Prévisions 2015 : 0% carbone ?

IMG_0972Par Petercam

Comme le veut la tradition, le début d’année coïncide avec les prévisions des différents économistes pour la nouvelle année.

Pour l’Europe, les perspectives sont modestes : croissance, inflation et taux d’intérêt proches de 0%… et que dire d’un 0% d’émission carbone ?

Le concept

Depuis maintenant près de deux ans a été lancé le débat de la décarbonisation de l’économie et la thèse des dits « stranded assets » c’est à dire ces actifs, principalement pour le secteur de l’énergie (pétrole, gaz et biens d’utilité publique), qui deviendraient inexploitables si les régulations en matière de limitation de la hausse de température de la planète devenaient plus sévères. La théorie des stranded assets se base sur une large portion de réserves de carbone déjà comptabilisées qui deviendraient imbrûlables en cas de hausse du prix du carbone et donc de l’augmentation sensible des coûts d’exploitation.

En effet, pour ne pas excéder les 2° de réchauffement climatique, mondialement reconnu, le budget total d’émission carbone devrait se tenir à 565 gigatonnes de CO2 d’ici 2050. Cependant, les réserves actuelles de charbon, gaz et pétrole représentent plus de 5 fois le potentiel d’émissions carbone que ce budget estimé. Le risque de réglementation vers davantage de restriction est donc particulièrement élevé. D’ailleurs, le nombre de mesures réglementaires déjà initiées a triplé ces 10 dernières années dans plus d’une soixantaine de pays.

Si les limitations en émissions carbone devaient se renforcer, les sociétés pétrolières notamment ne seraient pas en mesure d’exploiter certaines de leurs réserves ; ces actifs sont dit « stranded » ou imbrûlables.

Il s’agirait essentiellement des actifs les plus exposés et les plus vulnérables c’est à dire ceux dont la production est la plus coûteuse et la plus émettrice de carbone comme les sables bitumineux, les exploitations en eaux profondes, les actifs offshore comme en Arctique ou encore tout actif qui a un coût d’exploitation supérieur au pétrole conventionnel mesuré en équivalent de baril de pétrole.

L’agence internationale de l’énergie estime à 2/3 des réserves d’énergie fossile existantes non exploitables si la communauté internationale mettait en application son objectif de limiter la hausse de la température à moins de 2° au-dessus des niveaux préindustriels.

Un risque pour les investisseurs ?

Le concept de stranded assets émerge essentiellement d’un risque croissant de réglementation en matière d’émissions carbone. Il se base sur des hypothèses de réglementation plus stricte et plus imposante. Les différentes grandes réunions sur l’environnement montrent un engagement croissant en la matière, y compris les grandes Nations les plus polluantes comme le dernier accord des Etats-Unis et de la Chine. A la veille du sommet COP 21 – Conférence sur le Changement Climatique des Nations Unies – à Paris, les attentes sont grandes pour plus d’engagement concret et chiffré. Même si plusieurs anticipent déjà une grande déception, le COP 21 augmentera la pression vers plus de transparence sur le risque carbone.

Une régulation plus stricte et plus contraignante engendre le risque d’une création de bulle carbone qui pourrait coûter cher aux investisseurs devant faire face au scénario long terme de décarbonisation de l’économie. Ce scénario conduirait à une séparation des actifs les plus exposés et une réallocation des sites exploités si possible.

Comment se protéger ?

Si les sociétés se trouvent incapables d’exploiter une large part de leurs réserves d’énergie fossile, le marché pour ce type de produit cesse effectivement d’exister et pose un défi important pour les investisseurs. En effet, la valorisation des entreprises énergétiques est fortement corrélée aux réserves prouvées d’énergie, qui peuvent se dévaloriser substantiellement.

Un investisseur averti en vaut deux. Mais comment approcher ce risque encore jusqu’ici très théorique et fortement dépendant des hypothèses sur le réchauffement climatique et les réglementations qui pourraient s’ériger ?

Aujourd’hui, plusieurs investisseurs institutionnels comme par exemple le fonds de pension danois, PensionDanmark, ont choisi la voie de désinvestir dans le secteur. La campagne de désinvestissement pour une économie exempte d’énergies fossiles bat d’ailleurs son plein. Les fonds de pension légaux en Suède, la famille des fonds AP, se sont engagés également à classer leur portefeuille d’investissement en fonction du risque carbone (élevé, moyen et faible) et à désinvestir des sociétés mondiales pour lesquelles le risque est élevé.

Le fournisseur global d’indice FTSE a également collaboré avec l’un des plus grand gestionnaire de fonds, Blackrock, pour la création d’une nouvelle famille d’indices exempts de toute énergie fossile. Sont exclus de ces indices les sociétés qui extraient ou exploitent les énergies fossiles.

L’autre piste est celle de l’engagement et de récompenser potentiellement les sociétés les plus proactives par rapport à la problématique, notamment celles se tournant davantage vers les énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles. Ou encore les programmes de capture et de stockage du carbone émis.

Malgré l’absence d’une réglementation globale, le secteur énergétique fait déjà face à des transformations importantes – régulation de la qualité de l’air, coûts à la baisse du renouvelable, disponibilité de l’eau, etc. Les sociétés de biens d’utilité publique sont confrontées à l’incertitude de la durée de vie des sites de génération d’énergie et les mécanismes de marché tels que les prix du carbone y contribuent. Par conséquent, elles sont également vulnérables aux actifs dépréciables.

Le concept de stranded assets, bien qu’encore fort théorique et hypothétique, soulève des questions importantes pour le secteur des énergies fossiles. Les analystes financiers devraient intégrer différentes hypothèses afin d’évaluer leurs résultats de valorisation aux scénarii plausibles. Les métriques traditionnelles telles que le ratio de remplacement des réserves seront remplacées ou tout au moins perfectionnées afin d’intégrer des métriques complémentaires reflétant davantage un monde contraint à des limitations d’émissions carbone.

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