Perspectives 2020 : Equilibrer les risques, renforcer la résilience (partie 2)

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Par Vincent Juvyns, Global Market Strategist chez JP Morgan AM

En synthèse, les risques géopolitiques continueront vraisemblablement de peser sur les bénéfices des entreprises à l’échelle mondiale, ce qui, d’après ces valorisations, devrait limiter l’ampleur du potentiel haussier des marchés à risque. Dans le même temps, les banques centrales devraient rester actives pour limiter les risques de baisse.

Au vu de ce contexte, les investisseurs voudront sans doute envisager :

  1. Une allocation neutre aux actions mais orientée vers des valeurs plus défensives.

Un portefeuille actions plus axé sur les grandes capitalisations et les valeurs de qualité devrait se révéler plus résistant si les risques de baisse se matérialisent. Les titres value s’avéreront également plus résilients. Il s’agit moins d’une revalorisation soudaine de ces derniers, qui nécessiterait une réaccélération de la croissance et la perspective d’un relèvement des taux d’intérêt pour tirer les valeurs financières à la hausse. Les valeurs de croissance, très axées sur les technologies, pourraient s’avérer plus cycliques que prévu actuellement et donc plus vulnérables à une révision à la baisse des prévisions de bénéfices. Toutefois, si la croissance économique reste positive mais modérée, son insuffisance pourrait continuer à favoriser les marchés des titres growth où sont fortement représentées les entreprises technologiques. Compte tenu de ce risque à la hausse comme à la baisse et du fait que le marché américain est très axé sur les valeurs technologiques, aucun argument ne parait plaider en faveur d’une exposition régionale spécifique en 2020. Il semble plus probable que les facteurs mondiaux favoriseront une hausse généralisée ou poseront des problèmes identiques.

  1.  Une approche plus large de la diversification

Malgré des rendements historiquement bas, les emprunts d’État continueront de remplir leur fonction au sein des portefeuilles, à savoir une hausse de leurs cours en cas de correction des actions. L’une des principales leçons de 2019 a été que les emprunts d’État peuvent encore offrir des performances robustes même lorsque le rendement initial est faible. En octobre 2018, le rendement de l’indice des emprunts d’État de la zone euro, à 0,9 %, était inférieur de 2 points de pourcentage à celui des États-Unis, mais a généré une performance similaire l’année suivante. Le rendement de 1 % servi par l’emprunt d’État autrichien à 100 ans est la meilleure preuve que les rendements peuvent être très bas contrairement à ce que nous pouvons être amenés à penser.

Les emprunts d’État constituent toujours une assurance, mais ne génèrent plus de revenus réels. En effet, les rendements négatifs servis par la plupart des marchés « core » en Europe signifient que les investisseurs doivent payer pour l’assurance offerte par les obligations de ces pays.

Les investisseurs font face à un dilemme complexe. Il est possible d’obtenir des rendements plus élevés mais seulement en acceptant d’accroître le niveau de risque. Sur cette base, il convient de noter que les revenus offerts par les infrastructures stratégiques à l’échelle mondiale sont restés robustes, tandis que les rendements des obligations Investment grade et à haut rendement se sont contractés. Les revenus issus des investissements en infrastructures ont de meilleures chances de protéger la performance totale en période de ralentissement, même si les investisseurs doivent accepter le risque de liquidité associé aux actifs réels. Les hedge funds macro peuvent également avoir un rôle à jouer dans la diversification des portefeuilles étant donné que leur nature dynamique leur permet de bien s’adapter en cas de regain de volatilité.

  1. Un oeil sur le potentiel haussier

Bien que notre scénario central soit plus pessimiste, il n’est pas exclu que le contexte géopolitique s’améliore en 2020. Dans ce cas, il est logique de réserver une allocation aux secteurs du marché qui seraient les principaux bénéficiaires. Les pays émergents d’Asie seraient ceux qui progresseraient le plus en cas de résolution du conflit commercial.

Même si cette vision à court terme ne se concrétise pas, les investisseurs devront peut-être envisager les opportunités d’investissement dans certaines parties du monde émergent pour stimuler la performance à long terme. Pour faire simple, très peu de pays développés ont la capacité d’afficher une croissance supérieure à 2 % en raison des obstacles démographiques. Le monde émergent – en particulier la Chine – n’est pas à l’abri des pressions démographiques, mais les revenus augmentent plus rapidement et un nombre croissant de pays accède au statut de pays à revenu intermédiaire. De plus en plus de ménages achètent un bien immobilier, une voiture ou de l’électro-ménager pour la première fois et ont recours aux services financiers. L’investissement dans les économies émergentes exige une sélection rigoureuse, et même dans ce cas, les investisseurs doivent s’attendre à une volatilité supérieure.

  1. Comment l’inflation pourrait peser sur les perfor­mances en 2020

Bon nombre des principaux risques géopolitiques ont été abordés. Mais un scénario qui n’a pas encore été évoqué et qui pourrait vraiment bouleverser les prévisions de 2020 : le retour de l’inflation. Bien qu’il ne s’agisse probablement pas du risque le plus significatif auquel nous serons confrontés en 2020, il vaut la peine d’être considéré car il limiterait la capacité des banques centrales à poursuivre une politique de soutien monétaire préventive et agressive. Si vous pensez que l’activisme des banques centrales a été similaire à une marée monétaire qui a remis tout le monde à flot, alors un retour de l’inflation serait équivalent à une marée descendante. Cela nous plongerait dans la pire des situations : une chute des cours des obligations aussi bien que des actions. C’est pourquoi il faut être particulièrement attentifs à tout signe de retour de l’inflation. Cela pourrait être une raison supplémentaire pour envisager une allocation aux infrastructures mondiales ou à d’autres actifs réels, qui non seulement offrent des caractéristiques de revenu et de diversification intéressantes, mais également une protection contre les risques d’inflation.

5 . Mettre davantage l’accent sur le développement durable

Il est probable qu’en 2020, le secteur financier mettra davantage l’accent sur le développement durable. Les épargnants sont de plus en plus soucieux de la façon dont leur argent est utilisé, tandis que de nombreuses questions liées au développement durable figurent en bonne place à l’ordre du jour des responsables politiques. Les changements de réglementation et de politique qui pourraient s’ensuivre pourraient avoir des répercussions importantes sur la valorisation des actifs.

Les investisseurs qui ne tiennent pas compte de l’évolution du programme politique et réglementaire en matière de développement durable pourraient être pris au dépourvu. Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) peuvent être intégrés de diverses façons dans les stratégies d’investissement. Ceux qui cherchent à privilégier nettement un thème d’investissement en particulier peuvent, par exemple, se tourner vers des stratégies thématiques. Mais les stratégies intégrant les critères ESG, au sein desquelles l’information est disponible et évaluée en même temps que d’autres paramètres financiers traditionnels, seront un pré-requis.

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