De la phase de récession à celle de reprise : Quelles positions pour les investisseurs ?

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Par Tina Fong, Stratège chez Schroders

Les marchés semblent avoir adopté une forme en V, alors que la reprise se fera probablement plus longue. Quelles positions est-ce que les investisseurs devraient prendre si l’économie passe de la phase de récession à la phase de reprise ?

Une bonne compréhension des différentes phases du cycle économique peut s’avérer utile dans l’allocation d’actifs. Pour ce faire, on peut utiliser l’écart de production (output gap) mis au point par Schroders US. En termes simples, l’écart de production mesure la différence entre la production économique réelle et potentielle (à l’aide du PIB). Pour mesurer l’écart de production, il faut examiner le chômage et le taux d’emploi par rapport à leur tendance à long terme. 

Modèle d’écart de production de Schroders US

Dans le graphique présenté, le cycle se trouve dans une phase de profonde récession qui a fait plonger l’écart de production dans le rouge. Un glissement vers la reprise impliquerait une réduction de l’écart de production – à savoir une situation moins négative – par rapport aux trois derniers mois. Même si le marché semble engagé dans la reprise, le modèle suggère que ce ne sera sans doute pas le cas avant le dernier trimestre de cette année.

Phase de récession

En phase de récession, les obligations d’entreprises – et en particulier celles à haut rendement – enregistrent de bonnes prestations. Les entreprises travaillent à la restauration de leur bilan et les marchés anticipent la reprise de l’économie et des bénéfices des entreprises. Dans ce contexte, les actions peuvent se reprendre, mais la préférence des investisseurs ira, dans cette phase, aux obligations d’entreprise. Sans compter que les marchés d’obligations sont stimulés par les programmes de rachat jamais vus des banques centrales.

Phase de reprise

Quand la confiance revient, parce que le cycle évolue vers la phase de reprise, avec une croissance attractive, mais une inflation modérée, les actions enregistrent de meilleures performances que les obligations. Les cours d’actions ne profitent pas tellement des revalorisations, mais profitent de la plus forte croissance des bénéfices, à savoir le bénéfice par action. Les revalorisations du marché se produisent plutôt dans la phase de récession.

Les matières premières ne profitent pas de cette belle croissance parce que les prestations de secteurs comme les métaux industriels et l’énergie restent à la traîne. Cela dit, les investisseurs peuvent malgré tout prendre des matières premières en portefeuille. 

Le dollar, havre de paix en cas de récession, mais l’amour se fane

Lors des dernières récessions, le billet vert a joué le rôle de devise refuge pour les investisseurs. Le yen japonais et le franc suisse se portent également mieux que les autres devises du G10. Dans la phase de reprise, l’amour pour le dollar se fane et la préférence va à des devises plus risquées.

Les secteurs et le style sont déterminants

En cas de récession, les investisseurs préfèrent les secteurs axés sur la consommation au marché. Le plus souvent, les secteurs de la consommation surperforment dans les phases de récession parce que le revenu disponible des ménages est dopé par le recul de l’inflation, des prix pétroliers et des taux d’intérêt. 

La plupart des secteurs cycliques, comme la technologie, la communication et l’énergie restent en retrait dans le S&P 500 durant les phases de récession. Mais, en phase de reprise, ce sont précisément les secteurs cycliques, soit les actions technologiques et industrielles, qui prennent les rênes.

En matière de style, les meilleures performances sont enregistrées par les actions de croissance et de qualité, ainsi que les actions qui proposent un rendement en dividende élevé. Les petites capitalisations enregistrent également de meilleures performances que celles des grandes capitalisations. La récession est le pire moment pour les actions de valeur, mais elles retrouvent leur attrait en phase de reprise.

Cette fois, la situation s’avère (légèrement) différente

Les prestations des marchés suivent aujourd’hui un modèle légèrement différent par rapport aux précédentes récessions. Plus précisément, les emprunts d’État américains réalisent de meilleures performances que les actions et les obligations à haut rendement. Les performances des matières premières sont particulièrement mauvaises ; les chutes de prix extrêmes en sont la cause. La croissance fait mieux que la valeur, mais la force des rendements se situe au-delà de la moyenne. Le fort rendement du secteur technologique est peu courant alors que les biens de consommation sous-performent.  

Les performances des actifs américains portent à penser que cette récession est comparable aux précédentes 

Conclusion

En phase de reprise, les investisseurs privilégient souvent une plus grande exposition aux actions qu’aux obligations. Une reprise des bénéfices doit toutefois se manifester. Il existe un sérieux argument en faveur des obligations au regard de la politique souple adoptée par les banques centrales, associée à leurs programmes de rachats. L’exposition aux matières premières peut connaître une croissance supérieure à la moyenne, notamment en raison des fortes sous-performances de cette catégorie de placements au cours de la récession actuelle. Par ailleurs, les investisseurs peuvent envisager de passer du dollar à des devises plus risquées. Les investissements de valeur restent un défi parce que la Fed maintiendra plus longtemps les taux à un niveau assez faible. Les investisseurs peuvent adopter une attitude pro-cyclique dans leur portefeuille pendant la phase de reprise.

Lire aussi Moving from recession to recovery: how can investors position themselves? , de Tina Fong,stratège chez Schroders.

 

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