L’inflation en 9 questions

Par Deutsche Banque Belgique

L’inflation est utile : en l’absence d’inflation, les consommateurs ne seraient pas incités à dépenser leur argent. En règle générale, la performance des obligations est médiocre lorsque l’inflation est élevée. Il est impossible de généraliser l’impact de l’inflation sur les actions : une inflation modérée est en général positive pour les actions, à l’inverse d’une augmentation des prix rapide et prononcée.

 

 

 

 

 

 

  1. Qu’est-ce que l’inflation et comment la calcule-t-on ?

 

L’année dernière, une coupe pour homme chez le coiffeur coûtait 25 euros en moyenne. Aujourd’hui, elle coûte 3 euros de plus. L’inflation, c’est ça : l’augmentation (en glissement annuel) du prix moyen des biens et des services.

En Belgique, c’est Statbel qui est chargé de calculer l’inflation. Tous les mois, cet organisme note les prix d’une longue liste de biens et de services. Tous les prix sont auscultés : des journaux à la réparation d’une montre, d’un kilo de pommes de terre à une consultation chez le dentiste.

 

En enregistrant l’évolution de ces prix, Statbel est en mesure de suivre l’évolution du coût de la vie. Cette évolution est exprimée sous la forme d’un indice des prix, officiellement appelé ‘Indice national des Prix à la Consommation’ (INPC), et d’un indice santé. Le second est identique au premier, mais sans tenir compte de l’évolution du prix du tabac, de l’alcool et des carburants pour véhicules.

 

  1. Comment l’inflation se développe-t-elle ?

 

L’inflation naît en raison d’une conjonction de facteurs, les plus fréquents étant une augmentation de la demande et une hausse des coûts. Les causes de l’inflation actuelle sont toutefois plus complexes. Elle est en effet la résultante de très nombreux phénomènes : les vigoureuses mesures de soutien fiscales et monétaires, les problèmes de chaîne d’approvisionnement, la pénurie de main-d’œuvre, les prix élevés de l’énergie, la base de comparaison déprimée (2020 était une année de crise), l’augmentation du revenu disponible moyen des ménages, etc.

 

  1. L’inflation, est-ce bon ou mauvais ?

 

L’augmentation du coût de la vie est-elle nécessairement néfaste ? À première vue, l’inflation n’a rien de positif. En effet, “vous en avez de moins en moins pour votre argent”. Autrement dit, le pouvoir d’achat diminue. En cas de forte inflation, si l’on achète pour 200 euros au supermarché, le caddie sera moins rempli que 6 mois plus tôt pour les mêmes 200 euros.

 

L’inflation n’a pourtant pas que des mauvais côtés. Ainsi, en l’absence d’inflation, personne n’est incité à dépenser son argent. Or, le report des achats freine la croissance économique. Et le surplace de l’économie, c’est aussi souvent le surplace de la prospérité. Autrement dit, l’inflation est l’un des rouages de la croissance de l’économie et du bien-être.

 

Mais ce raisonnement est-il sans limite ? Toujours plus d’inflation, toujours plus de croissance et toujours plus de prospérité ? Non, ce n’est pas si simple. Une trop forte inflation n’est pas une bonne chose, car elle réduit excessivement le pouvoir d’achat et peut mener à la panique généralisée et à l’hyperinflation.

 

  1. Quel est le niveau d’inflation acceptable ?

 

Dans la zone euro, l’objectif est une inflation de 2%. Selon la BCE, ce niveau est idéal pour garantir la stabilité des prix, tout en permettant une robuste croissance économique. Une telle inflation, que l’on peut qualifier de ‘maîtrisée’, permet à tous les acteurs économiques de faire des projets pour l’avenir. Lorsque l’inflation est trop élevée ou trop fluctuante, les entreprises éprouvent des difficultés à fixer leurs prix et les ménages à planifier leurs dépenses.

 

  1. Pourquoi l’inflation est-elle cruciale pour les décideurs ?

 

Comme citoyen(ne) lambda, le premier réflexe matinal n’est probablement pas de consulter les chiffres de l’inflation. Pour les décideurs, tels que les banques centrales et les instances publiques, cette information est en revanche très importante. Car ils se basent sur les chiffres de l’inflation pour moduler leur(s) politique(s).

 

Lorsque l’inflation est trop faible, ils prennent des mesures pour booster l’économie : baisser les taux directeurs, faire tourner la planche à billets, racheter des obligations, accorder des subventions, baisser les impôts… Quand elle est trop haute, c’est l’inverse : on supprime les primes, on réduit les dépenses publiques, etc.

 

L’inflation est donc un paramètre crucial de la politique monétaire. Or, cette politique monétaire influence directement le rendement de l’épargne, des actions, des obligations et des autres actifs financiers.

 

  1. L’inflation restera-t-elle élevée ? Y a-t-il un risque de surchauffe ?

 

Pendant plus d’une décennie, l’inflation n’a pas présenté de risque majeur. Depuis la crise financière, certains considèrent même la déflation (une inflation négative) comme une menace plus grave. Au point que les décideurs européens, américains et japonais s’efforcent depuis plusieurs années de doper l’inflation, et non de la juguler.

 

Aujourd’hui, à l’heure où la pression inflationniste se fait sentir dans le monde entier, on peut se demander si le pic actuel est passager ou non. Depuis quelques mois, les prévisions d’inflation à 10 ans sont en forte hausse pour les États-Unis et la zone euro. Les banques centrales suivent de près cette évolution et s’orientent progressivement vers une politique monétaire plus restrictive. D’après la plupart des experts, il ne serait néanmoins pas question d’une embardée telle qu’on en a connue dans les années 70, avec la stagflation pour conséquence : une très forte inflation (due à la crise pétrolière) combinée à une faible croissance économique et à un taux de chômage élevé.

 

Selon un avis largement répandu, l’inflation devrait toutefois se stabiliser à un niveau plus élevé qu’avant la pandémie.

Cela dit, dans l’hypothèse où la minorité finirait par avoir raison et où l’inflation se maintiendrait pendant longtemps à un niveau élevé, cette évolution représenterait à coup sûr un défi de taille pour les marchés financiers.

 

  1. En quoi l’inflation influence-t-elle l’épargne ?

 

Lorsque le taux d’intérêt du livret d’épargne est supérieur à l’inflation, on fait une affaire. Mais malheureusement, ce n’est plus le cas depuis de nombreuses années. Cela fait 6 ans que le taux proposé par la majorité des comptes d’épargne réglementés belges stagne au minimum légal : 0,11%.

Pour 2022, le Bureau fédéral du Plan prévoit une inflation annuelle moyenne de 5,5% en Belgique, contre 2,44% en 2021 et 0,74% en 2020. Si cette prévision se confirme, l’impact négatif de l’inflation sur le pouvoir d’achat sera plus de deux fois plus important que l’année dernière.

L’épargne va-t-elle bientôt rapporter plus et compenser l’inflation ? Probablement pas, car si la BCE a fait savoir qu’elle pourrait commencer à relever ses taux cette année, leur niveau devrait rester fort bas. Or, les taux directeurs de la Banque centrale européenne influencent directement le taux d’intérêt qui rémunère l’épargne.

 

  1. En quoi l’inflation impacte- t-elle les obligations ?

 

En règle générale, les obligations performent peu lorsque l’inflation augmente. Le taux d’intérêt de la plupart des obligations reste en effet inchangé jusqu’à l’échéance. Autrement dit, le pouvoir d’achat des coupons attribués, mais aussi du principal, baisse lorsque l’inflation augmente. Le cours des obligations est donc appelé à baisser.

Les investisseurs en obligations qui souhaitent faire fi de l’inflation peuvent investir dans des obligations liées à l’inflation. Tant le principal que les coupons sont arrimés à l’inflation, et sont donc protégés en cas de hausse de cette dernière. Dans la pratique, l’inflation anticipée est incluse dans le prix du titre, et on n’y échappe donc pas vraiment. On n’est donc protégé que d’une inflation dont l’ampleur serait encore supérieure aux prévisions. Dans l’autre hypothèse – une inflation inférieure aux pronostics – on serait perdant. Un autre inconvénient réside dans la durée de telles obligations, souvent très longue.

Les obligations à haut rendement (‘High Yield’3) ou émises par des pays émergents peuvent représenter une solution alternative. Toutes deux offrent un rendement supérieur, ce qui représente une ‘prime de risque’ plus confortable. Au revers de la médaille de ces actifs, citons le fait qu’en cas de correction des marchés, l’évolution de leur cours est corrélée aux marchés d’actions, de sorte qu’elles ne diversifient pas le risque inhérent aux actions, tout en présentant un risque de crédit plus élevé.

 

  1. Quelle est l’influence de l’inflation sur les actions ?

 

Les entreprises qui sont en mesure de répercuter l’inflation (augmentation du coût des matières premières, de l’énergie, du transport, de la main-d’œuvre, etc.) sur le client final, le tout sans perdre leurs parts de marché, se comportent mieux que celles qui n’ont pas cette possibilité. Pour ces dernières, toute poussée d’inflation se traduit par une contraction de leurs marges bénéficiaires.

L’impact de l’inflation sur les actions sera donc différent selon les secteurs et les entreprises. Tout dépend aussi de la vitesse de ces hausses. Une inflation modérée est généralement bénéfique aux actions, à l’inverse d’une inflation galopante. Toute flambée inflationniste réduit en effet le pouvoir d’achat du client final, et donc la confiance des consommateurs.

Outre les actions d’entreprises disposant d’une forte capacité à fixer leurs prix, les actions de sociétés dont le dividende augmente plus rapidement que l’inflation peuvent aussi constituer une solution.

 

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