Resserrement réglementaire en Chine : Que s’est-il passé ?

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Par ODDO BHF Asset Management

La Chine est la deuxième puissance économique mondiale. Les actions des sociétés technologiques prospères sont donc représentées dans les portefeuilles de nombreux investisseurs au niveau global. Cependant, ces derniers mois, plusieurs mesures réglementaires ont fait chuter les cours des actions, en particulier ceux des valeurs du secteur de l’internet. Le coup d’envoi a été donné en novembre de l’année dernière avec l’annulation surprise de l’introduction en bourse de Ant, une filiale d’Alibaba suivi de nouvelles directives visant les plateformes en ligne puis des enquêtes sur des pratiques anticoncurrentiels d’Alibaba. En avril, Alibaba a été condamné à payer une amende de 2,8 milliards de dollars.

 

D’autres mesures qui ont ébranlé la confiance des investisseurs ont ensuite entraîné une véritable liquidation des valeurs technologiques chinoises. Il s’agissait notamment d’enquêtes sur le fournisseur de services de mobilité Didi, la version chinoise d’Uber, pour des violations de données quelques jours seulement après la cotation de la société à New York. Quelques jours plus tard, l’application de la société a été bannie des boutiques d’applications. L’interdiction faite aux prestataires de services d’éducation privée de générer des bénéfices et les tentatives de lutte contre l’addiction aux jeux d’argent chez les jeunes ont également provoqué des pressions à la baisse des cours.

 

Quel est le contexte de ce cycle règlementaire ?

 

On sait depuis la fin de l’année dernière que le gouvernement chinois souhaite renforcer la réglementation, jusqu’alors plutôt laxiste, des grandes entreprises de l’internet et du commerce électronique. À cette fin, l’autorité chinoise de la concurrence a été renforcée et des règles ont été établies pour identifier et éliminer les monopoles. En même temps, les fintechs comme Ant doivent être dorénavant considérées comme des institutions financières avec des exigences de capital comparables.

 

L’introduction en bourse de Ant a été reportée jusqu’à ce que ces règles soient mises en œuvre et que l’entreprise soit restructurée. En outre, les pratiques identifiées comme anticoncurrentielles ont été interdites. Cette mesure est dirigée, par exemple, contre Alibaba, qui oblige de facto les commerçants à vendre leurs produits exclusivement sur ses plateformes. Alibaba a également été la première entreprise à devoir payer une amende pour violation de la concurrence (équivalente à 2,8 milliards de dollars, en soi une somme abordable pour Alibaba).

 

Toutefois, des procédures similaires sont toujours en cours chez de nombreux concurrents et les acquisitions dans le secteur des technologies font l’objet d’un examen plus minutieux. Les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations de déclaration des rachats devront s’attendre à des sanctions. Ces mesures ont été accueillies avec beaucoup d’inquiétude par les investisseurs. Pour eux, la question est de savoir si une réglementation plus stricte va avoir un impact durable sur les activités des grandes plateformes internet et dans quelle mesure il s’agit d’un jeu de pouvoir entre le gouvernement et les entreprises.

 

L’importance des grandes sociétés Internet pour l’économie nationale a rapidement augmenté ces dernières années. Cela rend les entreprises plus difficiles à contrôler. En outre, le gouvernement s’est senti mis au défi par les critiques ouvertes de Jack Ma, le fondateur d’Alibaba.

 

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

 

Comme en Chine, des mesures visant à limiter le pouvoir de marché des grandes plateformes internet sont également discutées en Occident. Cependant, la communication et l’approche des régulateurs chinois sont beaucoup moins transparentes. Par exemple, les réglementations sont souvent formulées de manière si vague qu’elles laissent une grande place à l’interprétation. D’autre part, les procédures, comme celle contre Alibaba, sont souvent conclues relativement rapidement, alors qu’en Occident elles durent souvent des années. Même si d’autres mesures suivent dans les trimestres à venir, le cycle réglementaire en Chine pourrait donc se terminer plus tôt qu’en Occident.

 

La vente massive des valeurs technologiques chinoises peut également ouvrir de bons points d’entrées. En 2018, par exemple, les actions des développeurs de jeux en ligne ont subi une forte pression lorsque la Chine avait suspendu l’approbation de nouveaux jeux en ligne. Toutefois, les actions de Tencent, qui ont dégringolé, se sont redressées relativement rapidement par la suite.

 

Aux niveaux de prix actuels, le marché évalue un scénario pessimiste pour les principales sociétés de l’internet. Il est vrai que la croissance de ces sociétés se voit ralentie par ces mesures réglementaires et que les marges pourraient diminuer quelque peu. Néanmoins, ces sociétés figurent toujours parmi les entreprises dont la croissance est la plus forte au niveau mondial. Le gouvernement souhaite une concurrence équitable qui renforce l’innovation, assure l’emploi et fait de la Chine un concurrent technologique aux États-Unis.

 

Les grandes entreprises technologiques sont indispensables à cet effet. Les grandes entreprises technologiques chinoises, dotées de bilans solides et de flux de trésorerie disponibles positifs, offrent des opportunités à long terme au niveau actuel des cours de leur actions.

Aucune des entreprises susmentionnées n’est visée par une recommandation d’investissement.

*Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.

 

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