Place à l’Europe dans les portefeuilles ?

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Par Deutsche Bank Belgique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En résumé :

 

  • Depuis quelques mois, presque toutes les bourses grimpent vers les sommets.
  • Les investisseurs ont néanmoins tout intérêt à garder les mains sur le guidon, et à envisager si nécessaire de prendre un chemin de traverse.
  • Les actions européennes profitent de leur profil cyclique. Elles bénéficient aussi traditionnellement d’une décote qui est actuellement relativement élevée.

 

Facteurs favorables

 

De la plus petite bourse du monde (le Yangon Stock Exchange en Birmanie, qui ne comprend que 7 actions pour une capitalisation de marché de 500 millions de dollars seulement) à la plus grande (le New York Stock Exchange, avec 2.400 entreprises cotées et plus de 25.000 milliards de dollars de capitalisation), toutes les places boursières de la planète sont résolument orientées à la hausse depuis leur plongeon du 1er trimestre 2020. Même si certaines d’entre elles ont parfois fait du surplace, la tendance haussière est générale. Cette bonne tenue s’explique par les diverses forces qui se conjuguent actuellement pour soutenir les marchés d’actions :

 

  1. Dans de nombreuses grandes économies, la vaccination a atteint sa vitesse de croisière. Les réouvertures se succèdent, ce qui est propice à la croissance.

 

  1. Un surcroît de croissance économique dope les activités des entreprises, et donc leurs bénéfices.

 

  1. Même si les taux d’intérêt ne sont plus à un niveau plancher, dans l’absolu leur niveau reste extrêmement bas. Ce contexte est favorable aux actions. Les banques centrales continuent à stimuler la reprise en cours, en poursuivant leurs politiques monétaires très accommodantes. À part les actions, les investisseurs en quête de rendements plus élevés n’ont pas beaucoup d’alternatives.

 

Plusieurs raisons de rester prudent

 

Voilà pour le positif. Ces dernières semaines, quelques signes sont cependant apparus qui devraient, à court terme, inciter les investisseurs à une certaine prudence, même si les marchés financiers semblent ne pas s’en préoccuper jusqu’à présent :

 

  1. La principale préoccupation a trait à la hausse de l’inflation, qui s’est déjà amorcée aux Etats-Unis. L’inflation y a progressé de 5% (en mai, sur base annuelle, prix de l’énergie et de l’alimentation inclus), soit la plus forte hausse depuis août 2008. Les prix des matières premières (de l’aluminium jusqu’au soja) augmentent également et alimentent l’inflation. Si cette tendance se poursuit au point d’obliger les banques centrales à resserrer leur politique monétaire plus vite que prévu, cette évolution aura un impact sur le marché des actions. Toutefois les taux obligataires, qui avaient augmenté au 1er trimestre, ont à nouveau baissé depuis.

 

  1. L’indice ISM manufacturier a probablement atteint son point culminant. Cet indice mesure le sentiment de 300 directeurs des achats d’entreprises manufacturières américaines et est généralement considéré comme un indicateur prédictif fiable. Par le passé, les pics de cet indice ont traditionnellement été suivis d’un mouvement baissier sur les bourses, d’ampleur variable.

 

  1. Le Citi U.S. Economic Surprise Index, qui indique la mesure dans laquelle les chiffres macroéconomiques US ‘surprennent positivement’, est en baisse depuis août 2020.

 

Lorsque l’on synthétise tous ces éléments, il y a de bonnes raisons de rester positif pour les marchés d’actions à moyen terme, mais en faisant preuve d’un peu plus de prudence à court terme. Il est dès lors préférable de rester investi et de mettre à profit un éventuel repli des cours boursiers ou une correction générale (une baisse de plus de 10%) pour augmenter l’exposition aux actions.

 

Actions européennes : profiter du profil cyclique

 

En Europe, la campagne de vaccination a démarré plus lentement qu’aux États-Unis, mais progresse désormais à plein régime. Cette évolution accélère la reprise cyclique. Or, comme les bourses du Vieux Continent ont un profil plus cyclique que celles outre-Atlantique, l’Europe en profite davantage. Bien que l’on ne s’attende pas à ce que les bénéfices retrouvent leurs niveaux pré- Covid avant 2023, ces perspectives ont néanmoins un impact positif. Autre argument en faveur des actions européennes : leur valorisation par rapport aux actions américaines. Elles affichent traditionnellement une décote qui, pour l’instant, est encore relativement élevée.

 

Actions américaines : un climat encore favorable

 

Les États-Unis (la plus grande économie du monde) sont plus avancés que l’Europe dans le processus de redémarrage. Cette avance se reflète notamment dans le redressement plus marqué des bourses américaines depuis leur creux de mars 2020. On peut cependant supposer que la croissance des bénéfices des entreprises a atteint un plafond. Ou alors elle l’atteindra très bientôt. Beaucoup de nouvelles positives sont déjà intégrées dans les cours.

 

La forte hausse de l’inflation concerne pour l’instant avant tout les États-Unis, ce qui peut constituer une menace pour la valorisation élevée des actions, certainement en cas d’augmentation rapide et substantielle des taux d’intérêt.

 

D’un autre côté, les plans de relance du gouvernement Biden et la politique extrêmement souple de la Fed contribuent à instaurer un climat de taux faibles et de liquidités abondantes. Un climat propice aux actions.

 

Actions émergentes : potentiel haussier

 

Pour l’instant, le plus grand potentiel haussier se situe en Europe et dans les pays émergents. Les actions des marchés émergents ne sont pas trop chères (en termes relatifs) et devraient être en mesure de profiter de la reprise de la croissance mondiale. Le redressement des bénéfices des entreprises n’est pas encore totalement intégré dans les cours. La préférence régionale va à l’Asie, dont les performances en 2021 sont jusqu’ici restées en retrait par rapport à l’Europe et aux États-Unis.

 

Obligations : rester sélectif

 

Tant que les banques centrales conserveront une politique monétaire souple, les taux d’intérêt resteront désespérément faibles. Malgré l’augmentation des pressions inflationnistes, une première hausse du taux directeur de la Fed n’est pas attendue avant 2023, et même plus tard pour la BCE.

 

Il est conseillé, en règle générale, aux investisseurs en obligations de ne pas opter pour des durées trop longues. Les obligations de pays émergents libellées en dollars offrent toujours le meilleur ratio risque/rendement aux investisseurs en quête d’un rendement honorable. Le cas échéant, elles peuvent être complétées par des obligations de la catégorie ‘High Yield’, mais la sélectivité et la diversification restent un must absolu.

 

Le dollar n’est plus une valeur refuge

 

Le pronostic pour le taux de change EUR/USD est désormais de 1,20 pour juin 2022. En raison du plus grand appétit pour le risque qui caractérise actuellement les marchés, le dollar ne peut pas se rabattre sur son rôle de valeur refuge. En outre, le différentiel de croissance entre les Erars-Unis et l’Europe se réduira vraisemblablement à partir de l’année prochaine, ce qui devrait priver le dollar d’un autre facteur de soutien.

 

Parmi les autres éléments, citons l’ambition du gouvernement Biden de restaurer le leadership mondial des États-Unis, le fait que la Fed lâchera la bride monétaire avant la BCE, ainsi qu’un euro trop fort, qui n’est pas propice à la croissance économique dans la zone euro, et qui contraindrait sans doute la BCE à intervenir (au moins verbalement) pour faire baisser la devise européenne.

 

Que faire concrètement ?

 

Pour investir, il vaut mieux opter de préférence pour une approche intégrée, qui prend en compte tous les risques et opportunités des différentes classes d’actifs. Une approche cœur-satellite répond à cette exigence. Le cœur de portefeuille se compose d’investissements robustes, répartis stratégiquement entre différentes classes d’actifs et éventuellement assortis de mécanismes de limitation du risque baissier.

Dans la partie ‘satellite’ du portefeuille, on peut mettre en œuvre une stratégie axée sur les actions. Une approche hybride est alors privilégiée. D’une part une croissance qualitative (que l’on trouve essentiellement dans le secteur technologique) et d’autre part des valeurs cycliques susceptibles de profiter de la reprise économique. On pense ici au secteur financier et aux petites et moyennes capitalisations européennes (‘small & mid caps’).

On peut encore y ajouter d’autres investissements thématiques qui misent sur certaines tendances à long terme, comme l’énergie verte, l’intelligence artificielle, les infrastructures et les soins de santé. Les performances du secteur des soins de santé ont quelque peu stagné, mais les valorisations relatives sont attrayantes et l’on considère généralement que ce secteur recèle un fort potentiel de fixation des prix. L’inflation éventuelle pourrait donc être répercutée dans le prix payé par le client final.

 

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