Où en est la finance islamique ?

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Pour rappel, la finance islamique développe des produits qui répondent aux prescriptions de la sharia. Ce type de finance interdit d’investir dans un certain nombre de secteurs bien définis : l’alcool, les drogues, le jeu, la pornographie, l’alimentation non halal, le tabac, les banques et les assurances non-islamiques et, également, dans certains pans de l’industrie de l’armement.

Selon une récente étude réalisée par Moody’s, les marchés de la finance islamique ont poursuivi leur expansion en 2020. « La croissance de ce marché est supportée par des politiques gouvernementales dans plusieurs pays. Ces politiques se marquent par une croissance forte et en expansion pour ces produits », constatent les rédacteurs de cette étude[i].

La croissance des actifs de financement islamique sera modérée mais restera supérieure à celle des actifs conventionnels. L’Arabie Saoudite, la Malaisie et les Émirats Arabes Unis restent les plus grands marchés de la finance islamique dans le monde.

On distingue dans cet univers essentiellement deux types de produits : les sukuks et les takafuls.

Les sukuks

Le sukuk est assimilé à une obligation traditionnelle tout en respectant les règles de la Sharia. Par exemple, la finance islamique bannit les taux d’intérêt. L’émetteur d’un sukuk (obligation) vend le titre à des investisseurs, qui le louent ensuite à l’émetteur pour un loyer fixé à l’avance. L’émetteur s’engage également à racheter les obligations à une date précise et au prix d’émission. Il ne s’agit dès lors pas d’intérêts mais d’un loyer.

Comme il faut également clairement identifier les actifs, les sukuks doivent pouvoir justifier que leur rendement provient bien directement de l’achat d’un actif. Les sukuks ne représentent dès lors pas une dette mais un moyen de financement d’un actif tangible. Les émissions de sukuks devraient se stabiliser après un record en 2020 et cinq années consécutives de croissance.

Les takafuls

Takaful signifie assurance islamique en arabe. On peut traduire cela par « se garantir mutuellement ». Les compagnies qui émettent des takafuls recourent au « tabarru ». Il s’agit d’un contrat « à titre gratuit ». Concrètement, cela signifie que les souscripteurs versent une « donation », et non une prime, à l’opérateur.

Ensuite, pour exclure toute notion d’intérêt, le montant de ce « don » ne couvre que les frais de gestion du contrat. Les éventuels bénéfices doivent alors être partagés entre les assurés et l’opérateur.

Selon Moody’s, la croissance de ces fonds islamiques mondiaux sous gestion se poursuivra à un taux annuel probable de 4 à 5 % en 2021-2022.  La croissance des marchés des capitaux stimule la croissance de la finance islamique. Elle bénéficie de la charia.  La demande soutient également les investissements conformes à la charia.

Avenir

Comme dans les placements traditionnels, on assiste à une croissance des sukuks « verts ». « Le marché des sukuks verts et durables continue de croître fortement à partir d’une base faible et nous pensons que cette tendance va se poursuivre, compte tenu de la demande croissante des investisseurs pour de tels instruments. Les nouveaux arrivants sur le marché contribuent à stimuler la croissance, en particulier sur les marchés d’Asie du Sud-Est », estime Moody’s.

L’Indonésie est devenue le premier état souverain à émettre un sukuk vert en 2018. Le pays vise à attirer des fonds d’investisseurs étrangers qui se tournent de plus en plus vers des formes d’investissement vertes et durables.

Par ailleurs, on a noté  un nombre assez limité d’opérations de titrisations islamiques ces dernières années. Mais la création de nouvelles banques islamiques en Europe et les projets en cours au Moyen-Orient pourraient produire quelques nouvelles titrisations islamiques.

Cependant, la finance islamique reste encore une niche sur les marchés financiers.  « Les actifs des fonds islamiques n’ont cessé de croître ces dernières années. Et cela, malgré l’intensification des tensions géopolitiques et les fluctuations de croissance liées au prix du pétrole. Toutefois, par rapport à leurs pairs qui investissent dans des produits non islamiques, les gestionnaires d’actifs islamiques n’ont encore qu’une gamme de produits étroite. Ils manquent aussi d’envergure. Ces produits sont également axés sur les régions. Néanmoins, avec l’évolution des régimes réglementaires et la croissance des marchés de capitaux, nous nous attendons à ce que le secteur améliore sa position concurrentielle au fil du temps », prévoient les analystes de Moody’s. La digitalisation et l’amélioration des régulations devraient également supporter le marché des takafuls.

 

Consultez aussi sur MoneyStore :

Qu’est-ce que la finance islamique ?

Qu’est-ce qu’un sukuk ?

[i] Cross-Sector – Islamic Finance Growth prospects remain strong despite challenges from pandemic, Ashraf Madani Vice President – Senior Analyst , Moody’s, February 2021

 

 

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