Changement climatique et investissement : quel impact sur les portefeuilles ?

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Par Vincent Juvyns, Global Market Strategist. J.P. Morgan Asset Management

Partout dans le monde, les décideurs politiques manifestent un engagement croissant dans la lutte contre le changement climatique. Il faut dire que les preuves continuent de s’accumuler. Dans les grandes villes, après un déclin lors des confinements liés au Covid-19, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont enregistré une reprise en V, tandis que 2020 s’annonce comme la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée. De récents événements rendent les conséquences du réchauffement planétaire plus visibles, galvanisant ainsi l’opinion publique dans son soutien au passage à un système énergétique à faibles émissions de carbone.

 

Parallèlement, les décideurs politiques mondiaux prennent conscience de leur incapacité à tenir les engagements décidés dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat en 2016, visant à maintenir l’élévation de la température moyenne de la planète inférieure à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Selon les experts, les températures devraient augmenter de plus de 3°C d’ici à la fin du siècle*. De nombreux pays et zones accélèrent désormais leur transition vers une économie neutre en carbone. L’Europe et la Chine ont récemment annoncé leur propre objectif de neutralité carbone, en 2050 et 2060 respectivement. Ces échéances ont beau sembler lointaines, elles impliquent d’atteindre un niveau d’émissions carbone en moins d’une décennie : cela nécessitera des interventions considérables dans le fonctionnement de l’économie mondiale.

Quelles conséquences pour les investisseurs ?

Les investisseurs doivent, à tout le moins, tenir compte de la manière dont les initiatives réglementaires et politiques liées au climat pourraient affecter la valeur de leurs positions. Cette prise de conscience ne signifie pas pour autant faire l’impasse sur le secteur des énergies fossiles. Les mesures de lutte contre le changement climatique auront de profondes conséquences sur les entreprises dans tous les secteurs et pays.

Prenons par exemple la tarification du carbone, l’un des domaines prioritaires dans les cercles décisionnels. L’objectif est de s’assurer que l’utilisation du carbone reflète pleinement la valeur actuelle nette des futurs dommages climatiques et économiques qu’elle engendrera. Cela devrait mener à une plus grande utilisation des programmes de tarification du carbone, tels que les systèmes d’échange de quotas d’émission (SEQE) et les taxes carbone. À l’heure actuelle, ces différentes mesures concernent moins de 15 % des émissions mondiales de GES, tandis que le prix de la tonne de dioxyde de carbone (CO2) est généralement bien inférieur à la fourchette de 50-100 USD/tCO2 que la Commission de haut niveau sur les prix du carbone estime nécessaire d’ici à 2030 pour limiter à 2°C la hausse de la température mondiale.

La situation pourrait néanmoins évoluer rapidement. La Chine aura probablement mis en place le plus vaste SEQE au monde en 2021, tandis que l’Union européenne (UE), détentrice actuelle du plus important SEQE, prévoit d’étendre son dispositif. Le candidat à la présidentielle américaine Joe Biden a également fait du changement climatique un élément clé de sa campagne électorale, proposant notamment une discussion sur la tarification du carbone.

Intensité carbone des portefeuilles

Dans ce contexte d’évolution rapide des politiques, il serait judicieux que les investisseurs connaissent l’intensité carbone globale de leur portefeuille, étant donné qu’une augmentation de la tarification du carbone pourrait déprécier la valeur de leurs actifs. Au niveau des pays, les investisseurs devraient également envisager de regarder au-delà des volumes d’émissions de GES pour s’intéresser à la dynamique sous-jacente.

La Chine est un bon exemple : même si le pays est le premier émetteur mondial de GES, le gouvernement chinois a signé l’Accord de Paris sur le climat et s’est récemment engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060. En outre, selon The Economist, « les entreprises chinoises produisent 72 % des modules solaires du monde, 69 % de ses batteries lithium-ion et 45 % de ses éoliennes ». La Chine offre donc clairement des opportunités aux investisseurs soucieux des questions climatiques.

Les investisseurs devraient – au minimum – évaluer les risques inhérents pour leurs portefeuilles à mesure que les décideurs politiques et les consommateurs s’orientent vers un monde à faibles émissions de carbone. L’impact sur les rendements fait l’objet de nombreux débats, mais il convient de noter que, depuis la signature de l’Accord de Paris sur le climat, l’indice MSCI World Climate Change a dépassé l’indice MSCI World. Cette performance supérieure était déjà visible bien avant l’effondrement des prix du pétrole cette année.

Certains investisseurs pourraient envisager une approche plus radicale. Pour nombre d’entre eux, générer de meilleures performances n’est pas nécessairement leur seule ambition. Ils voudront peut-être investir (ou y seront contraints par la réglementation) dans des instruments spécifiquement conçus pour répondre au changement climatique.

Obligations vertes

Les obligations vertes en sont un bon exemple. Ces instruments sont destinés à financer des projets présentant des avantages environnementaux et/ou climatiques. Le marché des obligations vertes est relativement jeune – la première obligation verte a été émise en 2007 par la Banque européenne d’investissement – et croît rapidement, avec l’émission de 258 milliards de dollars l’an dernier. La Commission européenne a annoncé que sur les 750 milliards d’euros du fonds européen de relance post-crise du Covid-19, 30 % seraient levés via des obligations vertes.

La demande d’obligations vertes devrait rester soutenue, grâce aux leviers réglementaires qui incitent les investisseurs de long terme à augmenter le score environnemental, social et de gouvernance (ESG) de leurs portefeuilles. Les banques centrales discutent également du rôle des obligations vertes dans leurs opérations de politique monétaire au sens large. Par exemple, la Banque centrale européenne a récemment décidé que les obligations liées au développement durable pourraient être utilisées par les banques commerciales comme collatéral pour la gestion de leurs réserves.

Étant donné que la plupart des obligations vertes sont notées « investment grade », elles sont en théorie éligibles à l’achat dans le cadre de la plupart des programmes d’assouplissement quantitatif et de refinancement.

Conclusion

Face à l’accumulation de preuves du changement climatique et de ses effets économiques et sociaux, les décideurs politiques de nombreux pays accélèrent leur transition vers une économie bas carbone voire zéro carbone. Les investisseurs vont devoir adopter une gestion active de l’intensité carbone de leurs portefeuilles s’ils veulent limiter l’impact direct et indirect de cette transition sur leurs investissements.

Une approche active de cette transition peut permettre aux investisseurs de saisir les opportunités de valeur relative nourries par le changement climatique et/ou les politiques mises en place pour aider à ralentir la hausse des températures mondiales. En outre, les instruments conçus pour lutter contre le changement climatique, tels que les obligations vertes et les fonds d’actions thématiques, sont de plus en plus accessibles aux investisseurs. S’ils ne se contentent pas de court-circuiter les pays et les secteurs qui sont les principaux émetteurs de GES, et s’ils concentrent leur capital sur les entreprises et les gouvernements qui pilotent les solutions, les investisseurs ont une occasion unique d’être pleinement acteurs du changement.

*Emissions Gap Report 2019, Programme des Nations Unies pour l’environnement, 26 novembre 2019.

 

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