Comment décarboniser votre portefeuille ?

@pexels

Par Degroof Petercam

De nos jours, dans le cadre de la « chasse aux émissions de carbone » que livrent de nombreux gestionnaires, il est souvent fait allusion au concept de « décarbonisation » des portefeuilles. Mais qu’entend-on donc par le terme «décarbonisation»?

En fait, plusieurs approches permettent de décarboniser votre portefeuille tout en prenant toutes les précautions nécessaires. Il faut toutefois garder à l’esprit qu’il s’agit d’un concept qui repose sur des méthodologies encore peu abouties. En effet, certaines usines ou entreprises ne sont pas encore équipées de capteurs de mesure des émissions de carbone. De ce fait, les émissions sont déclarées ou estimées au niveau global de l’entreprise, ce qui complique encore le calcul des émissions directes (qui ont servi à fabriquer le produit lui-même) et indirectes (liées à l’utilisation de ce produit).

En outre, les approches en matière de décarbonisation se concentrent sur un seul aspect du portefeuille, à savoir le risque climatique, tout en laissant de côté les autres aspects liés à la gestion du portefeuille.

Une première méthode consiste à investir dans des secteurs à faibles émissions. Par exemple, un portefeuille qui écarterait une exposition (en tout ou en partie) aux secteurs de l’énergie, des services de distribution, de l’industrie et des matériaux. Il s’agit d’une approche assez restrictive à plusieurs égards : d’abord, en raison de la très grande diversité des secteurs de l’industrie et des matériaux. La chasse aux sorcières contre les énergies fossiles, quant à elle, peut également conduire certaines personnes à s’éloigner radicalement des secteurs du gaz et du pétrole. Si ces mêmes personnes jugent que les efforts concédés dans ces secteurs sont insuffisants à cet égard, elles risquent de rejeter les entreprises qui y sont actives et de ne pas revenir sur leur décision. La transition énergétique vers une économie à faible intensité de carbone doit s’accompagner d’un échange entre tous les acteurs et parties prenantes afin de pouvoir atteindre une transition ambitieuse et réalisable.

Une deuxième méthode de décarbonisation, qui, elle, est plus répandue, consiste à calculer l’empreinte carbone d’un portefeuille et à chercher à la réduire dans le temps ou par rapport à un autre portefeuille ou un point de référence. L’empreinte carbone du portefeuille a pour objectif d’évaluer le risque carbone du portefeuille en vue d’une transition vers une économie à faible intensité de carbone. Pour ce faire, les émissions de carbone des émetteurs individuels sont généralement calculées et déclarées en fonction de leur chiffre d’affaires (approche par intensité carbone). La méthode de calcul suit celle reconnue par le Protocole mondial des gaz à effet de serre et comprend les émissions du périmètre 1 (émissions directes provenant de sources détenues ou contrôlées par l’émetteur déclarant les émissions) et du périmètre 2 (émissions directes liées à la consommation énergétique [électricité, chaleur, vapeur] nécessaires à la fabrication du produit lui-même).

Cette méthode présente deux avantages : tout d’abord, même si elle est encore imparfaite, la mesure de l’empreinte carbone permet une première estimation globale du risque ainsi qu’une comparaison avec différents indicateurs. Par ailleurs, la volonté de réduire cette empreinte témoigne d’une forte aspiration au progrès et d’une réelle conscience environnementale.

Cependant, elle soulève également plusieurs questions quant aux méthodologies. Tout d’abord, la méthodologie de calcul de l’empreinte carbone présente plusieurs points faibles (émissions directes et indirectes, émissions différées ou estimées, applications à des classes d’actifs moins traditionnelles, etc.). Par conséquent, un processus d’investissement et de constitution de portefeuille reposant exclusivement sur cette mesure présente un risque inhérent.

La plupart des solutions d’investissement privilégient l’optimisation de l’empreinte carbone du portefeuille par la surpondération ou la sous-pondération de catégories individuelles en fonction de leurs estimations d’émissions. Cette approche permet en outre de réduire les émissions totales du portefeuille sur un horizon de temps. Toutefois, un portefeuille qui n’évolue pas peut voir son empreinte carbone diminuer progressivement au fur et à mesure du développement des technologies. De plus, en fonction des améliorations apportées à la méthode de calcul, cette empreinte augmentera ou diminuera en raison d’un simple changement de méthodologie.

Il existe donc un consensus sur le fait que l’empreinte carbone est une mesure imparfaite. Il serait dès lors risqué de construire une stratégie d’investissement basée exclusivement sur l’empreinte carbone. Néanmoins, elle représente une indication du risque climatique encouru et est donc pertinente puisque le changement climatique fait peser des risques financiers et économiques à court et moyen terme. Il est donc essentiel d’intégrer le risque climatique en tant que tel avant le processus d’investissement. Il doit être calculé de manière réfléchie et sensée par des analystes et des gestionnaires qui ont pleinement conscience de l’ensemble des enjeux des secteurs d’activité dans lesquels ils agissent et doit absolument faire l’objet d’une recherche approfondie.

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