Flare me to the moon

Par Thomas Planell, Gérant – analyste, chez DNCA

La mélodie qui se joue sur le marché de l’électricité aujourd’hui rappelle le blocage des marchés interbancaires en 2008. Encore peu visible par les yeux du consommateur final, le centre névralgique du négoce d’énergie européen, le marché de gros, est en épilepsie. La hausse des prix depuis deux ans pousse le prix de l’électricité à un niveau équivalant à 700 dollars sur le baril de pétrole. Les appels de marge totalisent près de 1.500 milliards d’euros, consumant les liquidités des acteurs du secteur aussi sûrement que Gazprom « flare » (brule) la précieuse vapeur inflammable plutôt que de la livrer à l’Europe par Nord Stream 1.

 

Mode de calcul

 

Bien qu’en 2021 l’éolien ait manqué à l’appel avant le parc nucléaire français cette année, l’explosion des prix est moins due à un manque de capacités qu’au mode de calcul du prix de gros. S’il monte jusqu’au ciel, voire jusqu’à la lune, c’est qu’il est calculé en fonction du prix du CO2 et des énergies fossiles (le gaz notamment), eux-mêmes corrélés entre eux !

 

Il faut donc réformer le mécanisme de calcul du prix de l’électricité en permettant de découpler le prix de l’électricité de celui du gaz tout en encourageant les producteurs à investir sans relâche dans les renouvelables.

 

Cette explosion des prix de l’énergie, principal sujet politique en cette rentrée, dicte à Christine Lagarde et aux investisseurs leurs inquiétudes, à savoir l’intensité de la récession présumée vers laquelle le prix incandescent de l’énergie nous précipite. Selon Goldman Sachs, la facture énergétique européenne pourrait s’élever jusqu’à 2.000 milliards d’euros soit 15% du PIB européen…

 

Urgence sociale

 

L’alarme de l’urgence sociale retentit. A commencer par le Royaume-Uni où l’effet de l’inflation sur les ménages y est pour l’instant le plus violent. Tandis qu’elle commence son mandat par les funérailles de la Reine, la nouvelle Première ministre Liz Truss fait ses premières promesses au peuple. Grâce à la main de velours de celle qu’on aime paradoxalement comparer à Thatcher, les ménages britanniques ne paieront que 2.500 livres sterling de facture contre 3.350 livres sterling estimés par l’Ofgem (le régulateur britannique pour les marchés du gaz et l’électricité).

 

Outre-Manche, on dresse l’inventaire de l’arsenal des contre-mesures possibles : taxes exceptionnelles sur les producteurs d’hydrocarbures, garanties de collatéral sur les marchés dérivés, cap sur les prix d’importations russes, rationnement électrique (10-15% pour les consommateurs auxquels s’ajoutent des incitations à réduire les consommations de 5% en heures pleines). Au total, on vise à réduire de 650 milliards euros la charge de l’énergie… Mais tout comme on ne crée de monnaie sans imprimer de dette, on n’efface pas une dépense sans la porter au bilan ailleurs.

 

Report sur les dettes publiques

 

La créance que détient le producteur d’énergie sur le consommateur ou l’entreprise fragiles devient donc une créance d’Etat. Elle s’ajoute à la dette ainsi qu’à la charge d’intérêt publique.  La fin du quoi qu’il en coûte n’a donc pas encore sonné ! Et cela tombe au moment où Lagarde abat le couperet de la hausse de taux la plus importante de la BCE depuis fort longtemps. Nous voilà donc rentrés dans la période délicate où politiques monétaire et budgétaire divergent.

 

C’est dans ces phases assez inconfortables que les taux d’intérêt et les taux de change deviennent les plus délicats à anticiper… Si chacun s’entend à dire que le dollar est trop cher, il est plus dur de s’accorder sur la devise à détenir pour parier sur son repli… A moins que Poutine ne craque où que l’hiver ne nous soit exceptionnellement clément, l’euro ne forme pas encore le candidat idéal face au billet vert…

 

Texte achevé de rédiger le 9 septembre 2022.

 

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