La BCE ouvre la voie à des mesures de relance supplémentaires

@pexels

Par Deutsche Bank Belgique

La BCE a laissé son taux directeur inchangé, mais a laissé entrevoir une baisse des taux d’intérêt en septembre et une relance du programme d’achat d’actifs plus tard cette année. Analyse.

En résumé :

    • La Banque centrale européenne (BCE) a laissé son taux directeur inchangé, mais a laissé entrevoir une baisse des taux d’intérêt en septembre et une relance du programme d’achat d’actifs plus tard cette année.

  • La BCE a déclaré que son objectif d’inflation était symétrique. Si l’on considère la cible de 2% comme une moyenne plutôt que comme un plafond, on peut conclure que les stimuli monétaires seront accrus et étendus dans le temps.
  • Une politique monétaire plus accommodante va intensifier la chasse au rendement pour les titres à revenu fixe. Il convient de privilégier le segment dit « cross-over », à la frontière entre les titres ‘Investment Grade’ et ‘High Yield’.

Sur le plan tactique, la prudence envers les actions européennes est recommandée, car l’environnement macroéconomique et politique reste difficile.

  1. Le fil des événements

Comme prévu, la BCE a laissé ses taux directeurs inchangés lors de sa dernière réunion de juillet. Toutefois, la déclaration officielle et la conférence de presse sont venues rappeler les préoccupations de la banque centrale au sujet du faible niveau de l’inflation. De plus, selon Mario Draghi, les perspectives économiques se sont encore détériorées, surtout dans le secteur industriel. Les trois messages principaux de la réunion sont les suivants :

– Les perspectives en matière de taux d’intérêt se sont durcies. Selon la BCE, ses taux d’intérêt devraient rester « à leurs niveaux actuels ou inférieurs, au moins jusqu’au premier semestre 2020 ». L’ajout du mot « inférieurs » ouvre la porte à une baisse des taux en septembre. Les comités compétents ont été chargés d’examiner la possibilité d’un système progressif visant à exempter certains dépôts bancaires des taux d’intérêt négatifs.
– Le Conseil des gouverneurs a également chargé les comités de l’Eurosystème d’examiner les options relatives à la taille et à la composition des nouveaux achats d’actifs éventuels. Par conséquent, il semble probable que le programme d’achat d’actifs sera relancé dans le courant de l’année.

– La BCE a déclaré que son objectif d’inflation est symétrique. Cela signifie que les périodes où l’inflation se situe en dessous de l’objectif doivent être suivies de périodes où l’inflation remonte au-dessus de l’objectif. Jusqu’à présent, la BCE a toujours visé une inflation « inférieure mais proche de 2% ». Si l’on considère ces 2% comme une moyenne plutôt que comme un maximum, il est probable que cela entraînera une détente monétaire plus longue et plus intense.

  1. Comment les marchés ont-ils réagi ?

    L’allusion à une relance du programme d’achat d’actifs dans la déclaration de la BCE a porté les rendements des emprunts d’Etat à un nouveau plancher. Le taux à 10 ans du Bund allemand est tombé à -0,42% et le taux à 10 ans en France à -0,18%. L’Eurostoxx 50 a progressé de 1%, tandis que la réaction hors zone euro a été plus modérée. L’euro a initialement perdu environ 0,3% de sa valeur par rapport au dollar. Toutefois, les rendements obligataires et l’euro se sont redressés et ont limité les pertes antérieures lors de la conférence de presse de Mario Draghi. Inversement, les gains des marchés d’actions se sont réduits lors de la conférence de presse, Mario Draghi ayant évité une communication « dovish »* supplémentaire.

  1. Quel impact pour les investisseurs ?

– La BCE reste préoccupée par la détérioration de la situation macroéconomique, les tensions inflationnistes modérées et la baisse des anticipations d’inflation. Compte tenu des perspectives macroéconomiques plutôt sombres et de l’incertitude politique, il n’est pas surprenant que la BCE envisage de nouvelles mesures de relance monétaire. Toutefois, leur impact sur la croissance et l’inflation est discutable. Les entreprises de la zone euro hésitent à investir, principalement en raison des perspectives politiques et économiques incertaines, et non en raison des coûts de financement élevés. Cela dit, un assouplissement plus marqué de la politique monétaire ne devrait pas entraîner une hausse significative de la croissance ou de l’inflation

– Les conséquences sur les marchés financiers sont plus sensibles. De nombreuses obligations d’État de la zone euro présentent déjà des rendements négatifs, et une politique plus souple de la banque centrale intensifiera encore la recherche de rendements dans le segment obligataire. Dans un tel environnement, les obligations d’entreprises européennes offrent un portage attrayant (de l’anglais « carry », qui signifie le rendement ou le coût de conserver un actif financier).

– En ce qui concerne les titres ‘Investment Grade’ libellés en euros, une des pistes à suivre pourrait être les obligations émises par des institutions financières, plutôt que celles d’autres secteurs. Pour les obligations non financières, la pondération des sociétés éligibles au programme de rachat de la BCE pourrait être augmentée. Dans le segment légèrement plus risqué, les obligations qui se situent à la limite entre les obligations de première qualité et les obligations à haut rendement (notations S&P BBB- / BB+) peuvent être une piste de diversification.

– Les marchés financiers resteront sensibles à une volatilité accrue,malgré les anticipations de nouveaux stimuli monétaires. Les marchés boursiers ne semblent pas faire montre de beaucoup d’inquiétudes mais, sur le plan tactique il convient de rester prudent à l’égard des actions européennes, étant donné l’environnement macroéconomique et politique toujours difficile.

– En ce qui concerne les marchés des changes,le potentiel de baisse de l’euro reste limité. La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait assouplir sa politique monétaire dans le courant du mois et l’écart de rendement entre l’euro et le dollar se réduira. Le taux de change EUR/USD devrait continuer d’évoluer au sein d’une fourchette similaire.

  • Faisant référence à la colombe, le terme « dovish » signifie qu’une banque centrale est plutôt encline à abaisser ses taux d’intérêt – ou qu’elle n’est pas pressée de les relever rapidement – pour stimuler la croissance économique.

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