Le Web 3.0 : Quels enjeux pour le législateur ?

Avec le Web 3.0 nous nous dirigeons vers un Web davantage décentralisé qui utilisera les nouvelles technologies comme la blockchain. Basé sur l’utilisation de formats de données et de protocoles d’échanges, son but est de créer des sites plus intelligents, plus ouverts et plus connectés. Mais comment les autorités belges envisagent-elles cette évolution ? Quels outils seront mis en place pour baliser cette mutation du Web ? Entretien avec Mathieu Michel, Secrétaire d’État à la Digitalisation, chargé de la Simplification administrative, de la Protection de la vie privée.

 

Identité, liberté, responsabilité

 

Le principal enjeu sera sans doute celui des « gate keepers », les gardiens des portes de ce Web. Comment créer un climat de confiance dans ce nouvel environnement ? Qui va créer cette confiance ? « Il y a trois grands principes à respecter : l’identité, la liberté et la responsabilité. Avec le Web 1.0, l’anonymat consistait à aller voir, sans être reconnu, ce que l’on voulait sans interaction. Avec le Web 2.0, est apparue la possibilité d’interaction. On a alors régulé les plateformes mais on a oublié de responsabiliser les individus. Il y a eu un transfert de responsabilité des individus vers les plateformes. Avec le Web 3.0, le régulateur devrait être en capacité de responsabiliser les individus », note Mathieu Michel.

 

Trois formes d’identification

 

Cette responsabilisation passe par l’identification. L’identité pose la question du « qui suis-je ? » à travers les différentes composantes du Web : réseaux sociaux, plateformes d’échanges de biens, métavers, … Le régulateur devrait donc être capable de rattacher, dans le virtuel, l’identification faite dans le réel. On peut alors responsabiliser davantage la personne à travers son identité. « La notion d’identité, de citoyenneté, n’a pas été transférée dans l’espace virtuel. On peut distinguer trois stades d’identification. Une identité peut être vérifiée, ou elle peut être vérifiable ou l’internaute agit de façon anonyme. On peut imaginer des plateformes qui exigent une identité vérifiée ou vérifiable. D’autres pourraient accepter l’anonymat. L’internaute aurait alors la liberté de choisir entre ces trois formes d’identification et saurait si la plateforme sur laquelle il interagit accepte ou non une de ces trois formes d’identification. On identifie, mais en laissant la liberté et en responsabilisant l’utilisateur. Notre rôle est de donner des outils sans les imposer », explique le Secrétaire d’Etat. On peut cependant se poser la question de savoir si les internautes vont d’emblée embrayer dans la direction de l’identification vérifiée ou vérifiable.

 

La carte d’identité

 

Dans cette configuration, l’internaute peut opter pour une des trois formes d’identification selon la plateforme sur laquelle il interagit. Il aura aussi une information sur le type d’identification requis par la plateforme sur laquelle il navigue. Le « gate keeper » de l’identification serait représenté par la carte d’identité. « Cette fonction d’identification doit rester régalienne. Elle doit garantir qu’il s’agit bien de la personne. Cette identification permet aussi de responsabiliser davantage l’internaute dans diverses opérations : achats de crypto-actifs, de NFT ou de signature dans une DAO », ajoute Mathieu Michel. Cependant, ces trois enjeux posent la question de la territorialité. Pour établir une bonne responsabilisation, il faut le faire à un échelon supranational qui soit au minimum l’Europe. Et cela n’est pas encore gagné !

 

Autres enjeux

 

Les enjeux sont nombreux pour le législateur. Il doit aussi veiller à la cybersécurité qui touche tout le monde, des entreprises, aux citoyens en passant par les Etats et les organismes d’intérêt public. « Nous développons aussi un plan blockchain. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, nous analysons également les interactions entre le digital et les enjeux climatiques. Autre terrain d’action : en Belgique, nous avons développé une excellente compétence dans les jeux vidéo sans cependant être capable de générer un véritable écosystème dans ce domaine. Nous devons y travailler par la mise en place, notamment, d’un tax shelter pour les jeux vidéo. Il faut aussi que nous soyons attentifs à l’interopérabilité qui doit se construire au niveau européen. Il faut que l’Europe se crée une souveraineté digitale dans le Web 3.0. Nous avons remis le citoyen au centre avec une régulation avancée sur les données », conclut Mathieu Michel. Réguler le Web 3.0 ne sera sans doute pas totalement réalisable mais la mise en place de « gate keepers » devrait au moins permettre de créer des espaces de confiance dans ce large univers. Et ce, pour autant que les internautes acceptent de « jouer le jeu ».

 

Consultez sur MoneyStore le dossier complet « Métavers : enjeux, risques et opportunités d’une réalité en devenir », par Brigitte Doucet, Responsable du site Regional IT et Isabelle de Laminne, Responsable du blog MoneyStore.be

Acheter et vendre dans le métavers : Opportunités et risques

Big tech : excellence ou nuisance ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.