COVID 19 : Le social au devant de la scène !

@Pexels

Par DPAM

La pandémie du COVID-19 et le confinement de près d’un tiers de la population mondiale remettent sérieusement en question nos façons de travailler mais vraisemblablement aussi de voyager ou de consommer. La crise actuelle met également en lumière plusieurs problématiques sociales importantes. Ces dernières années les yeux se sont tournés principalement (parfois même exclusivement) sur le « E » pour Environnement et le climat en particulier. C’est sans doute aussi le moment de s’arrêter sur le « S » dans sa globalité et de remettre au-devant de la scène aussi les enjeux sociaux. C’est d’ailleurs l’un des résultats clés de la récente consultation lancée par JP Morgan, sur les conséquences de la crise du COVID19 sur l’investissement responsable et durable[1]. Le COVID-19 met en lumière l’inégalité des situations de chaque secteur face à la pandémie. Il attire l’attention aussi sur la vulnérabilité des chaines d’approvisionnement créée par la course à la globalisation et surtout à la délocalisation.

Un impact différent pour les secteurs

Plusieurs secteurs économiques tels que le tourisme, l’aviation, l’industrie automobile sont à l’arrêt complet avec des conséquences importantes sur l’emploi. D’autres doivent se réorganiser complètement pour faire face à une demande qui a explosé. Ainsi le géant de l’achat en ligne Amazon a optimisé ses capacités de stockage afin de concentrer et donner la priorité aux denrées de base uniquement. Les achats dits superflus ont été relégués au fonds des entrepôts pour maximiser le rangement et l’accès aux produits les plus demandés. Les autres secteurs doivent se réorganiser en télétravail et autres modalités de travail à distance pour répondre au confinement imposé. Ici aussi, le contraste des situations est marquant. De nombreuses entreprises communiquent sur les réseaux sociaux sur les mesures de prévention adoptées pour protéger leur personnel tout en leur garantissant les moyens de travailler. Alors que les bureaux paysagers se vident de leur population, le géant Amazon songe à engager 100.000 personnes supplémentaires pour répondre aux demandes. Les leaders des grandes surfaces surenchérissent pour maintenir leurs employés au travail malgré un manque flagrant de solutions matérielles pour assurer efficacement la protection sanitaire de ces derniers. On propose des primes supplémentaires, des boni exceptionnels, une augmentation du tarif horaire. Ces incitants financiers sont généralement accueillis positivement par le personnel, malgré le risque sanitaire encouru, en particulier aux Etats-Unis où la couverture sociale est moindre qu’en Europe.

Des mesures à court-terme aux implications à moyen et long terme

Pour les secteurs à l’arrêt, l’enjeu est également de taille. Alors que, pour de nombreux employeurs, la réduction temporaire de la force de travail est souvent la seule option de survie, les conditions d’accompagnement et de soutien au personnel seront des critères importants à moyen terme pour la culture d’entreprise. En effet, la culture d’entreprise et la satisfaction du personnel jouent un rôle croissant dans la performance économique et financière des entreprises. Elles sont des éléments de différenciation à long-terme qui attirent les clients ainsi que les meilleurs talents. En effet, les enquêtes montrent que de plus en plus de consommateurs sont prêts à payer plus cher leurs biens de consommation en contrepartie d’un meilleur respect de l’environnement et de l’humain. Sur le plan du capital humain, la génération « millenials » attache une grande importance à la culture de l’entreprise dans laquelle elle pourrait travailler. Et ce, au-delà de du seul critère de la rémunération proposée[2].

En adoptant de manière proactive des mesures de soutien à leur capital humain et en faisant preuve de la flexibilité nécessaire, les entreprises peuvent non seulement faire face à la situation mais également renforcer leur attractivité comparativement à leurs concurrents. Les mesures prises envers leur force de travail peuvent contribuer à une plus grande satisfaction et loyauté ainsi qu’à une reconnaissance positive de la marque.  Les implications à long terme sont positives pour la productivité, la performance boursière et les rendements de l’entreprise.

La vulnérabilité des chaines d’approvisionnement

La situation déplorable d’un manque cruel de masques sanitaires pour le personnel soignant et les autres personnes exposées montre la vulnérabilité des chaines d’approvisionnement et le risque de concentration de ces dernières dans un pays.  Il y a plusieurs années, un rapport de recherche sell side ESG s’était déjà penché sur la problématique de la sous-traitance de la confection des médicaments essentiellement en Chine et en Inde. L’étude traitait principalement de la question de la sécurité et de la qualité du produit, dans des pays où les contrôles sont moins stricts que dans les pays de l’UE. Cependant, elle faisait également mention du risque de pénurie de certains médicaments de base. Aujourd’hui, la Chine est le producteur principal des Ingrédients Pharmaceutiques dits Actifs (Active Pharmaceutical Ingredients – API). IPA est le terme générique pour désigner les composants actifs biologiques qui composent la base première des nombreux composants d’un médicament. L’Inde, deuxième grand sous-traitant de l’industrie pharmaceutique, dépend elle-même de la Chine pour plus de 70% de ses besoins en IPA, afin de produire les médicaments génériques et autres antibiotiques. Les acteurs de l’industrie pharmaceutique sont tenus de déclarer les risques de pénurie potentielle aux autorités internationales comme la FDA aux Etats-Unis. Cependant, les règles sont moins strictes et formelles pour l’équipement médical et conduisent aux situations que nous connaissons aujourd’hui.

En matière d’investissements responsables et durables, la question de la chaine d’approvisionnement a toujours été au centre des débats. Cependant, il faut reconnaitre que c’était essentiellement du point de vue  du respect des droits humains et des droits du travail dans des secteurs tels que le textile ou les équipements technologiques. La vulnérabilité de la chaine d’approvisionnement doit être au cœur des débats également pour s’assurer d’anticiper correctement tous les risques futurs. La question de la concentration de la chaine d’approvisionnement dans un pays doit aussi être traitée. On notera l’exemple d’Apple qui entreprend de relocaliser progressivement sa chaine d’approvisionnement vers l’Inde. Cela montre aussi la vulnérabilité d’un tel modèle d’entreprise fondé sur le recours massif à la sous-traitance, notamment pour des secteurs technologiques où le rythme du lancement de nouveaux produits ne doit pas être interrompu ou ralenti. Cependant, ne soyons pas naïfs : la volonté d’Apple est de réduire sa concentration et dépendance à la Chine,  mais aussi de délocaliser vers l’Inde où la main d’œuvre reste moins coûteuse que chez son voisin chinois.

Pilier social

Le bouleversement créé par le COVID 19 remet sur le devant de la scène l’importance du pilier « Social » en matière d’investissements responsables et durables. La gestion du capital humain reste un élément capital de toute analyse ESG d’une entreprise. Les mesures d’accompagnement prises actuellement par les entreprises, en fonction de leur secteur, leur réglementation, les confinements imposés ou pas, sont des décisions de court terme qui pourront avoir des implications importantes sur le long terme. Les employés comme les consommateurs seront attentifs et sensibles aux moyens mis en œuvre par leur entreprise pour répondre à l’interruption des activités et à l’ébranlement économique. Ces derniers pourraient être des facteurs différenciateurs importants sur le moyen et long terme pour la satisfaction et la loyauté du personnel comme du consommateur.  Les investisseurs devront être attentifs à ces différents critères pour continuer à investir dans les entreprises durables aujourd’hui et pour demain.

Consultez aussi le corner Placements responsables

[1] Stay safe and think long term, JP Morgan, 30 March 2020

[2] Une étude réalisée par Optimy en 2017 montre que 60% des consommateurs interrogés sont prêts à payer davantage pour des produits d’entreprise bénéficiant d’une image de marque positive, de bonne réputation et aux valeurs éthiques alors que 71% des dits millenials préféreront travailler, toute chose étant égale par ailleurs, pour une entreprise ayant démontré un engagement fort vis-à-vis de la communauté et du bien sociétal.

 


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