Quelle part du PIB pour la santé ?

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Par Pierre Pestieau, Docteur en Economie, The Bing Bang Blog 

« Quoi qu’il en coûte ! Un seul mot d’ordre : mettre le paquet pour lutter contre le coronavirus ». Ce titre de l’éditorial du Soir du 23 mars 2020 interpelle l’économiste. On peut en effet se demander si nous dépensons trop ou pas assez pour la santé et si les évolutions actuelles sont conformes à nos préférences collectives. Ces deux questions sont au cœur de l’actualité de la pandémie du Covid-19. Plus concrètement, les 11,2% du PIB que représentent les dépenses de santé en France, 10,4% en Belgique, 16,9% aux États Unis correspondent-ils à la valeur que les Français, les Belges, les Américains accordent à la vie humaine ?

Un arbitrage

Avant de poursuivre, on notera que ces pourcentages doivent être pris avec prudence. D’abord, ils n’ont pas la même signification dans un pays comme les États Unis où une minorité ne jouit d’aucun droit et en France et en Belgique où le système de santé est davantage démocratique. Ensuite, les rentes de situation dont jouissent les acteurs du système de santé ne profitent pas aux malades. Or, ces rentes sont particulièrement importantes aux États-Unis.

Avant que n’éclate le Covid-19, on trouvait normal de consacrer plus ou moins 12% du PIB à la santé. Aujourd’hui que nous sommes au cœur de la tourmente, il est à parier que l’on trouverait une majorité des citoyens pour lui consacrer 20 voire 30%. La menace qui pèse sur chacun d’entre nous, riches comme pauvres semble avoir modifié la valeur que nous accordons à la vie.

Il y a plus de dix ans, deux auteurs américains (1) étaient arrivés à un chiffre jugé alors irréaliste. Ils posaient la question de l’arbitrage entre dépenses de santé et dépenses de consommation. Leur démarche était simple. Pour eux, le niveau optimal des dépenses de santé est atteint dès que le bénéfice marginal d’une vie sauvée est égal au coût marginal d’une vie sauvée. Tant que le bénéfice des soins est supérieur au surcroît de dépenses dû aux soins, il est préférable de continuer à dépenser davantage pour la santé. Ils concluaient que la part des dépenses de santé dans le PIB devrait atteindre plus de 30 % dans le scenario le plus vraisemblable (2).

Capacité et dépendance

Ce chiffre de 30% paraîtrait aujourd’hui moins choquant qu’au moment de la parution de cet article. Cela me fait penser à une hypothétique enquête sur la capacité des trains. En période de pointe, lorsque les voyageurs sont entassés comme des sardines, ils  seraient  sans nul doute tous en faveur d’une extension de cette capacité. En période creuse, lorsque les voitures sont quasi vides, les quelques passagers seraient en faveur d’une réduction radicale. On notera à cet égard que la Chine vient de fermer 16 hôpitaux construits à la hâte pour lutter contre le coronavirus.

Est-ce à dire qu’une fois la pandémie rangée au rayon des vieux souvenirs, on reviendra au niveau de dépenses de santé qui prévalait avant qu’elle ne survienne ? Rien n’est moins sûr. Il serait prématuré d’émettre un avis sur le sujet.

Démondialisation et marché

Ce qui paraît certain en revanche, c’est que notre dépendance des marchés lointains sera remise en question. On parle déjà de démondialisation de certains échanges internationaux. Ce qui paraît clair, c’est que le Covid-19 est la concrétisation d’un risque très particulier, ce qu’on appelle risque inassurable : infime probabilité de survenance, impact généralisé, contagiosité. C’est le cas de la plupart des pandémies qui comme la peste sont telles qu’ « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » (3). Contagiosité, risque dont la probabilité est infime mais qui lorsqu’il survient n’épargne personne. Ce sont là les caractéristiques d’un aléa qui ne peut être couvert que par la puissance publique. En d’autres termes, le Covid-19 est la meilleure preuve de la nécessité de maintenir un État-providence actif et du danger de tout laisser au marché.

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(1). R. Hall and C. Jones (2007), The value of life and the rise in health spending, The Quarterly Journal of Economics122, p. 39-72.

(2). Voir aussi K. Murphy and R.H. Topel (2006), The value of life and longevity, Journal of Political Economy 114.

(3). La Fontaine (1678), Les animaux malades de la peste.


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