Perspectives d’investissement pour 2021 : Vers la décennie de l’Asie

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Par Vincent Juvyns, Stratégiste marchés mondiaux. J.P. Morgan Asset Management

En 2020, les responsables politiques ont mis tout en œuvre pour jeter des ponts sur les eaux extrêmement agitées par le Covid-19. À l’échelle planétaire, les gouvernements ont émis des milliers de milliards de dollars de dettes afin de soutenir financièrement les entreprises et les travailleurs touchés. En effet, aux États-Unis on estime qu’environ 75 % des salariés ayant perdu leur travail ont reçu davantage de l’assurance-chômage améliorée que ce qu’ils gagnaient auparavant. Cela a contribué à favoriser la reprise lorsque les cas d’infection ont diminué durant l’été.

Toutefois, la majeure partie des pays développés sont aux prises avec de nouvelles vagues d’infection et de nouvelles mesures de restriction destinées à contenir la propagation. En conséquence, les responsables politiques européens s’appliquent à consolider encore un peu plus leurs ponts. Plusieurs initiatives budgétaires efficaces aux États-Unis ont pris fin pendant l’été et, compte tenu du risque de voir les taux d’infection freiner la reprise durant les mois d’hiver, un nouveau train de mesures budgétaires est absolument nécessaire.

 

Vers la confiance

Dans l’ensemble, les mesures de soutien semblent porter leurs fruits. En dépit d’une chute sans précédent de l’activité, le chômage a augmenté de façon relativement modeste en Europe et a fortement reculé aux États-Unis. Les faillites d’entreprises ont également été moins nombreuses qu’on aurait pu le prévoir. Et, grâce aux nouvelles relatives à des vaccins viables, il nous est désormais possible d’apercevoir l’autre côté du pont. Le fait qu’une fin soit en vue devrait donner aux responsables politiques la confiance nécessaire, ainsi qu’aux entreprises suffisamment d’espoir pour continuer de faire face et d’investir pendant les difficiles mois d’hiver.

Dans ces conditions, l’activité dans les économies développées devrait demeurer déprimée au premier trimestre de l’année voire encore au second trimestre. Toutefois, le scénario central prévoit une reprise relativement vigoureuse au cours du second semestre 2021. Mais, compte tenu de la nature sans précédent du choc et de la réaction politique, nous ne devons pas sous-estimer les risques. Le principal risque haussier est celui d’une commercialisation du vaccin plus rapide et d’une reprise plus forte et plus synchronisée au niveau mondial. Le risque baissier porte avant tout sur une accélération inattendue de l’inflation qui obligerait à un retrait plus rapide des mesures monétaires de soutien que le marché ne le prévoit actuellement.

La décennie de l’Asie

Pour les investisseurs, la dernière décennie a été dominée par les performances des marchés américains. Cette période a été marquée par dix années de performances exceptionnelles des actifs américains et d’appréciation du dollar. Cependant, la prochaine décennie pourrait être celle des marchés asiatiques.

Les crises conduisent souvent à des changements de tendance à long terme dans les performances des marchés. Les prévisions d’un changement sont fondées sur des perspectives macroéconomiques et sur les changements structurels qui se produisent à mesure que les marchés de capitaux asiatiques gagnent en maturité. Les économies nord-asiatiques ont mieux réussi à contenir la pandémie que le reste du monde.

L’Asie ayant réussi à contrôler l’épidémie, sa réponse budgétaire et monétaire à la crise du Covid-19 a été sensiblement plus modeste qu’en Europe et aux États-Unis. En conséquence, les bilans des banques centrales sont moins hypertrophiés et les rendements obligataires ont moins baissé que ceux des emprunts d’État américains. Les changements structurels intervenant sur le marché obligataire de la région renforcent encore un peu plus son attractivité pour les investisseurs obligataires internationaux.

Ouverture des marchés

Dans le passé, un accès restreint et une convertibilité limitée des devises ont empêché les marchés obligataires asiatiques de jouer un rôle majeur pour les investisseurs internationaux. Mais, sous l’effet de l’augmentation des besoins de financement de la région, la situation évolue rapidement.

Suite à l’ouverture du marché de 15 000 milliards de dollars des obligations en yuan aux acheteurs étrangers, les investisseurs obligataires internationaux en quête de rendement ont désormais la possibilité d’investir dans des emprunts d’État qui rapportent plus de 3 %. En plus d’offrir des rendements plus élevés, les obligations chinoises libellées en yuan ont une corrélation relativement faible avec les obligations des pays développés et de zéro avec les performances des actions internationales. Cela permet ainsi d’améliorer la diversification et les performances ajustées du risque.

Au cours des 12 dernières années, la corrélation entre les performances mensuelles des obligations en yuan et celles des pays développés a été de de 0,1. La Chine ayant réussi à contenir la pandémie de Covid-19 et, par là même, ayant désynchronisé son cycle économique par rapport au reste du monde, on peut s’attendre à ce que les corrélations restent faibles pour le moment.

Surperformances à venir

Les marchés actions nord-asiatiques ont surperformé de nombreux indices des pays développés en 2020, en grande partie grâce à leur meilleure situation économique et à la pondération relativement élevée des entreprises technologiques et Internet. Cette surperformance pourrait encore se poursuivre.

  • À court terme, cette surperformance s’explique par le fait que l’activité dans les pays développés va rester limitée jusqu’à ce que les vaccins soient largement distribués.

 

  • À plus long terme, les perspectives de croissance structurelle en Asie sont soutenues par l’urbanisation et l’essor de la classe moyenne. Ces tendances devraient se poursuivre au cours de la prochaine décennie dans trois des pays les plus peuplés du monde, la Chine, l’Inde et l’Indonésie. Cela créera ainsi de grands marchés intérieurs tirés par la consommation.

Libre-échange

Le nouvel accord de libre-échange (Partenariat économique régional global) couvre 10 pays de l’ANASE, ainsi que la Chine, le Japon, la Corée, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces 15 nations représentent près d’un tiers du PIB mondial. Il devrait contribuer à conforter encore un peu plus les perspectives de croissance à long terme. L’accord devrait éliminer 90 % des droits de douane entre les partenaires commerciaux si tous les composants du produit sont fabriqués à l’intérieur de la zone de libre-échange.

En conséquence, les entreprises asiatiques vont se voir offrir de nombreuses opportunités de croissance dans les années à venir. Les efforts de la Chine visant à remonter le long de la chaîne de valeur devraient faciliter sa transition vers une économie à revenu élevé et l’aider à surmonter l’impact négatif de la détérioration de sa situation démographique.

Encore du potentiel

Les actions asiatiques ont fortement progressé en 2020. Néanmoins, les hypothèses 2021 de rendement à long terme des marchés de capitaux suggèrent que les actions asiatiques ont encore la capacité de surperformer les marchés actions développés de 2,2 % par an au cours des 10 à 15 prochaines années. Les signes de plus en plus nombreux attestant d’un essoufflement du marché haussier long de 10 ans du dollar américain renforcent encore cette opinion selon laquelle les dix prochaines années pourraient être considérées comme la décennie asiatique.

 

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