Et si on faisait le point sur le réchauffement climatique ?

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Par Degroof Petercam

L’année 2018 s’est clôturée par la 24ème conférence des Nations Unies sur le climat, qui s’est tenue à Katowice en Pologne. Objectif de cette conférence ? Finaliser le Règlement de Paris, qui définit les directives de mise en œuvre de l’Accord de Paris pour assurer une transition énergétique juste et efficace. Dans le sillage de la conférence et de la fin de l’année 2018, un point de la situation s’impose. Quelles dispositions ont été adoptées (ou pas) par la 24e Conférence des Parties ? Comment les nations du monde entier relèvent-elles les défis de l’atténuation du réchauffement climatique ? L’UE est-elle performante ? Existe-t-il des raisons de se réjouir ou faudrait-il plutôt se lamenter ?

2018 nous a donné certains signes d’espoir pour les décennies à venir…

Toutes les parties présentes à la COP se sont entendues sur les règles définies dans le Règlement de Paris afin de mesurer, de fournir un rapport et de vérifier leurs efforts de réduction des émissions. C’est une étape supplémentaire dans la lutte contre le changement climatique, car il sera beaucoup plus difficile pour les nations de se soustraire à leurs engagements. Comme indiqué par les Principes pour l’Investissement Responsable, la mise en place de ces règles donnera aux investisseurs davantage confiance dans le processus de l’Accord de Paris. En effet, plus de 400 investisseurs représentant 32 milliards de dollars d’actifs sous gestion (AuM) ont réclamé le règlement relatif à l’Accord de Paris. (Source : CCNUCC)

Même si la Pologne n’a toujours pas l’intention de fermer complètement ses centrales au charbon dans un avenir proche, la présidence polonaise a lancé plusieurs initiatives visant à lutter contre le changement climatique, notamment une déclaration sur la préservation des forêts (« forests for climate »).

Lors de la COP, plusieurs nations (UE, Royaume-Uni, Canada, Argentine, Mexique) se sont engagées à relever leurs contributions déterminées au niveau national en 2020 et une minorité (Inde, Canada, Ukraine et Jamaïque) s’est également engagée à présenter des objectifs plus ambitieux d’ici 2020. (Source : Carbone Brief)

La Commission européenne a renforcé ses ambitions et présenté sa vision stratégique à long terme pour une « économie européenne prospère, moderne, compétitive et neutre sur le plan climatique à l’horizon 2050 ». Toutefois, il convient de noter qu’à ce jour, plusieurs États membres de l’UE ne sont pas en voie d’atteindre leurs objectifs de réduction initiaux pour 2020 définis dans le cadre de l’Accord de Paris.

(Source : Commission européenne, The Guardian, Climate Action Network Europe)

L’un des piliers de l’Accord de Paris était l’objectif mondial collectif de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 à 2025 pour financer la transition énergétique dans les pays en développement. 2017 nous a apporté des résultats prometteurs, puisque l’UE a fourni un total de 20,4 milliards d’euros au titre du financement climatique. Néanmoins, la franchise s’impose : il nous faut encore accroître considérablement notre effort collectif. (Source : Commission européenne)

Malheureusement, les motifs d’inquiétude sont encore plus nombreux…

Le sommet sur le climat tenu en Pologne était le 24èmedu genre. Depuis la première COP qui s’est tenue à Berlin en 1995, les émissions annuelles de CO2n’ont cessé d’augmenter, atteignant un record historique en 2018. Selon le Global Carbon Project, en 2018, les émissions de COdevaient progresser de 2,7 % par rapport aux niveaux de 2017, soit l’augmentation la plus rapide en sept ans. C’est un fait indéniable : 2018 a été une nouvelle mauvaise année pour notre climat. La poursuite de cette tendance de sous-performance dans la réduction des émissions imposera une transition énergétique encore plus rapide et plus radicale, notamment une tarification sévère du carbone et des politiques ciblant à la fois la demande et l’offre. (Source : Our World in Data, NASA, RenewEconomy)

Les inquiétudes concernant les États-Unis méritent un paragraphe entier. En prônant l’utilisation de combustibles fossiles lors des négociations en Pologne, et l’intention de quitter l’Accord de Paris dès 2020, l’administration Trump sous-performe significativement. Toutefois, il existe d’autres motifs d’inquiétude. Étant donné que l’administration américaine est en train d’accroître l’incertitude réglementaire (par exemple, le retrait du plan relatif à l’électricité propre), les investisseurs pourraient ne pas être suffisamment incités à orienter les investissements vers des solutions à faible émission de carbone (puisque la probabilité de risque d’actifs échoués en raison de politiques climatiques strictes diminue). En outre, en s’opposant fermement à l’Accord de Paris, l’administration américaine actuelle porte atteinte au principe de solidarité qui sous-tend l’accord relatif à la lutte conjointe contre le changement climatique. Elle fournit de surcroît un moyen de pression aux autres pays (le Brésil, par exemple) qui souhaitent se retirer de l’Accord ou réduire leurs ambitions (par exemple l’Australie). (Source : Institute of International and European Affairs)

En résumé des signes d’espoir, mais un sentiment général de déception

La COP24 nous a donné certains signes d’espoir dans la lutte contre le réchauffement climatique, à savoir l’accomplissement d’une étape supplémentaire importante, le Règlement de Paris, qui est le « mode d’emploi » des engagements de Paris. Néanmoins, nous éprouvons un sentiment général de déception à l’égard de la 24ème COP. Une transition radicale et urgente, d’une ampleur inédite, est nécessaire dans les années à venir, et il reste beaucoup à faire pour atteindre les ambitieux et indispensables objectifs de réduction des émissions de CO2de 45 % d’ici 2030 et de zéro émission nette à l’horizon 2050. Nous espérons sincèrement que la COP25 et la COP26 nous donneront de réelles raisons de nous réjouir et des réponses sur la rapidité avec laquelle la transition interviendra concrètement dans les décennies à venir.

La justice : le dernier recours pour une lutte efficace contre le changement climatique ?

En réponse aux progrès limités enregistrés lors de la COP 24 à Katowice, plusieurs ONG françaises se sont rassemblées pour trainer en justice leur État. Ainsi, Greenpeace, la Fondation pour la nature et l’homme, Affaires à Tous et Oxfam France reprochent aux autorités publiques leur manque d’actions et de décisions pour lutter contre le changement climatique de manière efficace. Que ce soit en matière d’investissements, de normes, de taxes ou de contrôles, les mesures prises par l’Hexagone qui veut pourtant se positionner en leader au sein de l’Europe sur le sujet sont jugées insuffisantes. Étant donné les impacts du changement climatique sur la santé, la biodiversité, l’agriculture, les ONG considèrent l’inaction de leur pays comme criminelle et un manquement à ses responsabilités.

Ce n’est pas la première fois que le manque d’ambition d’un Etat est saisi par la Justice. L’association Urgenda avait déjà saisi la Cour de Justice néerlandaise en 2015 jugeant les objectifs de réduction des émissions carbone des Pays-Bas comme insuffisantes. Et c’est avec succès que l’association a obtenu gain de cause, confirmé par la cour d’appel en octobre 2015 et condamnant l’Etat néerlandais à réduire de 20 % ses niveaux d’émissions de CO2en 2020 par rapport aux niveaux de 1990.

L’étau semblerait se resserrer pour ces Etats jugés trop passifs vis-à-vis de la transition énergétique et leur engagement dans l’Accord de Paris. 

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