Vers la durabilité dans la dette émergente

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Par NNIP

Investir dans la dette émergente, tout en intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance n’est pas chose aisée. Les questions relatives aux données et à la transparence sont courantes, et de nombreux investisseurs dans la dette émergente perçoivent toujours l’intégration ESG comme un obstacle à des rendements élevés. Mais l’intégration des facteurs ESG peut également fournir un outil puissant pour identifier et évaluer les risques et opportunités clés. En investissant de manière responsable dans les marchés émergents, les investisseurs peuvent bénéficier de rendements élevés tout en contribuant à un monde plus durable.

 

Eviter l’exclusion

 

Les pays des marchés émergents sont généralement confrontés aux plus grands déficits de financement pour atteindre leurs objectifs de développement social, mais les investisseurs n’apprécient souvent pas les mesures qu’ils prennent pour y remédier. L’exclusion de ces pays basée sur leurs niveaux actuels de durabilité peut freiner leur capacité à se développer davantage. À l’inverse, en élaborant les bons cadres et en évaluant les pays en fonction du chemin qu’ils empruntent et de la manière dont ils pourraient évoluer, les investisseurs dans les marchés émergents peuvent bénéficier de nombreuses possibilités d’amélioration tout en aidant les pays à atteindre leurs objectifs de durabilité.

Comment intégrer l’ESG ?

 

Investir de manière responsable dans les marchés émergents peut s’avérer difficile en raison des questions de transparence, de disponibilité et de qualité des données. Mais comment investir en toute confiance à l’aide de critères ESG ?

La quantité de données n’est pas nécessairement le problème. Les pays sont de plus en plus disposés à divulguer des informations et les données deviennent beaucoup plus accessibles. Cela s’explique en partie par les efforts déployés par des organisations multilatérales telles que la Banque mondiale et le FMI et, en partie, par le fait que les investisseurs exigent plus de transparence et de meilleures données. La difficulté réside dans la qualité des données et dans la capacité à les analyser et à dégager les bonnes conclusions.

C’est là que l’expérience entre en jeu : le gestionnaire doit être capable d’évaluer les données et d’établir des comparaisons entre les pays. De cette manière, il peut récompenser les pays qui progressent et adopter une approche plus prudente vis-à-vis de ceux qui se dégradent. Mais il est très difficile de comparer le Chili avec l’Éthiopie ou la Pologne avec l’Angola. Le gestionnaire doit être capable de trouver le dénominateur commun dans toutes ces données et de les utiliser de manière prospective. Les données de la Banque mondiale ou d’autres sources externes accusent souvent un retard d’au moins un an, allant parfois jusqu’à deux ou trois ans. Ces données peuvent servir de point de départ, mais il faut les rectifier par une évaluation plus fréquente. C’est là qu’interviennent l’expérience et la qualité de la gestion.

Progrès et chemin à parcourir

 

Les marchés émergents sont relativement vastes et diversifiés. Où sont observés le plus de progrès et d’élan sur les sujets liés aux ESG ? Et dans quels domaines reste-t-il du chemin à parcourir ?

Il est difficile d’y apposer une étiquette régionale. La base de départ sera naturellement différente pour l’Europe centrale et orientale. L’Afrique et l’Amérique latine, c’est une tout autre histoire. Mais ce qui est clair, c’est la progression globale et la sensibilisation croissante. Certaines régions peuvent accuser un retard sur certains aspects en raison de leur situation géographique ou d’autres contraintes, mais la réalité peut surprendre. L’Asie est peut-être réputée moins axée sur les questions environnementales, par exemple, mais la Chine vise désormais la neutralité carbone d’ici 2060 et son marché des obligations vertes se développe rapidement.

La plupart des pays ont progressé rapidement, y compris de nombreux marchés frontières comme l’Angola, le Kenya et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il faut également examiner les trois facteurs à un niveau global : E, S et G. Disséquer les informations donne une image incomplète. Certains pays progressent sur le plan environnemental, mais sont à la traîne sur les facteurs sociaux.

Les défis majeurs lors de l’intégration des facteurs ESG

 

Deux grands défis peuvent être considérés. Tout d’abord, il y a l’éternel dilemme que les pays en phase de développement précoce ont tendance à présenter les plus grands déficits de financement. Ils ont besoin de capitaux pour atteindre leurs objectifs de développement social : offrir plus de sécurité, garantir une meilleure éducation, renforcer l’accès à l’eau potable, etc. Les investisseurs n’apprécient pas toujours ce que ces pays font pour s’améliorer. Il faut donc élaborer un cadre spécifique à la situation des marchés émergents, qui examine le chemin parcouru par un pays ainsi que l’état actuel de la situation. Sinon, ces pays sont simplement exclus, et ils se voient refuser le capital dont ils ont besoin pour continuer à s’améliorer.

Le deuxième défi est que les données disponibles sont souvent obsolètes, rétrospectives ou truffées de valeurs manquantes. Encore une fois, pour y remédier, il faut élaborer les bons cadres. Des analyses fréquentes sont également cruciales. Une révision tous les ans ou tous les deux ans prive l’investisseur des opportunités qui se présentent ou se présenteront prochainement. Et seuls les pays qui prennent des mesures aujourd’hui, par opposition à il y a trois ou cinq ans sont récompensés.

Quel conseil aux investisseurs ?

 

Quel conseil peut-on donner aux investisseurs dans les marchés émergents qui cherchent à investir de manière responsable ? Le monde change, tout comme les marchés émergents. Ainsi, investir aujourd’hui ne doit pas limiter l’analyse à des facteurs de gouvernance tels que la volonté et la capacité d’un émetteur à payer. Il faut également évaluer les critères environnementaux et sociaux. L’impact du changement climatique augmente, ce qui entraîne des modifications dans l’environnement réglementaire. La crise du Covid-19 a également mis en lumière les questions sociales dans le monde entier. Si les pays souhaitent continuer à bénéficier d’un soutien multilatéral, ils devront prendre des engagements spécifiques sur les questions environnementales et sociales.

Et, comme l’univers est tellement diversifié, les investisseurs doivent non seulement examiner les risques auxquels les pays sont confrontés, mais aussi les facteurs d’atténuation– le risque de catastrophe naturelle ou d’attentat terroriste, par exemple.

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