Faire preuve de résilience

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Par Igor de Maack, Gérant et porte-parole de la Gestion, DNCA Investments

Emmy Werner, psychologue américaine a, pour la première fois, utilisé le terme de résilience pour définir la capacité d’un individu à rebondir après un choc. Cette théorie reprise par le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik pourrait décrire ce qui est demandé aux économies après l’arrêt brutal imposé par la crise sanitaire actuelle. Ce terme a, d’ailleurs, donné son nom à l’opération militaire destinée à aider les hôpitaux en France.

La capacité à traverser ce cataclysme inédit et la vigueur de la reprise dépendront de la vélocité et de la masse de liquidités apportées aux agents économiques : 750 milliards d’euros pour le plan de la BCE, 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État français, 2 000 milliards de dollars pour le plan de stimulus budgétaire américain, 5 000 milliards de dollars annoncés pour les pays du G20.

L’impact sur l’économie

Les marchés saluent chaque oscillation négative de la courbe des infections et des décès, chaque intervention financière musclée mâtinée d’un discours martial bien trempé. Pourtant, il est aujourd’hui difficile de quantifier l’impact réel sur l’économie. Après les aides, les reports d’échéances de prêts et les dispositifs de chômage partiel/technique, beaucoup d’entreprises vont tout de même devoir licencier notamment dans les secteurs cycliques longs (aéronautique). Le nombre  d’inscriptions au chômage aux États-Unis a littéralement explosé (près de 3,3 millions soit presque 2% de la force de travail totale) et pulvérisé le chiffre de 2008.

On essaie de trouver des points de comparaison pour analyser cette crise :

  • certains comparent la situation à une économie de guerre mais dans une économie de guerre l’appareil productif n’est pas stoppé. Il est réorienté. Ainsi, même l’industrie soviétique avait réussi à produire les fameux chars T34 en pleine opération Barbarossa pour venir à bout de la Wehrmacht.
  • la crise de 2008 est une bonne approximation en termes de baisse du PIB (-5% sur quelques trimestres) mais c’est la finance qui avait fait basculer l’économie réelle dans le rouge et non l’inverse.
  • enfin les épisodes d’agitation sociale de mai 1968 en France avait aussi mis la production industrielle à l’arrêt pendant plusieurs mois. Aucun de ces scénarios ne colle à la crise actuelle. Et c’est pour cela qu’il est ardu de donner un jugement documenté sur l’avenir à moyen terme.

L’impact sur les marchés

Les marchés actions représentent des opportunités mais les entreprises vont devoir réduire les coûts, amasser plus de capital et supprimer les dividendes. Certaines entreprises et secteurs seront nationalisés. La rentabilité du capital risque d’être altérée pendant quelques temps. Personne ne peut donc estimer l’atterrissage des résultats avant le deuxième semestre 2020. Les conséquences fiscales de cette manne publique sont, elles aussi, imprévisibles. Il ne faut pas non plus oublier que le virus n’est pas encore vaincu. Singapour a refermé ses bars en annonçant de nouvelles mesures de restriction et une deuxième vague de cas est redoutée à Hong Kong. La Chine a, par ailleurs, temporairement fermé en partie ses frontières aux étrangers (limitation des vols internationaux).

Plus philosophiquement on peut s’interroger sur l’évolution de l’échelle de valeurs des sociétés car, comme le rappelle le philosophe André Comte-Sponville, si la santé est un bien très précieux, des valeurs comme la liberté (de circulation des biens et des personnes) et la justice/l’égalité entre individus paraissent aussi déterminantes pour assurer la survie des économies et donc celle des communautés humaines. Ce n’est évidemment pas un débat simple mais un sujet d’interrogation auquel chaque citoyen confiné a l’occasion et un peu plus de temps de penser.

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