Tour du monde en économie

img_2151Pour sa séance de rentrée, le Cercle Femmes & Finance recevait deux stratégistes : Frank Vranken, (Puilaetco Dewaay Private Bankers) et Vincent Juvyns, (J.P. Morgan AM). C’est dans un véritable tour du monde de l’économie que ces deux orateurs ont emmené un public féminin nombreux et intéressé.

Le ton est donné d’emblée avec une mise en garde. « Le niveau des taux d’intérêt est une des grandes préoccupations du moment. Tout ce qui était perçu comme une sécurité ne l’est plus. Les obligations étatiques ont des rendements inférieurs à zéro et même les entreprises commencent à émettre des obligations affichant des taux d’intérêt inférieurs à zéro », constate Frank Vranken. C’est la politique monétaire menée par les banques centrales qui a induit cette situation de taux au plancher. Mais ce coût de l’argent si bas ne permet pas de relancer la croissance comme l’espérait les banquiers centraux. Les banques centrales donnent de l’argent aux banques avec l’idée que l’argent sera réutilisé pour accorder des prêts et soutenir la croissance avec un objectif d’inflation de 2%. Mais la pompe ne s’enclenche pas comme prévu.

« L’économie est une science humaine ! Il faut considérer un socle fondamental : celui de la démographie. Aux Etats-Unis, elle est soutenue par l’immigration alors qu’au Japon elle est catastrophique. La démographie est un vecteur de bienfaits économiques. Par ailleurs, aux Etats-Unis le modèle social est plus flexible », estime Vincent Juvyns. Face aux Etats-Unis, l’Europe fait un peu office de parent pauvre. Malgré la locomotive allemande, il semblerait que les hommes politiques arrivent chaque fois à briser la confiance dans l’œuf. Il faudrait relancer les dépenses en infrastructures et modifier les règles comptables pour permettre un amortissement de ces dépenses dans le temps. « On pourrait augmenter le montant de la dette publique si cela permet d’augmenter le PIB. Le rapport dette sur PIB resterait alors inchangé », ajoute Frank Vranken. Aujourd’hui, il semblerait qu’il soit trop tard pour être pessimiste : nous sommes acculés à réussir. « Il faut tout de même admettre que les choses vont mieux : la croissance se renforce, des emplois sont créés et les endettements publics ont diminué », fait remarquer Vincent Juvyns.

Quant à la Chine, elle inspire et fait peur à la fois. Son potentiel est gigantesque avec une économie qui est en pleine transition vers la consommation et les services mais avec une population vieillissante. Le paquebot est de taille et ce passage prendra du temps. Il occasionnera aussi des soubresauts et de la volatilité sur les marchés. « Nous sommes positifs à long terme sur la Chine. Demain, l’Inde et la Chine domineront le monde », prévient le stratégiste de Puilaetco.

Quant aux pays d’Europe de l’Est et centrale, il ne faut pas faire d’amalgame. La Pologne se distingue à bien des égards de la Russie, par exemple. En effet, l’économie russe est tributaire de l’évolution du prix du pétrole. D’autres pays sont devenus des centres de production à moindres coûts pour l’Europe, comme la Slovaquie qui est devenue un fabricant renommé d’automobiles. Ces pays présentent aussi un attrait d’un point de vue des valorisations.

« En ce qui concerne les matières premières, la croissance mondiale ayant ralenti, la Chine construisant moins, on a assisté à une baisse des prix. Les pays émergents producteurs de ces matières en ont pâti », note Vincent Juvyns.

Et dans les portefeuilles ? Comment peut-on intégrer tous ces facteurs économiques ? « Le temps où les portefeuilles étaient principalement constitués d’actions et d’obligations est révolu. Aujourd’hui, les obligations ne rapportent plus rien et les actions sont risquées. Il faut donc se tourner vers d’autres classes d’actifs », avertit Frank Vranken. L’immobilier coté, les pays émergents, les matières premières, les actions doivent entrer dans les portefeuilles dans le cadre d’une plus large diversification. Les classes d’actifs doivent être davantage décorrélées entre elles. La diversification est la pierre angulaire des portefeuilles. Et l’or dans tout ça ? Pour rappel, l’or ne rapporte aucun dividende ni coupon. C’est une matière première, une monnaie, un métal précieux qui peut entrer dans les portefeuilles à concurrence de 5 à 10% mais son évolution est très fluctuante. « En cas de guerre, ma grand-mère disait qu’il valait mieux avoir des poules et un potager plutôt que de l’or », rappelle Vincent Juvyns, non sans ironie. Mais après tout, dans toute forme d’investissement le bons sens ne doit jamais être loin. Et le bons sens c’est surtout une affaire de … femmes !

Cet article vous a intéressé ? Consultez aussi :

Comment investir dans les biens tangibles ? Qu’entend-on par real assets ?

Qu’est-ce que le market timing ?

Comment investir en obligations gouvernementales ?

 Retrouvez les billets de Vincent Juvyns dans le corner Billet d’humeur