Les banques intègrent-elles suffisamment les risques climatiques ?

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Si l’on veut limiter la hausse des températures à 1.5° C, il faudrait être neutres en carbone à l’horizon 2050 ! C’est pourquoi l’Accord de Paris (COP21) de décembre 2015 a fixé l’objectif de maintenir les augmentations de température en dessous de 2°C avec des efforts pour les maintenir à 1,5°C. Pour avoir une chance raisonnable de se maintenir en dessous de 2°C, nous devons absolument réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 40% au cours des deux prochaines décennies. Ces chiffres simples indiquent très clairement l’ampleur et l’urgence du changement nécessaire. Les investissements des deux prochaines décennies seront décisifs pour la planète et l’avenir des générations futures.

Exclusion pas suffisante

Les banques sont donc directement concernées par ces exigences. Le dérèglement climatique engendre une augmentation des risques notamment dans les crédits qu’elles octroient. Moody’s Investors Service vient de publier un rapport basé sur une enquête portant sur 28 banques notées parmi les 100 plus grandes banques en termes d’actifs au niveau mondial. Selon ce rapport, « la plupart des grandes banques se sont engagées à divulguer leur exposition aux risques liés au changement climatique. Mais la communication d’informations complètes et normalisées sur les risques, les opportunités et les impacts financiers estimés est encore loin d’être réalisée ».

Les banques ont d’abord donné des informations sur leurs propres émissions de GES (gaz à effet de serre). Cependant, la gestion des risques climatiques dans leur métier de base reste encore très embryonnaire. On peut cependant s’attendre à une amélioration sous l’impulsion à la fois des régulateurs et de la demande pour une finance plus verte. « Seulement 32 % des prêteurs divulguent même partiellement la manière dont le risque climatique affecterait leurs performances financières dans le cadre de scénarios de stress liés au réchauffement climatique ». Environ 80% des banques interrogées ont intégré des processus d’exclusion dans leur politique de crédits aux entreprises. Il s’agit d’exclure les sociétés à forte intensité de carbone et qui présentent des risques élevés de transition climatique. Ces processus ne sont cependant pas suffisants. « Toutefois, moins d’un tiers ont adopté des considérations relatives au risque climatique à tous les stades du processus de risque de crédit ou fournissent une description de leurs méthodes d’évaluation et de surveillance du risque climatique ».

Une impulsion des régulateurs

L’exclusion de certaines sociétés des portefeuilles de crédit ne suffit pas. Il faut aller beaucoup plus loin. Il conviendrait alors d’intégrer ces risques climatiques dans les règles d’octroi de crédit pour toutes les entreprises. C’est un processus plus complexe à mettre en place. C’est là que les régulateurs peuvent jouer un rôle. Les risques climatiques sont d’ailleurs à l’ordre du jour chez la plupart des banquiers centraux. Déjà en 2019, la Banque d’Angleterre (BOE) avait émis l’idée d’inscrire les risques climatiques dans les stress tests des banques. En France, les entreprises cotées en bourse sont tenues de divulguer les risques liés au climat depuis 2016. La Banque de France a aussi annoncé qu’elle effectuerait un test de résistance sur les banques françaises en 2020.

« Plus récemment, le 24 février 2020, l’Autorité australienne de régulation prudentielle (APRA) a présenté des plans visant à élaborer un guide pratique axé sur les risques financiers liés au climat, ainsi qu’une évaluation de la résilience au changement climatique. Les 52 membres du réseau de banques centrales et de superviseurs pour l’écologisation du système financier (NGFS) suivra probablement la même voie en faisant progressivement que la divulgation des risques climatiques soit obligatoire plutôt que volontaire dans de nombreuses juridictions », note Moody’s Investors Service. La BCE est aussi en train d’évaluer la nécessité d’intégrer les risques climatiques dans les processus de surveillance des banques. Elle prépare également des simulations de crise macroprudentielle pour évaluer les risques liés au climat. Les premiers résultats sont attendus pour la fin de l’année 2020. Affaire à suivre donc !

Consultez le rapport de Moody’s Investors Service ici  

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