Arrivée de Biden : vers une nouvelle politique climatique et énergétique

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Par Arthur Jenck et Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

Le président américain Joe Biden ne perd pas de temps à tenir ses promesses climatiques. Au cours de sa première semaine, le nouveau ton était clair. L’administration Biden semble déterminée à changer la politique climatique et énergétique, s’il y en avait une, de son prédécesseur.  Elle entend la remplacer par des plans ambitieux de réduction substantielle des émissions de carbone aux États-Unis. On a ainsi pu anticiper le retour à l’Accord de Paris sur le climat, une législation plus stricte pour l’exploration pétrolière et gazière et la suspension des baux pour la production de pétrole et de gaz sur les terres fédérales.

 

En outre, Biden a annoncé la réduction des subventions pour les combustibles fossiles, l’achat de milliers de véhicules électriques par des agences fédérales et le blocage immédiat du pipeline Keystone XL du Canada aux États-Unis. Des mesures de tarification des émissions de carbone suivront probablement.

Retour des Etats-Unis

En tant que deuxième émetteur mondial et historiquement le plus grand émetteur, Carbon Action Tracker estime qu’une réduction de 70% des émissions américaines d’ici 2030 est nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 ° C d’ici la fin de ce siècle. Au cours de la présidence Trump, les États-Unis ont adopté une approche complètement différente qui a entravé la transition énergétique locale (du moins d’un point de vue fédéral), et n’a guère contribué aux actions climatique mondiale. La nouvelle administration Biden montre que les États-Unis sont de retour sur la politique climatique.

Du point de vue énergétique, certaines décisions semblent audacieuses et comportent de nouveaux risques. Les effets des investissements massifs dans les énergies renouvelables et la décarbonation du secteur des transports pourraient ne pas se matérialiser assez rapidement pour compenser les mesures annoncées pour lutter contre l’utilisation des énergies fossiles.

Par conséquent, ces mesures peuvent avoir des effets secondaires économiques à court terme et augmenter la dépendance aux importations, des changements non désirés dans le mix électrique, ainsi que de nouveaux risques géopolitiques. Voici un éclairage sur des deux perspectives: l’externalité climatique et l’impact sur le marché de l’énergie.

Externalité climatique américaine

Le changement climatique est essentiellement un problème d’externalité très complexe et global. Les externalités sont des coûts et des avantages non inclus dans le prix de marché d’un bien. Historiquement, les externalités ont été gérées avec des subventions et des taxes. Les externalités positives sont subventionnées, les externalités négatives sont taxées.

Les subventions accordées à l’industrie des combustibles fossiles visaient à abaisser le coût de la production de combustibles fossiles, à encourager de nouvelles sources d’énergie nationales et, enfin, à stimuler la croissance. L’externalité négative des combustibles fossiles, les émissions élevées de CO2 et de méthane provoquant le changement climatique, sont cependant restées non taxées.

Reste à savoir si les changements seront pleinement mis en œuvre. Le gouverneur du Texas, Abbott, a autorisé les agences d’État à contester en justice la politique annoncée dans le but de protéger l’industrie pétrolière et gazière de son État. Une estimation prudente chiffre les subventions américaines directes à l’industrie des combustibles fossiles à environ 20 milliards de dollars par an [1] (20% pour le charbon et 80% pour le gaz naturel et le pétrole brut).

Beaucoup moins conservateur, un rapport du Fonds monétaire international (FMI) incluait des externalités négatives et estimait les subventions américaines à l’industrie des combustibles fossiles à 649 milliards de dollars par an, supérieur au plan de dépenses de 2 milliards de dollars de Biden sur quatre ans.

Biden ne précise pas quelles subventions pourraient être supprimées, étant donné que de nombreux allégements fiscaux de l’industrie doivent être approuvés par le Congrès.

Les tensions politiques que ce débat entraine crée un scepticisme sur ce que Biden peut faire autour de la tarification du carbone. Le marché s’attend à une « carotte » plutôt qu’à un « bâton », c’est-à-dire l’investissement dans les énergies renouvelables, et des mesures fragmentaires comme l’arrêt de ces 40 milliards USD de subventions.

Alors que la réduction des émissions induite par le marché devrait réduire le risque écologique à long terme, le risque de transition à court terme est élevé. En effet, les mesures annoncées pourraient potentiellement entraîner un risque de transition soudaine. Cela pourrait avoir pour effet secondaire de nuire à la croissance économique.

L’impact sur le mix énergétique américain

La corrélation entre le PIB et la consommation d’énergie diminue depuis plusieurs années. En raison d’une efficacité énergétique plus élevée, le découplage de la croissance et de la consommation devrait encore s’améliorer. Pourtant, les États-Unis restent l’un des pays les plus énergivore au monde.

Pour parvenir à une économie neutre en carbone, les améliorations de l’efficacité énergétique aux États-Unis doivent s’accélérer et les ressources énergétiques devraient être de plus en plus remplacées par des solutions neutres en carbone.

Dans le scénario de référence de l’Energy Information Administration (EIA) 2020, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique devait déjà doubler entre 2020 et 2050. Avec les nouveaux investissements annoncés, cette croissance va probablement s’accélérer encore plus vite.

La croissance américaine de la production d’électricité renouvelable provient principalement du solaire et de l’éolien, comme dans la plupart des pays. Cette croissance se fera au détriment du charbon et du nucléaire principalement. Le rôle du gaz naturel restera important dans les décennies à venir.

Les premiers jours au pouvoir montrent que Biden veut également accélérer les ventes de véhicules électriques. Il existe actuellement moins de 2 millions de véhicules électriques aux États-Unis sur un total d’environ 285 millions de voitures (véhicules légers, camions et SUV). Cela signifie que le besoin en essence et en diesel restera élevé pendant quelques années.

On ne s’attend pas à ce que les mesures fortes annoncées par Biden aient un effet immédiat sur les prix du pétrole aux États-Unis. Après tout, il y a suffisamment de capacité de production disponible à court terme, en particulier tant que le prix moyen du WTI s’échange à 50 USD / baril ou plus. Les stocks de brut aux États-Unis continuent également de flotter autour de niveaux records. Il est toutefois important que l’administration Biden surveille de près leur sécurité d’approvisionnement.

Du point de vue du climat, il est nécessaire de réduire la consommation des produits pétroliers comme l’essence, le diesel et le kérosène. Mais il est également important de maintenir une offre suffisante pour répondre à la demande restante. Faire pression sur les producteurs de pétrole avec une législation plus stricte, moins de baux et moins de subventions, crée un risque que la baisse de l’offre puisse dépasser la baisse nécessaire de la demande. Ce scénario ajouterait des risques économiques. Pas à la place, mais en plus des risques climatiques.

 

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