Quelles sont les tendances en investissement responsable pour 2020 ?

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Par Ophélie Mortier, DPAM

En ce début d’année, faisons le point sur les tendances et les sujets ESG majeurs qui domineront l’actualité des marchés en 2020. Plus que jamais, la réglementation et les politiques resteront déterminantes cette année. 2019 a montré à quel point les autorités (en particulier européennes) ont pris ce sujet à cœur. Elles sont résolues à accélérer la transition vers une économie bas carbone.

Au niveau européen

Ces quinze derniers mois, la Commission européenne n’a pas minimisé ses efforts pour rattraper un certain retard en matière de réglementation des investissements durables et responsables. Elle s’est, en effet, armée d’une taxonomie verte et d’une réglementation sur les indices bas carbone et à impact carbone positif.

Elle a également instauré une réglementation d’information sur les investissements durables et sur les risques de durabilité. Elle n’hésite d’ailleurs pas à faire de son Plan d’Action pour la finance durable son fer de lance au niveau international. Elle tente de convaincre ses homologues internationaux de prendre davantage de mesures réglementaires en faveur d’une finance plus durable.

Banques centrales

Il est en effet urgent que les différentes autorités et institutions de gouvernance se coordonnent pour une lutte globale contre le réchauffement climatique qui est une problématique mondiale indifférente aux frontières. Les Banques centrales l’ont compris. Elles se rallient de plus en plus aux positions de la Banque d’Angleterre, pionnière en matière de stress tests sur base de facteurs environnementaux (voir article précédent). Le Network for Greening the Financial System, regroupement de banques centrales et des autorités monétaires et financières à travers le monde, reconnait formellement le risque climatique comme risque à intégrer dans leur modèle.

L’organisation internationale des Principes pour l’Investissement Responsable invite également ses signataires et les autres acteurs de la finance à considérer un scénario de Politique Inévitable. Ce scénario est basé sur le fondement que, tôt ou tard, les gouvernements devront prendre les politiques nécessaires en matière de climat. Elles devront le faire de manière plus contraignante qu’aujourd’hui, surtout dans une optique d’émissions carbone nettes réduites à néant à horizon 2050 comme ambitionnée par l’Union européenne.

Fuites de carbone

Une politique plus agressive et plus ambitieuse comme l’entend le Green Deal de la Commission de Mme von der Leyen soulève la question majeure des « fuites de carbone » (carbon leakage). Il s’agit du risque inhérent de perte de compétitivité des entreprises européennes soumises à des politiques plus drastiques en matière d’émissions que leurs pairs internationaux. Ainsi les entreprises pourraient être amenées à transférer leur production dans des pays présentant des contraintes d’émissions moins drastiques et des conventions de prix de carbone plus intéressantes. C’est un débat important qui va se dérouler ces prochains mois. Il sera intéressant de voir également ce que les autorités européennes vont retenir d’une proposition faite par plusieurs économistes de très haut niveau, plusieurs prix Nobel et anciens présidents de la FED aux Etats-Unis d’une taxe et un dividende frontière vert dans leur Déclaration d’Economistes sur les dividendes carbone. Le ratio legis vient du consensus qu’un prix carbone universel est une utopie. Dès lors, l’idée centrale repose sur une taxe carbone nationale mais reflétée par une taxe verte frontière pour assurer de ne pas nuire à la compétitivité nationale. A suivre.

Responsabilité des investisseurs

Ensuite, le changement climatique restera le grand sujet 2020. Cependant,  les voix s’élèvent pour avoir un débat holistique çàd. incluant aussi les dimensions sociales et économiques. Trouver des solutions au changement climatique, définitivement oui, mais pas à n’importe quel prix social. La dimension sociale reprend du terrain. A ce titre, les droits humains vont faire l’objet de réglementation et d’obligation morale des investisseurs. Comme cela a été le cas pour le changement climatique – notamment l’article 173 de la loi sur la transition économique en France – les investisseurs devront de plus en plus répondre de leur responsabilité en tant qu’acteurs économiques dans le respect des droits humains. L’Initiative de Liechtenstein, initiée déjà en septembre 2018, reconnait déjà formellement la responsabilité du secteur financier dans la problématique d’esclavage moderne et de trafic humain. La mobilisation du secteur va s’accroitre et sera encouragée par une réglementation de plus en plus contraignante en la matière également.

Changement climatique

Le changement climatique reste donc une priorité pour les investisseurs en 2020. Plusieurs stratégies innovantes ont été mises en place ces dernières années sur la question du défi climatique. Les reportings se sont affinés avec l’émergence de notions telles que la température ou encore l’empreinte carbone du portefeuille. Les débats évoluent dorénavant vers une prise en compte globale du sujet notamment une attention plus marquée sur les risques physiques – plutôt que sur les risques de transition-, le besoin d’innovation et la question du recyclage en général.

Enfin, les initiative se sont multipliées ces dernières années en matière d’engagements coopératifs, de lobbying, d’initiatives pour la lutte contre le réchauffement climatique, pour la biodiversité, etc. Cette dynamique est positive et prometteuse. Cependant, il est sans doute temps aujourd’hui de se concentrer sur les actes et les résultats avant de multiplier davantage les propositions d’actions. Rationalisation et concrétisation seront les maitres mots. La société attend des résultats visibles et tangibles de cette multitude d’engagements.

Mesure d’impact

De même, au niveau des investissements dans les portefeuilles, la preuve de l’impact extra financier va être de plus en plus exigée de la part des investisseurs. Ces derniers sont de plus en plus formés et informés au niveau des investissements durables et responsables. Ils gagnent en expérience et expertise et demanderont dès lors davantage d’information pratique et concrète sur l’impact réel de leurs investissements. Ici, l’expertise doit encore répondre à un défi majeur: la disponibilité, l’accessibilité et la fiabilité des données. Les agences de notation extra financière sont dès lors de plus en plus mises au défi sur leurs notations, leurs méthodologies, etc. et devront répondre davantage de leur responsabilité dans la détermination de durabilité ou non d’une société. L’information ESG devient une obligation légale pour toutes les entreprises – financières ou non-financières – et la perspective d’une norme standardisée se rapproche.

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