La corruption ne payerait-elle pas ?

par défaut 2016-03-08 à 15.56.11Par Degroof Petercam

Voilà une conclusion intéressante de la très renommée Harvard Business School[1].

Alors que beaucoup continuent à croire qu’il est impossible de faire des affaires dans certaines régions du monde sans pots de vin, cette étude a eu l’opportunité unique d’accéder à des données confidentielles sur la lutte contre la corruption. Elle a analysé un échantillon de près de 480 multinationales dans 32 pays. Ainsi, si la corruption accélère les ventes locales, son effet global sur les données financières de la société est nul.

La croissance des ventes sur les trois dernières années des sociétés présentant les programmes les plus robustes en matière de lutte contre la corruption s’élève à 2,6% de moyenne ; à comparer avec une croissance moyenne de 14,1% pour les sociétés moins scrupuleuses. Néanmoins, cela ne se traduit pas par un retour sur action supérieur pour ces dernières et démontre que  les coûts de la corruption ne sont pas compensés par la hausse des ventes.

Face à des avis partagés sur les pratiques locales de corruption, les managers ont souvent pensé de manière conventionnelle que le choix n’existait pas dans de grandes parties du monde et les méthodes de compensation basées traditionnellement sur la croissance des ventes ont renforcé cette approche. Cependant, comme l’indique le rendement sur action, les coûts des contrats corrompus ne sont pas compensés par les gains de hausse de ventes. Et le risque de réputation est grand puisque le risque de médiatisation est plus élevé. En effet, l’étude montre que la première moitié du classement étudié n’a pas été citée dans la presse sur un sujet de corruption alors que 25% du reste de l’échantillon ont fait l’objet d’au moins 5 articles sur les trois dernières années.

Pour leur recherche, les auteurs George Serafeim et Paul Healy ont eu accès aux indices de corruption des entreprises, réalisés par l’ONG Transparency International. Transparency International publie chaque année une étude agrégée de l’état de la corruption dans les multinationales, en se basant sur 14 indicateurs articulés autour de la stratégie de lutte contre la corruption, les politiques et les systèmes de gestion. Les deux auteurs ont également complété les indicateurs de Transparency International, basés sur le principe de self reporting, par leurs propres recherches notamment sur le cadre réglementaire d’application et de suivi de la lutte contre la corruption mais aussi les risques de corruption comme la prévalence de pots de vin dans certaines industries ou pays d’origine des entreprises et enfin la gouvernance d’entreprise (en particulier l’indépendance des conseils d’administration). Leurs propres facteurs ont confirmé que bien que self reporting, les notations de Transparency International reflétaient bien l’engagement de lutte contre la corruption.

La lutte contre la corruption gagne en ampleur. Que ce soit au niveau d’un pays ou d’une société, la facture est de plus en plus salée. En effet, pour les sociétés, l’amende financière tend à être proportionnelle aux revenus et n’est plus plafonnée. Quant aux pays, la corruption crée un cadre de fonctionnement peu propice aux affaires avec des conséquences directes pour le bien-être de leur population et des risques d’instabilité importante. C’est ainsi que Transparency International dénonce la corruption comme l’un des facteurs majeurs de la crise des réfugiés, la plus importante à laquelle les pays européens sont confrontés depuis la seconde guerre mondiale. En effet, les passeurs corrompent les officiers douaniers pour des passeports et visas frauduleux. Le trafic est estimé à plusieurs milliards de dollars, la corruption sévissant du début du processus jusqu’à la destination finale.

La corruption n’est évidemment pas la seule raison de ce mouvement de masse des populations. Cependant, une corruption généralisée affaiblit la légitimité et la stabilité d’un gouvernement et davantage quand celui-ci ne parvient pas à répondre aux besoins primaires de sa population.

Chaque année, l’ONG publie son classement de perception de la corruption dans 168 pays. Cette information est clé pour la durabilité d’un pays mais aussi pour mesurer le risque d’instabilité des entreprises actives dans les pays les plus corrompus.

Les enjeux liés à la corruption sont des éléments importants pour un investisseur, qu’il soit actionnaire ou détenteur d’obligation. Un investisseur averti en vaut deux.

Lire aussi le corner Placements responsables

[1] An Analysis of Firms’ Self-Reported Anticorruption Efforts

Paul M. Healy and George Serafeim, Harvard University


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