Un nouveau modèle macroéconomique est-il nécessaire pour atteindre les objectifs de développement durable ?

Par Alexander Bernhardt, Global head of sustainability research chez BNPParibas AM

En 2015, les dirigeants mondiaux ont fixé 17 Objectifs de développement durable (ODD) dans le cadre de l’Agenda 2030 pour le Développement durable. Les ODD constituent un cadre de référence qui a vocation à favoriser une planète en bonne santé et une société équitable, deux facteurs essentiels à la prospérité économique.

 

Pourtant, alors que la réalisation des ODD sera bénéfique à l’économie, les réflexions et les initiatives menées en vue de déterminer comment la politique macroéconomique peut contribuer à leur mise en place semblent insuffisantes.

 

La réalisation des ODD et des objectifs de l’Accord de Paris nécessitera l’investissement de plusieurs milliers de milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. Mobiliser ces capitaux nécessitera des efforts concertés de la part des secteurs public et privé et pourtant, jusqu’à présent, plusieurs idées reçues traditionnelles dans le domaine macroéconomique entravent les flux, notamment publics.

Dans une certaine mesure, la « tempête parfaite » de crises (Covid, changement climatique, perte de biodiversité et inégalités sociales) donne aussi aujourd’hui l’opportunité d’adopter une pensée révolutionnaire.

 

Dette, déficits et inflation

 

La théorie monétaire moderne (TMM) a beaucoup fait parler d’elle ces derniers mois. Elle affirme que les niveaux d’endettement et de déficit des États n’ont pas d’importance en tant qu’indicateurs, puisque les États pouvant imprimer leur propre monnaie ne peuvent pas faire défaut sur leurs obligations. La TMM affirme plutôt que le seul véritable critère des dépenses publiques devrait être l’inflation.

 

En réponse à ces préoccupations, on peut avancer que, pour les pays disposant d’une devise de réserve comme les États-Unis, très peu d’arguments crédibles prouvent l’importance absolue de la dette ou des déficits fédéraux en dehors de leur potentiel impact déflationniste ou inflationniste.

 

Au contraire, sur ce point l’approche de la TMM est très convaincante : si l’on peut créer son propre argent, on peut toujours payer ses factures. Cela est vrai même si d’autres choix politiques peuvent être préférables in extremis[1].

 

Quant à l’inflation, tous les économistes s’accordent pour dire qu’il est important de la maîtriser, les conséquences d’une inflation galopante pouvant être désastreuses. Cependant, ils ne disposent pas d’une « théorie unifiée » de l’inflation[2],ce qui complexifie la résolution du problème.

 

L’histoire récente met également à mal les craintes d’un excès de dépenses menant à l’inflation.

 

Les préoccupations relatives à l’inflation découlant de la TMM ne peuvent être résolues d’emblée. Néanmoins, l’expérience récente montre clairement que les États disposant d’une devise de réserve ont probablement une plus grande capacité de dépense qu’on ne le pensait auparavant. En effet, une augmentation significative des dépenses publiques est nécessaire pour atteindre les ODD et respecter les engagements de l’Accord de Paris.

 

La finance fonctionnelle

 

Pendant longtemps, la politique, monétaire a cherché à atteindre des objectifs budgétaires nominaux et n’a accordé qu’une attention limitée aux impacts distributifs ou environnementaux des mesures correspondantes.

 

En effet, de nombreux banquiers centraux sont d’ardents défenseurs de l’indépendance et de l’impartialité de leurs mandats institutionnels en lien avec le climat ou d’autres enjeux de durabilité.

 

Ce point de vue est en train d’évoluer car il est de plus en plus admis que l’impartialité est un principe difficile à respecter pour les banques centrales. De plus, les banquiers centraux ont pris conscience que les enjeux du monde réel, comme le changement climatique, peuvent avoir un impact marqué sur les marchés financiers, et vice versa. C’est le cas du Network for Greening the Financial System (NGFS), un groupe mondial de plus de 90 banques centrales et autorités de surveillance[3] qui se réunit « pour renforcer le rôle du système financier dans la gestion des risques et la mobilisation des capitaux pour des investissements verts et à faible émission de carbone, dans le contexte plus large du développement durable ».[4]

 

Les recherches menées par le groupe de travail macrofinancier du NGFS6 ont montré que «les risques physiques et de transition posés par le changement climatique peuvent avoir des implications substantielles sur la stabilité macroéconomique et financière »[5]

 

Les ODD, l’Accord de Paris et la Théorie monétaire moderne

 

Les initiatives et les déclarations des responsables de politique monétaire s’apparentent clairement à certains des préceptes de la Théorie monétaire moderne (TMM). Si l’adoption de ces approches s’inspirant de la TMM n’est peut-être pas intentionnelle, elle n’en signale pas moins une orientation claire des pratiques macroéconomiques vers une mission plus fonctionnelle et plus coordonnée sur le plan budgétaire pour les banques centrales.

 

C’est le manque d’urgence qui nous met tous en danger. Nous n’avons d’autres choix que d’utiliser les outils à notre disposition – notamment les préceptes et les politiques macroéconomiques – pour contribuer à un avenir plus durable.

 

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[1] Le mot clé ici est le choix. Un État peut choisir de faire défaut, par exemple pour faire valoir un point de vue politique ou pour éviter une autre issue moins souhaitable. Toutefois, il n’a pas besoin de le faire s’il peut frapper sa propre monnaie.

 

[2] 91-F10116.pdf (ipedr.com)

 

[3]Membership | Banque de France (ngfs.net ) – Consulté le 9 juin 2021

 

[4] https://www.ngfs.net/en/about-us/governance/origin-and-purpose – Consulté le 9 juin 2021

 

[5] https://www.ngfs.net/sites/default/files/medias/documents/ngfs-report-technical-supplement_final_v2.pdf

 

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