Vendre au plus haut ? Une décision qui peut coûter cher !

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Par Duncan Lamont, Head of Research and Analytics chez Schroders

Les valorisations des marchés d’actions atteignent des sommets. Dès lors, les investisseurs doivent-ils encore s’engager ou le moment de sortir est-il venu ? Si l’on se retourne sur 100 ans d’histoire, qu’adviendra-t-il du rendement si un investisseur décide de sortir au plus haut ? Conclusion : choisir le moment opportun sur le marché est impossible et très onéreux !

 

Fin mars, le rapport cours/bénéfice du S&P 500 progressait à 34 fois. Un niveau supérieur à la bulle Internet fin 1999, lorsque le rapport cours/bénéfices n’a pas dépassé 31 fois. Et nettement supérieur à la moyenne de 17 fois sur le long terme. Le tableau n’est pas différent si l’on considère le CAPE, ou Shiller PE, le rapport cours/bénéfice cyclique corrigé. Celui-ci n’a été supérieur que lors du battage médiatique Internet.

 

Trop cher : faut-il donc vendre ?

 

Cette valorisation élevée correspond-elle à un conseil à la vente ? C’est à l’investisseur de décider. Mais reconnaître un pic de marché s’avère d’une difficulté sans précédent. En effet, vendre toutes ses actions sur la base de valorisations à faire blêmir s’est avéré une stratégie perdante dans le passé. On peut mitiger l’exposition, mais des mesures draconiennes peuvent avoir des conséquences drastiques.

 

 

Les ventes poussent à la faute

 

Prenons l’exemple d’un investisseur dans le S&P 500, qui a la chair de poule lorsque le ratio cours/bénéfice dépasse la moyenne de 50 %. Chaque fois que cela se produit, cet investisseur cède ses actions. Et il réinvestit lorsque les valorisations ont reculé. Il s’agit d’une stratégie qui, en bout de course, ne donne rien !

S’il prend ses décisions sur la base de la CAPE, il n’aurait fallu que quelques mois pour que cet investisseur se retrouve à la marge des marchés boursiers depuis 2013, et il aurait « raté » pas mal d’opportunités.

 

Le tableau ci-après indique ce qu’un investisseur aurait perdu avec une telle stratégie. En moyenne, il perdrait un bénéfice potentiel de 43 % en vendant trop rapidement. Par le passé, les cours ont continué à progresser pendant 17 mois, en moyenne, avant que les marchés atteignent des sommets. Aujourd’hui, on est revenu à 12 mois.

 

 

Maintenir ses investissements finit par payer

 

Mais comment éviter de perdre en vendant quand les marchés sont chers ? Chaque marché bull finit par tourner au vinaigre. Et l’investisseur qui ne bouge pas subira alors une baisse pour son choix, qu’il aurait pu éviter en vendant. Cependant, les pertes éventuelles qui auraient pu être évitées ne compensent pas les bénéfices perdus. Même en cas de pertes, celles-ci seraient restées limitées.

 

En termes de rendement, une stratégie consistant à maintenir l’investissement d’un investisseur au cours des 130 dernières années aurait généré un rendement annuel de 9,7 %. 100 dollars investis en 1890 en vaudraient 1,1 million aujourd’hui dans le cadre d’une stratégie de sortie systématique de marchés affichant une valeur élevée. Pas mal. Mais ces 100 dollars vaudraient 18,1 millions si les investissements avaient été maintenus. Une différence sensible.

 

Le clou de l’histoire

 

Vendre des actions uniquement parce que le marché semble cher constitue rarement une bonne idée. Les marchés peuvent renchérir. Mais cela peut même devenir moins cher sans baisse des marchés (une reprise des bénéfices peut rendre les ratios bénéficiaires plus favorables).

 

Les investisseurs ne doivent pas uniquement se laisser guider par une valorisation élevée. Ils doivent également tenir compte de leurs convictions, de leurs objectifs d’investissement, de leur appétit pour le risque et de leur horizon de placement. Celui qui s’inquiète malgré tout peut envisager de réduire son allocation aux actions. Ou la déplacer vers des segments du marché qui semblent moins chers, comme les marchés en dehors des États-Unis ou les actions de valeur.

 

Déterminer le bon moment pour tout vendre est trop demandé. Dans les histoires à succès des investisseurs sortis au bon moment, on ne parle jamais de la majorité qui n’a pas su choisir le moment opportun sur le marché.

 

Lire également Why you shouldn’t try to time the top of the market, par Duncan Lamont, Head of Research and Analytics chez Schroders.

 

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