Quel avenir pour « l’or bleu » ?  

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Par Erik Joly, CIO ABN AMRO Belgique

L’une des préoccupations croissantes des consommateurs concerne la qualité de leur approvisionnement en eau. D’après une enquête menée auprès des consommateurs américains par la Water Quality Association en janvier 2019, 51 % d’entre eux sont préoccupés ou très préoccupés par leur approvision­nement en eau domestique, contre 42 % en 2017. Et selon la Commission européenne, seuls 20 % des consommateurs jugent acceptable l’eau potable en dehors de leur pays d’ori­gine, tandis que 11 % des Européens sont touchés par des pé­nuries d’eau.

La demande en eau devrait dépasser l’offre

La demande en eau du robinet augmentera régulièrement de 1 % par an. Cette hausse est due à la croissance de la population mondiale, qui dépassera les 9 milliards en 2050. D’ici là, les deux tiers de la population vivront dans des zones densément peuplées et le PIB mondial devrait être multi­plié par 2,5. Une des consé­quences de l’augmentation de la richesse est que les régimes alimentaires incluent plus de viande et moins de céréales. Or, l’élevage de bétail est beaucoup plus gourmand en eau : par exemple, la production d’1 kg de viande de bœuf nécessite 15 400 litres d’eau, contre 1 830 litres pour 1 kg de blé. Selon l’ONU, notre consommation d’eau actuelle n’est pas durable. Si rien n’est fait, d’ici 2030, le monde aura besoin de 40 % d’eau en plus que ce qui est actuellement fourni.

La consommation d’eau devient particulièrement problé­matique dans les villes. 25 % des 50 plus grandes villes du monde subissent actuellement un stress hydrique grave. Par conséquent, des restrictions ont été mises en place, et celles-ci touchent majoritairement les populations plus pauvres. À mesure que l’urbanisation se poursuit, il est probable que les niveaux de stress hydrique augmenteront.

Le réchauffement climatique porte gravement atteinte à l’approvisionnement en eau

Des températures plus élevées et des conditions météorolo­giques plus extrêmes et moins prévisibles devraient affecter la disponibilité et la répartition des précipitations, de la fonte des neiges, du débit des rivières et des eaux souterraines. La hausse des températures, par exemple, entraîne une évaporation plus élevée au niveau des surfaces ouvertes et des sols, ce qui réduit la disponibilité de l’eau. Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat calcule que pour chaque degré de réchauffement de la planète, 7 % de la population mondiale subit une diminution de 20 % de ses ressources renouvelables en eau.

La qualité de l’eau est sous pression

Un autre problème lié à l’approvisionnement mondial en eau est la mauvaise qualité de l’eau. Selon les calculs de l’ONU, 80 % des eaux usées industrielles et municipales sont rejetées dans l’environnement sans traitement. Par exemple, près de 40 % des eaux de surface autour de Pékin sont si polluées qu’elles ne sont propres ni à la consommation humaine, ni à l’agriculture, ni à l’utilisation industrielle

Le vieillissement des infrastructures entraîne des pertes d’eau

Un autre problème lié à l’infrastructure hydraulique est constitué par les pertes dues aux fuites. Les services publics américains perdent près de 15 % de l’eau potable totale en raison du vieillissement des infrastructures et de la mauvaise détection des fuites. Londres, Dublin et Rome font face à des niveaux de fuite de 30-40 % (source : Smart Water Networks).

Les tarifs de l’eau doivent augmenter

Le montant des investissements qui devraient être consacrés à l’infrastructure hydraulique et à l’infrastructure d’assainis­sement est beaucoup plus élevé que le revenu des compa­gnies des eaux.

Des chercheurs de l’Université d’État du Michigan ont calculé que si les tarifs de l’eau aux États-Unis augmentaient au même rythme que par le passé, c’est-à-dire de 5 % par an, le nombre de ménages américains incapables de payer leur facture d’eau pourrait tripler pour atteindre 41 millions en cinq ans.

Les investissements des entreprises dans les économies d’eau augmenteront également

Les gouvernements et les compagnies des eaux ne sont pas les seuls à devoir dépenser plus : c’est aussi le cas des entreprises. L’organisation à but non lucratif CDP, qui aide les entreprises à divulguer leur impact environnemental, a mené une enquête auprès de plus de 2 000 des 5 000 plus grandes entreprises au monde sur leur consommation d’eau en 2018. Par rapport à son enquête de 2015, CDP a constaté une augmentation de près de 50 % du nombre d’entreprises déclarant une consommation d’eau plus élevée, et ce, malgré une plus grande sensibilisation aux risques liés à l’approvi­sionnement en eau et à la qualité de l’eau, ainsi que l’exis­tence d’objectifs de réduction de la consommation d’eau au niveau de l’entreprise.

Avec la pression croissante sur l’approvisionnement en eau et l’augmentation du prix de l’eau douce, les entreprises devront renforcer leurs investissements visant à écono­miser l’eau dans les années à venir et ce, non seulement pour des raisons environnementales, mais aussi pour assurer la continuité de leurs activités. Certaines entreprises prennent les devants, comme le fabricant de biens de consommation Reckitt Benckiser, qui possède de nombreuses usines de fabrication dans des pays en développement. L’entreprise a réduit sa consommation d’eau par produit fabriqué de 38 % depuis 2012. Cette réduction a été possible grâce à la mise en place d’installations de traite­ment et de recyclage des eaux.

Opportunités d’investissement dans le secteur de l’eau

Alors qu’une pénurie d’eau potable menace le monde, les gouvernements, les compagnies des eaux et les entreprises devraient accélérer leurs investissements dans ce domaine dans les années à venir. Pour de nombreux investisseurs désireux d’investir dans le secteur de l’eau, le choix évident consiste à acheter des actions dans des compagnies des eaux. Mais elles ne sont pas toutes intéressantes. Celles qui pourraient l’être sont celles qui desservent des commu­nautés qui consentent à une hausse des tarifs afin de faciliter l’approvisionnement durable en eau potable.

Si les tarifs de l’eau peuvent augmenter et si les compagnies des eaux investissent dans des solutions technologiques pour améliorer l’efficacité, il sera possible d’obtenir des revenus récurrents stables. Malheureusement, de nombreux services publics sont strictement régulés pour limiter les hausses de prix, ce qui peut nuire à leur rentabilité. Une autre façon pour les investisseurs de s’exposer à la vague d’investissement dans ce secteur est de chercher des entreprises bien posi­tionnées dans le traitement et la gestion de l’eau et dans les solu­tions d’infrastructure hydraulique.

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