Conjuguer lutte contre le changement climatique et croissance économique, c’est possible !

Par Vincent Juvyns, JPAM

A quelques jours de la 26ème conférence mondiale sur le climat (COP26), à Glasgow et à l’heure où la croissance économique ralentit, notamment en raison de l’envolée des prix de l’énergie, il est légitime de s’interroger sur les conséquences économiques des politiques climatiques actuelles et futures.

 

Du temps et de l’argent !

 

En effet, bien que nos politiques climatiques ne soient pas les seules responsables de la hausse du prix de l’énergie, elles y contribuent.

Afin d’atteindre nos objectifs de réduction d’émissions de CO2 (-55% d’ici 2030 en Europe) et la neutralité carbone d’ici 2050, objectif que de nombreux pays se sont fixés, il faudra modifier l’ensemble de notre mix énergétique. Le concept de transition énergétique s’impose comme un élément majeur de la lutte contre le changement climatique.

Au niveau mondial, le charbon devra disparaitre de notre mix énergétique et la part des énergies renouvelables devra passer de moins de 10% (taux actuel) à près de 60% d’ici 2050[1]. Néanmoins, développer une capacité de production d’énergies renouvelables suffisante pour compenser l’abandon des énergies fossiles, et dans certains cas du nucléaire, prendra du temps et suppose de lourds investissements.

 

Prix du gaz

 

C’est pourquoi, dans l’intervalle, nombre de pays se tournent vers le gaz, comme alternative au charbon. Celui-ci émet moins de CO2 et est une source d’énergie bien maitrisée sur le plan opérationnel. Au vu de ces éléments, la demande de gaz au niveau mondial explose, entrainant une forte hausse des prix. Bien que celle-ci soit exacerbée par les disruptions logistiques post-Covid, la demande de gaz restera élevée au cours de la décennie à venir ce qui devrait entrainer une hausse durable des prix de celui-ci et donc de sa contribution à l’inflation.

 

Droits d’émission

 

Par ailleurs, de plus en plus de pays déploient des systèmes d’échanges de quotas d’émission de CO2, ce qui entraine une hausse des prix des droits d’émettre du CO2 qui se répercute dans les prix de vente des entreprises assujetties à ces mécanismes. En Europe, le prix de la tonne métrique de carbone a ainsi doublé depuis le début de l’année pour atteindre plus de 60 euros[2]. Si l’Europe fait pour l’instant figure d’exception en termes de tarification élevée des émissions de CO2, d’autres pays s’engagent aujourd’hui dans cette direction. C’est notamment le cas de la Chine qui a mis en place  cet été, la plus grande bourse d’échange de droits d’émissions de CO2 et bien que les prix pratiqués y soient encore largement inférieurs (+/- 6 euros[3]) à ceux observés en Europe, ils devraient inévitablement monter dans les années à venir, en Chine mais également dans les autres pays du monde.

A court et moyen terme, il faut donc se préparer à la probabilité d’un renforcement de nos politiques climatiques dans le cadre de la COP26 au travers du maintien d’une pression haussière sur nos coûts énergétiques. Cependant, s’il est généralement admis que ces mesures devraient nous permettre de réduire nos émissions de CO2, il n’est en revanche pas établi qu’elles soient négatives pour l’économie mondiale comme certains le craignent.

 

Exemple suédois

 

L’exemple de la Suède illustre notamment qu’il est possible de conjuguer lutte contre le changement climatique et croissance économique. En effet bien que cette dernière ait imposé la taxe carbone la plus élevée au monde en 1991 et rejoint le mécanisme européen de tarification des émissions de CO2 en 2005, la croissance de son PIB par habitant entre 1990 et 2019 a été similaire à celle observée aux Etats-Unis qui ont pourtant été nettement moins ambitieux sur le plan climatique. Ainsi, bien qu’un Suédois produise en moyenne trois fois moins de CO2 qu’un Américain, cela ne l’empêche pas de produire autant de richesses.

 

Thème d’investissement

 

Pour les investisseurs, cette observation est importante car, même si l’augmentation du prix du CO2 est un risque qu’il faut gérer, notamment en réduisant l’intensité carbone de son portefeuille, elle illustre que la lutte contre le changement climatique présente également des opportunités économiques et ce, d’autant plus que d’ici 2030, quelque 2.300 milliards de dollars d’investissements devraient être déployés dans les énergies propres et l’efficacité énergétique[4].

Compte tenu de ces différents éléments, le thème de la lutte contre les changements climatique occupe désormais une place fondamentale dans les stratégies d’investissement.

 

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[1] BP Energy Outlook 2020, J.P. Morgan Asset Management. Les prévisions reposent sur le scénario de BP pour des émissions mondiales nettes nulles d’ici 2050

[2] International Carbon Action Partnership, J.P. Morgan Asset Management

[3] Le prix du carbone cité pour la Chine repose sur la moyenne des prix de Pékin, Chongqing, Guangdong, Hubei, Shanghai, Shenzhen et Tianjin.

[4] Agence internationale de l’énergie (2021), World Energy Investment 2021, J.P. Morgan Asset Management. Prévisions pour 2030 basées sur les besoins annuels moyens d’investissement dans le secteur de l’électricité pour 2026-2030 dans le scénario « neutralité carbone en 2050 » de l’Agence internationale de l’énergie. À titre d’illustration uniquement.

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