Exercice des droits de vote : un moyen de peser sur le comportement ESG des entreprises

Par Rachida Mourahib, Global Head of ESG Research, ODDO BHF Asset Management & Private Equity

L’engagement actionnarial s’est généralisé ces dernières années parmi les investisseurs qui souhaitent jouer un rôle pour influer sur les activités ou le comportement des entreprises dans lesquelles ils investissent. En effet, la pratique du dialogue et l’exercice des droits de vote constituent aujourd’hui les stratégies d’investissement responsable les plus utilisées après l’application des filtres d’exclusion.

 

D’une part, la réglementation demande de publier davantage d’informations sur les initiatives de dialogue et de gestion actionnariale. D’autre part, les investisseurs conviennent que le fait d’anticiper les potentiels risques et opportunités associés à la durabilité aideront les entreprises à générer de la valeur à long terme.

 

Les droits de vote : un facteur clé pour influencer la stratégie des entreprises

 

En conséquence, le recours à l’activisme lors d’Assemblée générale ordinaire (AGO) et la soumission de résolutions d’actionnaires sont de plus en plus fréquents. Les investisseurs exercent de plus en plus leurs droits de vote, non seulement pour approuver les pratiques de gouvernance mais aussi pour mettre les entreprises au défi de relever les problématiques de durabilité. L’AGO est plus que jamais perçue comme une occasion d’adresser des questions aux administrateurs. Elle permet d’améliorer le dialogue entre les investisseurs et les sociétés dans lesquelles ils investissent, en particulier sur les sujets sensibles. Par exemple, lors de la saison 2022 des AGO des entreprises du CAC40, plus de 35 investisseurs ont posé environ 200 questions sur diverses thématiques environnementales, sociales ou de gouvernance.

 

La durabilité fait désormais partie du débat

 

Il est vrai que la crise liée au COVID-19 a également renforcé la croyance que les risques associés à l’ESG – comme les pandémies ou le changement climatique – sont des risques d’investissement. La pression supportée par l’écosystème financier a suscité des prises de conscience sur la façon dont la durabilité est intégrée à la stratégie des entreprises et à la vision du conseil d’administration.

 

On a donc observé une augmentation du nombre de propositions liées à la durabilité, ainsi que des votes contre des administrateurs n’ayant pas réussi à résoudre ces problèmes. En lien avec cela, les pratiques de rémunération des dirigeants sont désormais sous les feux des projecteurs. La légitimité de l’affectation de la rémunération variable et l’inclusion d’objectifs de durabilité sont des sujets sensibles. Ainsi, lors des AGO des entreprises du STOXX 600 tenues en 2021, 34 % des résolutions ayant reçu plus de 10 % de votes défavorables portaient sur la rémunération des dirigeants.

 

Le changement climatique s’inscrit à l’ordre du jour

 

Toutefois, si les résolutions sur la rémunération constituent une pratique courante depuis des années, le concept de « résolution climatique » est plus récent et surtout le fait des entreprises européennes, en raison des pressions qu’y exercent les parties prenantes à propos des sujets environnementaux. L’accent mis sur le changement climatique joue un rôle important dans les actions d’engagement menées par les investisseurs, qui demandent aux entreprises que les plans de transition vers la neutralité carbone soumis aux votes des actionnaires soient crédibles. Même si la pratique est loin d’être généralisée, les entreprises commencent à préparer des rapports dans ce but. Les investisseurs apprécient ce fait car, en moyenne, le soutien des actionnaires à ces propositions a dépassé 90 % en 2021.

 

Néanmoins ces résolutions ne procurent pas systématiquement un niveau d’information qui permettrait de se faire une opinion pertinente sur l’ambition de la stratégie climatique de l’entreprise, au risque de frustrer les investisseurs. Une solution consisterait à disposer d’un contenu plus standardisé pour présenter les résolutions proposées par les équipes de direction. La réglementation ira probablement dans ce sens. Mais, d’ici là, la soumission au vote des stratégies climatiques demeure un outil essentiel pour accroître la transparence et permettre aux entreprises de s’engager publiquement envers les parties prenantes.

 

Enfin, même si la pratique de « résolution climatique » est en train de gagner du terrain et qu’un cadre commun n’existe pas encore, plusieurs outils sont aujourd’hui disponibles pour prendre position. En effet, les principaux fournisseurs de procuration tiennent compte du profil de risque climatique et de la stratégie climatique des principales entreprises émettrices de GES dans leur recommandation de vote pour la direction, posant les bases d’une trajectoire favorable aux politiques de vote sur le climat.

 

On peut conclure que l’engagement actionnarial est un pilier majeur pour impliquer les entreprises sur une stratégie durable à long terme. S’il faudra du temps pour réaliser la transition climatique, l’activisme est l’un des outils les plus puissants pour y parvenir.

 

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