La dette signifie-t-elle encore quelques chose ?

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Par Arthur Jenck et Erik Joly, ABN AMRO Private Banking, Belgique

 

 

La dette publique des principales économies développées a grimpé en flèche au cours de la dernière année. Elle reflète les mesures de soutien budgétaire les plus importantes que nous ayons jamais vues en réponse aux fortes contractions de l’activité économique. Voici un aperçu concernant les perspectives des finances publiques pour les années à venir. Cet aperçu  se concentre sur les conséquences pour la solvabilité d’une part, et la prospérité économique future d’autre part. Cette analyse couvre les six plus grandes économies de la zone euro, les États-Unis et le Royaume-Uni.

 

Le fardeau de la dette diminuera et restera abordable

 

Pour la plupart de ces pays, le ratio d’endettement public devrait culminer cette année et diminuer progressivement dans les années à venir. Et ce, bien qu’il se termine au-dessus des niveaux d’avant la pandémie. Les exceptions à cette tendance sont les États-Unis, la France et la Belgique, où une tendance à la hausse devrait se poursuivre. Mais même dans ces pays, la hausse est relativement modérée. Ce tableau relativement bénin reflète qu’une grande partie des mesures sont de nature temporaire, tandis que la croissance économique devrait se redresser fortement. Parallèlement, les charges financières de la dette, ses intérêts, devraient rester faibles, dans l’hypothèse d’une normalisation progressive des taux d’intérêt. Ainsi, même si la dette restera relativement élevée, la capacité de paiement des gouvernements ne sera pas remise en cause.

 

La dette n’est pas un obstacle à la croissance future

 

Bien qu’il soit peu probable que les gouvernements éprouvent des difficultés à assurer le poids d’une dette élevé, des études montrent que des niveaux d’endettement trop élevés pèsent sur la croissance économique au fil du temps. Cependant la situation présente est différente. Il est difficile d’affirmer que les mesures gouvernementales ont évincé le secteur privé. Au contraire, l’absence de soutien gouvernemental aurait sans doute laissé des cicatrices économiques à long terme. Hormis les périodes de crise, il est clair que l’investissement public peut stimuler le potentiel de croissance d’une économie. Si l’on examine les principales économies avancées sélectionnées, les investissements publics devraient augmenter de manière significative dans les années à venir, à l’exception de l’Allemagne, de la France et de la Belgique. En particulier, un investissement public important est en vue en Italie, ce qui pourrait relancer ses espérances de croissance.

 

La dette a évité beaucoup de misère et a favorisé la croissance

 

Dans l’ensemble, dans les circonstances actuelles, les niveaux élevés d’endettement ne sont pas une préoccupation. De fait, cet endettement est une bonne chose dans la mesure où il conduira probablement à de meilleurs résultats économiques que si les gouvernements avaient été plus modérés. Des taux d’intérêt nettement plus élevés pourraient bien sûr changer le tableau. Cependant, les taux d’équilibre (taux auquel la demande rencontre l’offre) ont baissé ces dernières années, ce qui est source d’inquiétude.

 

Si l’inflation augmente plus que prévu, les taux directeurs de la banque centrale devront dépasser les niveaux d’avant crise pour ralentir l’économie et faire redescendre l’inflation. Cela dit, les coûts du service de la dette sont touchés significativement seulement si la hausse des taux d’intérêt s’étend sur de nombreuses années, la maturité moyenne de la dette étant longue. Il faudrait donc une hausse importante, durable et tenace de l’inflation pour que les taux d’intérêt restent suffisamment élevés assez longtemps pour conduire à une hausse problématique du coût du service de la dette. Ceci n’est pas un scénario de base.

 

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