Ouverture du marché obligataire chinois: risque ou opportunité ?

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Par Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan AM

Depuis plusieurs années, la dette chinoise fait les gros titres de la presse financière. En effet, sa forte croissance depuis 2009 inquiète nombre d’observateurs. Dans le sillage de la crise financière de 2008, la Chine a pris différentes mesures pour soutenir son économie. Ces mesures ont fait passer l’endettement total du pays de 140 % du PIB en 2007 à 250 % aujourd’hui.

Dette soutenable

Si un tel niveau d’endettement présente évidemment des risques, rien n’indique en revanche que la soutenabilité de la dette chinoise soit inférieure à celle des pays développés, qui affichent pour la plupart des niveaux d’endettement similaires. Au contraire même. En effet, la soutenabilité de la dette est fonction de différents facteurs comme le taux de croissance, le taux d’inflation, la démographie, l’épargne des ménages et la détention étrangère de la dette. Or, pour tous ces paramètres, la Chine est généralement dans une situation plus favorable que la plupart des pays développés. La Chine demeure d’ailleurs bien notée par les agences de notation, à l’instar de S&P qui fait passer la notation crédit de la Chine de BBB en 2000 a A+ aujourd’hui.

Dette et marché

Par ailleurs, il est important de ne pas confondre l’endettement de la Chine avec son marché obligataire. En effet, la Chine est un pays où les agents économiques privilégient encore largement les prêts bancaires pour leurs besoins de financement et par conséquent le marché obligataire chinois est encore relativement peu développé. Si l’endettement du pays fluctue autour de 250 % du PIB, la capitalisation du marché obligataire est actuellement légèrement inférieure à 100 % du PIB (contre 130 % du PIB aux Etats-Unis). En outre, la structure du marché de dette et du marché obligataire est différente. Les entreprises non financières sont ainsi les plus représentées sur le marché de dette (156 % du PIB) tandis que sur le marché obligataire, c’est l’état chinois qui est le plus important, avec un poids de 56 % du PIB. Bien qu’encore relativement peu développé, le marché obligataire est déjà le 2èmeplus grand au monde, juste derrière les États-Unis.

Plus accessible

Enfin, alors que ce marché était, jusqu’à présent, encore relativement peu accessible pour les investisseurs étrangers, les autorités chinoises ont pris nombre de mesures pour en faciliter l’accès. L’internationalisation du Renminbi en 2015, grâce à son inclusion dans le panier de devises servant de base aux droits de tirages spéciaux du FMI, fut, à cet égard, une étape importante. C’est cependant le volet opérationnel qui a été  le plus déterminant. Avec le lancement de Bond Connect en juin 2017, la Chine a fait tomber nombre de barrières qui empêchaient les investisseurs étrangers d’accéder au marché chinois. Il n’est ainsi plus nécessaire d’ouvrir un compte en Chine pour investir. Les quotas et les limites en termes de rapatriements des actifs ont été supprimés. Le programme Bond Connect change ainsi diamétralement la donne. Aujourd’hui, il y a déjà plus d‘investisseurs qui l’utilisent que tous les programmes précédents réunis, à l’instar des QFII/RQFII.

Dans les indices

Le plus grand succès des autorités chinoises est cependant d’avoir convaincu, grâce à ces mesures, les fournisseurs d’indices obligataires d’ouvrir leurs indices aux obligations chinoises. Bloomberg a ainsi annoncé l’inclusion graduelle des obligations chinoises à partir du mois d’avril 2019 à son indice phare le Bloomberg/Barclays Global Aggregate. D’autres indices devraient suivre le mouvement. C’est le cas du JPMorgan Emerging Market Bond Index Global Diversified et du Financial Times Stock Exchange World Government Bond Index. L’inclusion des obligations chinoises à ces indices devrait largement soutenir le marché obligataire chinois puisqu’elle pourrait attirer entre 250 et 300 milliards de flux d’investissement.

Conclusion

En conclusion, le marché chinois est trop important que pour être ignoré, il présente des fondamentaux relativement robustes et même si le rendement actuel des obligations souveraines chinoises à 10 ans n’est « que » très légèrement supérieur à 3 %, la performance de ces obligations devrait être soutenue par les flux d’investissements en provenance de l’étranger dans un contexte de recherche de rendement.

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