Comment endosser sa responsabilité d’actionnaire en tant qu’investisseur ?

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Par Degroof Petercam

Le deuxième grand principe des six Principes de l’Investissement Responsable sponsorisés par les Nations-Unies est d’endosser sa responsabilité d’actionnaire à long-terme et promouvoir l’investissement responsable à travers sa voix actionnariale.

Voter : une nouvelle obligation pour l’investisseur

Face à l’obligation de s’exprimer aux assemblées des actionnaires, l’investisseur peut se sentir quelque peu perdu. D’autant plus, que les nouveaux modèles de gouvernance qui émergent notamment dans les sociétés technologiques, remettent sérieusement en cause les modèles plus traditionnels auxquels nous pourrions être habitués.

Comment réagir alors lorsque l’entreprise Snap, à l’origine de l’application Snapchat, lance son IPO sans aucun droit de vote attaché aux actions proposées au public au nom des principes sacro-saints de dynamisme et de flexibilité qui seraient vitaux pour son modèle d’entreprise ? Lorsque les droits élémentaires des actionnaires sont bafoués en toute impunité, il est légitime de se demander si, finalement, voter peut avoir un impact et pourquoi dès lors rendre ce vote obligatoire.

De plus, quel peut être l’impact réel de voter pour un actionnaire minoritaire face à un actionnaire majoritaire, de référence ou familial ou face à une méga capitalisation boursière et donc n’être qu’une voix diluée dans de grands flots ? L’exemple des géants pétroliers qui plient sous la pression de leurs actionnaires et rendront dorénavant des comptes sur leur responsabilité environnementale et leur gestion des risques liés au changement climatique, est parlant. Un autre bel exemple récent est l’expression des minoritaires face à l’actionnaire de référence Vivendi dans l’assemblée de Telecom Italia. La réglementation italienne veut que les candidats au Conseil d’administration soient repris sur une liste de candidats proposée par l’actionnaire majoritaire ou par les actionnaires minoritaires s’ils parviennent à imposer leur liste. Avec 1,9% du capital seulement, l’actionnaire minoritaire est parvenu à déposer une liste, qui n’a certes pas remporté l’ensemble des voix, mais dont l’écart par rapport à la liste des candidats proposée par Vivendi n’était que de 0.5%. Une première pour cet actionnaire majoritaire ! Les minoritaires avaient réussi à imposer leur liste à l’assemblée de Snam spa en 2016, en renversant progressivement la tradition italienne de l’actionnaire majoritaire imposant ses candidats.

Voter : pourquoi ?

Voter permet de défendre les meilleures pratiques, y compris en matière environnementale, sociale et de gouvernance. Tout d’abord, la faible participation renforce davantage les actionnaires majoritaires. Ensuite, force est de constater que sous l’effet d’une participation croissante aux assemblées actionnariales et l’implication grandissante des investisseurs institutionnels, les pratiques de gouvernance commencent à changer.

Enfin, un taux de mécontentement des actionnaires relativement élevé, sur l’un ou l’autre point à l’agenda, peut être un levier pour ces derniers de lancer un avertissement au management. Le taux des votes négatifs important sur le total des votes attirera l’œil des médias et des autres parties prenantes en ce compris les investisseurs soucieux de l’engagement long-terme de leur prise de position.

Remplir son devoir en pleine responsabilité

Nous faisons face aujourd’hui à une contradiction entre d’une part la volonté, voire même la pression, à s’exprimer davantage en tant qu’actionnaires responsables et, d’autre part, une réserve à s’immiscer dans la gestion de l’entreprise en favorisant la flexibilité et la souplesse de nouveaux modèles d’entreprise naissants. Définir sa compréhension de bonne gouvernance dans un tel contexte est un exercice complexe mais passionnant.

La culture d’entreprise évolue fortement. Les actionnaires sont de plus en plus appelés à s’exprimer sur les attitudes de l’entreprise et sur sa capacité à prévenir les risques. Au niveau des attitudes de l’entreprise, nous assistons à un intérêt croissant pour les questions environnementales et sociales telles que le changement climatique ou la gestion du capital humain. La prévention des risques est également centrale notamment à la suite des différents scandales tels que des stratégies de ventes agressives, une faible protection de données ou encore des scandales de corruption. La diversité et l’adéquation des conseils d’administration deviennent aussi des qualités essentielles.

Voter à travers les fonds indiciels, un vote à la légère

La notion de voter avec ses pieds selon l’expression anglo-saxonne est souvent utilisée pour les investisseurs votant en tant que représentants des gestions indicielles et passives.

Et pourtant, voter au nom des fonds gérés de manière indicielle ou passive prend également son sens d’une part du fait de l’importance croissante de la gestion indicielle aujourd’hui et d’autre part en renforcement de l’impact et du poids des décisions réfléchies et analysées dans une démarche active.

L’engagement actionnarial – qu’il revête la forme de l’engagement, le vote en assemblée des

actionnaires et/ou le dialogue avec la société – est un outil de gestion à part entière. Il doit être intégré par l’investisseur désireux de mieux évaluer les risques dans leur globalité, de défendre des valeurs et des bonnes pratiques et par conséquent de contribuer à des sociétés plus durables. C’est donc un processus à long terme, qui, par effet de boule de neige, dans une approche structurée, ajoute de la valeur et contribue à la performance de la société et à la pérennité de l’investissement.

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