Quatre questions pour l’année du bœuf

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Par Erik Joly et Arthur Jenck, ABN AMRO, Private Banking

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé :

  • La Chine, seule économie clé affichant une croissance annuelle positive en 2020 (+2,3%)
  • La lutte contre le virus à l’origine de la surperformance économique de la Chine
  • Relèvement de la prévision de croissance 2021 de 8% à 8,5%
  • Les tensions américano-chinoises persistent sous Biden, mais les chocs macro ou boursiers dus aux tensions sont moins probables

 

Rétrospective 2020

Mais comment la Chine a-t-elle surperformé après la crise du covid-19 ? Le covid-19 étant originaire de Wuhan à la fin de 2019, la Chine a été le premier pays à faire face aux conséquences économiques de la pandémie. La pause du Nouvel An lunaire prolongée en janvier / février 2020, les confinements associés et autres mesures de sécurité ont déclenché une contraction historique de -6,8% en glissement annuel (GA) au premier trimestre 2020. Cependant, la Chine a montré un impressionnant retour à la croissance dès le deuxième trimestre  (+ 3,2% en GA) qui s’est accéléré aux troisième  (+4,9% en GA) et au quatrième  (6,5% en GA) trimestres. Par conséquent, la Chine a été la seule économie clé à avoir affiché une croissance annuelle positive l’an dernier (+ 2,3%).

Cette surperformance découle principalement du contrôle de la pandémie, limitant ainsi les «secondes vagues» du virus, à la fois en termes absolus et relatifs. En conséquence, l’industrie et les exportations ont pu reprendre, dynamisées par des politiques de soutien. Pour autant, la consommation intérieure accuse du retard. L’objectif de la Chine d’augmenter la part de la consommation dans le PIB (un objectif reconfirmé l’année dernière avec l’adoption de la stratégie de double circulation) n’a manifestement pas porté ses fruits. Les secteurs sensibles à la distanciation sociale, comme par exemple, le transport de passagers et le secteur de l’hôtellerie sont toujours sous-performants.

Quelles perspectives de croissance pour 2021 et 2022?

La croissance du premier trimestre devrait être plutôt faible, à l’image du reste du monde. L’économie ressentira l’impact des restrictions de mobilité plus strictes limitant les déplacements pendant la période du Nouvel An lunaire d’une part et un affaiblissement de la demande extérieure d’autre part. On peut prévoir une accélération de la croissance dans le courant de l’année. Somme toute, on peut anticiper une surperformance de la Chine en 2021. La prévision de croissance annuelle 2021 a été relevée de 8,0% à 8,5%. Les prévisions de croissance pour 2022 sont inchangées à 5,5%.

Quels sont les objectifs stratégiques de la Chine pour 2021?

En octobre 2020, le 14ème  plan quinquennal de la Chine a été discuté à Pékin lors de la cinquième session plénière du 19ème Comité central du PCC. La «stratégie de double circulation» a été adoptée. Il s’agit de plans stratégiques visant à promouvoir le développement technologique, la consommation intérieure en tant que moteur clé de la croissance et enfin la réduction de la dépendance des exportations à des produits essentiels tels que les semi-conducteurs et ce, dans un contexte géopolitique plus protectionniste et incertain. Le plan s’articule autour de huit « missions clés » pour 2021, dont les trois premières sont particulièrement liées à la double circulation :

  • renforcer les technologies stratégiques (avec un rôle important pour l’État)
  • Accroître la capacité de contrôle des chaînes d’approvisionnement industrielles,
  • augmenter le poids de la demande intérieure,
  • réforme et ouverture en cours,
  • assurer la sécurité alimentaire,
  • renforcer les mesures antitrust et empêcher l’expansion désordonnée du capital,
  • résoudre les problèmes de logement résidentiel dans les grandes villes,
  • commencer à travailler vers la réduction des émissions de CO2 avant 2030 et la neutralité carbone avant 2060.

Concernant ce dernier point, les ambitions environnementales de la Chine constitueront un frein sérieux à la croissance économique dans un horizon de prévision de deux ans.

Evolution des relations américano-chinoises sous l’administration Biden

Sous l’administration Trump, les tensions sino-américaines ont éclaté, en particulier à partir de 2018. Les États-Unis ont entamé une guerre commerciale bilatérale avec la Chine qui s’est terminée avec le soi-disant accord (phase 1) signé en janvier 2020, juste avant le déclenchement de la pandémie de Covid-19. Au cours des dernières années, les États-Unis ont également renforcé toutes sortes de restrictions stratégiques sur les exportations et les investissements étrangers. Ils ont imposé des sanctions à des particuliers et des entreprises chinois qui agissent en désaccord avec les droits de l’homme, à Hong Kong et au Xinjiang. Sous la nouvelle administration Biden, les relations sino-américaines resteront difficiles. En effet, aux États-Unis, «faire preuve de fermeté envers la Chine» rassemble les deux partis. Mais, Joe Biden déploie plus d’efforts pour renforcer les liens avec les alliés traditionnels et accroître ainsi la pression sur la Chine dans un contexte multilatéral.

De plus, une administration Biden peut également être plus équilibrée dans son approche par rapport à la Chine, car elle reconnaîtra que la coopération avec la Chine (par exemple sur les questions climatiques) reste nécessaire. La nouvelle administration pourrait bien poursuivre les restrictions et sanctions stratégiques sur les exportations et les investissements étrangers. Cependant, une reprise de la guerre commerciale n’est pas prévue. Dans l’ensemble, les tensions sino-américaines devraient devenir davantage un problème structurel sous Biden, au lieu de prendre la forme de chocs macroéconomiques et financiers sur les marchés, éléments récurrents sous l’administration Trump.

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