Conserver un biais en faveur du style value

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Par Vincent Juvyns, Global Market Strategist, J.P. Morgan Asset Management

La question clé pour les investisseurs en actions est de savoir de quelle façon une inflation et des rendements obligataires modérément plus élevés affecteront les bénéfices et les valorisations des entreprises.

 

Compte tenu de l’épargne accumulée par les consommateurs et des intentions d’investissement élevées, la croissance des ventes sera probablement marquée. Lorsque les ventes sont élevées, les bénéfices ont tendance à augmenter, même si les coûts des intrants sont en hausse.

 

Hausse des coûts

 

La hausse des rendements obligataires pourrait augmenter les coûts d’emprunt. Mais cela peut également être compensé par une augmentation des ventes, tandis que la hausse des salaires tend à stimuler les ventes ainsi que les coûts. Dans le même temps, tout nouvel impôt qui frapperait les entreprises devrait être au moins partiellement compensé par l’augmentation de la demande résultant de dépenses publiques supplémentaires.

 

Ainsi, dans le contexte économique actuel, il semble peu probable que la hausse des coûts annule totalement le bénéfice attendu de la solide croissance des ventes. Une inflation plus élevée est donc susceptible de coïncider avec une hausse des bénéfices, comme c’est habituellement le cas.

 

Et l’inflation ?

 

Une inflation modérément plus élevée tend à être favorable pour les bénéfices et les actions.

 

Inflation aux Etats-Unis et bénéfices des 12 derniers mois du s&p 500

% variation annuelle, bénéfices sont ceux des bénéfices par action des 12 derniers mois

 

 

 

Source : BLS, IBES, Refinitiv Datastream, Standard & Poor’s, J.P. Morgan Asset Management. Données au 10 juin 2021.

 

 

 

Valorisation des actions

 

La plus grande préoccupation des investisseurs est de savoir si la hausse des rendements obligataires pèsera sur la valorisation des actions. En effet, une telle tension augmente le taux d’actualisation des bénéfices futurs des entreprises. Toutefois, si les rendements obligataires s’inscrivent en hausse parce que les prévisions de croissance augmentent, les valorisations ne baisseront pas forcément. En effet, il est courant que les valorisations augmentent (et diminuent) de concert avec les rendements obligataires.

 

Même si la hausse des rendements obligataires entraîne une baisse des valorisations, tant que l’augmentation des bénéfices est supérieure à la baisse des valorisations, les actions peuvent encore progresser.

 

Le scénario central est le suivant : la hausse des bénéfices des entreprises, stimulée par une forte demande, compensera toute baisse de valorisation de la plupart des actions.

 

Value vs croissance

 

L’opposition entre valeurs de croissance et titres value est un autre débat clé en amont de 2022. Depuis le début de l’année 2021, les choses se sont inversées par rapport à 2020. Les actions value ont nettement surperformé les valeurs de croissance. Malgré cela, ces dernières affichent toujours des valorisations élevées d’un point de vue historique et par rapport aux titres value.

 

Les prévisions de bénéfices à 12 mois pourraient encore être révisées à la hausse pour la plupart des actions. Ainsi, un recul des valorisations des titres de croissance les plus chers, qui serait suffisamment prononcé pour compenser la hausse des bénéfices, constitue le principal risque susceptible de refroidir l’optimisme continu à l’égard des actions.

 

Cependant, dans le scénario central, toute nouvelle compression des valorisations des actions de croissance ne fera que limiter leur potentiel de hausse, plutôt que de compenser entièrement l’augmentation attendue des profits. Même s’il n’est pas prévu  de nouvelle expansion du ratio cours/bénéfice (P/E) des titres value, la compression des valorisations semble moins probable que pour les valeurs de croissance, étant donné des niveaux initiaux de valorisation beaucoup plus faibles.

 

Par exemple, le consensus table sur une croissance des bénéfices à 12 mois de l’indice Russell 1000 growth de 19 % d’ici la fin de l’année prochaine, contre 17 % pour l’indice Russell 1000 value. Les deux indices devraient donc progresser. Cependant, même une baisse modeste des valorisations des valeurs de croissance par rapport aux actions value pourrait entraîner une sous-performance des premières citées.

 

Surperformance expliquée

 

Il est important de noter que la surperformance des valeurs de croissance depuis 2009 s’explique avant tout par l’augmentation significative de leurs valorisations. À ce stade, il est peu probable que ce phénomène favorable se répète. Il est même possible que la tendance s’inverse si les valorisations des valeurs de croissance continuent de baisser. En revanche, il est peu probable que les titres value subissent une baisse de leur ratio cours/ bénéfices, les valorisations restant très raisonnables.

 

Il convient également de noter que les valeurs financières représentent de loin la plus grande partie des indices value à l’échelle mondiale. Au cours de la dernière décennie, leur performance relative a été fortement corrélée aux rendements des obligations à 10 ans. Si les rendements obligataires continuent d’augmenter, les financières (et donc probablement les indices value dans leur ensemble) devraient surperformer.

 

Dans l’ensemble, les actions devraient continuer de progresser, mais à un rythme plus lent et en suivant une trajectoire émaillée des obstacles habituels. Compte tenu des valorisations relatives et de l’opinion selon laquelle les rendements obligataires devraient continuer de se tendre, on peut privilégier légèrement les actions value par rapport aux valeurs de croissance.

 

Attention aux Etats-Unis

 

À l’échelle des indices, cela signifie que les États-Unis pourraient sous-performer les autres régions, en raison de leur forte pondération en actions de croissance assorties de valorisations élevées. Les actions value américaines pourraient toutefois continuer de bien se comporter, tandis que les marchés plus riches en titres value, comme l’Europe ou le Royaume-Uni, pourraient surperformer. Pour les investisseurs désireux de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier value, les marchés émergents offrent des opportunités de croissance à long terme à des niveaux de prix plus raisonnables que certains autres marchés.

 

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