Le vieillissement de la population : Un risque pour le modèle d’affaires des banques

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Selon les chiffres publiés par Statbel, en 2019, l’espérance de vie à la naissance s’établissait en Belgique à 81,8 ans pour la population totale. Elle était de 84 ans pour les femmes et de 79,6 ans pour les hommes. Ces chiffres sont un peu plus élevés en France. « En France, en 2019, l’espérance de vie à la naissance est de 85,6 ans pour les femmes et de 79,7 ans pour les hommes. Ces cinq dernières années, ils ont gagné 0,5 an d’espérance de vie et les femmes 0,2 an. L’espérance de vie continue de progresser mais les gains ralentissent », peut-on lire sur le site de l’INSEE.

 

Emprunts vs investissements

Le vieillissement a de nombreuses conséquences sur les soins de santé et les retraites, par exemple. Mais il pourrait aussi avoir un impact considérable sur les modèles d’affaires des banques. Lorsqu’ils sont jeunes, les ménages obtiennent des prêts à l’éducation et au logement auprès des banques. Ils remboursent ces prêts en vieillissant.

Avec le vieillissement de la population, les banques seront davantage utilisées à des fins de paiement et d’investissement. Elles devront aussi faire face à des retraits sur ces plans d’investissement pour assurer le train de vie des plus âgés. « Avec la diminution du nombre de jeunes emprunteurs, les activités de prêt traditionnelles et les ratios prêt/dépôt pourraient diminuer. Les banques pourraient devoir se lancer dans de nouvelles activités et agir davantage comme des non-banques », peut-on lire dans une étude du FMI[i].

Le vieillissement de la population devrait donc affecter l’équilibre entre épargne et investissement. « Le plus souvent, le vieillissement de la population est associé à une baisse de l’épargne privée. Pour autant, plusieurs économistes, qui se sont exprimés lors d’un symposium en marge du G20 Finances suppléants, considèrent qu’un mouvement inverse pourrait être observé, à savoir une hausse de l’épargne. La démographie pèsera également sur les perspectives d’investissements domestiques, incitant les entreprises à se développer sur des marchés étrangers plus dynamiques. Par ailleurs, le manque de main d’œuvre réduit théoriquement l’investissement », estime la DG Trésor en France

Le cas japonais

Le Japon a connu ce vieillissement de la population depuis de nombreuses années. Cette baisse va encore s’accélérer durant les 30 prochaines années. Ce pays peut alors servir de référence. En effet, l’analyse par le FMI des données des banques régionales japonaises montre que le vieillissement et le rétrécissement de la population ont tendance à entraîner une réduction des bilans et une baisse des ratios prêt/dépôt.

Les données suggèrent que le vieillissement de la population a été un facteur important de l’évolution constante des modèles d’entreprise des banques régionales. Elles se sont éloignées des activités bancaires principalement axées sur le prêt pour se concentrer davantage sur les investissements en titres et les sources de revenus générés par les commissions. Il s’agit là de l’un des divers canaux par lesquels le vieillissement peut affecter le secteur financier. On constate cependant que, dans l’histoire récente du Japon, la pénurie de main d’œuvre a provoqué une hausse de l’investissement.

Risque de stabilité financière

Selon le FMI, le vieillissement de la population peut aussi avoir des conséquences transitoires sur la stabilité financière. « Les sociétés vieillissantes sont confrontées à des risques accrus de longévité soit le risque de vivre plus longtemps que prévu. Dans de nombreux pays, il y a un manque d’instruments pour couvrir ce risque. Les personnes exposées sont les promoteurs de régimes de retraite, les compagnies d’assurance-vie et les ménages. Tous ces acteurs pourraient être confrontés à des difficultés financières en cas de réalisation de ce risque » (FMI 2012).

En outre, à mesure que le système financier s’éloigne de son métier traditionnel de prêts pour se tourner vers l’intermédiation de titres et d’autres activités non bancaires, il existe un risque accru que ces activités sortent des périmètres de réglementation et de surveillance existants. Rappelons que les actifs gérés pour compte de tiers n’entrent pas dans le bilan des banques. La gestion d’actifs est réalisée par des filiales ou des sociétés dédiées à ce métier.

De plus, la faiblesse des rendements attendus peut inciter les banques et autres institutions financières à rechercher des rendements ailleurs. Elles peuvent alors se diversifier vers d’autres métiers mais aussi à l’étranger. Le FMI soulève que cela pose des problèmes de stabilité financière sur leurs marchés nationaux.

Adaptation

Les services financiers doivent s’adapter aux besoins et demandes d’une société vieillissante. Avec des taux d’intérêt au plancher, on assiste à une compression des marges d’intérêt nettes. Les banques devront augmenter leurs revenus basés sur les frais, notamment en faisant payer les services bancaires de base. On remarque que c’est de plus en plus le cas dans les banques traditionnelles.

Même les néo-banques, comme Aion par exemple, fournissent des services annexes qui sont facturés sur base d’un forfait mensuel. Mais les jeunes générations accepteront-elles de payer des frais plus élevés sur leurs opérations financières ? Ne risquent-elles pas de se tourner pour leurs services bancaires et leurs prêts vers des banques présentant des coûts moindres ?

Les banques et sociétés de gestion font aussi face à la concurrence des gestionnaires d’actifs qui pratiquent la gestion automatisée sur base de fonds indiciels ou d’ETF. Les commissions de gestion y sont nettement plus faibles que dans les fonds actifs traditionnels.

Par ailleurs, étant donné le faible rendement des actifs dû en partie au vieillissement, la demande de produits d’épargne à rendement garanti proposés par les assureurs pourrait s’affaiblir. Les autorités devraient donc s’entretenir avec les institutions financières sur les implications des tendances macroéconomiques et démographiques pour leur secteur.

 

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[i] Source IMF AgingG20.pdf

 

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