suivre donc …


Assurance-vie et déclaration fiscale : quelles modalités ?

Par Nicolas MILOS, Senior Wealth Planner chez OneLife compagnie d’assurance-vie luxembourgeoise

Le 17 juin 2020

Le mois de juin rime avec l’obligation, pour le contribuable belge, de s’atteler à la préparation et l’introduction de sa déclaration fiscale. Que faire si l’on est titulaire d’un contrat d’assurance-vie à l’étranger ?, Voici quelques informations à ce sujet.

  1. Contrat d’assurance-vie détenu par une personne physique

Conformément aux dispositions du Code d’Impôt sur le Revenu, tout contribuable belge personne physique doit mentionner l’existence d’un contrat d’assurance-vie étranger qu’il aura conclu. Cette déclaration d’existence du contrat d’assurance-vie fait partie intégrante du contexte général de l’échange automatique d’informations (CRS, Common Reporting Standard).

En effet, dans le cadre de cet échange d’informations, la compagnie d’assurance-vie, a l’obligation de faire parvenir aux autorités fiscales de son pays les informations concernant les titulaires de contrats d’assurance-vie. Ce sont ensuite les autorités étrangères (par exemple, luxembourgeoises) qui ont pris l’engagement de communiquer ces informations au pays de résidence du souscripteur au contrat (i.e. la Belgique). Cet échange automatique d’informations permettra ainsi aux autorités fiscales belges de vérifier si oui ou non le contribuable a rempli son obligation déclarative.

Qui doit déclarer le contrat en cas de la cession de droits du contrat d’assurance-vie dans le cadre d’une planification patrimoniale ?

Le mécanisme de la cession de tous les droits au contrat permettra au souscripteur de « donner » à un tiers déterminé les droits matérialisant le contrôle sur les actifs sous-jacents au contrat d’assurance-vie. Face à ce mécanisme, les autorités fédérales belges, dans une position datée du 28 juin 2019, requièrent que désormais, autant le preneur original du contrat (souscripteur) que le bénéficiaire de la cession des droits (cessionnaire), mentionnent l’existence du contrat d’assurance-vie dans leur déclaration fiscale à l’impôt des personnes physiques.

Qui dit « assurance-vie », dit « simplicité »

L’enveloppe assurantielle présente sans aucun doute, en matière de déclaration fiscale, un avantage indéniable en comparaison avec une détention en direct de comptes-titres.

En effet, seule l’existence du contrat d’assurance devra être mentionnée, alors que dans le cas d’une détention directe de compte-titres (portefeuille-titres bancaire), plusieurs étapes laborieuses nécessitant souvent l’intervention d’un professionnel seront inévitables, à savoir notamment :

  • La détermination du montant de revenus à déclarer
  • La déclaration des revenus à proprement parler
  • Une éventuelle déclaration supplémentaire concernant la taxe sur les opérations de bourse.

A ces étapes s’ajouteront également, dans le cas d’intérêts ou de dividendes d’origine étrangère perçus par une personne physique résidente fiscale belge :

  • La détermination des revenus d’origine étrangère.
  • Une détermination de la Convention préventive de la double imposition applicable et son analyse.
  • La demande d’exonération des revenus étrangers déjà taxés, ou du moins l’application du pourcentage réduit en vertu de la Convention applicable.
  • Le suivi avec les administrations fiscales compétentes.

Finalement, il est sans doute pertinent de mentionner à ce stade que cette obligation déclarative de l’existence du contrat d’assurance-vie ne conduira, en rien, à l’application d’une quelconque imposition dans le chef du contribuable.

  1. Demandes de renseignements de la part du fisc belge ?

Nombreux sont les contribuables ayant reçu une demande de renseignements de la part des autorités fiscales mentionnant un défaut de déclaration. L’administration fiscale leur renseigne qu’elle pense qu’ils sont titulaires d’un compte bancaire à l’étranger, alors qu’ils sont effectivement titulaires d’un contrat d’assurance-vie qu’ils avaient correctement renseigné dans leur déclaration.

Il est important de noter que les documents standardisés relatifs à l’échange automatique d’informations ne font pas la distinction entre les comptes bancaires et les contrats d’assurance-vie (tout est compris sous la notion de « compte financier »). Ainsi la compagnie d’assurance, dans le cadre du CRS, ne peut pas faire mention de contrat d’assurance-vie spécifiquement.

Afin de résoudre ce malentendu, il conviendra de mentionner au fisc belge qu’il s’agit bien d’un contrat d’assurance-vie tel que mentionné dans la déclaration fiscale à l’IPP. L’administration fiscale ne fera pas obstacle à cette remarque, qui peut même être réalisée par email.

Un défaut de déclaration, par contre, pourra notamment conduire à une amende administrative allant d’EUR 50 à 1.250.

En résumé, ce qu’il faut retenir :

Pour le contrat d’assurance-vie (personne physique) :

  • Le titulaire, et le cas échéant le cessionnaire également, déclare uniquement « l’existence » du contrat. Aucune autre information n’est requise.
  • Les revenus issus des contrats d’assurance-vie branche 23 (sans aucune garantie de rendement) demeurent fiscalement non-imposables.

En cas de demande de la part du fisc mentionnant un « défaut de déclaration »:

  • Afin de dissiper tout malentendu, il suffira de clarifier auprès du fisc belge qu’il s’agit bien d’un contrat d’assurance-vie tel que mentionné dans la déclaration fiscale à l’IPP (et non d’un compte bancaire). Cela peut se faire par l’envoi d’un simple email.

Assurance-vie et gestion de patrimoine : Quels avantages fiscaux ?

Par OneLife (compagnie d’assurance-vie luxembourgeoise)

Le 14 mai 2020

L’assurance-vie fait souvent partie intégrante de la stratégie de planification patrimoniale des particuliers. Elle peut être utilisée pour transmettre une somme forfaitaire aux membres d’une famille en cas de décès, mais également pour assurer le versement d’un capital ou d’un revenu régulier au moment de la retraite. Elle comporte également des avantages fiscaux notables par rapport à un portefeuille d’investissement classique. Lorsque le contrat arrive à maturité, le preneur d’assurance ou les bénéficiaires reçoivent une somme forfaitaire majorée de la croissance des actifs. S’il décède avant la maturité, les bénéficiaires reçoivent le montant accumulé ou le montant garanti, selon le type de contrat.

Revenus et plus-values

Les contrats d’assurance-vie sont destinés à des investisseurs avec un horizon de placement à moyen ou long terme. Ils bénéficient de régimes fiscaux de faveur dans la plupart des pays. Contrairement à un portefeuille d’investissement classique, dans lequel la vente et l’achat d’actifs engendrent une imposition au titre des plus-values réalisées les personnes qui investissent au travers de contrats d’assurance-vie peuvent gérer leurs investissements au sein du contrat sans subir d’imposition sur les ventes ou les arbitrages des actifs sous-jacents tant qu’il n’y a pas de rachat. Ce traitement fiscal favorable permet de capitaliser, au sein de leur portefeuille, sur une base brute sans que l’impôt n’entame les rendements.

De la même manière, en l’absence de rachat, les revenus (découlant de dividendes d’actions ou d’intérêts obligataires, par exemple) sont capitalisés et ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu, ce qui signifie là encore que les investisseurs bénéficient d’un report d’impôt. D’après une étude réalisée par le gestionnaire d’investissement britannique Schroders un investisseur qui aurait placé 1.000 dollars sur l’indice MSCI World le 1er janvier 1993 disposerait d’un capital d’un montant de 3.231 dollars au 7 mars 2018, soit un taux de croissance annuel de 5,9 %. Toutefois, s’il avait réinvesti l’intégralité des dividendes, le même investissement de 1.000 dollars aurait atteint 6.416 dollars, soit un taux de croissance de 8,3 % par an.

Transmission

Sur le plan civil, le bénéfice du contrat d’assurance est versé par la compagnie d’assurance au bénéficiaire défini dans le contrat au décès du preneur du contrat d’assurance (s’il en est bien la tête assurée). L’avantage est que le bénéfice de ce contrat revient au bénéficiaire et ce, même si la succession est bloquée. Sur le plan fiscal, le bénéfice versé au bénéficiaire du contrat au décès du preneur du contrat d’assurance est soumis à des droits de succession dans la succession du preneur.

Neutralité fiscale

Le traitement fiscal des produits du contrat, même s’il varie en fonction de la juridiction, est généralement plus avantageux que celui d’un portefeuille d’investissement classique.Les contrats d’assurance-vie luxembourgeois sont conçus pour être fiscalement neutres, c’est-à-dire adaptés au pays de résidence du preneur d’assurance. Pour les preneurs d’assurance non-résidents, le Luxembourg n’impose pas les primes ni les plus-values réalisées à la fin du contrat. Cet aspect peut être un facteur important à prendre en compte pour les expatriés considérant les différentes options de structuration de leur patrimoine. La double imposition internationale des revenus mobiliers est un exercice connu pour sa complexité. Cet aspect n’est cependant pas applicable lorsque l’un des pays concernés (par exemple, le Luxembourg) ne pratique pas d’imposition. Les contrats d’assurance-vie peuvent constituer un outil de choix pour la planification et la transmission patrimoniale. Ils peuvent être adaptés et répondre aux besoins de chacun tout en assurant la continuité des stratégies patrimoniales.


La gestion de patrimoine doit être innovante

Par Jurgen Vanhoenacker, Executive Director, Sales and Wealth Structuring Solutions, Lombard International Assurance

Le 27 avril 2020

L’innovation est, aujourd’hui, devenue un terme incontournable dans le secteur de la gestion de patrimoine. En réponse aux critiques pointant leur lenteur à s’adapter aux nouvelles technologies, qui pendant ce temps disruptaient d’autres secteurs, les professionnels du patrimoine se sont plongés dans l’innovation. Ils ont ainsi considérablement investi dans leur capacité à offrir les technologies les plus récentes et les plus en vue. Toutefois, dans leur détermination à conserver une longueur d’avance, beaucoup ont oublié la raison première d’investir dans l’innovation : mieux servir les clients dans un environnement en évolution rapide. Innover judicieusement implique une fine compréhension des facteurs d’évolution, mais aussi des défis et des opportunités qu’ils soulèvent pour les clients. Car cela influe également sur leurs attentes envers leurs conseillers.

Particuliers fortunés

Il n’y a jamais eu autant de Millennials, de femmes ou de ressortissants de pays émergents parmi les particuliers fortunés et ultra-fortunés qu’aujourd’hui. Et la tendance devrait se poursuivre. Au cours de cette année, les femmes devraient contrôler 72 000 milliards de dollars, soit environ 32 % de la richesse mondiale, contre 51 000 milliards de dollars en 2015. Les Millennials vont, quant à eux,  hériter de 30 000 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. La Chine devrait compter un million de millionnaires de plus d’ici 2023.

Ces particuliers nouvellement fortunés ont des attentes, des ambitions et des objectifs d’investissement très différents des particuliers fortunés issus des générations précédentes. Par exemple, les Millennials ultra-fortunés sont davantage susceptibles de demander des services numériques.

Et pourtant, lors d’une enquête réalisée par MyPrivateBanking, 73 % des Millennials ultra-fortunés ont déclaré ne pas être convaincus par l’application numérique de leur gestionnaire de patrimoine. Preuve que le secteur est encore loin du niveau technologique attendu par les natifs de l’ère numérique en matière de communication.

Si les relations personnelles et la confiance continuent d’occuper une place importante pour les Millennials, ils attendent – et exigent même – une offre numérique fiable, qu’il s’agisse de consulter leur portefeuille sur une application ou de communiquer via un chat avec leur conseiller. Les professionnels du patrimoine doivent investir dans ce type d’outils technologiques afin de fournir le niveau de service attendu par ce segment de population.

Avantages de ce type d’innovation

 La clientèle issue des marchés émergents est en plein essor et exigera également une expérience numérique qui lui apportera sérénité et commodité, en mettant constamment à sa disposition des conseillers, où qu’elle se trouve dans le monde. Toutefois, l’innovation technologique à elle seule ne suffit pas à garantir une réponse aux besoins des particuliers, dont les préoccupations se concentrent autant sur le caractère durable de leurs choix d’investissement que sur la protection et la préservation de leur patrimoine.

Les Millennials et les femmes ultra-fortunés sont connus pour attacher une importance particulière au caractère durable d’un investissement, mais aussi pour leur volonté d’investir dans un but précis. Selon l’Economist Intelligence Unit, 56 % des femmes ultra-fortunées au Royaume-Uni pensent que la capacité à générer des changements à travers des investissements à impact sociétal (impact investing) devient inhérente à la définition de la richesse patrimoniale, contre 38 % pour les hommes ultra-fortunés.

Afin de s’adapter aux exigences en constante évolution de ces segments de population en plein essor, les professionnels du patrimoine devront être en mesure d’offrir la gamme complète des options et opportunités d’investissement répondant aux critères ESG (environnement, social et gouvernance) et à la notion d’impact investing. À défaut, ils risquent de se désolidariser de la prochaine génération de particuliers fortunés au profit de concurrents ou d’autres canaux d’investissement.

Mobilité croissante à l’échelle internationale.

Le fameux Knight Frank Wealth Report nous apprend qu’en 2019, 26 % des particuliers ultra-fortunés prévoyaient d’émigrer cette année et que 36 % d’entre eux détenaient déjà un deuxième passeport. Il est désormais courant pour des particuliers fortunés de détenir des intérêts commerciaux ou financiers dans un pays, de vivre dans un autre et d’envoyer leurs enfants faire leurs études dans un troisième. Gérer le patrimoine de ces individus à travers plusieurs juridictions est très compliqué pour les professionnels du patrimoine, à la fois d’un point de vue fiscal et d’un point de vue réglementaire. Et ce n’est qu’un aspect des nombreux défis auxquels sont confrontés les clients mobiles à l’échelle mondiale.

Veiller à ce que les membres de leur famille, où qu’ils se trouvent dans le monde, bénéficient du nec plus ultra en matière d’assurance et de protection est également une composante essentielle de ce que les particuliers fortunés attendent de leurs conseillers. D’ailleurs, étant donné la constante incertitude politique et financière mondiale, ces derniers auront également besoin de l’expertise nécessaire pour signaler à leurs clients dont la mobilité n’a pas de frontière quelles sont les évolutions réglementaires probables et comment elles pourraient les affecter.
Afin de préserver une relation de confiance avec leurs clients et de leur proposer les solutions les plus efficaces, les professionnels du patrimoine doivent s’efforcer d’acquérir une expertise régionale à l’échelle mondiale. En ce sens, être innovant signifie développer les expertises régionales adéquates ainsi qu’acquérir les compétences linguistiques et culturelles requises. C’est en cela que réside l’innovation pour mieux servir les clients. Ces investissements sont indispensables à la bonne compréhension des facteurs qui incitent les particuliers fortunés à émigrer, afin de les orienter vers les solutions patrimoniales les plus appropriées.

L’innovation : un processus permanent.

Les investisseurs continueront à changer, tout comme leurs besoins et leurs aspirations. Alors que la génération Z a déjà commencé à entreprendre et construire son patrimoine, il faudra se poser les questions suivantes : Quelles vont être les priorités en matière d’investissement ? Quels services et quelle expérience de conseil la nouvelle vague de femmes ultra-fortunées va-t-elle attendre ? Comment les opportunités et les défis soulevés par la mondialisation et l’incertitude politique vont-ils influencer les investisseurs internationaux dans les années à venir ? Ce sont des questions fondamentales auxquelles les professionnels du patrimoine doivent répondre afin de s’adapter au mieux à la mosaïque en constante évolution que forment les nouveaux particuliers fortunés.

L’innovation en matière de technologie, d’expertise et de service à la clientèle est essentielle pour que les professionnels du patrimoine restent compétitifs. Mais ceux d’entre eux qui cherchent à « innover pour innover » pourraient s’égarer bien loin des solutions les plus adaptées à leurs clients. Il faut s’attacher à mieux comprendre ces nouveaux particuliers ultra-fortunés, une génération plus diversifiée, plus jeune et plus mobile à l’échelle mondiale, et investir dans les nouveaux outils nécessaires pour les accompagner dans la définition et la construction du patrimoine qu’ils transmettront.


10 facteurs qui pourraient transformer les économies et les marchés

Par Pauline Grange, Portfolio Manager chez Columbia Threadneedle

Le 20 avril 2020

La crise du Covid-19 éprouve les citoyens, les familles, les entreprises, les gouvernements et les marchés de capitaux du monde entier. Cette épreuve pourrait transformer en profondeur le comportement des consommateurs et des entreprises, mais aussi le fonctionnement des marchés financiers. Dans cette perspective, voici les dix tendances qui résulteront de la pandémie de Covid-19 et qui changeront à jamais les économies et les marchés.

Le pic de la mondialisation

Qu’il s’agisse de consommation ou de chaînes d’approvisionnement, les pays commenceront à accorder davantage d’attention à la provenance des produits, ainsi qu’à leur dépendance excessive à l’égard de certaines économies. Cela va clairement inciter les entreprises à diversifier les chaînes d’approvisionnement. Les petites structures locales pourraient également bénéficier d’une vague de soutien dans la mesure où les consommateurs se détourneront des marques « historiques » qu’ils avaient l’habitude d’acheter.

Accélération de la transition de l’argent liquide vers les cartes

Un plus grand nombre de personnes étant contraintes d’abandonner les magasins traditionnels au profit du commerce en ligne, et alors que les magasins « en dur » de nombreuses régions n’acceptent plus les paiements en espèces pour des raisons d’hygiène, la transition des paiements en espèces vers les paiements par carte pourrait s’accélérer.

Santé et hygiène

Les règles et réglementations vont se durcir, en particulier en Chine où les pressions en faveur d’une formalisation de l’industrie agroalimentaire du pays vont s’intensifier, compte tenu de l’origine de l’épidémie.

Avancées de la communauté médicale

La population sera surprise par les progrès rapides, obtenus grâce à la communauté médicale et de la génétique en termes d’enrayement de la maladie et de conclusions des essais cliniques. Le génome de la maladie a été cartographié à la mi-janvier. Le mécanisme de liaison aux protéines a été identifié il y a deux semaines. Le virus a été reproduit dans un laboratoire canadien il y a une semaine. Moderna, une entreprise américaine de biotechnologie, teste un vaccin depuis quinze jours. C’est prodigieusement rapide par rapport à « l’ancien temps », où les tests auraient pris des années et non des semaines. Il est possible que les populations sous-estiment l’évolution de la science et ses conséquences. En cas d’espoir prochain d’un enrayement de la maladie plus tôt que prévu, une bonne surprise est à prévoir.

Une meilleure acceptation du travail intelligent

Les entreprises étant obligées de permettre le travail à domicile, le télétravail pourrait devenir une pratique plus acceptable. Une telle transition aura des répercussions sur les investissements dans le cloud, avec un abandon accéléré des infrastructures informatiques existantes.

Les géants technologiques, désormais considérés comme un service public, sont moins attaqués

Cette période de confinement met clairement en lumière le soutien indispensable qu’apportent les plateformes technologiques, y compris les médias sociaux. Si des plateformes en ligne telles que Google Search, YouTube et Facebook/Instagram pourraient voir leurs revenus publicitaires plonger à court terme, elles bénéficieront à plus long terme d’une croissance plus robuste de leurs utilisateurs et d’un engagement accru. Les personnes qui avaient quitté les plateformes par souci de protection de la vie privée pourraient bien revenir, tandis que les attaques des gouvernements pourraient perdre en virulence compte tenu du rôle clé que les sociétés technologiques ont joué dans cette crise en soutenant les communautés.

Croissance de la consommation en ligne

Qu’il s’agisse de produits d’alimentation, d’éducation ou de commerce de détail au sens plus large, la consommation en ligne a augmenté, avec une base élargie d’utilisateurs désormais plus à l’aise avec ce mode de consommation. Il est possible que ce qui a débuté par nécessité pour beaucoup puisse devenir la norme. Une nouvelle accélération des investissements en ligne de la part des détaillants et des services traditionnels sera également observée.

Accélération des principales tendances technologiques

Les usines d’intelligence artificielle (IA) ont déjà connu une croissance rapide. Ces dernières utilisent des algorithmes basés sur les données pour la prise de décision automatisée plutôt que des processus à forte intensité de main-d’œuvre reposant sur la communication en face à face. Elles sont bien adaptées à un monde où les interactions humaines sont moins nombreuses, ce qui, comme indiqué plus haut, pourrait accélérer encore les investissements dans les « clouds » publics.

L’essor des priorités « vertes »

Alors que les pays constatent les avantages d’un air et de voies d’eau plus propres (à Venise, l’eau des canaux est bien plus claire et des bancs de poissons sont maintenant visibles), pourraient-ils avoir envie de conserver ces bienfaits ? Sous l’impulsion des mesures de relance budgétaire, nous pourrions assister à un renforcement de l’agenda vert et à une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables, les infrastructures relatives aux véhicules électriques, etc..

Le développement du capitalisme moral

Les entreprises connaissent-elles une « crise » existentielle, qui les conduit à se concentrer davantage sur leur finalité, à savoir leur impact sur l’environnement et leurs clients, la communauté, les employés et la chaîne d’approvisionnement ? Dans un contexte d’inégalité sociale croissante dans les marchés occidentaux, le recours par les entreprises à des opérations de rachat pour gonfler le cours des actions au détriment des investissements et des bilans fait déjà l’objet d’une attention croissante. Mais une fois la crise du Covid-19 dépassée, est-il possible que cette attention se renforce encore ? S’agissant des consommateurs, il est possible que l’ordre des valeurs auxquelles nous sommes attachés soit modifié en profondeur, puisque nous avons été privés dans les faits de notre liberté. Soudain, les possessions perdent de leur intérêt tandis que les expériences, la santé/forme physique et l’engagement social « remontent » dans les priorités des consommateurs.


Comment envisager ses placements : en privé ou via sa société?

Par la Banque Nagelmackers

Le 10 mars 2020

Voici trois vidéos qui expliquent les avantages et inconvénients d’investir en privé ou via une société.

Dans la première vidéo, les différences de principe entre investir en personne physique et investir via sa société sont abordées. Il y est surtout mis l’accent sur le coût fiscal de l’une ou l’autre voie choisie.

Dans les deux vidéos suivantes, la fiscalité des placements en société ainsi que le traitement fiscal des SICAV RDT, produit-phare pour les personne morales, sont expliqués.

 

 

 


L’Intelligence Artificielle est-elle une thématique d’investissement porteuse ?

Par Rolando Grandi, La Financière de l’Echiquier

Le 14 février 2020

L’économie a toujours été portée par l’innovation. Les trois premières révolutions industrielles – la machine à vapeur, le pétrole/l’électricité, les NTIC – ont permis l’industrialisation de l’économie puis son virage vers les services. Aujourd’hui, l’or noir, c’est le Big Data. C’est grâce à une constellation de technologies que l’intelligence artificielle (IA) a pu émerger, en premier lieu grâce au cloud et à ses capacités de calcul quasi-infinies. De la plus grande à la plus récente, les entreprises sont aujourd’hui en mesure d’exploiter les données pour créer de la valeur ajoutée. La propagation de l’IA s’est accélérée sous l’effet du développement des réseaux neuronaux. Ceux-ci la dotent de capacités d’auto-apprentissage. Et les applications d’IA qui prolifèrent aujourd’hui mettent en mouvement cette thématique porteuse. On y trouve les voitures autonomes les algorithmes prédictifs en passant par l’e-santé ou l’agriculture intelligente. L’ère de l’IA ne fait que commencer. Les gisements de croissance y sont prodigieux.

 L’IA et les entreprises

Les pionniers et géants de l’IA se trouvent bien sûr aux Etats-Unis et en Chine. Cependant, dans leur sillage, c’est tout un écosystème innovant qui se crée et d’autres pays s’illustrent dans les applications d’IA notamment. L’IA sera incontournable pour les entreprises du monde entier. Et, dans le contexte actuel de ralentissement de la croissance mondiale et d’inflation atone, les sociétés qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui maintiennent leur dynamique d’innovation et de leadership. La société chinoise PING AN HEALTHCARE en est un très bon exemple. Son application Good Doctor permet d’avoir accès jour et nuit à un médecin via un smartphone. Ce médecin réalise plus de 656 000 consultations quotidiennes, prouesse possible puisqu’il s’agit d’une IA ! Un médecin humain valide ensuite bien sûr le diagnostic et l’ordonnance. Ce recours à l’IA permet de fluidifier l’accès à la médecine. Depuis le début de l’épidémie du coronavirus, le titre s’est d’ailleurs fortement apprécié, reflet de l’anticipation du succès de cette application par le marché.

Quelles sont les perspectives pour l’IA sur le terrain de l’investissement ?

Les perspectives restent porteuses sous l’effet de la prolifération de l’IA au sein de l’économie mondiale. L’IA est une technologie universelle. Elle n’a pas de frontières, comme en témoigne par exemple l’accélération du développement d’applications d’IA dans les pays émergents, en Asie Pacifique et en Amérique Latine notamment. La transformation digitale de l’économie, dont l’IA reste la clé de voûte, continue de soutenir la croissance des entreprises.

L’apport de l’IA à l’économie planétaire est estimé par PwC à 15 700 milliards de dollars d’ici 2030. Nous sommes à l’aube d’une profonde révolution !


L’eau : quelles opportunités d’investissement ?

par Cédric Lecamp, Senior Investment Manager, Pictet Asset Management.

Le 15 janvier 2020

L’eau est une ressource naturelle essentielle dont la demande augmente rapidement.

L’eau est une ressource essentielle à la vie – nul ne peut s’en passer. Or, bien que renouvelable, l’eau n’est pas une ressource inépuisable. Les grands défis mondiaux comme l’urbanisation, l’évolution démographique et le changement climatique viennent en outre accroître les pressions pesant sur les ressources en eau existantes. La nécessité de sécuriser l’offre d’eau actuelle et d’accroître sa capacité par le biais de technologies et de services innovants constituera par conséquent un thème majeur – soutenu par des milliards de dollars d’investissements – ces prochaines années. Les sociétés capables de proposer des solutions répondant à la problématique mondiale de l’eau devraient donc constituer des opportunités intéressantes pour les investisseurs au cours des décennies à venir.

La stratégie thématique de l’eau investit dans tous les segments du secteur, avec un intérêt particulier sur l’offre d’eau, les technologies liées à l’eau et les services environnementaux. Compte tenu du rôle croissant des entreprises privées dans la gestion du cycle de l’eau, les opportunités d’investissement à long terme sont appelées à se multiplier.

  1. Les infrastructures liées à l’eau

En matière d’offre d’eau, le secteur privé se compose d’entreprises desservant la population via l’offre et le stockage d’eau potable. D’ici à 2050, jusqu’à 4 milliards d’êtres humains pourraient vivre dans des régions soumises à un fort stress hydrique, contre 1,2 milliard aujourd’hui1. La croissance économique accentue la pénurie d’eau, en dopant la richesse individuelle et en entraînant une consommation accrue de produits tels que les protéines animales, dont la production exige davantage d’eau. Ainsi, produire un kilogramme de bœuf requiert 15 000 litres d’eau, soit six fois plus que le volume nécessaire pour produire une quantité équivalente de riz2.

Confrontés à des budgets serrés et à des infrastructures vieillissantes, les Etats sont de moins en moins aptes à assurer l’offre d’eau, malgré les risques encourus. Les sociétés privées seront par conséquent appelées à jouer un rôle toujours plus important dans le cycle humain de l’eau, particulièrement Amérique du Nord et en Europe centrale et orientale, où elles devraient accroître leur part de marché de plus de 10% entre 2013 et 20253. Sachant que d’autres régions, comme l’Amérique du Sud et l’Asie, nécessiteront jusqu’à 14.000 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2030 pour assurer leur offre d’eau, d’innombrables opportunités de profits se présenteront aux sociétés proposant des solutions innovantes, notamment en matière de recyclage et de désalinisation de l’eau4.

  1. Les technologies liées à l’eau
  • Les fournisseurs de solutions de traitement des eaux

Le secteur des technologies de l’eau se compose d’entreprises développant des outils et des systèmes permettant une efficience accrue en matière d’utilisation d’eau. Par exemple, jusqu’à 75% de l’eau de source disponible sur la planète est impropre à la consommation car contaminée ou polluée5. Si les Etats peuvent mettre en œuvre des mesures visant à protéger les sources d’eau contre les polluants, ce sont des sociétés privées actives dans le développement de systèmes de filtrage innovants, tels que la filtration par membrane ou le filtrage par ultraviolets, qui offrent les réponses à ces problèmes.

  • La prévention de fuites

Dans les pays émergents, plus de 45 millions de mètres cubes d’eau6 sont perdus chaque jour à cause des fuites. A l’échelle mondiale, le coût de restauration des infrastructures publiques existantes entre 2005 et 2030 devrait excéder les 20.000 milliards de dollars4. Les sociétés proposant des solutions novatrices en matière de technologies de l’eau, telles qu’une prochaine génération de détecteurs et des équipements de contrôle capables d’accroître notre efficience en termes d’utilisation d’eau et de prévenir le gaspillage dû à des fuites, représentent de très belles opportunités d’investissement.

  • L’irrigation

Sachant que 70% de l’eau douce disponible sur la planète est utilisée à des fins de production agricole7, les Etats s’efforcent de limiter les gaspillages dans ce secteur, notamment en sanctionnant l’arrosage des cultures en journée lors des périodes de sécheresse par des amendes (comme c’est le cas en Californie). Cette focalisation sur le gaspillage crée des opportunités pour les sociétés travaillant à l’optimisation des technologies hydriques à usage agricole, telles que les systèmes d’irrigation goutte à goutte, permettant une humidification par intermittence des racines des plantes uniquement, avec à la clé des niveaux d’humidité supérieurs pour une utilisation d’eau réduite.

  1. La gestion des déchets

Alors qu’en Chine, près de 60% des eaux souterraines et un tiers des eaux de surface ont été répertoriées comme « impropres au contact humain »8, la nécessité de répondre aux problèmes découlant d’une mauvaise gestion des déchets fait l’objet d’une prise de conscience croissante, notamment dans les pays émergents.

Le gouvernement chinois a démontré sa détermination à assainir la situation par le biais de son programme 2015 « Water Ten Plan », imposant aux industries polluantes des objectifs très rigoureux en matière de protection écologique et environnementale9. Le traitement des eaux usées industrielles en Chine atteignant un taux de pénétration d’environ 90%, l’attention est désormais appelée à se tourner vers l’augmentation des déchets domestiques10. Les sociétés actives dans le secteur des services environnementaux et proposant des solutions de collecte devraient donc en bénéficier.

[1] OCDE
[2] Réseau Empreinte de l’eau (Water Footprint Network)
[3] Envisager
[4] OCDE Morgan Stanley Pictet Asset Management
[5] UNESCO
[6] Banque mondiale
[7] Programme des Nations Unies pour l’environnement Pictet Asset Management
[8] Ministère chinois de la terre et des ressources
[9] Initiative China Water Risk Conseil d’Etat chinois
[10] Nomura