Les « visions » de Donald Trump sont-elles réalistes?

Par Philipp Vorndran, Flossbach von Storch

Donald Trump a nourri les espoirs, annonçant tour à tour la construction d’un grand mur le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, de fortes baisses d’impôt et la création de millions d’emplois pour les travailleurs américains. Objectifs réalistes ou chimères ?

Les marchés boursiers ont jusqu’à présent été impressionnés par Donald Trump. Ses promesses visant des baisses d’impôt significatives et des investissements massifs dans les infrastructures américaines en décrépitude ont suffi à étayer la remontée des cours.

En revanche, les craintes de bon nombre d’investisseurs au cours de la campagne semblent s’être volatilisées. Elles portaient notamment sur la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine ou l’imposition de droits de douane répressifs sur les produits de pays exportateurs trop performants, la Chine en tête. Le protectionnisme représenterait un grand danger pour l’économie mondiale et, par conséquent, pour les marchés d’actions. Alors, la question qui se pose est la suivante : les déclarations de Donald Trump ont-elles déjà été pardonnées et oubliées ?

On peut supposer que le futur président veut réussir à tout prix. N’oublions pas que Donald Trump est d’abord et surtout un entrepreneur avant d’être un homme politique. En regardant le budget américain d’un peu plus près, on s’aperçoit que l’impôt sur le revenu représente près de la moitié des rentrées d’argent, soit la part du lion des recettes du gouvernement. Les baisses d’impôts annoncées par Donald Trump risquent donc d’avoir un fort impact négatif sur le budget américain. En effet, cette mesure à elle seule nécessiterait d’être financée par une hausse des nouveaux emprunts d’environ deux points de pourcentage. En chiffres, cela correspondrait à plus de 100 milliards de dollars d’emprunts.

Lorsque l’on y ajoute les 4% supplémentaires de nouveaux emprunts indispensables, la dette publique américaine s’établirait à plus de 6% du produit intérieur brut (PIB) l’année prochaine. Et cela ne tient même pas compte des investissements dans les infrastructures prévus par Donald Trump !

Donald Trump a annoncé qu’il prévoyait de faire appel à des investisseurs privés afin que ces investissements n’aient que peu ou pas d’incidence sur les recettes fiscales, mais aucune précision n’a été apportée à ce jour. Finalement, on peut penser que la majeure partie de ces investissements sera financée par un élargissement de la dette.

Si le nouveau gouvernement met en œuvre ses plans d’investissement, stimulant ainsi l’économie américaine, il serait intéressant de voir la réaction de la Réserve fédérale américaine (Fed). Dans ce cas, la Fed serait obligée d’augmenter les taux d’intérêt qu’elle contrôle. Elle pourrait même augmenter ses taux plus rapidement que ce qu’il avait été anticipé. La victoire de Donald Trump a (légèrement) changé la donne, et cela se voit déjà sur le marché obligataire. Les rendements des bons du Trésor américain à dix ans ont décollé de leur plancher estival de 1,4 % pour atteindre 2,4 %.

Il est même possible que les rendements du Trésor grimpent jusqu’à 3 % pendant un temps. Le dollar US s’apprécierait alors en conséquence et plomberait les exportations.

Les mesures budgétaires de Donald Trump pourront stimuler l’économie américaine, mais uniquement sur le court terme. La vigueur du billet vert et la hausse des taux d’intérêt formeraient une barrière naturelle à la croissance.

Il serait bien possible que Donald Trump tire parti de ces événements en rejetant la faute sur la Réserve fédérale et sa présidente, Janet Yellen. Étant donné que le mandat de cette dernière prend fin en 2018, le président américain pourrait alors privilégier une personne mieux disposée à son égard, susceptible de soutenir ses plans d’investissement « de manière constructive ». C’est la situation à laquelle nous assistons au Japon, où le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, suit presque à la lettre les instructions du Premier ministre Shinzo Abe.

Les politiques d’investissement de Donald Trump vont certainement avoir des conséquences. Les gouvernements européens vont attendre de voir si ces politiques produisent l’effet désiré en termes de croissance ; les gouvernements italien, espagnol, français et surtout grec vont surveiller la situation de près. Les réductions de dépenses réclamées par les grandes puissances économiques de la zone euro pourraient être délaissées en cas de succès des politiques de Donald Trump.

Une hausse sensible des taux d’intérêt en Europe est cependant peu probable sur le long terme. Les pays lourdement endettés de la zone ne peuvent tout simplement pas se le permettre !

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