Les opportunités à ne pas négliger dans la Chine de Xi Jinping

Par Terrence Gray, Gérant de portefeuille chez Lazard Asset Management

L’aspiration de la Chine à une « prospérité commune » renforce tout particulièrement les perspectives des catégories à faible revenu. Elle pourrait permettre au pays d’atteindre une croissance plus durable et de créer de nouvelles opportunités d’investissement sur le long terme.

 

Au cours de l’année écoulée, la « Prospérité commune » est devenue le nouveau mantra du gouvernement chinois. Celui-ci a adopté une série de réglementations en ce sens, ciblant les segments d’activité à forte croissance de la technologie aux jeux d’argent, en passant par l’éducation, la santé ou encore l’immobilier.

 

Réglementations et réformes

 

Pour comprendre les motivations de la Chine, remettons dans leur contexte les dernières réglementations et réformes. Depuis que la Chine a entamé en 1978 l’ère des réformes actuelle, sous Deng Xiaoping, elle est devenue la deuxième économie mondiale. L’extrême pauvreté a connu un recul spectaculaire de 66 % en 1990 à 0,3 % en 2019, selon la Banque mondiale. Quatre décennies de forte croissance ont toutefois créé des problèmes structurels inattendus, notamment la hausse des inégalités de revenus. Malgré le succès de la Chine dans l’élimination de l’extrême pauvreté, près de 70 % de la population demeure dans le segment des faibles revenus. Seulement 8,5 millions de personnes sont considérées comme ayant des revenus élevés, tandis que 400 millions se trouvent entre-deux.

 

Les dirigeants chinois sont bien conscients de cette disparité et prennent des mesures pour la réduire. En mai 2020, le Premier ministre chinois Li Keqiang a évoqué le nouvel objectif du pays de compter 700 millions de personnes dans la classe moyenne d’ici 2035. Ce but ambitieux consiste en substance à faire entrer en 15 ans dans cette catégorie 300 millions de personnes, ce qui équivaut à la quasi-totalité de la population étasunienne.

 

Le piège du revenu intermédiaire

 

L’expansion de la classe moyenne est une étape cruciale sur la longue route menant au statut d’économie développée. Aujourd’hui premier exportateur mondial, la Chine doit diversifier et étoffer la demande nationale pour éviter ce que la Banque mondiale appelle le « piège du revenu intermédiaire », c’est-à-dire lorsqu’un pays émergent ne parvient pas à développer de nouveaux marchés d’exportation et à faire croître sa propre économie intérieure.

 

En d’autres termes, elle cesse d’innover et se retrouve dans un cycle de croissance faible dont il lui est difficile de s’échapper. De fait, des dizaines d’économies émergentes ont été prises dans ce piège au fil des ans, à l’exception notable de Hong Kong et du Japon.

 

Réglementation : Les opportunités

 

L’ambitieux objectif de la Chine nécessite des mesures radicales. Les réformes et réglementations adoptées l’année dernière ont essentiellement eu pour vocation de diffuser la richesse ou tout du moins de niveler les règles du jeu, par exemple dans les domaines de l’éducation, du logement, du commerce et de la santé.

Lorsqu’on examine l’évolution réglementaire de la Chine sous l’angle des opportunités, on cherche à identifier les secteurs et les entreprises qui pourraient en bénéficier.

 

À l’heure actuelle, on peut ainsi déceler des pistes intéressantes dans trois segments.

 

  1. Produits de consommation

Dans l’ensemble, la consommation chinoise devrait fortement augmenter dans les années à venir. À l’heure actuelle, le taux d’épargne de la Chine est d’environ 40 % du PIB, le plus élevé au monde. Les principales raisons en sont l’absence de filet de sécurité et les prix prohibitifs de l’immobilier. Dans la mesure où la réglementation et les réformes peuvent améliorer ce filet de sécurité, les consommateurs chinois prendront suffisamment confiance pour augmenter leurs dépenses. Un modèle de croissance économique basé sur la consommation nécessite beaucoup moins d’effet de levier que le modèle d’investissement qui a prévalu au cours des dernières décennies en Chine, ce qui devrait le rendre plus durable. En outre, des prix du logement plus abordables devraient libérer les ressources financières des ménages au profit de catégories en forte croissance, notamment les produits laitiers, la restauration rapide, les assurances, les appareils électroménagers, les médias et les cosmétiques.

 

  1. Santé

Le gouvernement s’est attaché à réduire les prix des soins de santé pour les rendre plus abordables. Un système d’approvisionnement basé sur les volumes géré par l’Administration de la sécurité des soins de santé permet d’effectuer des achats à grande échelle pour tous les hôpitaux par le biais d’un processus d’appels d’offres. Les fabricants de dispositifs médicaux proposant des produits de qualité devraient bénéficier de volumes accrus, car les hôpitaux opèrent en synergie et les coûts élevés de distribution (qui ont fait augmenter de près de 300 % le prix d’usine de certains articles) ont été éliminés.

 

  1. Technologie

Les réglementations antitrust imposées aux géants de la technologie profiteront certainement aux petites entreprises technologiques. Bien que nous n’en soyons qu’à l’aube de cette évolution, on a déjà constaté une augmentation significative des nouveaux commerçants sur une plateforme d’e-commerce plus modeste ciblant les clients des villes des catégories inférieures. La technologie joue un rôle essentiel dans l’amélioration de la productivité et la croissance durable des revenus pour ceux qui se trouvent en bas de la pyramide. Par exemple, les commerçants de petite et moyenne taille, qui n’ont qu’une faible capacité d’acquisition de clients, devaient s’acquitter de frais élevés auprès des grandes plateformes monopolistiques de commerce électronique. Les changements réglementaires permettront à ces commerçants d’acquérir une meilleure maîtrise sur leurs partenariats et d’un plus grand nombre d’options dans ce domaine. Les outils de gestion de la relation client (CRM) qui aident ces commerçants à acquérir directement des clients, et donc d’économiser sur les coûts marketing et autres frais associés, constituent un domaine de croissance potentiel.

 

Focus sur la transformation de la Chine

 

Les inquiétudes concernant les dernières mesures réglementaires dépassent largement le monde de l’investissement. Le gouvernement intervient-il trop dans la vie privée des citoyens et dans la prise de décision des entreprises ? Les réformes en Chine vont-elles être repoussées ? En définitive, la Chine est-elle toujours favorable à la croissance ?

Même s’il convient de surveiller l’action de ce gouvernement, la volonté de la Chine en faveur d’une prospérité commune, ou de la diffusion de la richesse, est favorable à la croissance. Les succès de la Chine au cours des 30 à 40 dernières années sont redevables à son économie de marché. Certaines mesures récentes peuvent sembler trop rapides et brutales, mais l’objectif sous-jacent de Xi Jinping et de son administration est d’accroître le revenu de la population, en développant ainsi la classe moyenne et en créant une croissance plus durable pour l’économie sur le long terme. S’ils se concentrent sur cette transformation, les investisseurs peuvent déceler des opportunités intéressantes en Chine au cours des dix prochaines années.

 

Consultez aussi le corner Billet d’humeur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.