Quel diagnostic 10 ans après la crise ?

Sous la direction de l’économiste Serge Wibaut, le dernier numéro de la revue « Reflets et Perspectives de la vie économique » fait le point sur la situation dix ans après la crise financière. Une crise qui a fait couler beaucoup d’encre et de réglementations et dont on ne voit pas la fin, comme souligne Serge Wibaut en introduction. L’opuscule publié aux éditions De Boeck retrace les évolutions qui ont marqué les réformes régulatoires du secteur bancaire belge, le renforcement de la protection de l’investisseur et s’interroge sur l’efficacité de la politique des autorités monétaires. Les sujets de la taxation des banques et de la santé financière du secteur sont également passés sous la loupe des auteurs. «Beaucoup se demandèrent en effet comment les académiques et les services de prévisions économiques, tant privés que publics, n’avaient pas vu venir l’ouragan qui allait frapper l’économie mondiale », relève Serge Wibaut.

Aujourd’hui, dix ans après le séisme, les réglementations ont sans doute rendu les banques plus solides mais le modèle bancaire n’a pas changé. Les réglementations ne sont pas fondamentalement meilleures, elles sont essentiellement plus complexes. Mais, surtout, elles n’ont pas osé aller assez loin dans la remise en question des fondations de l’activité bancaire.

Le secteur bancaire belge a connu des changements en 10 ans. La taille des banques et du secteur a diminué et l’endettement a baissé. Apparemment, les banques sont revenues à leur métier de base et se concentrent davantage sur les prêts domestiques. Alors que la détention d’obligations gouvernementales a gonflé dans les bilans du secteur, les activités de trading ont été réduites. La combinaison de ces facteurs a permis d’accroître la résilience du secteur. Cependant, certaines activités ont pris plus d’importance comme les fonds d’investissement qui passent désormais aussi par les contrôles macro prudentiels mais il ne faudrait pas négliger les risques que ces fonds peuvent aussi présenter.

Même si le niveau de capitalisation des banques européennes est globalement adéquat, certaines banques demeurent encore fragiles. De plus, la profitabilité du secteur en général est en baisse voire parfois insuffisante. « Le retour à un fonctionnement pleinement satisfaisant du secteur financier prendra encore du temps. Ses deux principales faiblesses proviennent d’une profitabilité insuffisante et d’un provisionnement incomplet de ses prêts non performants, notamment dans les pays d’Europe du Sud, alors que deux banques systémiques Unicredit et Deutsche Bank inquiètent encore les investisseurs au début 2017. Le contraste est frappant avec la santé retrouvée des banques américaines, pourtant premier épicentre de cette crise et dont la capitalisation boursière des quatre plus grandes équivaut à celle du secteur européen dans son ensemble ! », peut-on lire dans cet ouvrage.

Interrogé sur les causes de la crise, Serge Wibaut reconnaît que les économistes n’ont pas su détecter l’effet d’un indicateur majeur qui était le degré d’endettement et les effets de la titrisation. « Même les plus alarmistes sur l’immobilier ne se sont pas rendus compte de l’effet domino que cela allait enclencher ».

Une telle crise pourrait-elle encore se produire aujourd’hui ? « Cela pourrait encore se produire. Les réglementations ne sont pas meilleures mais elles sont plus complexes. Les banques sont plus sûres mais le modèle de base n’a pas changé. Il aurait fallu aller plus loin et séparer les activités de retail des activités d’investissement. A cause du lobbying bancaire on ne l’a pas fait et c’est une erreur », regrette cet économiste. Il relève aussi le danger potentiel que représentent les comptes d’épargne qui sont utilisés comme des comptes-courants par les clients. « Il faudrait instaurer des préavis pour retirer l’épargne sur ces comptes de façon à ce que ces sommes retrouvent leur vocation d’épargne. Les banquiers partent du postulat que ces sommes vont rester longtemps sur ces comptes. Or, cela peut ne pas être le cas », avertit Serge Wibaut. Aujourd’hui, 10 ans après la crise, personne ne veut reconnaître que l’on n’est pas allé assez loin dans la séparation des métiers des banques. Rendez-vous dans 10 ans pour un nouveau constat ? Pour commander le dernier numéro de Reflets et Perspectives de la vie économique cliquer ici 

Cet article vous a intéressé ? Consultez aussi :

Banques, bien faire son métier pour commencer !

Qu’est-ce que PSD2 et quel impact pour vos finances ?

A quoi ressemblera votre banque demain ?

 


Pour en savoir plus sur ce sujet et sur le monde financier et économique, abonnez-vous gratuitement à la newsletter hebdomadaire ici
Nous n’avons que des produits de courrier électronique concernant la newsletter, des flashs actu ou l’invitation à des événements que nous organisons. C’est pour recevoir ce type d’informations que les lecteurs s’inscrivent. Nous ne recueillons et ne traitons que vos adresses électroniques. Veuillez noter qu’en vertu de GDPR, vous aurez le droit de nous demander à tout moment de recevoir une copie de vos données personnelles traitées, de demander la suppression de vos données personnelles. Nos newsletters contiennent un lien pour mettre fin à votre abonnement immédiatement ou le modifier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *