Petit mode d’emploi pour les placements durables

Il y a encore beaucoup de questions sur la façon d’investir de manière socialement responsable. Lors du Petit Déjeuner Financier organisé ce mardi 22 novembre 2022, par le blog MoneyStore et La Libre Eco, Christel Dumas, Professeure à l’ICHEC Brussels Management School et Didier Devreese, Head of Sales & Marketing chez NN IP Belgique ont décliné quelques conseils concernant les placements durables.

 

S’adapter à demain en investissant

 

Il faut être conscient que, demain, toutes nos manières de vivre, de consommer, de voyager, de nous loger et d’investir vont profondément changer. Ces changements sont déjà à l’œuvre et il ne faudrait surtout pas rater le train de ces mutations. Et c’est aussi le cas en finance ! « Dans le domaine de la finance et de son rôle dans le changement climatique, les réglementations européennes s’adaptent à une vitesse incroyable. C’est depuis la COP de 2015 qu’est apparue une nouvelle façon d’envisager le rôle de la finance et des investissements dans les objectifs de réduire les émissions de CO2 », note Christel Dumas.

 

Pour les investisseurs, il est parfois difficile de s’y retrouver. Lors de cette conférence, il a été proposé quatre clefs pour les aider dans leur choix d’investissements durables.

La première clef est de bien se connaître. C’est d’autant plus important que les banquiers privés sont désormais obligés d’inclure des questions sur les préférences en matière de durabilité dans les profils MIFiD de leurs clients. « Ces clients devront alors définir le pourcentage minimum de leurs investissements qu’ils veulent allouer aux investissements durables. Ils devront aussi déterminer le pourcentage minimum qui devra être aligné avec la taxonomie européenne. Ensuite, il faudra qu’ils disent quel impact doit être pris en compte dans leurs investissements », souligne Didier Devreese. Finalement, si l’on compare cela à une commande au restaurant, il faudra choisir, dans le menu, les plats en fonction de leur teneur en protéines, de ses allergies, de la teneur en glucides,… La finance se verdit mais ne se simplifie pas !

 

Bien choisir et s’informer

 

La deuxième question clef à se poser est de savoir comment on va faire le bien ? Car l’argent n’est pas neutre. « La question à se poser est alors de savoir comment je peux transformer la société grâce à mon argent. On peut ici aussi se référer à l’Europe et à ses réglementations qui proposent, au travers de la taxonomie, six domaines dans lesquels il est souhaitable d’investir », ajoute Christel Dumas. Au-delà de l’investissement dans des entreprises à impact environnemental ou social positif, les gestionnaires de fonds engagent également un dialogue avec les sociétés. « Nous nous attachons à intervenir par un vote aux assemblées générales des actionnaires. Notre but n’est pas forcément d’investir dans les meilleurs élèves de la classe mais de favoriser aussi la transition des sociétés grâce au dialogue et au vote. Les investissements permettent alors de transformer une entreprise de l’intérieur », reconnaît Didier Devreese.

 

La troisième leçon que l’on pourrait aussi tirer de cet échange entre les orateurs est la manière dont l’investisseur peut s’informer. Pour éviter le greenwashing, il existe des labels qui ont analysé et classifié les produits de placement. L’initiative belge du label Towards Sustainability présente, à cet égard, une mine d’informations. En marge de ces labels, il est courant que les maisons de gestion publient des rapports de durabilité sur leur gestion. Ces rapports sont disponibles sur leur site.

 

Double rendement

 

Mais, au-delà de ces renseignements et informations, les investisseurs exigent une certaine rentabilité de leurs placements. La quatrième question à se poser est celle du rendement des placements durables. « Dans ce type d’investissements, il faut que les deux types de rendements soient présents : le rendement financier et le rendement environnemental ou sociétal. L’un et l’autre sont aussi importants. Bien sûr, l’année 2022 a été difficile pour ces fonds qui ne sont pas investis dans l’armement ou le secteur des énergies fossiles, par exemple. Mais, sur une période de 10 ans, ces fonds sont aussi rentables que des fonds traditionnels », épingle Didier Devreese. Il faut aussi envisager ces fonds sur le long terme en anticipant déjà le montant astronomique des investissements qui sont prévus pour assurer la transition énergétique. « D’un point de vue académique, plus de 2000 études ont été publiées qui démontrent que ces fonds ne performent pas moins bien que les fonds classiques. Il n’y a donc pas de destruction de valeur à investir dans ce type de placements », confirme Christel Dumas. On peut donc écarter ce débat.

 

Aujourd’hui, la science nous dit que la situation climatique est dramatique. Dans ce domaine, la finance n’est qu’un outil. Un outil qui s’adapte, un outil dont ne devraient pas se priver les investisseurs qui sont soucieux d’apporter leur pierre à cet édifice qu’est la transition vers une société plus verte et plus vertueuse.

 

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