Pourquoi les obligations des marchés émergents n’ont-elles plus la cote ?

@Pexels

Par Erik Joly, ABN Amro Private Banking

Les écarts de rendement entre les obligations des marchés émergents et celles des pays développés ont retrouvé leur faible niveau d’avant l’élection de Donald Trump en novembre dernier. La situation est telle que ces obligations sont onéreuses au vu des risques que font courir aux marchés émergents les politiques protectionnistes du nouvel exécutif américain.

En 2016, des obligations émergentes ont été introduites dans les portefeuilles car elles permettaient une certaine diversification internationale et offraient des perspectives de rendement intéressantes. À la suite du Brexit et étant donné l’agenda électoral chargé en Europe, c’était une façon d’éloigner quelque peu les portefeuilles de la zone euro. En outre, après avoir traversé une période de faiblesse et d’instabilité sur le plan économique, les marchés émergents commençaient à se redresser en affichant une amélioration de leurs fondamentaux, soutenue par une stabilisation des prix des matières premières.

La préférence a été alors donnée aux obligations souveraines en devise forte et une stratégie y afférente a été mise en œuvre lorsque le différentiel de rendement (ou « spread ») entre l’indice des marchés émergents et celui des bons du Trésor américain était de près de 350 points de base en faveur du premier indice cité. Cette stratégie portait ses fruits et l’écart se réduisait, bien que la Réserve fédérale ait réaffirmé son intention de procéder à un relèvement des taux. L’arrivée imminente d’un cycle de resserrement monétaire aux Etats-Unis, lequel, aurait dû connaître une évolution progressive et maîtrisée, a été prise en compte

Tout se passait à merveille et les obligations émergentes remplissaient le rôle qui leur était réservé dans les portefeuilles.

Entre juillet et début novembre, l’avance de l’indice des marchés émergents s’est replié peu à peu jusqu’à atteindre 330 points de base. Et puis, le 9 novembre, à la surprise quasi générale, les Américains ont élu Donald Trump à la Maison-Blanche. En conséquence, l’un des deux scénarios suivants allait forcément se produire :

Soit, il allait prendre des mesures de relance économique en pleine phase de reprise conjoncturelle, obligeant ainsi la Réserve fédérale à relever ses taux plus rapidement. Soit, il allait mettre en œuvre toutes les mesures protectionnistes annoncées pendant sa campagne électorale. Dans le premier cas de figure, les marchés émergents souffriraient d’un durcissement de la politique monétaire américaine. Dans le second, ils pâtiraient gravement d’un ralentissement du commerce mondial.

Comme il était peu probable que les marchés émergents parviennent à sortir leur épingle du jeu, il a été décidé de revoir la position à neutre peu après le 9 novembre. En outre, étant donné que le marché a lui aussi estimé que les obligations émergentes allaient subir les conséquences fâcheuses de la nouvelle présidence américaine, l’indice des écarts de rendement est reparti à la hausse.

Après le choc initial causé par le résultat inattendu des élections américaines, les économistes et les marchés financiers pensaient tous qu’une fois président, Donald Trump mènerait une politique moins agressive que ses discours de campagne. Bon nombre s’attendaient également à ce qu’il mette en place, comme il l’avait annoncé, ses mesures de relance à travers des réductions d’impôts et des hausses de dépenses. Dans ce climat d’optimisme, les classes d’actifs plutôt risquées (telles que les obligations des marchés émergents) sont arrivées à poursuivre leur progression, malgré la hausse du billet vert et l’augmentation du rendement des bons du Trésor américain.

À 330 points de base, l’indice des marchés émergents a retrouvé son faible niveau de début novembre. Si, globalement, les économies émergentes enregistrent encore de bons résultats et permettent toujours de s’éloigner des risques politiques présents en Europe, ces obligations semblent onéreuses eu égard à la ligne politique qu’entend suivre réellement l’administration Trump.

On assiste déjà au retour d’une certaine fragilité parmi les devises de pays émergents qui dépendent fortement du commerce extérieur.

 

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