Les fournisseurs sont-ils les parents pauvres de la gouvernance ?

img_1679-1Récemment, diverses actions menées par de grands groupes à l’encontre de leurs fournisseurs ont de quoi interpeler : Delhaize-Ahold qui annonce qu’il fera pression sur ses fournisseurs ou l’attitude des fournisseurs de VW qui ont interrompu leurs livraisons pour manifester leur mécontentement, les producteurs de lait qui réagissent dans différents pays européens ou les sous-traitants de Caterpillar plus récemment. Toutes ces situations soulèvent la question : ces pratiques sont-elles contraires au code de bonnes conduites du commerce? En termes de bonne gouvernance, peut-on considérer que ces attitudes vis-à-vis des fournisseurs sont acceptables ? Quelles sont les limites tolérables dans la négociation avec les parties prenantes de l’entreprise ? L’actionnaire est-il privilégié par rapport aux autres stakeholders ?

« Il faut souligner que, dans le secteur des supermarchés, la relation avec les fournisseurs a toujours été difficile. On parle ici plutôt d’abus de pouvoir mais il y a aussi de belles histoires à raconter dans ce secteur. Ce n’est pas, a priori, un secteur que l’on peut qualifier de méchant », précise Christel Dumas, chargée de cours à l’ICHEC.

Le secteur de la distribution est très compétitif, il faut donc pouvoir gérer ces situations d’abus de pouvoir. Il est vrai que si l’on analyse les parties prenantes de l’entreprise, les clients et les actionnaires ont beaucoup plus de pouvoir que les fournisseurs. Les pouvoirs ne sont pas répartis de façon équitable et même les fournisseurs ne sont pas égaux entre eux. Les pouvoirs de négociation des petits fournisseurs sont moins importants. La question qui se pose alors est de savoir s’il faut réguler ces rapports de force ? « On peut dire qu’il y a un mauvais équilibre dans les pouvoirs. Il y a aussi une notion de responsabilité. Chacun doit prendre ses responsabilités dans cette chaîne. Le consommateur doit exiger de pouvoir consommer de façon correcte et le fournisseur doit lui assurer une production correcte. Dans le textile, par exemple, on a vu les pouvoirs et les forces se mettre en place pour exiger une production plus équitable », ajoute Christel Dumas. Rappelons aussi que la pression qui est mise sur les fournisseurs profite aux clients.

Mais les choses évoluent. Dans le secteur automobile, par exemple, on assiste à une forte transformation par l’intervention des parties prenantes dont les actionnaires durant les assemblées générales. On voit ainsi des actionnaires minoritaires se regrouper pour faire pression. Chacun doit jouer son rôle de pouvoir là où il intervient dans l’entreprise pour favoriser l’instauration d’un équilibre des forces. Les régulations sont aussi de plus en plus sévères. « On assiste ainsi à l’émergence d’un capitalisme plus responsable. L’entreprise reconnait qu’elle a un impact sur chaque maillon de la chaîne de production. Cependant, une partie prenante importante est souvent délaissée : il s’agit des concurrents. Ne pas respecter ses concurrents par des guerres de prix incessantes aura un impact sur le secteur. Les frontières de l’entreprise sont en train de changer. Elle est beaucoup plus connectée, en réseau. Ce qui se passe chez l’un a des répercussions chez l’autre. Il ne faut pas perdre cela de vue », conclut Christel Dumas.

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