La décennie de l’Asie : Anticiper la croissance

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Par Vincent Juvyns, Stratégiste chez JPM AM

La hausse des revenus en Asie sera probablement l’enjeu économique et le thème d’investissement le plus important des années 2020. L’Asie concentre 60 % de la population mondiale. La Chine et l’Inde représentent chacune environ 18 % du total mondial. Parallèlement à l’augmentation des revenus, la classe moyenne asiatique devrait voir sa population croître. Cela stimulera considérablement la consommation. Par conséquent, l’Asie est une opportunité d’investissement qui mérite une plus grande place dans de nombreux portefeuilles.

 

Chine

 

On pourrait pardonner aux touristes qui visitent Shanghai de penser que la phase de développement de la Chine est en grande partie derrière elle. En effet, sa croissance a déjà été spectaculaire. En effet, la part de la Chine dans le PIB mondial est passée d’à peine 2 % en 1990 à environ 16 % en 2020. Qui plus est, la Chine est à l’origine de 35 % de la demande mondiale de produits de luxe. Le sentiment répandu selon lequel la Chine est déjà un pays riche est donc bien compréhensible. Cependant, si l’on voyage à l’ouest des régions côtières développées, on découvre une image très différente du pays. On se rend compte alors du potentiel de rattrapage économique qui existe encore..

 

L’urbanisation en cours entraînera une nouvelle augmentation de la productivité et des revenus

 

Graphique 1 : Urbanisation, PIB nominal par habitant et taille de la populationTaux d’urbanisation, %, et PIB par habitant, en dollars, la taille de la bulle représente celle de la population.

 

 

Source : Banque mondiale, J.P. Morgan Asset Management.

 

Le taux d’urbanisation se réfère à la proportion de la population totale vivant dans une zone urbaine selon la définition des bureaux nationaux de statistiques. Les pays sont désignés par les codes pays à trois lettres de l’Organisation internationale de normalisation. Les prévisions sont celles de la Banque mondiale pour 2019 et après. Les performances passées ne sont pas des indicateurs fiables des performances actuelles ou futures (Guide des Marchés – Royaume-Uni. Données au 28 février 2021).

 

Certes, la Chine compte de nombreux milliardaires, mais le PIB moyen par habitant n’est que d’environ 10.000 dollars. Ce chiffre représente une croissance impressionnante, puisqu’il n’était que de 1.000 dollars en 2000/ Mais cela reste très loin derrière celui d’économies développées telles que les États-Unis. Au fur et à mesure que les régions intérieures vont s’urbaniser et se développer, la productivité va augmenter. La Chine devrait alors connaître une croissance d’environ 4,4 % par an en moyenne en termes réels au cours de la prochaine décennie. Autrement dit, le PIB et les revenus devraient augmenter d’environ 50 % d’ici 2030.

 

Selon les normes occidentales, une augmentation prévue des revenus qui passeraient alors d’environ 10.000 dollars par personne à 15.000 dollars pourrait ne pas sembler si importante. Mais si l’on multiplie cette augmentation de revenus par 1,4 milliard de personnes, cela donne une idée de l’ampleur du phénomène. Cela va générer des opportunités de croissance considérables dans une large gamme de biens et de services. Les investisseurs qui s’abstiennent d’investir en Chine en raison des tensions commerciales risquent d’attendre très longtemps et de passer à côté de l’opportunité que représente la hausse de la consommation chinoise.

 

Inde

 

Si l’économie chinoise devait connaître la plus forte croissance en termes absolus, l’Inde devrait afficher le taux de croissance le plus élevé de tous les grands pays au cours de la prochaine décennie. Sachant que plus de 480 millions d’Indiens sont âgés de moins de 20 ans, la population indienne en âge de travailler est appelée à croître fortement. Avec un PIB par habitant de départ beaucoup plus faible, la croissance réelle sera de 6,9 % par an en moyenne au cours de la prochaine décennie. Ainsi, les revenus réels devraient approximativement doubler au cours des 10 prochaines années. Encore une fois, même si cela peut sembler peu, cela pourrait signifier qu’environ un milliard d’Indiens feront partie de la classe moyenne dans 10 ans, avec des revenus en hausse.

 

Les investisseurs dont l’horizon d’investissement est à long terme auront tout intérêt à se concentrer sur l’incroyable opportunité que représente la hausse des revenus et de la consommation en Chine, en Inde et dans le reste de l’Asie.

 

L’opportunité du revenu

 

La crise financière mondiale puis la pandémie de COVID-19 ont fait considérablement baisser les rendements obligataires des marchés développés. Les rendements des obligations investment grade aux États-Unis et en Europe sont proches de leurs plus bas niveaux historiques et 26 % des obligations d’État des marchés développés affichent un rendement négatif.

 

Par conséquent, de plus en plus d’investisseurs doivent se tourner vers d’autres régions que la leur pour trouver des rendements réels positifs pour la composante obligataire de leurs portefeuilles. De ce point de vue, les marchés obligataires asiatiques semblent particulièrement prometteurs. Les obligations asiatiques investment grade offrent un rendement supérieur de 2 à 3 % à celui des obligations américaines et européennes, avec des fondamentaux qui semblent relativement solides.

 

Comme dans les pays développés, la pandémie a entraîné une augmentation de la dette en Asie, mais le ratio dette totale/PIB reste proche ou inférieur à celui de la plupart des pays du G7. Ainsi, les investisseurs prêts à assumer le risque de change peuvent opter pour des obligations asiatiques offrant un rendement plus élevé, avec une notation moyenne de A. Malgré une corrélation plus élevée avec les actions que les obligations d’État des marchés développés, les obligations asiatiques restent un atout pour diversifier les portefeuilles.

 

Les valorisations et l’opportunité de croissance des actions

 

Les obligations ne sont pas les seules à présenter des valorisations plus attrayantes en Asie que dans les pays développés. L’indice MSCI Asia ex Japan se négocie sur la base d’un ratio cours/bénéfices attendu d’environ 16x, inférieur à celui de l’Europe et nettement moins cher que celui des États-Unis. La croissance de long terme est accessible à un prix plus raisonnable en Asie que partout ailleurs dans le monde.

 

La conjonction d’une démographie favorable et d’une croissance rapide des revenus continue de plaider en faveur d’un investissement stratégique en Asie. Néanmoins, les sceptiques pourraient faire valoir qu’au cours des dix dernières années, les actions asiatiques n’ont pas répondu aux attentes que les investisseurs nourrissaient à l’égard de cette région. Les actions asiatiques hors Japon ont sous-performé les actions des marchés développés de plus de 2 % par an depuis 2011, preuve qu’une croissance élevée du PIB ne se traduit pas toujours par une performance plus élevée des marchés actions. Alors pourquoi devrait-il en être autrement pour la décennie à venir ?

 

Après une période perturbée par des facteurs tels que la fin du supercycle des matières premières, les tensions commerciales et la solidité du dollar américain, les fondamentaux évoluent nettement en faveur de l’Asie.

 

Conclusion

 

Les tendances favorables en matière d’urbanisation et la croissance rapide de la classe moyenne constituent un contexte propice à une solide croissance dans la région. En raison d’une meilleure maîtrise de la pandémie et d’une réponse politique plus modérée, les investisseurs peuvent avoir accès à des rendements obligataires plus élevés. Et, pour ce qui est des actions, ils peuvent s’attendre à un potentiel de croissance des bénéfices supérieur avec des valorisations plus raisonnables que partout ailleurs. Grâce à la plus grande accessibilité des obligations locales et des actions asiatiques cette région est de plus en plus intéressante pour les investisseurs.

 

Les signes toujours plus nombreux de l’essoufflement du marché haussier en dollars américains confortent l’idée que les dix prochaines années pourraient être considérées comme la décennie asiatique.

 

 

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