La crise du Covid-19 renforce les vérités inéluctables

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Keith Wade, chef économiste chez Schroders

La crise du Covid-19 exerce un effet multiplicateur sur différentes tendances qui se dessinaient déjà avant l’apparition du virus. Les investisseurs devront encore se montrer plus habiles. Il convient de tenir à l’oeil quatre vérités inéluctables : la faiblesse des taux, l’augmentation du coût des soins de santé, l’émergence du populisme et l’accélération des changements technologiques.

L’impact économique de la crise du Covid-19 est énorme. Le confinement a mis fin brutalement à la plus longue expansion économique aux Etats-Unis. Elle a précipité l’économie mondiale dans sa plus grande chute depuis la Grande Dépression. L’influence du coronavirus se fera également sentir à long terme. 

La croissance et le rendement restent sous pression et cela peut durer jusqu’à 40 ans après la pandémie. En d’autres termes, les conséquences économiques et l’endettement consécutifs à la pandémie sont significatifs,. L’apparition d’un virus de ce type pousse les consommateurs à une plus grande prudence. Brutalement, l’équilibre penche vers l’épargne. L’histoire nous montre que les dépenses des consommateurs après une pandémie ne reprennent que très lentement. Les investissements des entreprises reculent également. Le recul de la rentabilité affaiblit les investissements en capital.

Zoom sur quatre vérités inéluctables.

Faiblesse des taux d’intérêt

La combinaison d’une plus forte propension à l’épargne et du recul des investissements en capital entraîne le ralentissement de la croissance et, par conséquent, des taux moins élevés, le chômage et l’inflation restant stables. Le retour de la productivité traîne également la patte. La Covid-19 renforce la tendance déjà signalée, à savoir une longue période de taux réels faibles.

Augmentation du coût des soins de santé

Avec le vieillissement de la population, on pariait déjà sur une augmentation des coûts des soins de santé. Cette tendance est exacerbée par la crise du Covid-19. On s’attend à ce que les pouvoirs publics consacrent davantage de dépenses aux soins de santé pour renforcer leur système de santé. Tout comme les banques ont dû renforcer leurs matelas après la crise financière, une évolution semblable se dessinera dans le secteur de la santé après la pandémie. À l’heure actuelle, les soins de santé représentent déjà près de 20 % des dépenses publiques des pays de l’OCDE. Ces dépenses continueront à augmenter. Un défi pour le financement des dépenses publiques. Soit les pouvoirs publics devront augmenter les impôts, soit ils devront faire des économies.

On s’attend à ce que les pouvoirs publics pratiquent la répression financière (c’est-à-dire le maintien des taux loin en-dessous de la croissance nominale du PIB) pour réduire leur ratio endettement/recettes. Une telle politique pourrait être mise en œuvre par la combinaison du rachat d’obligations publiques par la banque centrale (QE), le contrôle de la courbe de rendement (comme au Japon) et une réglementation forçant les investisseurs à garder en portefeuille les obligations publiques.

Émergence du populisme

Le populisme est l’un des facteurs perturbateurs évoqué depuis un certain temps. Il y a un danger dans les pouvoirs publics qui sapent l’indépendance des banques centrales, s’affranchissent des objectifs d’inflation et, en bout de course, font tourner la planche à billets. Cela débouche sur une hausse de l’inflation, voir une hyperinflation. Mais, à cause du vieillissement de la population, une hausse de l’inflation touche une grande partie de l’électorat puisqu’elle érode la valeur réelle de leur épargne et de leur pension. 

Plus les circonstances causées par le Covid-19 seront pénibles, plus grand sera le risque de mesures populistes.

Accélération des changements technologiques

La progression des salaires réels reste faible, l’inégalité entre les revenus augmente. Une situation qui sera exacerbée par l’accélération des développements technologiques après la crise. La crise est mère de toutes les inventions. Ce n’est pas pour rien que les entreprises technologiques caracolent en tête du récent rally sur Wall Street. 

Les entreprises examinent leur chaîne d’approvisionnement à la loupe, voilà une autre conséquence. Elles ont besoin de distribution avec, de préférence, une plus grande proximité avec les fournisseurs. Cela va de pair avec l’augmentation de l’automatisation, de la robotisation, mais pas avec une plus forte demande sur le marché du travail. Les besoins d’une production de proximité sapent la globalisation. L’intelligence artificielle et la robotisation peuvent également se faire aux dépens de l’emploi dans les pays émergents si l’on souhaite raccourcir la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, la règle du winner-takes-it-all en technologie entraîne l’augmentation des inégalités.

Anticiper sur l’économie post-coronavirus

L’économie mondiale a fait un arrêt d’urgence. Les investisseurs regardent déjà plus loin que l’évolution actuelle et anticipent sur la période post-coronavirus. On peut considèrer que les tendances visibles avant l’apparition du virus seront encore plus visibles après. L’interventionnisme public et la menace du populisme continueront d’augmenter. L’investisseur doit trouver son chemin parmi ces vérités inéluctables.

Lire aussi Covid-19 : the inescapable truths faced by investors, par Keith Wade, chef économiste chez Schroders.

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