Quels sont les risques liés à une escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine ?

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Par Arthur Jenck et Erik Joly, ABN AMRO private banking

La nouvelle loi présentée par Pékin lors de son congrès national annuel vise à restreindre l’autonomie d’Hong Kong. Le secrétaire d’État américain Pompeo a alors déclaré au Congrès que le territoire n’était «plus autonome vis-à-vis de la Chine». Bien que cette décision n’ait pas d’implications immédiates, elle ouvre la voie à la révocation du statut spécial d’Hong Kong dans le commerce et les investissements afin de le rendre équivalent à celui de la Chine. Cela aurait pour conséquence une augmentation considérable des contraintes pour Hong Kong. Cette situation ouvrirait aussi potentiellement un nouveau front dans les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine.

Cela vient s’ajouter à une foule d’autres mesures que les États-Unis ont entrepris à l’encontre de la Chine. On parle ici du resserrement des règles concernant l’approvisionnement de Huawei en semi-conducteurs, de  l’ajout de 33 entités chinoises sur liste noire, de restrictions plus élevées concernant l’exportation de technologies, de réglementations plus strictes pour les sociétés chinoises cotées sur le marché américain, d’un arrêt des investissements du fonds de pension du gouvernement fédéral dans les actions chinoises et des sanctions des responsables chinois jugés responsables du traitement des Ouïghours.

Baisses des échanges commerciaux

Cette accentuation des tensions avec la Chine s’explique par l’approche des élections présidentielles américaines (prévues en novembre). En effet, le président américain ayant perdu son « joker » d’une économie nationale solide, Trump blâme ouvertement la Chine (et l’OMS) pour leurs rôles respectifs dans la crise du Covid-19.

Ces tensions font également écho à la guerre commerciale sino-américaine qui a commencé en 2018. Depuis son point haut 23,6% en février 2018, la part des produits chinois dans les importations américaines est tombée à seulement 18,6% en mars 2020 – le plus bas depuis décembre 2006. La mise en œuvre de l’accord commercial de la phase 1 pourrait stabiliser cette évolution à court terme, mais, dans l’ensemble, cette scission se poursuivra. En effet, il s’agit désormais davantage d’un changement structurel à plus long terme qui pèse sur la croissance potentielle mondiale.

Retour de la guerre tarifaire

Une ré-escalade majeure de la guerre commerciale impliquerait des tarifs beaucoup plus punitifs qui nécessiteraient des changements brusques dans les chaînes d’approvisionnement. Ce n’est pas un scénario de base mais il est clair que la montée des tensions géopolitiques augmente ce risque. Pour l’instant, les progrès dans la mise en œuvre de l’accord commercial sino-américain de la phase 1 (signé en janvier) sont au point mort. De plus, il n’y a guère de signes de négociations d’une phase 2. La crise du covid-19 a joué un rôle étant donné le ralentissement généralisé des flux commerciaux à l’échelle mondiale. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement aux États-Unis rendent aussi plus difficiles certaines exportations vers la Chine (par exemple l’éthanol, le porc).

Ceci étant, Pékin a confirmé sa volonté de négocier. Il ne faut pas encore s’attendre à une nouvelle escalade de la guerre tarifaire. Une telle décision serait avant tout politique. En tout état de cause, les tensions devraient continuer à monter au cours des prochains mois, en particulier à mesure que nous nous rapprochons des élections présidentielles. Les républicains et les démocrates voudront probablement se montrer «durs contre la Chine». Il faudra alors faire la distinction entre une rhétorique agressive – qui pourrait néanmoins avoir d’importantes répercussions sur le marché – et des changements de politique concrets qui affectent les perspectives macroéconomiques.

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