USA vs UE : Laquelle des deux régions économiques se redressera le plus rapidement ?

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Par Michael Blümke, Senior Portfolio Manager chez ETHENEA Independent Investors.

Le confinement imposé par les États en raison de la pandémie généralisée de Covid-19, a entraîné un ralentissement économique majeur de toutes les zones économiques mondiales. Alors que certains États de l’Union européenne ont déjà connu plusieurs récessions techniques ces dernières années, aux États-Unis, le premier trimestre de 2020 a marqué la fin brutale de la plus longue expansion économique, qui durait depuis plus de dix ans. Toutefois, l’ampleur du ralentissement actuel de la croissance est à peu près comparable dans les deux régions. Pourtant, il existe une réponse très claire à la question qui est de savoir quelle région économique se redressera le plus rapidement : il s’agit des États-Unis.

Les raisons de cette situation sont complexes. Ce sont surtout les forces des États-Unis, d’une part, et les faiblesses de l’Union européenne, d’autre part, qui amènent à faire cette affirmation, qui semble peut-être évidente. Mais la monnaie et les différentes pondérations sectorielles jouent également un rôle important.

Etats-Unis : politique fondamentalement très favorable au marché

Malgré un système bipartite souvent conflictuel, les États-Unis ont un processus décisionnel plus simple et plus direct en matière de politique monétaire et fiscale. Ce système est également axé sur des autorités fortement centralisées. En termes relatifs, les entreprises américaines bénéficient d’un système fiscal favorable, d’une réglementation plus souple et d’un marché du travail très libéral. Malgré la réduction massive de l’impôt sur les bénéfices des entreprises qui est entrée en vigueur au début du mandat de l’actuel président américain, on examine actuellement la possibilité de nouvelles réductions d’impôt plutôt que de renoncer à ce cadeau électoral généreux. Et même si les démocrates devaient prendre le contrôle du Bureau ovale et des deux chambres législatives lors de l’élection de cette année, peu de choses changeraient dans cette politique fondamentalement très favorable au marché.

Europe : « cafouillage »

En Europe, en revanche, il existe une union économique et monétaire (mais pas de véritable union politique), qui se caractérise par des cycles économiques différents, en partie asynchrones, et des fondamentaux macroéconomiques très différents. Les intérêts différents (et dans certains cas divergents) des États membres qui en découlent compliquent essentiellement toute décision et, même pendant cette crise, rendent pratiquement impossible la mise en œuvre d’une politique fiscale et monétaire adéquate, et en temps utile. En Europe, le consensus politique est toujours synonyme de perte de temps et de qualité et se termine généralement dans un « cafouillage » que l’on connaît bien. Le budget actuel de l’UE est loin d’être suffisant pour relever les défis engendrés par la crise COVID-19. Bien que le package fiscal proposé pour la zone euro représente un premier pas vers une union fiscale et une plus grande solidarité entre les membres, il reste à voir si et à quelle vitesse il deviendra réalité. Si ce package est mis en application, il ne fera que retarder davantage les réformes structurelles nationales qui sont nécessaires depuis longtemps. Il constituera également un test décisif pour les représentants élus des pays contributeurs nets. Après tout, lors des prochaines élections, ces derniers seront tenus responsables des mesures prises. Cette thématique pourrait, par exemple, être examinée lors des élections fédérales allemandes de 2021. Bien entendu, outre les mesures paneuropéennes, il ne faudrait pas oublier les plans de relance adoptés par les différents États, et qui sont relativement importants. Toutefois, ces mesures ne sont pas coordonnées au niveau paneuropéen et ne servent pas non plus des intérêts qui dépassent les frontières des différents pays. En raison de leurs différentes envergures, cela risque d’entraîner des divergences encore plus importantes entre les États.

Ce qui donne aux États-Unis un avantage supplémentaire est le statut du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale. La poursuite mondiale de valeurs refuges signifie que les États-Unis peuvent financer plus facilement leur déficit sans avoir à accepter un risque élevé de décote. Les coûts de financement resteront ainsi faibles, tant pour le secteur public que pour le secteur privé. Le « vieux continent », en revanche, a toujours le problème de sa monnaie trop forte pour certains pays et trop faible pour d’autres. La monnaie unique ne peut pas remplir sa fonction d’équilibrage pour tous les États.

Enfin, la suprématie des États-Unis dans le secteur technologique est également déterminante quant à la rapidité de la reprise économique. À cet égard, il convient de noter qu’un grand nombre d’entreprises ont été beaucoup moins vulnérables que d’autres pendant la crise et ont même pu en profiter. Le cloud computing et les services de paiement, par exemple, ont bénéficié d’un essor accru à l’ère de la distanciation sociale.

En résumé, les États-Unis disposent d’un avantage structurel qui leur permettra très probablement de surmonter la crise actuelle plus rapidement que la zone économique européenne. Toutefois, la prudence est recommandée lorsqu’il s’agit d’en tirer des conclusions sur l’évolution future des cours des actions. À long terme, et cela signifie un horizon temporel bien au-delà d’un an, ces avantages de croissance fondamentaux se traduiront certainement par des indices boursiers plus performants. À court terme, cependant, il faut tenir compte de la part de cette croissance future qui a déjà été anticipée et de la manière dont celle-ci se reflète dans les prix actuels du marché. En d’autres termes, une estimation globale basée uniquement sur les facteurs susmentionnés, sans tenir compte de la valorisation actuelle, serait trop unilatérale.

 

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