Quel avenir pour le secteur bancaire ?

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Par Arthur Jenck et Erik Joly, ABN AMRO Private Banking

Alors que le secteur bancaire était à l’origine de la crise financière mondiale en 2008-2009, il peut désormais jouer un rôle crucial dans la gestion économique du coronavirus : accès à des liquidités pour des entreprises ou citoyens dans le besoin, diversification du risque de crédit pour les banques centrales. Le secteur n’est pourtant pas à l’abri. Il est en effet le plus endetté par nature et dépend fortement du cycle économique. 

Des liquidités suffisantes

Les banques doivent faire face à un premier challenge. L’arrêt d’une partie de l’économie pousse les entreprises à tirersur leurs lignes de crédit. Les banques doivent soudainement fournir toutes ces liquidités dans un contexte de crise (et donc de hausse du risque de crédit).

Au début de cette récession, les ratios de liquidité des banques étaient très solides (bien plus qu’avant 2008). Le principal ratio à considérer, le Liquidity Coverage Ratio (LCR). Il a été élaboré suite à la crise de 2008. Il divise les actifs liquides d’une banque par le total de ses flux de trésorerie nets attendus sur une période de 30 jours. Les 50 premières banques européennes présentent un LCR entre 120% et 160%. Elles devraient donc pouvoir couvrir les sorties de trésorerie attendues pendant 30 jours dans un scénario de crise.

Par ailleurs, le secteur reçoit une aide importante des banques centrales. La Réserve fédérale (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont réagi très rapidement : soutien aux entreprises, baisse des taux d’intérêt, rachat d’actifs. Elles offrent ainsi aux banques un financement bon marché.

Hausse des défauts et baisse de la rentabilité

Le secteur risque cependant de subir une baisse de sa rentabilité. La baisse des taux d’intérêt, la baisse des revenus de commissions et l’augmentation des défauts vont peser dans leurs activités opérationnelles.

La baisse des taux d’intérêt comprime les marges d’intérêt nettes (c’est-à-dire la différence entre les intérêts perçus sur les prêts et les intérêts payés sur le financement), alors que les taux étaient déjà très faibles. En Europe, où le taux de dépôt est négatif depuis des années, les banques ne facturaient pas le placement des liquidités jusqu’à récemment. Aux États-Unis, les banques ont un peu plus de marge, la Fed ayant relevé ses taux au cours des dernières années.

Les banques prévoient également une baisse de leurs commissions. La baisse du marché tire vers le bas les actifs sous gestion, ce qui réduit la base de calcul des frais de commission.

Enfin, les banques pâtiront de la hausse des défauts de crédits. Allégements et reports temporaires de dettes doivent être adoptées, mais nous ne savons pas encore comment ils seront traités. Les provisions liées à ces défauts pourraient augmenter sur plusieurs trimestres, en fonction du temps nécessaire pour revenir à la normale (ou à une nouvelle norme d’ailleurs).

Une structure financière solide

Les banques entrent dans cette récession avec des bilans solides. Les niveaux de capitalisation sont à des niveaux records et la qualité des actifs était jusqu’à présent excellente ou du moins en amélioration. Les analystes sectoriels semblent convenir que cela devrait donner aux banques suffisamment de marge pour traverser la crise.

Nous avons vu la BCE recommander aux banques de suspendre le paiement des dividendes (ce qui a été suivi dans la plupart des cas). Aux États-Unis, les banques se contentent d’arrêter leurs programmes de rachat d’actions pour le moment. Les mesures de préservation du capital de la banque augmenteront les ratios Tier 1 d’environ 0,5% en moyenne, ce qui devrait plus que compenser l’effet négatif de l’augmentation du risque moyen pondéré des actifs.

De plus, les banques sont autorisées à utiliser leurs fonds propres afin de pouvoir poursuivre leurs activités de prêt. En Europe par exemple, les banques sont autorisées à fonctionner en dessous des niveaux de capital minimum. En outre, de nombreux pays ont lancé des programmes fiscaux visant à aider les petites et moyennes entreprises (PME), ce qui devrait contribuer à protéger la qualité des actifs.

Quelles sont les implications pour les investisseurs obligataires?

Si la récession continue, les notes de crédit des banques pourraient être affectées et les obligations senior pourraient se déprécier. Ce risque ne semble pas être évalué sur le marché des obligations Investment Grade en euro. Les banques de la périphérie européenne et les banques fortement exposées aux secteurs (tels que le non-alimentaire et pétrolier, notamment le schiste américain) sont les plus menacées.

Ceci étant, le risque pour les obligations seniors semble limité à court terme. Or, c’est ce que le marché regarde actuellement. Au 20 avril 2020, S&P avait dégradé les notations de 20% de tout le secteur, mais principalement sur les perspectives et non sur la structure financière elle-même. Les programmes de soutien économique devraient atténuer les pertes économiques. Les banques très bien notées devraient retrouver leur rentabilité et rétablir des réserves de capitaux lorsque la crise passera. Dans ce contexte, elles retrouveront leur notation d’avant la crise.

Pour autant, il ne faudrait pas privilégier les obligations du secteur financier. En effet, le marché ne semble pas prendre en compte le risque d’une récession plus longue. Dans un test de résistance (scénario négatif), S&P estime que de nombreuses dégradations des notations devraient suivre.

Conclusion

En conclusion, le coup direct de la crise corona sur le secteur bancaire n’est pas aussi dur que pour certains autres secteurs non financiers. Des bilans solides avec des ratios de fonds propres et de liquidité élevés constituent une marge de manœuvre à court terme. Si nous assistons à un rebond de la récession au second semestre de cette année, cela pourrait s’avérer suffisant pour éviter la dégradation des notations. Cependant sur le moyen terme, la rentabilité ne peut que souffrir de la situation. Le marché ne semble pas anticiper un prolongement de cette crise du coronavirus, risque qu’il ne faudrait cependant pas ignorer.

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