Comment se positionner en tant qu’investisseur par rapport au coronavirus ?

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Par Erik Joly, CIO / Head Advisory, ABN AMRO Private Banking

Alors que le coronavirus se répand hors de Chine, les marchés financiers sont confrontés à de graves turbulences. Trois scénarios sont possibles pour le virus, l’économie et les marchés.

De toute évidence, il est difficile de prévoir comment le virus va se développer et quel sera son impact sur l’économie mondiale. Il n’est pas difficile d’imaginer toutes sortes de scénarios de catastrophe. Cependant, le plus important pour l’instant est de ne pas paniquer. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui est beaucoup mieux placé pour faire des déclarations sur la façon dont le virus va évoluer, a déclaré ce week-end : « Les marchés mondiaux … devraient se calmer et essayer de voir la réalité. Nous devons continuer à être rationnels ». Cette déclaration a du sens. Il convient alors de ne pas procéder à des achats ou des ventes tant que les marchés restent aussi volatils. Pour tout repositionnement futur, on peut partir sur différents scénarios. Ces scénarios sont basés sur l’étendue de la propagation du virus et l’impact qui en résulte sur l’économie. Les scénarios sont utiles pour comparer les faits avec le résultat le plus probable, en vérifiant dans quel scénario nous nous trouvons et en le traduisant ensuite en décisions d’investissement.

Trois scénarios peuvent alors être envisagés. Ils ont tous un impact différent sur l’économie.

Choc transitoire

Le premier scénario est qualifié de choc transitoire. Dans ce scénario, le virus sera « sous contrôle » à la fin du premier trimestre. Cela signifie que le nombre de cas en Chine continuera à diminuer et que la propagation sera limitée à quelques pays et régions. Dans ce scénario, il y aura une forte baisse de la croissance économique au premier trimestre, mais il y aura un rebond de la croissance au deuxième trimestre. Le rebond sera le plus fort en Chine, tandis que d’autres économies connaîtront de modestes améliorations. Pour le reste de l’année, on s’attend à ce que la croissance chinoise ralentisse pour revenir aux niveaux d’avant le virus et que l’économie mondiale connaisse une croissance modérée.

Choc prolongé

Le second scénario est un choc prolongé. Le nombre de cas en Chine diminuera et l’activité reviendra à la normale. Toutefois, la propagation hors de Chine est importante et entraînera des mesures d’endiguement dans ces régions, avec un effet négatif direct sur l’économie. La confiance sera touchée et les bénéfices des entreprises en souffriront davantage. Dans ce scénario, l’économie chinoise se redressera au deuxième trimestre, mais dans d’autres économies, la croissance continuera à ralentir jusqu’à ce que les mesures d’endiguement commencent à produire leurs effets. Les banques centrales assoupliront leur politique monétaire et des mesures de relance budgétaire seront prises.

Choc sévère

Le troisième scénario est celui d’un choc sévère qui déclenchera une récession mondiale. Dans ce scénario, le virus se propage de manière importante dans différentes régions économiques, ce qui entraîne un grand nombre de blocages des principaux centres économiques et des restrictions généralisées des déplacements. Les chiffres de la confiance, tant chez les entreprises que chez les consommateurs, seront touchés et une récession mondiale deviendra inévitable. L’économie chinoise connaîtra une reprise beaucoup plus modeste. Les banques centrales interviendront dans la politique monétaire, et les gouvernements réagiront par des mesures de relance budgétaire. En raison du temps nécessaire pour que ces mesures aient un effet sur l’économie réelle et de la gravité des dommages immédiats, ce ralentissement économique pourrait se poursuivre pendant le reste de l’année. Dans ce scénario, aucun signe d’amélioration avant la fin de l’année n’est prévu.

Quel impact sur les marchés financiers pour chaque scénario ?

Dans ces circonstances, le scénario d’un choc passager est clairement le plus optimiste. Dans ce scénario, les marchés d’actions rebondiront lorsque les investisseurs commenceront à réaliser qu’il s’agit d’un problème purement temporaire. Les marchés sont tournés vers l’avenir et l’impact d’un choc temporaire est limité à long terme. Nous reviendrons à un comportement des investisseurs similaire à celui que nous avons observé en 2019, lorsque les marchés étaient en hausse sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt, d’un environnement commercial qui reste favorable aux performances des entreprises et du fait qu’il n’y a pas d’alternative pour les actions. Ce scénario sera bon pour les marchés des actions et des matières premières. Les marchés obligataires, qui sont revenus à des rendements absolument bas, en particulier les obligations d’État sûres, auront du mal à suivre le mouvement de retour des investisseurs vers les actifs à risque.

Incertitude persistante

Au cas où le choc durerait plus longtemps, comme dans le deuxième scénario, l’incertitude persistera également plus longtemps. Dans ce scénario, les marchés se stabiliseront ou peut-être même augmenteront légèrement, car les investisseurs seront plus familiers avec le virus et ses effets potentiels. Les mesures prises par les banques centrales et les gouvernements doivent être surveillées de près, car leur réponse politique peut faire toute la différence. Dans ce scénario, nous verrons également des opportunités pour les actifs risqués de bien faire, mais de manière plus modeste, beaucoup plus sélective et avec beaucoup plus de volatilité.

Confiance affectée

Enfin, le scénario d’un choc sévère ne sera pas du tout positif pour les marchés financiers. Avec un nombre croissant de régions en état de fermeture et des chiffres de confiance affectés, les investisseurs resteront inquiets et continueront à rechercher la sécurité. Dans ce scénario, il est probable que les marchés des actions entrent en territoire de baisse, ce qui signifie qu’une nouvelle baisse d’au moins 10 % pourrait se produire. Les obligations d’État sûres, même avec des rendements négatifs dans de nombreux cas, se porteront bien.

Quel est le scénario le plus probable?

Comme indiqué ci-dessus, il n’est pas possible d’émettre des conclusions très convaincantes sur l’évolution du virus. Si l’on regarde les faits, les deux premiers scénarios semblent plus probables que le dernier. À l’avenir, il faudra continuer à surveiller la propagation du virus dans les différentes régions et les mesures de confinement prises. En outre, il faudra  examiner de près la réaction des gouvernements et des banques centrales. Il convient de noter que les marchés obligataires ont commencé à se caractériser par une action nettement plus importante des banques centrales depuis la semaine dernière, en particulier de la Réserve fédérale américaine.

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