Et si on créait une loterie entrepreneuriale© ?

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Par Carl-Alexandre Robyn, Entrepreneur, chroniqueur

Les start-up peuvent se financer de différentes façons. Le premier financement auquel on pense sont les 3F : Friends, Family ands Fools. L’appel à des investisseurs privés par l’intermédiaire du private equity ou du crowdfunding sont d’autres alternatives. Une nouvelle forme de financement atypique pourrait aussi être envisagée : la loterie entrepreneuriale©.

Quel en est le principe ? La start-up dont la valeur premoney (avant investissement externe) est de, par exemple, 400 000 € offre un lot d’actions ordinaires (sans droit de vote, ni privilèges spéciaux) existantes ou à créer, représentant 25% de son capital-actions pour une valeur approximative de 100 000 €.

La jeune pousse, au lieu de vendre des actions ordinaires à un investisseur professionnel pour 100 000 €, organise une loterie dont le prix unique est le lot de 25% des actions.

Pour cela, elle émet 5 000 billets de loterie entrepreneuriale© au prix unitaire de 100 €. Ainsi, elle espère une récolte de capitaux de 500 000 €. Chaque participant peut acheter au maximum 10 billets.

Résultat : la start-up peut faire passer sa valeur premoney de 0,4 million € à 0,9 million € (si tous les billets ont été vendus). Que la jeune pousse cède des actions déjà créées (et distribuées aux cofondateurs) ou qu’elle en émette de nouvelles, la dilution est de 25%, mais, pour un accroissement de 125% de la valeur financière du capital-actions des fondateurs (rapport de 1 à 5 !).

Bref, une augmentation massive du capital pour une dilution légère et probablement… temporaire. En effet, il y a une forte probabilité que le gagnant du lot préfère revendre sa participation et empocher son gain (un tiens vaut mieux que deux tu l’auras), plutôt que subir les aléas de l’évolution de la valeur de son lot.

La jeune société ayant le cash nécessaire (0,5 million € récoltés), les cofondateurs (c’est-à-dire les actionnaires historiques) bénéficiant du droit de préemption ont tout intérêt à racheter le lot de titres cédés puisque cela signifie une relution (phénomène inverse que celui de la dilution) rapide de leurs participations originales. Si l’argent récolté est incorporé au capital social de la start-up, celle-ci réalise un double effet de levier financier puisque la capacité d’endettement de la jeune pousse augmente considérablement tout en gardant une structure du capital saine : pour une société correctement capitalisée, 1 € de capital de départ procure près de 3 € de moyens financiers supplémentaires.

Schématiquement : 1 € de capital de départ engendre déjà 1,33 € de fonds propres (capital) ou quasi fonds propres (exemple : prêts subordonnés) additionnels apportés par des structures publiques d’accompagnement à la création et au financement d’entreprises. A cela, les banques, rassurées par la solvabilité renforcée de la start-up, peuvent ajouter environ 1,66 € de crédits à long et/ou à court terme.

L’acheteur du billet de loterie entrepreneuriale© achète quant à lui la perspective d’un gain substantiel (100 000 €) ou la chance de participer au rêve d’autrui en devenant actionnaire passif de la jeune pousse. Si le gagnant choisissait de rester au sein de l’entreprise, il ne serait ni plus utile, ni plus nocif qu’un crowdfunder lambda recruté par l’intermédiaire d’une plateforme de financement participatif.

Par ailleurs, le détenteur du billet gagnant aurait autant de chances que le petit investisseur de la foule de tout perdre si la start-up échouait, mais si par contre la jeune pousse perçait, le gagnant, au moment de l’exit (tout évènement de sortie du capital), empocherait infiniment plus que le crowdfunder quelconque.

Seule contrainte pour que la start-up puisse initier sa levée de fonds en utilisant ce levier ultraperformant : faire établir par un évaluateur externe (un organisme tiers : plateforme dédiée, cabinet d’évaluation, etc.), pour éviter tout conflit d’intérêt, une valeur premoney. Ce qui compte c’est que le processus (la combinaison des méthodes employées et la quantification des critères d’évaluation considérés) pour déterminer la valeur premoney soit universel et transparent.

Cette application révolutionnaire du vieux concept de la loterie, permet des opérations ponctuelles de levées de capitaux sans les inconvénients d’une altération du bénéfice par action (puisque la dilution n’est pas certaine mais seulement possible), et/ou d’une divergence de valeurs (au contraire, la valeur de marché de la start-up s’accroît en harmonie avec la valeur des actions en circulation), et/ou encore d’une perte de contrôle par les actionnaires historiques, mais avec l’avantage d’un accroissement considérable de la valeur financière des titres en circulation.

Fondamentalement, est-ce une solution rocambolesque ou sa mise à l’étude vaut-elle la peine d’être envisagée ? Par exemple, si le Cabinet du Ministre fédéral Willy Borsus, en charge des PME, prenait l’initiative de consulter la population sur l’attractivité de ce concept original de loterie ; en cas de résultats probants il pourrait, avec l’accord du SPF Intérieur, proposer une dérogation à la Loi sur les Loteries du 31 décembre …1851. Cette autorisation spéciale se justifierait en raison de son utilité économique : faciliter le financement des jeunes entreprises par un mécanisme bien plus souple et moins contraignant que l’appel public à l’épargne !

L’initiative du Fédéral pourrait ensuite inspirer les instances régionales. La loterie entrepreneuriale© restant ainsi une loterie régie par une législation fédérale ou régionale.

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